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Légiférer pour la nature en Europe : un non événement ?

"Arrêtons l'Ecocide en Europe, donnons des Droits à la Terre", voilà une consultation européenne qui n'aura pas fait grand bruit dans les médias malgré ses fortes implications pour la sauvegarde de nos écosystèmes. Pourquoi ce manque d'adhésion ? Faut-il s'en inquiéter ?
 
Le 21 janvier 2014 correspond à la clôture des votes -ouverts depuis tout juste un an- pour l'appel "Arrêtons l'Ecocide en Europe, donnons des Droits à la Terre". L'objet de cette consultation citoyenne ? Rien de moins que l'octroi d'une équivalence juridique au génocide pour l'environnement. Cette Initiative Citoyenne Européenne (ICE) initiée par le mouvement endecocide reprend la proposition de loi faite à l'ONU en avril 2010 par l'avocate Polly Higgins. Celle-ci suggérait que le crime d'écocide devait devenir le 5ème crime contre la paix. Un bon moyen d'interpénétrer sur le plan juridique considérations écologiques et humanistes. Hélas, l'adhésion suscitée par ce vote aura été insuffisante pour qu'une directive puisse espérer voir le jour dans le cénacle bruxellois. Car pour que la commission européenne valide son enregistrement et puisse en tirer une directive, une ICE doit générer 1 million de votes. Celle-ci en aura récolté à peine plus de 10%. Faut-il y voir là un désaveu européen pour la cause écologiste ou bien une méfiance à l'égard de la e-démocratie ? Le récent ras de marée virtuel qui s'est abattu contre la pêche en eau profonde permet d'en douter. L'explication est peut-être à chercher ailleurs... du côté de la (non)médiatisation de l’événement.
 
Bien que ses chances de dépasser le stade de la commission fussent relativement faibles, si cette ICE avait atteint son objectif, le parlement européen aurait eu le choix d'imposer aux Etats membres un arsenal législatif révolutionnaire en matière d'écologie. Et, nouveauté, celui-ci aurait pu permettre de sanctionner des personnes physiques -principalement des donneurs d'ordre (banquiers, conseillers, dirigeants)- impliquées dans des décisions aux conséquences dévastatrices et "étendues" pour les écosystèmes. Car, comme le rappel le site endecocide.eu, "qu’il s’agisse des sables bitumineux d’Athabasca, des déversements de pétrole dans le delta du Niger ou de l’exploitation forestière intensive en Amazonie, ce sont bien les décisions et les choix des dirigeants qui ont été à l’origine de l’Écocide". Pour autant, avez-vous lu beaucoup d'articles sur cette démarche ? Durant l'année écoulée, pouvez-vous citer ne serait-ce qu'un seul "grand" média qui se soit épanché sur le sujet ? OGMs, pesticides, centrales nucléaire : combien d'experts se sont interrogés sur les répercutions économiques d'une telle directive pour ces filières à risque ? Hormis une tribune du journal le Monde concédée au trio formé par S. George, E. Morin et P. Rabhi, très peu de médias traditionnels ont, ne serait-ce que, révélé l'existence de ce vote européen. 
 
En revanche, la détention de Serge le lama -grande cause écologique s'il en est- a fait l'unanimité dans les rédactions françaises. Un consensus qui aura offert à ce "phénomène" une audience à sa (dé)mesure, érigeant au rang de stars les ravisseurs éméchés d'un animal de cirque. Non pas que l'incongruité du sketch ne fasse pas sourire mais, une fois la représentation terminée, n'est-il pas salutaire que les clowns regagnent leur loge afin que le public reprenne pied dans sa réalité, dans le monde qui l'entoure ? "News", "buzz" et "Actus" opèrent une prédation dangereuse pour les sujets de fond et la démocratie en général. La conséquence pratique de cette dérive : en quelque semaines 835 mille internautes ont "soutenu" les geôliers d'un lama... soit huit fois plus que n'en ont mobilisé les droits de la nature dans toute l'Europe en un an ! Concédons aux magnats de la presse qu'il est plus simple de vendre du "temps de cerveau disponible" entre deux papiers mals léchés sur les mésaventures d'une bête cracheuse plutôt qu'entre deux enquêtes approfondies sur l'écocide en Europe. Et espérons seulement que les internautes en auront profité pour se cultiver sur les différentes espèces de camélidé dont fait partie la filiforme vigogne (photo ci-dessous). 
 
Evidemment, la comparaison est hasardeuse et le tort ne revient pas uniquement aux receleurs d'informations mais bien aussi à ceux qui la consomment. Pour autant, le temps de l'introspection n'est-il pas venu pour des médias qui auront leur part de responsabilité dans le sens de l'Histoire ?
 
 
Pour davantage de précisions et pour soutenir le mouvement endecocide : https://www.endecocide.eu/
 
 
 
Sylvain D. pour WiFU Project

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8 réactions à cet article    


  • alinea Alinea 31 janvier 2014 11:50

    J’ai signé et j’ai fait passer autant que j’ai pu ! C’était il y a un moment, et j’avoue, avoir oublié !!
    On est un peu submergé, je pense que le problème est là ; il faudrait recentrer car on fnit par se croire dans un grand magasin aux mille rayons !
    D’un autre côté, on ne sait pas ce qui en serait ressorti, sans compter que les lois, il faut les appliquer,et là, nous ne sommes pas rendus !
    Dommage quand même et merci pour votre billet.


    • foufouille foufouille 31 janvier 2014 12:23

      "

      Habitants

      Le mot fait référence à tous les êtres vivants, pas seulement aux humains. Il arrive qu’un écocide n’ait pas d’impact sur les humains mais affecte profondément l’écosystème. La notion d’ « habitants » permet de porter des cas devant les tribunaux au nom de tous les organismes vivants touchés par un écocide."


      le lion mange trop de gazelle, tu met le lion en prison



      • foufouille foufouille 31 janvier 2014 12:28

        les exemples sont pas mal, par contre


        • Cassiopée R 31 janvier 2014 15:39

          L’écologie n’intéresse plus dans les médias, en fait c’était surtout un poids lourd qu’il fallait hélas parler, car des événements futiles intéressent bien plus que les dangerosités faites au humains, aux animaux et aux végétaux.


          Le but de cette initiative est de pouvoir dire et transmettre que la vie lorsqu’elle est méprisée, doit être puni par la loi, et ça les médias ne veulent pas en entendre parler, ils préfèrent écarter ce sujet pour ne pas gêner des intérêts économiques même s’ils se foutent de l’écologie.

          La sauvegarde de notre société passe par cette réussite, ainsi on pourra poursuivre judiciairement avec des lois prédéfinies pour permettre de ne plus voir des déversements ou des pollutions causés à cause de personnes peu regardantes des dégâts écologiques et humains.

          • alinea Alinea 31 janvier 2014 16:02

            Il est question pour l’instant, de faire rentrer dans la tête des enfants, que le sexe est une illusion qu’il faut combattre ! Il n’est pas question d’y faire rentrer que la perpétuation de notre espèce dépend intégralement du sort que l’on fait à la planète ! C’est bizarre, hein ? Les priorités n’ont pas l’air de tracasser ceux qui s’en croient à l’abri !


          • passtavie passtavie 1er février 2014 20:41

            Le sort de la planète ? Il s’en moquent. J’ai vu un reportage sur le club de Rome qui pointait du doigt les limites à la croissance. Croyez-vous qu’ils aient été écoutés ?
            Polémique : quand un donneur d’alerte dit attention, l’autre dit c’est pas vrai et discrédite son adversaire. Quand une étude montre un problème, une autre s’oppose pour dire qu’il n’y a pas de problème, ainsi le gogo peut continuer son petit train train sans se poser de questions.


            • passtavie passtavie 1er février 2014 20:42

              Le sort de la planète, quel sort de la planète ? Elle se porte à merveille ! Que voulez-vous il y a des paranos partout !
               smiley


              • EntreiciThropocène 8 février 2014 15:52

                Disons que la crise a bon dos... Elle permet de balayer d’un revers de main l’urgence écologique.. C’est sans conteste le signe que la situation environnementale est très préoccupante. Donc « ils » font diversion... Pour dissimuler une situation dramatique, quoi de mieux que d’en créer une encore plus dramatique, et en lien encore plus direct avec notre quotidien ?

                L’écologie sera politique ou ne sera pas... Et je ne fais surtout pas allusion aux acteurs du capitalisme vert, que sont les pseudos « verts » gouvernementaux, fossoyeurs ( avec les ONG officielles ) de l’écologie. Tant que nous ne changerons pas fondamentalement ce système écocide, nous aurons l’écologie à minima que nous méritons... 

                La vraie question se pose en ces termes : Où sont donc les héritiers de René Dumont ? 

                 

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