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Accueil du site > Actualités > Environnement > Nucléaire : logique énergétique ou économique ?

Nucléaire : logique énergétique ou économique ?

La question du nucléaire hante à nouveau les décideurs, et ceci malgré le double spectre de l’accident de Tchernobyl et de l’incontournable question du retraitement des déchets. Pour le moment, seules la France, la Finlande et la Roumanie se sont lancées dans la construction de nouveaux réacteurs. Mais les fortes tensions sur le marché des combustibles fossiles conduisent d’autres pays à s’interroger.

Ainsi, la Grande-Bretagne a décidé de lancer une consultation publique sur son approvisionnement énergétique, évoquant la relance possible de son programme nucléaire. L’Espagne, la Suisse et les Pays-bas semblent, quant à eux, indécis et pourraient changer de politique énergétique. L’Allemagne du chancelier Schröder était sortie du nucléaire, mais cette décision ne tient qu’à la capacité des Allemands d’accepter la hausse des prix de l’énergie. Enfin, les États-Unis ne cachent pas leur volonté de se doter de la technologie EPR.
Brandis comme l’ennemi public numéro un, les gaz à effet de serre sont devenus le meilleur allié du nucléaire. En effet, 80% de la production d’énergie dans le monde provient du pétrole, du charbon et du gaz. Atypique dans le paysage énergétique mondial, la France produit 80% de son énergie avec ses centrales nucléaires, position qui incite le chef de l’État à lancer la conception d’un prototype de 4e génération, prévu pour entrer en service en 2020. Une date qui laisse pantois, lorsqu’on sait que la technologie qui permettrait de faire fonctionner un réacteur à neutrons rapides est loin d’être maîtrisée.
Utilisant de l’uranium 238 (et non 235 pour les réacteurs actuels et le futur EPR) et du plutonium issu des réacteurs actuels, le « cycle fermé du combustible » n’est pas annoncé avant 2050 par le CEA lui-même ( Dossier nucléaire CEA. Cet optimisme d’État s’explique peut-être par les liens historiques et politiques qui lient Jacques Chirac à celui qui a fait entrer la France dans l’ère de l’atome. Comme je l’expliquai dans Nucléaire français : l’absurde fuite en avant, les réserves mondiales d’uranium 235 seront épuisées avant la fin du siècle (le CEA annonce 50 ans de réserves mondiales raisonnablement accessibles -sources), disqualifiant avant même sa mise en service l’EPR. Quant à l’uranium 238, il ne nous offrira que 1500 à 4000 ans de ressources.
Mais la question essentielle qui se pose dans une telle perspective reste : l’indépendance énergétique « relative » que nous assure aujourd’hui le nucléaire est-elle garantie à plus long terme ?
En effet, seuls 2% des gisements d’uranium sont détenus par l’Europe, le reste est donc soumis au bon vouloir des pays qui les détiennent. Et le fait que le Canada et l’Australie recèlent plus de 40% des réserves mondiales ne met aucun pays à l’abri d’une pénurie. Que seront ces pays dans un siècle, dans mille ans, d’un point de vue politique ? Personne ne peut répondre à cette question.
Et alors que Toshiba a mis, selon la presse japonaise, cinq milliards de dollars dans le rachat du groupe nucléaire américain Westinghouse, et que la Chine a lancé un vaste programme nucléaire de près de 50 milliards de dollars pour se doter de 40 réacteurs d’ici 2020, les énergies renouvelables, seules ressources inépuisables et garantissant une indépendance énergétique absolue, dérangent toujours la vue ou l’ouïe de quelques électeurs.
Comme pour le pétrole, les intérêts économiques semblent plus forts qu’une politique énergétique à long terme, la protection de l’environnement et la santé publique réunies. Ils drainent des investissements dont le coût final (retraitement des déchets, démantèlement des centrales en fin de vie) dépasse l’imagination et qui cautionneront l’escalade nucléaire de certains pays que la communauté internationale montre du doigt.
L’échec de l’appel d’offre lancé par le gouvernement français en février 2004 pour 500 mégawatts offshore (seuls, 105 ont été retenus) montre combien les priorités budgétaires ne sont pas en faveur du développement de technologies propres et viables à long terme. La lente progression de l’utilisation de ces ressources inépuisables en France ne suffit pas à donner l’impression que la préservation de la planète est désormais au cœur de la politique, bien au contraire, elle illustre la capacité de nos dirigeants à poursuivre dans une voie qui répond à des intérêts économiques et partisans, au détriment de l’intérêt général.


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25 réactions à cet article    


  • (---.---.123.107) 13 février 2006 11:11

    c’est un article d’un peu haut niveau.... Je n’ai pas compris si on savait ou pas faire des réacteurs nucléaires avec l’uranium 238..... Il est vrai que l’idéal serait d’avoir des énergies renoulevables et que le gouvernement devrait agir et inciter les régions venteuses à avoir des éoliennes et les régions ensoleillées à mettre des panneaux solaires sur les maisons. Cependant, à court et moyen terme, le nucléaire permet de produire de l’énergie sans brûler ni charbon ni pétrole. C’est déjà ça...


    • Olivier FRIGOUT Olivier FRIGOUT 13 février 2006 11:29

      Bonjour et merci de réagir à cet article.

      L’énergie nucléaire est un sujet délicat en France, que les gouvernements successifs ont souvent évité pour des raisons historiques et économiques. Le fait est que de nombreuses raisons de poursuivre dans cette direction ne sont pas justifiables.

      Les réacteurs du futur, fonctionnant à l’Uranium 238, ou encore appelés réacteurs à neutrons rapides, que sont les surgénérateurs ou les accélérateurs-réacteurs ne sont pas maîtrisés d’un point de vue technologique. Le CEA annonce 2050 comme perspective pour leur maîtrise, mais certains scientifiques n’en sont pas convaincus (Hubert Reeves, Mal de Terre, Ed. du Seuil).

      Quant à la fusion, la technologie est encore plus hasardeuse.

      Un fait doit tout de même retenir l’attention du lecteur. Derrière le solaire ou l’éolien ne se cache aucune perspective militaire. Ceci est peut-être l’argument décisif qu’avancent les défenseurs du nucléaire auprès des décideurs politiques.

      Il n’en reste pas moins vrai que seules les énergies renouvelables sont un investissement à long terme, en parlant à une autre échelle que celle communément considérée par les stratèges politiques.


    • Hermiss (---.---.4.2) 13 février 2006 12:28

      Ce site est supposé être un site d’information. Je ne veux donc pas polémiquer avec O. Frigout (pour une analyse assez complète et lisible sur ces questions, voir p.ex www.manicore.com), mais signaler une erreur factuelle : les réacteurs à neutrons rapides sont tout à fait maîtrisés techniquement, mais actuellement économiquement disqualifiés. Ils s’appellent p. ex. Phénix, qui tourne actuellement à Marcoule (Gard), Superphénix, qui fonctionnait avant son arrêt économico-politique, et d’autres en Russie et au Japon.


      • Olivier FRIGOUT Olivier FRIGOUT 13 février 2006 13:05

        Bonjour, Je comprends votre point de vue et également la confusion qui a pu naître de mon texte. La simplification nécessaire à sa compréhension m’a conduit à présenter les réacteurs du futur comme techniquement identiques à Phénix et Superphénix. Ceci est inexact évidemment.

        Les six systèmes sélectionnés et considérés comme les plus prometteurs lors d’une réunion du Policy Group en mai 2002, à Paris sont :

        • VHTR (very high temperature reactor system) - Réacteur à très haute température.(1000°C/1200°C), refroidi à l’hélium, dédié à la production d’hydrogène ou à la cogénération hydrogène/électricité.

        • GFR (Gas-cooled fast reactor system) - Réacteur rapide à caloporteur helium.

        • SFR (Sodium-cooled fast reactor system) - Réacteur rapide à caloporteur sodium.

        • LFR (Lead-cooled fast reactor system) - Réacteur rapide à caloporteur alliage de plomb.

        • SCWR (Supercritical water-cooled reactor system) - Réacteur à eau supercritique. • MSR (Molten salt reactor system) - Réacteur à sels fondus.

        Dans le cadre du Forum international Generation IV, la France a exprimé un intérêt prioritaire pour les systèmes avancés à caloporteur gaz à très haute température (VHTR) ou à neutrons rapides avec recyclage intégral des actinides (GFR), pour les réacteurs à neutrons rapides et caloporteur sodium (SFR) et un intérêt moindre, traduisant une volonté d’engagement plus réduite, sur le système à eau supercritique (SCWR) et le système à réacteurs à sels fondus (MSR).

        (sources : CEA)

        L’intérêt technologique porte en particulier sur la possibilité de réduire de façon drastique les déchets hautement radioactifs comme le plutonium.

        Ce sont ces technologies qui sont en cours de développement et pour lesquels un certain nombre d’experts émettent quelques réserves.

        Après, il s’agit d’un choix de société, de nombreux pays ont su se passer du nucléaire, pourquoi pas le nôtre...


      • Gf37 (---.---.24.64) 13 février 2006 12:38

        Hélas il n’y a du soleil et/ou du vent que 1800 à 2700 heures par an en France, alors que l’année compte 8760 heures. Que fait-on les plus de 5000 heures sans soleil ni vent ? Et les nuisances de l’energie renouvellable existent rééllement. Les éoliennes par exemple restent bruyantes et trés laides. Se proclamer écolos et accepter de couvrir les sommets de mats metalliques de 130 ms et d’helices avec une envergure de jumbojet est pour moi incomprehensible.


        • Olivier FRIGOUT Olivier FRIGOUT 13 février 2006 13:56

          Il est évident que les technologies actuelles basées sur les énergies renouvelables (ou inépuisables) ne permettent pas de remplacer le nucléaire ou le thermoélectrique. Mais les sommes astronomiques investies dans le nucléaire (plus de 2 milliards d’euros pour seulement évaluer les différentes méthodes de gestion des déchets du nucléaire) pourraient favoriser l’émergence de solutions techniques plus performantes pour l’éolien et le solaire.

          Le bruit est une nuisance à comparer aux rejets des centrales dans les cours d’eau et l’atmosphère d’une part, et d’autre part, aux déchets produits (100 tonnes de plutonium produites par an par le parc nucléaire mondial, 24000 ans de durée de demi-vie, un millionième de gramme est létal).

          Enfin, la question esthétique se pose, mais, lorsque le premier moulin à vent à été construit sur une colline, qu’on pensait les riverains de l’époque ?

          Ces questions sont donc relatives et ne doivent pas, de mon point de vue, entrer en ligne de compte dans l’évaluation de la stratégie énergétique de la France.


          • (---.---.123.107) 13 février 2006 14:18

            Si le bruit est un problème qui doit être résolu mais je trouve les éoliennes pas si horribles que ça... Par contre les panneaux solaires ne font pas de bruit et pourrait être massivement utilisés (je ne sais si c’est déjà le cas) dans le sud de la france, et aussi les DOM et les TOM qui ne manquent pas de soleil.


          • hermiss (---.---.112.71) 13 février 2006 14:29

            On pourra mettre autant d’argent qu’on voudra dans l’éolien et le solaire, ça ne changera guère le taux de disponibilité de ces énergies... N’oublions pas que les pays qui ont laissé tomber le nucléaire ont eu tout loisir d’investir dans d’autres recherches. Le moins que l’on puisse dire est que ça n’a pas abouti à des solutions-miracle. Le Génie Français serait-il indispensable ? De toute façon, tout le monde a surtout mis ses sous dans... la recherche pétrolière (source : www.manicore.com), et ça n’est pas en train de changer ! Ceci dit, les éoliennes sont très utiles dans les pays qui font l’essentiel de leur leur électricité avec des combustibles fossiles (Danemark, Allemagne et bien d’autres) : chaque tour de moulin économise du combustible. En France, ça n’est le cas qu’en heure de pointe, quand EDF sollicite ses centrales thermiques. Or les plus belles pointes ont lieu par temps calme, avec un bel anticyclone d’hiver (on gèle) ou d’été (canicule) : les éoliennes sont au garde-à-vous ! Chaque pays est différent, il faut prendre en compte la situation énergétique de départ. Pour la France, de toutes les énergies renouvelables, l’éolien est de loin la moins intéressante (cf toujours www.manicore.com et le site de vent-de-colère).


          • Olivier FRIGOUT Olivier FRIGOUT 13 février 2006 15:00

            Ces considérations sont fondées, mais la question posée était Nucléaire : logique énergétique ou économique ?

            Ce qui, de mon point de vue, justifie cette question est la décision de construire le futur réacteur à eau pressurisée européen (EPR), premier d’une courte série puisque sa technologie (uranium 235) sera à court de combustible avant la fin du siècle (et bien avant si EPR est construit aux Etats-Unis et ailleurs...)

            La position de Jean-Marc Jancovici sur son site internet est justifiée par l’urgence de réduire notre consommation énergétique de charbon, pétrole et gaz. Dans la situation actuelle, le nucléaire est et reste un moindre mal et je le rejoins. Mais EPR est-il, en France, justifiable ?

            Quant à notre capacité à améliorer le rendement à partir de l’éolien ou du solaire, elle ne me semble pas plus hypothétique que furent les premiers pas de l’homme sur la Lune.


          • Frederic Lefevre (---.---.238.218) 14 février 2006 02:54

            Je note dans cet article, la tres frequente confusion energie == electricité. Le nucléaire produit environ 80 % de l’electricité en France, production d’electricité qui consomme environ 45 % de l’energie consommée

            Mais compte tenu du tres mauvais rendement des reacteurs nucleaires 105 million de tonnes d’equivalent petrole de chaleur nucleaire ne produisent que 35 million de tonnes d’equivalent petrole d’electricité.

            La part reele de l’energie nucleaire dans l’energie utilisable n’est plus que d’environ 25 % Non negligeable certes, mais loin d’etre la panacée que nous vantent les vendeurs de nucleaire.

            Les eoliennes en Allemagne produisent autant d’electricite que 5 reacteurs nucleaires. Loin d’etre marginal donc. Le futur réacteur EPR devant etre construit a partir de 2007 peut donc etre remplacé en France par des éoliennes.


            • (---.---.115.51) 14 février 2006 03:34

              FRM-II de Garching Munich:La recherche nucléaire militaire est 7 ans en retard.


              • freddo (---.---.8.5) 14 février 2006 04:22

                une des solutions est celle employée en Espagne à Barcelone, toutes les nouvelles constructions doivent, pour avoir un avis favorable à la demande de permis de construire, une installation à base d’énergie renouvellable, type panneaux solaires. pourquoi ne pas le faire en France ? peut etre que c’est un peu excessif, et encore, c’est quand même notre avenir ! mais il faudrait imposer cela : à partir d’une certaine puissance installée, toute nouvelle construction doit avoir des panneaux solaires !


                • freddo (---.---.8.5) 14 février 2006 04:31

                  les panneaux solaires génèrent une énergie de façon passive, très peu de maintenance, entretien et autres contrairement aux sources d’électricité : thermique, éolien, nucléaire et autres... donc à la base, c’est le plus rentable. la production mondiale est si faible qu’évidemment économiquement parlant en investissement ça reste encore très cher, trop cher, ce n’est pas normal !

                  kes ke c, un panneau solaire ? du verre des cellules phtovoltaïques et voila, rien de compliqué, franchement rien

                  par rapport au pétrole, extraction, transport, distillation, stockage...centrale électrique avec sa maintenance renouvellement et autres

                  cela n’a rien à voir avec le nucléaire ou encore hydraulique.....

                  c’est peut être trop simple aussi, donc il faut que ça reste cher


                • Arnaud (---.---.106.39) 14 février 2006 11:30

                  Il me semble que le nucléaire n’est pas plus une logique énergétique qu’économique mais plutôt politico-stratégique. Peut-être que la possession et la maîtrise de l’énergie nucléaire symbolise la puissance d’un pays aux yeux de nos chers politiques ?

                  Il est clair que l’énergie nucléaire est d’une puissance phénoménale ; les centrales sont donc soumises à des mesures de sécurité draconiennes. Au final, énormément d’énergie est perdu et le rendement des centrales nucléaires fluctue entre 20 et 40%.

                  Même si les énergies renouvelables n’ont pas toutes de meilleurs rendements, comparées aux sommes investies, elles sont bien plus rentables ! Les programmes de recherche sur le nucléaire se chiffrent toujours en centaines de millions d’euro quand ce n’est pas en milliard alors que pour les énergies renouvelables, les investissements peinent à dépasser les 200 à 300 millions d’euro. En plus de cela, la contruction, la maintenance puis le démantèlement d’une centrale nucléaire coûtent excessivement cher (encore des centaines de millions d’euro !).

                  Finalement, le nucléaire ne peut être une logique énergétique ni économique. Je pense qu’il s’inscrit plutôt dans une logique politico-stratégique à court et moyen terme pour hommes avides de pouvoirs.


                  • nico (---.---.233.217) 1er mars 2006 01:17

                    Une confusion est souvent faite lorsqu’il s’agit d’évaluer la performance économique des centrales nucléaires, et cette confusion vient de la mainmise de l’Etat en France sur la production d’énergie : en gros l’Etat aurait développé les centrales nucléaires parce qu’il en était de son intérêt géostratégique ou idéologique, et non parce que ce choix était pérenne économiquement.

                    Je pense que c’est une fausse idée reçue. Dans les pays démocratiques hors de France , les centrales nucléaires appartiennent à des opérateurs privés (notamment aux Etats Unis qui possèdent le plus grand parc nucléaire installé). Ces opérateurs font des profits, et ont vu avant tout un intérêt économique à investir dans le nucléaire (et se moquaient des débouchés militaires).

                    Par contre la technologie nucléaire civile est particulièrement dangereuse, ce qui a toujours imposé un contrôle de l’Etat en matière de sûreté des installations : c’est surtout là que s’exerce le centralisme étatique, plus que sur des aspects géostratégiques. Par exemple, s’il y a eu gel des constructions de réacteurs au USA, c’est parce que l’état fédéral a bloqué les autorisations de constructions de centrales suite à l’accident de Three Miles Island en 1979. L’Etat est donc intervenu non pour favoriser la construction de réacteurs, mais pour la freiner. En conséquence, plus d’une dizaines de projets de construction, dont certains déjà entammés, ont été abandonnés.

                    Historiquement en France, l’énergie produite par les premières piles (réacteurs expérimentaux) du CEA n’était pas exploitée : ces réacteurs n’avaient qu’un intérêt militaire (production de Plutonium). C’est EDF qui est allé voir le CEA pour demander à tirer partie de cette énergie thermique bêtement gaspillée.

                    Le développement de la filière nucléaire en France correspond donc bien plus à un opportunisme technique et économique : la technologie avait été développée par les militaires, elle produisait une énergie abondante et pas chère à partir d’un combustible (à l’époque) disponible sur le sol français, et qui de toute manière pèse peu sur le prix final du KWh (de l’ordre de 5 à 15%) contrairement aux centrales fonctionnant énergies fossiles.

                    Lors du choix du tout nucléaire en France, la question du coût des déchets (ou d’un accident éventuel)n’a pas été évaluée, pas plus que le coût du démantèlement des centrales. Cette situation n’est cependant pas cantonnée au nucléaire : c’est le cas pour toutes les activités économiques dans nos sociétés. D’une manière générale dans nos sociétés de consommation, nous enterrons nos déchets ou nous les brûlons, peu importe les dégâts sur l’environnement, la santé humaine. Pourquoi en serait il autrement pour le nucléaire ? Il n’est pas plus acceptable d’enterrer le combustible usé 1000 m en dessous du sol que de stocker des tonnes de cyanure, mercure, et autres horreurs tout aussi toxiques que le Pu à long terme... Cela ne le justifie cependant pas.

                    Alors oui, le nucléaire est très rentable, quant aux arguments écologiques en sa faveur, il faut les relativiser, ils ne sont apparus que très récemment dans la dialectique des patrons du nucléaire. Et si le nucléaire jouit d’un regain d’intérêt aujourd’hui auprès de chefs d’état, soyons lucides, c’est avant tout pour des raisons économiques.


                  • Yaarg (---.---.11.162) 14 février 2006 12:43

                    Attendu que tous les physiciens sont d’accord pour reconnaître qu’il n’existe pas de solution miracle pour rendre inerte un déchet radioactif à longue vie ;

                    Attendu que ce criminel inconscient de Charles De Gaulle à pris la France en otage du « tout nucléaire » ;

                    Attendu que les centrales nucléaires sont des cibles idéales pour les terroristes ;

                    Attendu que le carburant nucléaire, au même titre que le pétrole, est lui aussi limité dans le temps ;

                    Attendu que l’énergie nucléaire participe au réchauffement planétaire et au désastre écologique (l’eau utilisée pour refroidir et rejetée dans l’environnement, modifiant ou détruisant l’écosystème initial) ;

                    Attendu que les décisions de programmes nucléaires sont toujours prises sous couvert de « sécurité d’état » et que l’opinion du petit peuple dont nous faisons partie, foncièrement hostile, ils n’en ont rien à foutre...

                    Hé bien il faut organiser la résistance et gueuler, gueuler et encore gueuler.

                    Toute la société fonce dans un mur à force de vouloir pousser les gens à consommer, surconsommer, gaspiller de l’énergie électrique. Un appartement moderne est devenu aujourd’hui une pompe à dissiper de l’énergie et il faut d’urgence remettre cette façon de vivre en cause.

                    Par exemple il faudrait interdire les appareils qui se mettent en veille comme les magnétoscopes et les téléviseurs. Quand vous débranchez la plupart des magnétoscopes (pas tous mais beaucoup), l’horloge se remet à zéro, il perd la mémoire des programmes, des programmations... Alors on le laisse branché parce qu’en plus il donne l’heure... Multipliez cette petite conso par des millions d’appareils, voilà juste un exemple de gaspillage collectif INUTILE et NUISIBLE.

                    Car la vérité écologique est simple : plus on consomme, plus on pollue.

                    Il faut mettre en oeuvre une décroissance raisonnée et raisonnable : cesser de consommer si ce n’est pas strictement nécessaire.

                    Les exemples de gaspillages ne manquent pas mais il y en a un autre qui me révolte, c’est l’éclairage nocturne. On laisse des millions de lampes allumées toute les nuits pour éclairer des routes où ne passent pas une seule voiture. Voilà une belle connerie. Pourtant je ne sais pas moi, on pourrait imaginer que la route s’éclaire automatiquement au passage d’un piéton, c’est normal pour le piéton, mais les voitures ont leurs propres feux de route, alors ça sert à quoi d’éclairer une ville ou une autoroute la nuit, lorsque tout le monde dort, surtout dans la tranche horaire allant de minuit à 5h ???

                    Il faudrait également réhabiliter le ferroutage beaucoup moins polluant que ces convois interminables de camions semi-remorques que l’on voit sur les autoroutes.

                    Il faudrait surtout cesser d’attendre que les hommes politiques prennent les bonnes décisions. Le peuple devrait pourtant comprendre que le changement de société viendra de nous. Si la population cesse de consommer des conneries, alors celui qui fabrique lesdites conneries sera bien obligé de remettre sa production inutile en cause.

                    Et pour conclure je dirais qu’une société dont l’idéal est faible et les besoin fort est condamnée d’avance par rapport à une société dont l’idéal est fort et les besoins faibles. Car une chose est certaine, à force de tirer sur la corde, un jour elle casse.


                    • Scipion (---.---.38.75) 14 février 2006 12:54

                      « Multipliez cette petite conso par des millions d’appareils, voilà juste un exemple de gaspillage collectif INUTILE et NUISIBLE. »

                      Il y aurait vraiment gaspillage si l’électricité pouvait être stockée, ce qui n’est pas le cas. En conséquence, il se produit, en permanence, autant d’électricité qu’il s’en consomme - à l’échelon continental, grâce à l’interconnexion européenne. Pas plus pas moins.

                      En l’espèce, la notion de gaspillage est donc sectairement excessive. Mais les écolos sont, par nature peut-on dire, sectairement excessifs !


                      • jacquesG (---.---.49.253) 14 février 2006 13:03

                        Sans vouloir polemiquer je pense que vous devriez lire le dernier livre de Georges Charpack « de Technobyl en Tchernobyls » qui presente bien la problematique de l’energie nucleaire ( elle est absolument necessaire,c’est le meilleur moyen de lutter contre le fleau du réchauffement climatique ,la question de la securité des centrales ne tient pas à leur technologie mais au laxisme de ceux qui les surveillent et les entretiennent,il n’y aura pas de probleme d’approvisionnement en uranium dans le futur...), et je crois qu’on ne peut soupçonner l’auteur de se désinteresser de l’ecologie .


                        • Yaarg (---.---.11.162) 16 février 2006 11:41

                          L’eau est utilisée par l’industrie nucléaire, soit comme transporteur de chaleur, car l’eau est capable d’emmagasiner, de transporter en son sein, puis de restituer de très grandes quantités d’énergie, soit comme refroidisseur.

                          Au cœur même des centrales, de l’eau sous pression circule en effet dans un circuit fermé : elle voyage entre les éléments de combustible nucléaire, sans jamais entrer en contact avec le combustible lui-même, et ce faisant emmagasine la chaleur produite par les réactions nucléaires ; elle sort ensuite du réacteur pour circuler autour d’un second circuit fermé dont elle chauffe l’eau qu’elle transforme en vapeur ; refroidie, elle est ensuite renvoyée dans le réacteur.

                          La vapeur d’eau produite dans le second circuit sert à entraîner des turbines couplées à des alternateurs et à produire ainsi de l’électricité. Mais son office rempli, elle doit ensuite être refroidie.

                          Pour ce faire, et lorsque c’est possible, c’est l’eau d’une rivière proche qui est utilisée. D’énormes quantités d’eau sont ainsi prélevées aux milieux aquatiques dont la majeure partie cependant est restituée après usage. Mais entre-temps, cette eau s’est réchauffée. Plus chaude de quelques degrés, elle va donc légèrement augmenter la température de l’eau de la rivière, un réchauffement que l’on peut sentir sur plusieurs centaines de kilomètres et qui perturbe largement les écosystèmes notamment par eutrophisation.


                          • fred (---.---.126.218) 18 février 2006 00:21

                            J’aimerais que vous fassiez la distinction entre énergie et électricité.. Si, en France, plus de 80% de l’électricité provient du nucléaire, cela ne pèse « que » 20% environ dans la consommation d’énergie (moins de 6% dans le monde).

                            Par ailleurs, si le nucléaire produit peu de gaz à effet de serre, ce n’est pas pour autant la solution pour enrayer les changements climatiques comme on l’entend trop souvent. On l’a vu, en France, le nucléaire, c’est environ 20% de énergie. Pour remplacer le pétrole et le gaz, il faudrait donc construire une multitude de nouveaux réacteurs (où ?)... et les alimenter avec un combustible dont même le CEA reconnaît les limites proches.

                            Arrêtons de fantasmer, sobriété et efficacité énergétique couplées à une programme de développement des énergies renouvelabes est bien plus cohérent !


                            • pierre (---.---.48.65) 18 février 2006 18:26

                              L’énergie nucléaire n’est pas la solution unique pour diminuer de 4 ou 5 fois les émissions de CO2. Cependant, sans utilisation du nucléaire cette diminution serait complètement utopique (voir par exemple les rejets de CO2 par habitant en France par rapport à ceux de l’Allemagne, le Danemark, l’Italie etc. pays peu équipés en nucléaire).

                              Quant aux réserves d’uranium dans le monde, il faut observer que la quantité des ressources ne tiennent compte que des mines connues soit environ 80 ans de production actuelle, il faudrait probablement multiplier par un facteur d’au moins 5 ou 10 pour les réserves probables non découvertes à ce jour. Du fait de l’excédent actuel et depuis plus de 20 ans, d’uranium, cette substance est peu recherchée actuellement mais est très usuellement fréquente dans beaucoup de matières, de plus l’exploitation marine donnerait un potentiel quasi infini.

                              Les surgénérateurs, prévus vers 2050, augmenteraient les resources d’un facteur environ 60 fois.

                              Il n’y a donc aucun risque de pénurie à l’horizon d’une dizaine de millénaires, ensuite viendront les réacteurs de fusion et l’énergie solaire photovoltaïque. Cordialement.


                            • christian (---.---.38.27) 21 février 2006 23:50

                              En réaction à tous ces commentaires sur l’énergie nucléaire, il est intellectuellement honnête de constater que les programmes énergétiques nucléaires qui se sont mis en place sur toute la planète de l’est à l’ouest, ne l’ont pas été pour des raisons rationnelles écologiques ( le mot n’était pas né quand les premières centrales sont sorties de terre) de protection contre l’effet de serre, et encore moins pour des raisons d’indépendance énergétiques, ou/et des raisons économiques.

                              Le nucléaire est effectivement une manifestation de la puissance d’état qui se doit d’assurer le contrôle des populations qu’il a en charge.

                              La france pays jacobin en est la caricature mondiale.

                              La haute technicité, le caratcère infiniment dangereux du combustible, car irréversiblement radioactif, et indéniblement militaire, impose de fait un contrôle d’état, un contrôle policier et un controle techoncratique qui ne laisse plus aucun choix démocratique possible.

                              Nous pouvons toujours faire des choix d’énergies ( pétrole charbon, gaz, éolien, solaire, huile de tournesol, etc...) en fonction de nos moyens, de nos convictions.

                              Imaginez quel tolé et comment serait considéré un gouvernement qui imposerait aux citoyens de ce pays de ne consommer que de l’huile de tournesol.

                              Et bien c’est ce qu’il s’est passé pour l’électricité nucléaire en france, imposée à tous les français sans débat démocratique et avec des centrales renouvelées sur l’autel de l’effet de serre.

                              Tout le reste n’est que justifications techniques et économiques qui n’ont pour seule réalité que le point de vue avec lequel on les regarde.

                              Et pendant que les chiens (techniciens-écolos,etc..) se bouffent le nez, les vaches ( le bon peuple) sont bien gardées.

                              Au passage ce sont les Egyptiens et le bien connu Ramses II qui ont inventé l’expression ’Temple des Millions d’Années« . mais ce sont les physiciens Enrico Fermi et Leo Szilard et surtout Fermi qui construisit la première pile atomique du monde en décembre 1942, et qui de fait lança la première pierre des vrais ’Temple des Millions d’Années » que sont les centrales nucleaires avec leur productions de déchets.

                              Partant de ce simple constat comment, que l’on soit technicien, homme politique, citoyens du pays des droits de l’homme, peut on décider de l’avenir sanitaire de la planéte pour des millions d’années, sans mettre l’enjeu de cet avenir entre les mains des premiers concernés, cad nous ?

                              Au passage ces pays ont décidé, Suède (1980), Italie (1987), Belgique (1999) et Allemagne (2000) l’arrêt de l’utilisation de l’énergie nucléaire pour la production d’électricité et le démantèlement des centrales nucléaires.(il n’y a donc, la non plus, pas d’europe nucléaire )

                              Pourquoi est-il encore besoin en france de débattre avec des arguements technocratiques, économiques et écologiques, du nucléaire.

                              Posez vous la question, la réponse est tellement évidente, il n’a en france plus d’état sans : 1- la défense nucléaire 2- les centrales nucléaires dont elles sont nées.

                              Et maintenant jugez de l’ampleur de la tache, elle est politique, et comme la-dessus il ya un consensus droite gauche et même vert (car on leur a fait comprendre depuis longtemps, pas de poste au gouvernement si anti-nucléaire).

                              Le débat démocratique sur ce sujet verra-t-il le jour en france au cours de ce siécle, pas sur !

                              Au passage un message au génial inventeur d’Agoravox, il serait bien d’apporter quelques précisions claires à ce texte et non pas « enfouies dans conditions générales d’utilistaion » merci :

                              « Pour vérification, des informations sur votre connexion (tel que votre adresse IP) seront mémorisées avec ce commentaire. »

                              1 - Pour quel objet- en réponse à qu’elle législation ? 2 - mémorisées pendant combien de temps ? 3 - l’intéréssé a-t-il accès à ce stokage ? comment ? par qui ?


                              • nico (---.---.233.199) 1er mars 2006 02:01

                                En plus de mon commentaire fait plus haut sur ce qui me semble être la raison du choix du nucléaire en France,

                                J’ajouterais la remarque suivante à l’attention de Christian :

                                Je me félicite qu’en France le contrôle du nucléaire civil soit effectué par un organisme financé par l’état. Laisser ce contrôle au privé (au sens large : société de contrôle technique, associations...) serait très dangereux pour la sûreté à terme, car il serait beaucoup plus difficile d’assurer l’indépendance de l’organisme de contrôle.

                                Alors dans un sens, heureusement que cette puissance d’Etat existe, dans la mesure où elle contribue à la sûreté. Pour ce qui est du choix démocratique, les français n’ont jamais mis au pouvoir un parti qui exige la sortie du nucléaire, alors que ce parti existe. Pourquoi ? Probablement pour deux raisons :

                                1/la question des choix énergétiques n’est pas au centre des préoccupations de la majeure partie de nos concitoyens

                                2/les choix énergétiques de la France conviennent à une bonne partie de nos concitoyens.

                                Et tant qu’on parle de démocratie : si les Verts étaient élus comme parti majoritaire, prendraient ils le risque d’un référendum sur la question de la sortie du nucléaire ? Rien n’est moins sûr, la réponse n’étant pas acquise d’avance. Pourtant, la démocratie suppose que le peupe à raison (mais c’est un autre débat !). A ce propos en France un débat sur l’énergie a eu lieu en 2004 et a aboutit à une loi (Loi n° 2005-781 du 13 juillet 2005), et il faut bien reconnaître qu’il n’a ni fait la une des journaux, ni mobilisé les foules. Dommage. Un rendez-vous manqué avec la démocratie que vous appelez de vos voeux ? Nul doute que si autant de personnes étaient descendues dans les rues pour le retrait du nucléaire que pour la contestation de la politique sociale du gouvernement, l’assemblée en aurait tenu compte.


                              • christian (---.---.22.247) 16 mars 2006 00:00

                                De Christian Je réagis un peu tard à votre réaction, mais je ne suis pas au jour le jour les réactions à commentaires, veuillez m’en excuser.

                                Je vous rejoins dans vos propos et sur votre conclusion. Mais aujourd’hui encore plus qu’hier, il nous faut palier sans arrêt par une prise de parole haute et forte les tentatives et dérives de puissance des etats ou « multinationales d’actionnaires » quand elles vont à l’encontre de façon tellement évidentes de la société des hommes et de la planète qui leur a permis naître.

                                Le nucléaire est avant tout, je le répète une stratégie politique de puissance, qui n’est en rien mécaniquement lié à des besoins énergétiques ou des pseudo justifications écologiques ( qui, je le rapelle encore, n’existaient pas en france il y a 30 ans).

                                Pour la démocratie : celle-ci n’existe que dans la conscience des peuples ; il y a de la conscience 0 à l’expression libre et active, une infinité de graduation.

                                Et toutes les volontés de puissance de la planète (économiques avant tout et politique par nécessité) savent bien qu’il faut maintenir le curseur de la règle de la conscience au plus au plus bas : c’est une des conditions première de leur survie.

                                En cela elles ne favorisent en rien l’émergence d’une Intelligence Collective si chére à Joël de Rosnay, co fondateur d’Agoravox.


                              • Jean Vladimir 22 septembre 2007 18:15

                                Vite : l’énergie atomique inoffensive et inépuisable, page 8 du site www.savoir-ce-qu-est-l-univers-et-ce-que-nous-avons-a-y-faire.net.

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