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Accueil du site > Actualités > Environnement > On aurait déterminé l’âge du chaînon manquant !

On aurait déterminé l’âge du chaînon manquant !

Ah ce fameux chaînon manquant, cet être mythique établissant la jonction entre le singe et l’Homme !

Cela fait plusieurs décennies qu’au fil des découvertes, cette date inconnue semblait reculer dans le temps du fait de la découverte d’hominidés de plus en plus anciens. Australopithecus sediba,le plus ancien membre de la famille Homo connu à ce jour, vivait voici près de 2 millions d’années, selon le mode de datation aujourd’hui en vigueur. Mais entre le premier Homo (s’il est bien le premier) et les singes existait un temps peuplé d’hominidés remontant jusque 6 millions d’années : Ardipithecus ramidus retrouvé en Ethiopie et vieux de 4,4 millions d’années ainsi que Sahelanthropus tchadensis et Orrorin tugenensis qui vont sur leurs 6 ou 7 millions d’années De nombreux paléontologues pensent depuis longtemps que la jonction a du avoir lieu dans ces eaux-là, vers 7 millions d’années mais sans fossiles ad hoc sous la main, impossible à prouver.

La génétique a permis une nouvelle approche, dite de l’horloge moléculaire, consistant à utiliser le taux de mutation d’un génome donné, permettant d’en déduire l’âge si l’on connait sa configuration d’origine et son taux de mutation. Le temps écoulé depuis la dernière spéciation est alors proportionnel au niveau de différence entre les deux génomes Ne disposant pas à l’époque de données pour calculer le taux de mutation, les chercheurs se sont tournés sur les Ourang-Outans dont on estime, à la grosse louche, que la lignée pré-humaine s’est séparée voici 10 à 20 millions d’années. Le calcul fit apparaître un taux de 75 mutations par génération. Utilisant ce taux, le calcul placerait la différentiation homme-chimpanzé à 4 millions d’années, au pire 6 millions. Ce qui ne colle pas avec les observations des paléontologues, qui comme on l’a vu ci-dessus connaissent des hominidés ayant à peu près cet age, et qui n’auraient pas pu se différencier à ce point des chimpanzés en si peu de temps. Selon cette conclusion génétique, le vrai hominidé le plus ancien devait être Australopithecus (Lucy, vieille de 3 à 4 millions d’années) et les autres des accidents de la nature. Il y avait donc vraisemblablement un problème avec l’estimation du taux de mutation génétique.

De fait, des études très récentes ont pu observer le taux de mutation du génome humain entre parents et enfants quasiment en temps réel, et sur une échantillon de 78 enfants cela donne un taux de 36 mutations (Nature, vol 488, p 471). L’horloge moléculaire humaine tourne en fait nettement moins vite sur précédemment supposé, ce qui repousse d’autant le moment de la séparation, mais de combien exactement ? Pour cela if faut connaître la durée d’une génération d’humains et de chimpanzés. La première est connue de longue date, et la seconde est donnée à 24,5 ans par une récente étude (PNAS, vol 109, p 15716). Ce qui donne une date de séparation homme-chimpanzé d’au moins 7 millions d’années, et pouvant aller jusqu’à 13 millions d’années. Une étude complémentaire précisant le taux de mutations dans l’ADN d’un large échantillon de 85 000 Islandais semble indiquer une date probable de l’ordre de 7,5 millions d’années. Voilà qui permet de réinstaller les très vieux hominidés dans la lignée humaine !

Cela dit, tout n’est pas joué car si on applique ce nouveau taux de mutation pour retrouver la date de séparation de la lignée des Orang-Outans, on arrive à 30 millions d’années – ce qui dépasse la limite des 20 millions d’années donnée par les fossiles. Une explication possible serait liée au fait que plus les corps prennent de l’ampleur, plus le taux de mutation ralenti et donc les Orang-Outans auraient mutés plus rapidement au début, permettant de ramener le calcul dans la fourchette de la datation fossile. Mais cela est loin de constituer une preuve.

De ceci découle que notre différentiation en tant qu’humains est nettement plus ancienne que précédemment évoqué. On a longtemps pensé que la sortie d’Afrique datait de 50 000 ans, mais l’utilisation des nouvelles données repousse cette période à entre 90 000 et 130 000 ans ! Ce qui pourrait faire un lien avec cet autre billet de ce blog intitulé “L’Homme ancien est de moins en moins ce qu’il était” et qui parle d’une forme de représentation symbolique datant de cette période, alors que l’anthropologie classique situe l’apparition de la compétence symbolique chez Homo à pas plus de 35 000 ans.

Ces nouvelles mesures semblent également confirmer l’apparition de Homo heidelbergensis, ancêtre de l’homme de Néandertal et donc la séparation d’avec notre lignée, voici 500 000 ans. D’autres dates communément admises vont ainsi vraisemblablement se retrouver décalées vers le passé. L’Homme est vieux, plus vieux qu’on ne le croyait et je suis disposé à parier que plus on cherchera, plus on s’apercevra que nos compétences cognitives de Sapiens Sapiens ne sont finalement pas si récentes que cela non plus.

 

Source : New Scientist 


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6 réactions à cet article    


  • nemotyrannus nemotyrannus 28 novembre 2012 10:39

    des nouvelles données repousse cette période à entre 90 000 et 130 000 ans !


    Oui , on dit qu’il y a eu au moins deux sorties d’Afrique , la première passant par l’Egypte , alors pas encore tout à fait un désert , qui mena à une impasse car on perd rapidement la trace de ces gens vers -95 000 ans en Israël , la seconde serait passée par la péninsule arabique il y a 70 000 ans , à la faveur d’une baisse du niveau de la mer pour ensuite s’étendre pour de bon à travers le monde .

    • nemotyrannus nemotyrannus 28 novembre 2012 18:18

      Ha ha , oulah , tout ça est bien trop compliqué pour moi , l’histoire contemporaine je ne m’y risquerai pas smiley


    • gaijin gaijin 28 novembre 2012 11:40

      et si c’était nous ?
      le chainon manquant vers la véritable humanité
      et si l’être humain n’était qu’un potentiel vers lequel les singes sapiens sapiens que nous sommes étaient en train d’évoluer ?
      un peu d’ humilité ( ou de lucidité ) nous permettrait d’ admettre que nous ne sommes pas le sommet de l’ évolution ....


      • lulupipistrelle 28 novembre 2012 13:45

        Oui enfin les thèses officielles évacuent certaines réalités, comme l’implantation hydrodynamique de notre pilosité sans pareille chez les autres primates...et cette recherche du chaînon manquant est bien obscure... 


        Vous allez un peu vite en besogne : si Homo heidelbergensis est l’ancêtre de l’homme de Néanderthal , alors il est aussi le nôtre, puisque désormais on reconnait que nous avons entre 1 et 4-5% de gênes néanderthaliens...

        J’adore lire les résultats des derniers travaux en paléontologie... l’homme de Denisova, l’homme de Florès et autres... Il semble bien qu’on en soit à 6 branches distinctes... 

        Donc dans ce domaine, tout peut être remis en question en permanence... c’est passionnant, dans tous les sens du terme.

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