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Pour un développement durable désenchanté (1)

Lorsqu'on parle d'écologie, tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut changer de comportement afin de sauver la planète. Quant à savoir comment changer nos modes de vie, c'est le désaccord le plus complet qui règne. Faut-il des taxes vertes ? Encourager la décroissance ? Comment faire évoluer les mentalités ? 

Cette première partie aborde le problème de l'exploitation de la nature et la responsabilité humaine quant à l'environnement, afin d'introduire à la notion de développement durable. 

 

L'écologie : une solution incontestée... à des problèmes jamais bien posés

Tout le monde est aujourd'hui d'accord pour dire que l'écologie est l'une des préocuppations les plus importantes de notre époque, qu'elle est peut-être l'enjeu non seulement politique mais tout simplement humain du 21è siècle. 

Une fois cet accord posé, plus personne n'arrive à s'entendre. On disserte sans fin sur les mérites et inconvénients comparés du diesel et de l'essence. Qu'est-ce qui pollue le plus : un car peu rempli ou un avion bien plein ? Un TGV roulant à l'énergie nucléaire ou une voiture à bio-carburant ? Couper l'eau pendant qu'on lave la vaiselle ou qu'on se shampouine, est-ce un geste qui change tout ou une mesure dérisoire pour se donner bonne conscience ?... Si je prends les transports pour aller au travail mais que je pars une fois par an en Asie, est-ce que mon empreinte écologique est plus grosse que celle d'un PDG qui va en voiture au bureau mais jamais à l'étranger ? Autant de questions qui semblent inextricables. 

Nous attendons énormément de l'écologie, mais nous attendons bien souvent que ce soit les autres qui la respectent et la mettent en place : mon voisin, les entreprises, les hommes politiques. Les autres en somme.

La vérité, c'est que les politiques environnementales ont peu de chances de s'appliquer un jour si notre comportement au quotidien ne change pas. On n'impose finalement pas grand'chose aux gens quand ils ne le veulent pas -ou alors, par la contrainte. L'écologie politique ressemble de plus en plus à un prétexte à inventer de nouveaux impôts : taxe carbone, taxes vertes.... Etait-ce pour en arriver là que nous avons pris conscience du danger pour l'environnement que représente l'homme ? On dégringole des grandes déclarations à la mise en place d'un nouvel impôt. Nous ignorons encore si nous pourrons sauver la Nature, mais il est certain que les fonctionnaires du fisc vont avoir du travail. Eux au moins sont à l'abri de la crise ! 

On le voit, personne ne conteste la nécessité d'être plus "écolo", mais personne ne sait au juste ce que cela signifie. Etrange situation où tout le monde a la réponse, mais bien peu savent poser les bonnes questions. 

 

Une nécessaire prise de conscience individuelle et collective

La solution, on le voit, ne peut venir de la délégation permanente de responsabilité. Il n'est plus possible d'attendre que les autres commencent à économiser l'énergie. Si moi-même je gaspille, je n'ai aucun droit à exiger quoi que ce soit des autres ; et je deviens carrément odieux si je dis que les autres n'ont qu'à s'y mettre. Ce qu'il faut changer, ce sont d'abord les mentalités et les comportements. Compter sur la bonne volonté et les résolutions de chacun pour que, peu à peu, il y ait une prise de conscience globale. Cela ne peut se faire par les moyens habituels de la propagande étatique ou commerciale -sans quoi, c'est que nous nous y prenons bien mal, que nous n'avons pas encore "dépollué" notre esprit des vieux réflexes grégaires : une instance dirigeante ordonne et tout le monde suit. Les initiatives peuvent venir de chacun, dans son immeuble, son quartier, sa région. Nous n'avons plus besoin d'attendre des directives d'un gourou, d'un ministère bienveillant (manger, bouger...) ou de la dernière campagne de com' d'une chaîne de supermarché (produits étiquetés "bio"), pour devenir des individus responsables. 

Plus nous serons capables nous-mêmes de prendre des décisions, dans notre vie quotidienne, moins nous aurons à subir la pression de l'arme législative ou fiscale. Moins on agit par raison, plus on doit obéir à la loi. La vraie inconséquence aujourd'hui est de tout attendre des béliers de tête qui mènent le troupeau. Il est vrai que dans nos démocraties où le peuple, dit-on, est souverain, nous passons la plupart de notre journée dans des institutions qui ne le sont guère... C'est le rapport au pouvoir, à la délégation d'autorité qui est à revoir. 

La crise environnementale est une occasion pour l'homme de gagner en mâturité. Nous aurions bien besoin d'une nouvelle philosophie des Lumières, pour nous faire sortir des ténèbres de la mentalité productiviste et du mythe du Progrès, entendu comme développement illimité de l'industrie humaine. De nouvelles Lumières pour contrecarrer les dérives néfastes des anciennes et, en fait, pour revenir à leur principe : la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui-même responsable (Kant). Si l'homme en est arrivé là, la responsabilité n'en incombe qu'à lui-même : il a accepté de vivre sous la tutelle de diverses idéologies politiques, religieuses, économiques... qui l'ont amené à se proclamer au-dessus de la nature : croissez et multipliez, enrichissez-vous... Croissance, développement sont ainsi devenus synonymes de progrès. L'homme est aujourd'hui le seul à pouvoir sortir de cette dérive, qui menace aujourd'hui l'environnement, donc aussi bien la survie de l'homme comme espèce. C'est toujours dans les moments de crise que l'on se met à grandir, quand on n'a plus le choix...

Du reste, il ne faut pas voir ces "Lumières" comme une révolution spectaculaire, qui va balayer d'un coup l'obscurité. Il faudrait plutôt à des lucioles qui s'allument, une à une dans la nuit, comme autant de consciences qui s'éveillent. Les écologistes parlent aujourd'hui de modèle de pollinisation : une bonne idée pousse quelque part puis elle se répand, on la reprend et on la diffuse autour de soi. Les bonnes idées, voilà déjà une source d'énergie qui ne s'épuise pas quand on la consomme, et qui ne fait que croître à mesure qu'on l'utilise. 

 

Abeille recouverte de pollen

 

Les appétits de domination

L'homme s'est cru pendant plus de deux siècle tout permis. Il a fait de la Nature une vaste exploitation, dont il faut tirer le maximum de ressources avec le meilleur rendement. Heidegger dit que nous comprenons désormais la nature comme un fonds de réserve dans lequel puiser. Nous dégradons de ce fait considérablement notre existence, en ayant plus avec le monde qu'un rapport strictement technicien et prédateur.

On dit souvent que l'occident moderne voue un culte à l'Argent. Il en voue certainement un autre à l'Énergie, et cela est moins remarqué. Et derrière l'utilisation d'énergies de toutes sortes, se cache le culte de la Puissance, entendu comme puissance d'action sur la nature et sur l'homme. C'est l'exploitation à toute force des ressources naturelles et des "ressources humaines" pour produire toujours plus. A force, on ne sait même plus à quoi cela mène. De l'argent, toujours plus d'argent, de l'exploitation et de la dépense énergétique, mais dans quel but ? Il y a là une sorte de mentalité virile mal placée : ma grosse usine, ma grosse bagnole, ma grosse exploitation agricole... Ce que Zola décrivait comme les "gros appétits"... Bien souvent, se sentir maître de sa vie passe par l'admiration non-dite pour ses figures de conquérants ou de "capitaines d'industrie". Nous n'aimons que trop ceux qui dominent et asservissent les autres. Vieille habitude servile, dirait Nietzsche, de s'agenouiller devant la force. 

 

La responsabilité humaine dans la dégradation de l'environnement

Nous sommes enivrés de cette puissance, l'heure serait venue de nous en dégriser. Là est sans doute l'obstacle principal à l'avènement d'une mentalité véritablement écologique : notre appétit immodérée pour la maîtrise sur le monde. Aujourd'hui, cette maîtrise est si grande et si étendue qu'elle devient une menace pour l'environnement. Ce qui était une évidence devient une question : l'environnement n'est plus seulement l'air, l'eau, la nourriture dont nous avons besoin et dont nous sommes dépendants. C'est l'environnement qui est devenu dépendant de l'homme. 

C'est notre rapport au monde lui-même qui est à revoir. Nous sommes dans une optique, héritée d'un cartésianisme abâtardi, qui voudrait que l'homme soit comme maître et possesseur de la nature. Descartes voulait le développement de la science, surtout de la médecine, pour améliorer la durée de la vie humaine et la force de son corps, convaincu qu'un être sain est plus apte à la vertu. Pour Descartes, la science et la médecine n'avaient donc de sens que dans cette perspective morale et philosophique : contribuer au développement de la raison et de la sagesse, en rendant l'homme davantage maître de lui-même. Depuis, nous avons beaucoup oublié la maîtrise sur nos passions, pour nous concentrer seulement sur la maîtrise de la nature... L'homme est tellement devenu comme maître et possesseur de la nature qu'il risque bien de succomber à cette maîtrise s'il n'apprend pas à se maîtriser soi-même. 

Se maîtriser, cela signifierait en l'occurrence : devenir capable de poser des limites à ses passions, donc à ses désirs. Sans que le législateur ait besoin d'intervenir pour obliger tout le monde à se restreindre. N'attendons pas que la sécheresse soit déclarée pour arroser moins notre jardin. Ne mettons pas la clim' dans la voiture, juste parce que si je ne l'utilise pas, le circuit va s'encrasser. C'est une question de conscience, de prise de responsabilité individuelle et collective. Le but n'est pas de se culpabiliser de prendre sa voiture pour aller en vacances. C'est de mettre des limites à ses appétits. Le but de la vie humaine n'est pas de jouir du maximum de plaisirs. On ne devient pas heureux en satisfaisant tous ses désirs mais en décidant en conscience lesquels on veut tenter de réaliser. Le malheur vient non du désir, mais de l'illimitation du désir. Cette antique sagesse redevient plus que jamais d'actualité quand on sait que ce n'est pas seulement notre bonheur qui est menacé, mais un équilibre sain et viable sur la planète. 

 

Un développement responsable ?

Il s'agit de refonder l'écologie sur des bases humaines assumées. Pour continuer à notre train de vie actuel, il nous faudrait deux ou trois planètes. Et quand bien même nous les aurions, nous en profiterions pour ne rien changer à nos habitudes de gaspilleurs irresponsables -si bien que l'essentiel serait manqué : nous continuerions à vivre, insouciants, tyrannisés par nos désirs, inconsistants dans nos envies. Bref, nous ne changerions rien à notre comportement d'enfants capricieux. Nous trouvons très urgent de découvrir de nouvelles sources d'énergie, sans trop nous préocupper de changer de mentalité. Le développement, oui, mais à quel prix ? Combien de temps ? Sur quelles bases ? 

Comment penser un développement durable responsable ?... A quels changements dans nos modes de vie ménerait-il ? 


Pont suspendu au Costa Rica

 

Dans la prochaine partie, je m'intéresserai au développement durable et aux pièges de cette notion que l'on passe rarement au crible de l'analyse. 

 

Pour aller plus loin : 

- René Descartes, Les passions de l'âme

- Emmanuel Kant, « Réponse à la question : Qu’est-ce que les Lumières ? ». Texte intégral.

- Michel Puech, Développement durable : un avenir à faire soi-même, Le Pommier, 2010. Livre auquel j'emprunte le plus pour cette tribune. Je vais avoir l'occasion d'en reparler. 


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3 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 14 avril 2012 13:58

    les hyper balacent des millions de tonnes de bouffe chaque annee


    • wawa wawa 14 avril 2012 16:44

      Finalement, l’écologie, c’est comme les impôts : elle est juste et équitable quand c’est les autres qui payent ( ou se restreignent)

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rahsaan


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