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Pour une histoire du covoiturage

Le covoiturage est né dans les années 60. Depuis, il a beaucoup évolué, avec très récemment le développement du covoiturage dynamique. Retraçons l’histoire de ce mode de transport alternatif économe et écolo.
 
Le covoiturage consiste en l’utilisation commune d’un véhicule par un conducteur non professionnel et un (ou plusieurs) passager(s) dans le but d’effectuer tout ou une partie d’un trajet commun. Il existe deux façons d’utiliser le ou les véhicules : utilisation à tour de rôle du véhicule de chacun des covoiturés, qui est ainsi alternativement conducteur et passager ; utilisation d’un seul véhicule et participation des passagers aux frais de déplacement (essence, péage).

 

Ce mode de déplacement permet de diminuer les frais de transport en divisant le coût du trajet par le nombre de passagers et de réduire le trafic et la pollution. Il permet aussi de restaurer une certaine communication qui a disparu dans les transports en commun. Cependant, le covoiturage ne peut, en aucun cas, être source de profit, il n’interdit pas la possibilité d’une participation financière aux frais de transport mais le conducteur ne doit pas faire de bénéfices (le covoitureur prendrait sinon le statut de transporteur au titre de la LOTI).

On distingue aussi trois types de trajets de covoiturage :

  • il y a les trajets réguliers, c’est-à-dire les trajets qui se font de manière hebdomadaire (au moins une fois par semaine). Les trajets quotidiens (ou journaliers) font généralement référence aux trajets entre le lieu de résidence et le lieu de travail (également trajets scolaires).
  • Les trajets occasionnels sont, comme leur nom l’indique, occasionnels ; c’est-à-dire qu’ils n’ont pas (ou peu souvent) vocation à se répéter dans le temps. Ce sont des trajets principalement longue distance très utilisés pour les départs en vacances et les événements à travers l’Europe (soirées, concert, festival…).
  • Pour ce dernier cas, on parle de covoiturage événementiel.

Le covoiturage de crise est nettement moins répandu et beaucoup plus informel. Il s’agit en fait de covoiturer lorsque vous ne pouvez pas utiliser votre moyen de locomotion habituel (panne, grèves des transports collectifs, accident corporel…).

 

Le covoiturage permet de lutter efficacement contre les encombrements aux heures de pointe car il entraîne une hausse du taux d’occupation des véhicules (inférieur à 1,3 dans la plupart des grandes villes françaises) tout en diminuant leur nombre sur la route.

Des années 1980 à nos jours
Aux États-Unis, la crise pétrolière de 1973 a véritablement entraîné le développement du covoiturage. De nombreuses associations se sont montées pour encourager salariés et étudiants à partager leur véhicule sur les trajets quotidiens « domicile-travail » et « domicile-université ». Parallèlement, une politique incitative de construction de voiries réservées aux véhicules à fort taux d’occupations (High Occupancy Vehicle lanes ou HOV lanes) a été mise en place.

En Europe, le covoiturage s’est développé essentiellement à partir des années 1990 ; quelques pays se sont dotés d’outils facilitant et stimulant le covoiturage. Les Pays-Bas ont investi dans des campagnes nationales d’informations, deux grandes associations organisent le covoiturage en Allemagne depuis 1980 et la Belgique fournit une base de données nationale sur laquelle chaque entreprise peut organiser son covoiturage.

De nombreuses expériences ont vu le jour en Europe grâce à des financements de l’Union européenne dans le cadre du programme de recherche ICARO. L’acronyme ICARO, en anglais Increase of CAR Occupancy, signifie augmenter le taux d’occupation des véhicules par des mesures innovantes et des outils techniques. Ce programme a débuté le 1er janvier 1997 et s’est achevé en mars 1999. Il a débouché sur de nombreuses expériences comme en Autriche avec l’aménagement de parcs de stationnement aux nœuds autoroutiers, un programme de stationnement réservé pour les véhicules à taux d’occupation élevé en Suisse ou encore à Leeds, en Grande-Bretagne, où une voie réservée aux bus, vélo et covoitureurs a été introduite le long d’une section de route.

D’autres expériences ont été lancées en République Tchèque, en Belgique, aux Pays-Bas ou encore en Espagne. La France ne s’est intéressée au covoiturage que très tardivement. Bien qu’il existe déjà des traces de covoiturage informel dès les années 1960-1970 (association Allostop), notamment entre les étudiants, il faut attendre la paralysie des transports collectifs des grandes grèves de 1995 pour voir apparaître les premières traces de covoiturage organisé.
D’après une enquête SOFRES et à la demande du conseil régional d’Île-de-France, l’Agence régionale de l’environnement et des nouvelles énergies (ARENE) a conclu que pendant cette période, la population s’est organisée et le covoiturage serait passé en Île- de-France de 6 à 11 % dans les déplacements domicile – travail. De plus, et suite à de graves problèmes de pollution dans les grandes agglomérations, les autorités ont mis en oeuvre un système de circulation alternée à Paris qui restreint le droit de circuler à certaines catégories de véhicules, notamment les véhicules à fort taux d’occupation, lors des pics de pollution.

Mis à part cela, aucune politique publique n’est venue appuyer les initiatives d’associations créées depuis 1995, qui n’ont touché qu’un public de convaincus. Il faut attendre les années 2000 pour voir apparaître les premiers signes de soutien des collectivités locales aux associations de covoiturage. Ces soutiens sont principalement financiers, ils ont entre autres permis de réaliser des campagnes d’information et de sensibilisation dans les entreprises et de financer l’achat de matériel et d’outils techniques de mise en relation.

Parmi les quelques cas de covoiturage en France, on peut noter l’exemple de l’autoroute A14. L’autoroute A14 est une autoroute à péage de 15,6 km qui double l’autoroute A13 et la RN13 entre Orgeval et Nanterre en Île-de-France. À la demande du ministère des Transports, la Société des autoroutes Paris-Normandie (SAPN), société concessionnaire, a instauré un péage gratuit pour les véhicules à taux d’occupation élevée. L’étude expérimentale de promotion du covoiturage a été lancée à la fin de l’année 1996 pour une durée d’un an. Une carte, valable 2 ans, avec photo, est remise au conducteur sous réserve d’un dépôt de garantie de 30 € TTC lors de la souscription ; cette somme est remboursée contre restitution de la carte. La gratuité du péage est alors garantie au titulaire de la carte d’abonnement Covoiturage A14 transportant 3 personnes ou plus dans un véhicule de classe 1. L’abonnement est limité à un aller-retour par jour du lundi au vendredi de 6 h à 21 h. Le vendredi, le passage après 13 h est gratuit, à condition d’avoir effectué un passage le matin en sens inverse. Pour assurer le respect du dispositif, le système dispose d’un guichet spécifique avec un agent de la SAPN chargé de vérifier la régularité du nombre de personnes à bord des véhicules.

Plus récemment, on peut citer comme tendance le covoiturage dynamique. Une start-up incubée à Sciences Po avec le soutien d’Oseo et de l’Ademe, Covivo, s’est lancé sur cette part du marché du covoiturage. Dès qu’ils sont connectés au réseau Covivo (via leur iPhone, par exemple), conducteurs et passagers sont informés en temps réel des possibilités de covoiturage. Cette innovation, portée par deux Lorrains, Matthieu Jacquot et Marc Grosjean, est également soutenue par la région Lorraine.

D’autres pistes encore sont évoquées pour renforcer ce mode de transport, comme la création de polices d’assurance au kilomètre parcouru et couvrant les risques du covoiturage, de quoi mobiliser les personnes roulant peu ou roulant collectivement.

Source : Centre d’Etudes sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques, octobre 2007.


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2 réactions à cet article    


  • johnford johnford 13 mars 2010 22:32

    Sous des atours écolos on retrouve le message de M6 :
    Vous n’avez plus les moyens de payer l’essence ? ne vous révoltez pas, faites du covoiturage.
    Vous n’avez plus les moyens d’être propriétaire ? ne vous révoltez pas, construisez votre maison vous-même.
    Vous n’avez plus d’emploi et aucune perspective d’avenir ? ne vous révoltez pas et devenez auto-entrepreneur.
    etc..


    • bisson 4 avril 2011 14:52

      @ johnford,

      Bjr,

      C’est pas faux.

      A la petite nuance fondamentale près que : 

      Construire sa propre maison et monter sa propre entreprise relève de la pulsion individualiste (sans conotation) qui modifie depuis quelques temps notre système sociétal. 

      Alors que le covoiturage fait appel à un comportement différent : aller vers l’autre,
      et dessine une autre tendance : le développement de la solidarité et du comportement social (à prendre au pied de la lettre).

      Près pour la révolution solidaire ?

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