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Accueil du site > Actualités > Environnement > Pourquoi le super-ouragan Patricia s’est-il effondré ?

Pourquoi le super-ouragan Patricia s’est-il effondré ?

On l’annonçait comme le plus intense de toute l’Histoire. Il était potentiellement dévastateur. Au menu : glissements de terrains et inondations, avec jusqu’à 76 cm d’eau prévue. Cela ne s’est passé ainsi.

Une croissance explosive

La tempête tropicale, devenue l’ouragan Patricia, de force 5 donc majeur, a commencé à se dégonfler avant d’atterrir, c’est-à-dire de toucher le sol de la côte mexicaine. Mais il a d'abord surpris par son intensité en mer. Quelques heures avant cet atterrissage les vents annoncés, mesurés sur une minute, atteignaient 270 kmh, avec des pointes au-delà de 380 kmh dont je n'ai pas trouvé confirmation dans les archives, le maximum déclaré atteignant 321 kmh. 

La tempête tropicale d’origine a donc d’abord été reclassé ouragan de force 5 le jeudi 22. Le National Hurricane Center parlait d’une croissance explosive : Patricia avait gagné 4 classes en à peine 24 heures. De quoi craindre le pire. Le gouvernement mexicain a multiplié les annonces les plus alarmistes. Je comprends qu’il y avait une volonté d’avertir et de protéger la population. De plus on craignait que les montagnes de l’ouest mexicain ne provoquent une compression des vents et ne les rende encore plus intenses et dévastateurs.

Le site earth, qui montre les vents en direct et informe de leur force, ne confirmait pourtant pas ces vitesses. On était à environ 160 kmh au niveau de la mer quelques heures avant l’atterrissage. Comment expliquer cette différence ?

 

ouragan,patricia,hurricane,mexique,dévastation,wilma,hayon,pacifique,el nino,Le syndrome Hayan

On a assisté à ce que j’appelle le « syndrome Hayan ». Cet ouragan avait dévasté le centre des Philippines en novembre 2013 et laissé des milliers de morts et de sans abri. Il fut annoncé comme le plus fort de tous les temps. On sait que ce n’était pas vrai, comme je l’ai documenté ici. On avait surévalué sa puissance.

La vitesse des vents de Hayan avait été mesurée au-dessus de la mer, en altitude et sur une minute. Or on sait que ces mesures ne sont pas valables au sol. D’une part un cyclone perd très rapidement de son intensité en touchant terre. 

D’autre part la vitesse des vent est toujours plus élevée en altitude qu’au sol, en particulier avant d'atterrir. C’est valable en temps normal comme pendant les tempêtes. Enfin une minute ne permet pas d’avoir la vitesse moyenne mais seulement d’éventuelles rafales dont la durée peut atteindre 2 minutes. La vitesse doit être mesurée pendant 10 minutes continues

Le plus dévastateur de Hayan fut le déferlement de la vague. Comme un tsunami. Vague causée par la combinaison de la baisse de pression atmosphérique qui aspire le niveau de la mer vers le haut, et du vent, associé éventuellement à une marée haute (comme ce fut le cas pour Xinthia).

 

ouragan,patricia,hurricane,mexique,dévastation,wilma,hayon,pacifique,el ninoMoins fort qu’annoncé ?

Patricia fut-il moins fort qu’annoncé ? La question se pose quand on compare les dégâts de son passage avec ceux provoqués par Hayan. On voit sur l’image 2, aux Philippines, la dévastation typique des tsunamis. On voit aussi les rares palmiers encore debout déchiquetés par le vent. Ce n’est pas le cas dans la région de Cuixmala sur la côte mexicaine, dans l’État de Jalisco, entre Puerto Vallarta et Manzanillo, là où Patricia est entré sur les terres. Après son passage (image 3) il y a bien sûr de la casse, comme lors d’une tempête normale, et Patricia fut d’une intensité extrême. Mais il n’y a pas eu d’effet tsunami, alors que des vagues de 4 mètres étaient attendues et que de nombreux endroits de faible hauteur s’enfoncent vers l’arrière-pays. Les palmiers ne sont pas déchiquetés.

À son atterrissage les vents couraient à environ 130 mph, soit 209 kmh. C’est ce qu’a annoncé le National Hurricane Center (NHC). Soit sensiblement moins que ce qui avait été initialement annoncé. La quantité d’eau prévue avait aussi été revue à la baisse : 51 cm attendus au maximum. Plus tard, en réalité, ce fut entre 25 et 30 cm.

Cette page du NHC expose que les mesures diffèrent selon l’altitude où elles sont prises (ici avant l'atterrissage) : 

« The aircraft measured 192 kt flight-level winds at 700 mb in the southeastern eyewall, with a 166 kt surface wind estimate from the Stepped Frequency Microwave radiometer. »

ouragan,patricia,hurricane,mexique,dévastation,wilma,hayon,pacifique,el nino,Le Microwawe radiometer est une mesure par satellite qui permet non une certitude mais une estimation, comme indiqué. La plus grande vitesse des vents sur la mer est estimée à 175 mph (281 kmh) environ 12 heures avant de toucher la côte.

 

 

Peut-on douter des chiffres ?

Non. Il faut seulement apprendre à les lire. La vitesse du vent au sol était bien moindre que celle annoncée, laquelle reflétait la mesure en altitude et au-dessus de la mer. La pression au niveau de la mer est descendue à 879 hp. Cela, oui, c’est la mesure la plus basse connue – ou du moins mesurée. Wilma ne faisait « que » 882 hp. Mais les vents ne sont pas aussi forts que le plus terrible ouragan :

« Selon l’OMM (Organisation météorologique mondiale) les rafales les plus puissantes connues à ce jour ont été mesurées lors du passage du cyclone Olivia en 2010 en Australie : 408 km/h. Il battait le précédent record de 372 km/h sur le Mont Washington en… 1934. »

Patricia est monté en puissance très rapidement à cause de El Niño, dont un nouvel épisode fort est en court. Presque aussi fort que celui de 1998 (depuis lequel la température moyenne de la planète a monté et est restée en plateau). L’eau du Pacifique est actuellement plus chaude d’environ 3° par rapport à sa moyenne. C’est donc ce phénomène ponctuel qui a provoqué l’ouragan aussi intense et la multiplication des ouragans de force 3 dans cet océan en 2015. Dans le même temps, l’Atlantique est calme et sans ouragan dévastateur depuis 2005. 

ouragan,patricia,hurricane,mexique,dévastation,wilma,hayon,pacifique,el nino,Patricia s’est effondré très rapidement, avant même d’atterrir, et en peu d’heures il a été rétrogradé du niveau 5 à celui de tempête tropicale. Une chute si rapide est rare. Sa croissance explosive l’avait-elle déstabilisé ? On voyait son oeil se refermer déjà plusieurs heures avant l’atterrissage. Contrairement aux craintes, les montagnes du Mexique expliquent en partie cette rapidité, du moins après l’atterrissage, en provoquant des déformations sur les vents. Mais il avait déjà diminué d’intensité avant de toucher le sol. Peut-être Patricia n’était-il pas vraiment le monstre attendu.

 

Le réchauffement en cause ?

Rien ne permet de le dire. Patricia est un ouragan gonflé par El Niño, pas par un réchauffement global. Pourtant le supposé changement climatique (qui en l’état n’est qu’une variation) est pointé du doigt.

Dans les jours précédant son passage, je me suis demandé pourquoi Patricia bénéficiait à l’avance d’une telle couverture médiatique, si large mondialement et si dramatisée. Certes il s’annonçait fort. C’est un ouragan majeur et les dégâts sont là : inondations, baraques emportées, camions renversés, etc. Mais les mots employés avant son passage faisaient état d’une apocalypse : potentiellement dévastateur. Or tous les ouragans majeurs sont potentiellement dévastateurs. Pourquoi autant insister sur celui-ci ?

Et puis j’ai pensé à l’autre aspect du syndrome Hayan : la conférence climatique de Paris dans moins de deux mois. En 2013, pendant la conférence de Copenhague, la désolation laissée par Hayan avait donné lieu à des scènes hystériques et violentes. Un délégué avait même fait une grève de la faim. Greenpeace annonçait qu’il allait intenter une procédure pour faire payer les dégâts aux compagnies pétrolières, supposées à la source du coup de chaud supposément 100% anthropique.

ouragan,patricia,hurricane,mexique,dévastation,wilma,hayon,pacifique,el nino,Paris se serait trouvée bien d’un ouragan dévastateur. Bonne couverture avant son passage, bonne couverture après sur l’ampleur de la catastrophe comme aux Philippine en 2013.

C’est raté. Patricia est déjà oublié, la presse l’a retiré de ses news. Aujourd’hui l’ouragan n’est plus qu’une trace sur la côte américaine dans le golfe du Mexique (image 6).

Alors, la communication autour de Patricia est peut-être la démonstration des manipulations d’opinion qui nous attendent à l’avenir. 


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14 réactions à cet article    


  • doctorix doctorix 26 octobre 2015 16:36

    C’est quand même terrible de penser que le climat ne coopère ni avec les climatologues, ni avec les politiciens.

    A qui se fier ?
    « c’est un biais statistique de croire à une augmentation de la fréquence des ouragans sur des décennies, alors que c’est la quantité de données qui a augmenté »
     « Prétendre que la fréquence des ouragans par décennie a augmenté en apparence depuis 1970, c’est oublier aussi le fait que cette fréquence par décennie a baissé sensiblement entre 1950 et 1970. »

    • sls0 sls0 26 octobre 2015 17:28

      @doctorix
      Le nombre des cyclones dans l’Atlantique est tributaire d’El Niño.
      Comme la disparition de la civilisation est certainement due à l’influence d’El Niño, certainement qu’à cette période il devait avoir moins de cyclones.
      Vu l’inertie calorifique des océans faire une liaison de cause à effet, on en reparlera dans un siècle ou deux pour les stats.


    • Yanleroc Yanleroc 26 octobre 2015 21:10

      @sls0

      Bonjour.Mais HAARP ne peut-il pas générer un cyclone ou le « dégonfler » ?

    • sls0 sls0 26 octobre 2015 22:44

      @Yanleroc
      Ma voisine y arrive HAARP je ne sais pas.


    • Yanleroc Yanleroc 27 octobre 2015 13:09

      @sls0

      Ah, c’est ça l’odeur, alors !

    • hommelibre hommelibre 26 octobre 2015 16:42

      Lien utile, bonnes précisions. Merci.


      • Loatse Loatse 26 octobre 2015 16:46

        eh bien parce qu’un Ange l’a attrapée par sa jupette flottant au vent...(laquelle jupette cela dit en passant Lui resta dans la main, en lambeaux.).....


        - Mais ou allais tu de ce pas pressé ?, lui demanda le bel emplumé, tendant à la dite patricia interloquée de tant d’audace, un morceau de nuage dans lequel celle ci s’enroba, encore sous pression.

        - bin, bin, bin...pff pfffff pffff... faire les soldes enfin !

        - « On t’aura menti mon enfant » répliqua le bel emplumé dont la patience ne se trouve jamais démenti, ce n’est pas la saison des soldes... qu’est ce qui a pu te le faire croire ? As tu entendu des voix ?

        patricia (se recoiffant) : eh bien ca alors comment le savez vous ?

        l’ange : le son de la harpe, mon enfant, le son de la haaarp... smiley

        (dialogue interrompu par un gros éclair, de la pluie, quelques grêlons.. qui finissent pas démonter le brushing de patricia, toujours enrobée dans son morceau de nuage et qui la pousse à se poser plus ou moins en douceur sur la côte désertée de ses habitants)...

        Elle y croisa tout de même échouée là, raplapla ce qui fut jadis une cellule orageuse stagnante à l’accent chantant et au parfum de thym, apparemment toute désorientée..

        Pour la journée shopping, ce n’était pas gagné....

        mais ceci est une autre histoire...... 

         smiley















        • sls0 sls0 26 octobre 2015 17:18

          Un cyclone est très sensible au cisaillement, il suffit d’un vent cisaillant en altitude pour le tuer, Patricia à dû s’en prendre un. Comme ce cyclone n’était pas un risque ici, je ne suis pas allé sur le site du NOAA où il doit avoir les explications, mais le cisaillement est le plus plausible.

          Joachim le petit dernier qui est passé coté Caraïbes Joachim, s’il a fait du bien à Puerto Rico et en République Dominicaine où le manque d’eau se faisait sentir sérieusement, pour les Bahamas du fait qu’il a trainé un peu, ça dû être moins bénéfique, il a même coulé un cargo qui fait USA- Puerto Rico.
          Voilà l’eau qu’il à laissé dans le coin.

          Le danger d’un cyclone c’est l’eau par les pluies et par l’onde de tempête, où je réside (RD) des tempêtes tropicales ont été plus mortifères que de la catégorie 5 (surtout la pluie la cause).
          La pluie :
          Si la vitesse de déplacement du cyclone est lente, on s’en prend plus et comme on peut voir sur la carte c’est aléatoire.
          L’onde de tempête :
          Si les USA ont une bathymétrie et un relief défavorable, chez moi ce n’est pas trop le cas. Le golfe du Bengale a la plus mauvaise configuration, ce n’est pas pour rien que la majorité des morts c’est chez eux.
          Pour résumé, si la force d’un cyclone compte, ce n’est pas toujours l’élément déterminant.

          Les morts :
          92% c’est des pauvres, ça veut dire que s’en protéger c’est une histoire de moyens. Quand on voit la carte du Bangladesh, il n’y a que le la construction en hauteur qui protège face à une onde de tempête et ça coute.

          Les glissements de terrains :
          Chez moi c’est pas les traces qui manquent, les gens ont de ce fait tendance à y faire attention quoi que coté urbanisme c’est pas le top.

          Les crues :
          Principal problème chez moi, comme l’urbanisme c’est pas le top, de la construction en zone inondable c’est malheureusement courant, où je réside j’ai montré des photos aériennes de 1958, la différence par rapport à ce jour c’est que l’on a construit dans le lit de crue de la rivière.
          Maintenant c’est évacuation et nettoyage ensuite.
          Bon maintenant avec la pluviométrie en direct on peut prévoir la hauteur et l’heure d’arrivée de la crue.

          Le réchauffement :
          S’il fait plus chaud, il y a plus d’énergie à dissiper, la pluie et les cyclones dissipent, comme je ne suis pas climatologue je n’ai pas les connaissances nécessaires pour dire si ça changera.

          Dans le quartier un cyclone, ça ramène de la fraicheur, hors période de grands vents c’est assez festif, la rue devant chez moi se transforme en aquadrome pour le plus grand plaisir des enfants. On va voir la rivière qui passe de 2 à 1200m³/s, c’est dantesque, souvent on aide à l’évacuation des maisons, une maison de pauvre se vide en 10 minutes.
          Après je sort groupe électrogène, pompe et karcher pour les maisons mouchées.
          La précaution c’est la ceinture ou les bretelles pour le short, c’est violent la pluie, la première fois mon short c’est retrouvé sur les chevilles.


          • joletaxi 26 octobre 2015 18:24

            Alors, la communication autour de Patricia est peut-être la démonstration des manipulations d’opinion qui nous attendent à l’avenir.

            ce qui m’a fait réagir dans cette phrase, c’est le « peut-être »

            https://notalotofpeopleknowthat.wordpress.com/

            ce qui se passe actuellement dans la sphère politique et médiatique est proprement ahurissant
            J’imagine que les guerres commencent de la même façon


            • MdeP MdeP 26 octobre 2015 21:52

              MdeP @ hommelibre

              Merci pour votre article qui me fait un immense plaisir ! Enfin un discours sensé.

              J’’en ai ras le bol d’entendre des demeurés seriner à longueur de temps : « réchauffement climatique ». Alors qu’il ne s’agit, en effet, que d’une VARIATION CLIMATIQUE.

              Variation on ne peut plus normale qui n’est que la résultante de l’état de l’eau sur notre planète : ou plus solide, ou plus liquide ou plus gazeuse.

              Je suis saturée d’entendre, à tout va, des escrocs matraquer : « réchauffement climatique ». C’est une énorme arnaque destinée à des levées de fonds inconsidérées sur les populations manipulées.

              Le climat sur la planète ne peut pas être constant (et il ne l’a jamais été) : ne serait-ce déjà que par l’activité volcanique... Juste pour citer un exemple, le « Massif Tamu, le plus grand volcan du monde se cache sous le Pacifique ». Il s’étend sur plus de 200 000 km2. Même s’il est précisé qu’il n’est pas actif, il est tout à fait évident que la température locale est forcément plus clémente.

              http://www.maxisciences.com/volcan/massif-tamu-le-plus-grand-volcan-du-monde-se-cache-sous-le-pacifique_art30692.html


              • smilodon smilodon 27 octobre 2015 22:13

                Ben ouais. La nature fait sans nous !... Si demain la terre décide de percuter le soleil, nous en serons informés après-demain !..... Trop tard pour mettre nos ceintures. Notre « avion » nous remettra à notre place !... Celle de « passagers » !.... Adishatz...


                • Ruut Ruut 28 octobre 2015 12:50

                  Mieux vaut se préparer au pire que subir l’exceptionnel, surtout sans préparation.

                  Peux de dégâts, tant mieux.
                  Puissions nous trouver des procédures ou des moyens fiables qui nullifient les dégâts des catastrophes naturelles.


                  • JC_Lavau JC_Lavau 28 octobre 2015 15:18

                    Gardes ! Saisissez ce cyclone qui a défailli à sa mission terroriste, et décapitez-le !


                    • JC_Lavau JC_Lavau 12 novembre 2015 17:02

                      @JC_Lavau
                      Dix votes moins, zéro argument. Voilà les larves automatisées qui réglementent l’espace public, Avox par exemple furieuses d’être contredites dans leur nullité télécommandée.

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