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Accueil du site > Actualités > Environnement > Quand les crevettes prennent l’avion... ou la mobilité en question (...)

Quand les crevettes prennent l’avion... ou la mobilité en question !

Skate, vélo, rollers, glisse, randonnées par-ci, promenades en amoureux ou entre amis par-là : as-tu déjà réalisé le nombre de kilomètres que tu marches, surfes, pédales, nages, navigues pendant tes vacances ? Sans aucune hésitation c’est à pied que tu vas faire tes courses au village d’à côté, où le vin (ou autre psychotrope) est tellement bon, tu pousses parfois le vice jusqu’à la jouer jogging pour la forme, et voilà que bouger, que ta mobilité redevient un plaisir..

Et pourtant, dès que se termine ton nomadisme estival, tu renies ton statut d’homo-erectus, adieu marche, planche avec ou sans roulettes, bonjour siège du cocon de métal propagateur de CO2-CO-COV-NO entre autres petits rigolos, le stress et ses embouteillages façon ring-Ouest.

“Si les extra-terrestres devaient débarquer dans une de nos villes et tenter de s’adresser à l’espèce dominante, il y a beaucoup de chances qu’ils s’adressent d’abord aux voitures !”

C’est elles qui dessinent notre urbanisme, elles qui définissent notre mode de vie et même notre statut social : « Ma Benz elle nike ta Smart ! » L’automobile règne et nous la servons, les villes étouffent et ça, nous le savons. Depuis qu’elle est apparue, elle a tout bouleversé, permettant, justifiant l’éclatement du tissu urbain, fini l’épicerie, le cinéma, les lieux de vie des quartiers, voilà les supermarchés, les centre d’activités décentrés, les discos hors-villes... « Ma voiture, ma liberté ! », si facile, pratique.
C’est que souvent, quand vient le moment du choix, elle semble être le moyen le plus rapide, et surtout le « moins cher ».
C’est que cette flatteuse d’ego décapoté ou 4x4 évite soigneusement de nous présenter la note complète, focalisés sur le premier degré de notre portefeuille nous oublions que nous payons très concrètement les frais globaux, sociaux et environnementaux de ce choix.
Le transport par route représente 92% des coûts de la mobilité en Europe, les accidents de la route représentent 29% de ce montant :

la voiture tue 4 fois et blesse 135 fois par jour en Belgique !

Et pour vous donner une idée de l’absurde, les embouteillages à eux seuls absorbent jusqu’à 2% du PIB en CEE. En additionnant cela aux frais de construction, d’achat et d’entretien du véhicule et des infrastructures que vous payez de toutes façons, voilà que le billet de train plein tarif devient déjà 4 fois plus économique que la voiture pour le même déplacement soumis aux même paramètres.
Ajoutez qu’aujourd’hui il est impératif de prendre en compte les fameux « coûts environnementaux locaux et globaux », pollutions, climat, maladies respiratoires, le bruit, la valeur de l’espace perdu ou de celui défiguré par ces superbes bandes d’asphalte qui seront un de nos legs majeurs à l’histoire -avouez que des pyramides, ça le fait mieux- et l’ardoise devient très lourde.

Voilà pour l’argument économique ; pour celui du temps, de la rapidité, là aussi il est hypocrite de ne pas prendre en compte les heures passées à travailler pour entretenir ce gouffre à euros. Et surtout, soyez honnêtes, le temps que, une fois « arrivé », vous passerez à chercher joyeusement une place de parking illicite qui vous vaudra au mieux une amende au pire la fourrière.

Bien sûr la voiture n’est qu’en partie responsable des émissions toxiques et à effet de serre (20%), mais le fait est que si l’industrie lourde corrige le tir, c’est loin d’être le cas du transport par route qui continue son explosion exponentielle qui confine au délire maso et autodestructeur avec jeu de mots.
Dans le style « passe-moi plutôt la tronçonneuse pour scier la branche sur laquelle je suis assis », le transport aérien atteint des sommets hallucinants. Car les jolies traînées blanches dans le sillage des avions ont un « effet d’altitude » favorisant la création du super-méchant des gaz : M.Ozone. Cet effet d’altitude est responsable à lui seul d’un quart de la contribution des transports au changement climatique. Or le trafic aérien est celui qui connaît l’essor le plus rapide, ses conséquences sur le réchauffement dépasseront celui de la route en 2030. Dans les cieux devenus zone franche mondiale, c’est le règne du profit à tout prix, la détaxation des carburants privilégie les transports polluants.

Résultat : nos gentilles petites crevettes grises pêchées dans la mer du Nord prennent tous les jours l’avion pour un aller-retour Belgique-Maroc ou Royaume-Uni juste pour être décarcassées par une main-d’œuvre moins coûteuse !

Un Boeing 747 c’est 12 800 litres de kérosène par heure, des tonnes de pétrole brut ultra-raffiné, qui a mis des millions d’années pour se constituer, brûlé juste pour ta tomate-crevette en entrée : bon’ap !

Quand prendre le train devient plus coûteux qu’opter pour l’avion qui passe au-dessus de vos chambres à coucher, ou que le Thalys ne prévoit pas d’espace vélos, il est temps que les citoyens rappellent aux fadas de la privatisation le sens des mots : transports et services publics, les nôtres, ceux que nous finançons.
Car les alternatives existent, contrairement à une légende tenace, l’industrie ne se soucie que très peu de l’urgence, ce qui compte, c’est que la livraison soit faite à temps, une péniche transportera bien plus qu’un camion à moindres frais et dans une sécurité presqu’absolue.
De plus en plus d’usagers optent pour le covoiturage ou la « pluri-mobilité » : une voiture oui, mais aussi des jambes, et une carte des transports en commun ; comprendre que le bus n’est pas si souvent bondé, qu’il est possible d’y lire son bouquin, de draguer et d’arriver tranquille sans stress-parking, ou que le vélo fait de jolies fesses.
Globalement, la solution s’appelle aussi « pollueurs=payeurs », le gang de la crevette volante se calmera quand la vérité du prix leur sera imposée ; localement il est temps aussi d’oser la gratuité des transports en commun promise par nos chers élus, leur développement et leur circulation de nuit tant attendue et demandée. Il est temps pour tous de se rappeler que toute l’année, la mobilité doit et peut redevenir un plaisir, un doux transport !


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