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Accueil du site > Actualités > Environnement > Quand les plus pauvres hissent le Brésil au premier rang du ramassage et du (...)

Quand les plus pauvres hissent le Brésil au premier rang du ramassage et du recyclage de l’aluminium.

Sous la férule d’Alcan et reprise par la presse, l’information circule depuis ce début mars 2006 : http://www.cyberpresse.ca

Abal, Alcan et les sociétés de recyclage et de collecte brésiliennes ne font aucunement allusion aux petites mains qui oeuvrent à la réussite du recyclage des canettes.

Si vous regardez le cycle de recyclage sur leur site, vous y trouverez des allusions à des points de collecte dans les supermarchés, un point c’est tout.

Vaste pantalonnade, puisque la conscience collective brésilienne sur le recyclage et l’environnement est plus proche du zéro absolu que d’autre chose !

Voici une des faces de la réalité brésilienne du recyclage de l’aluminium :

La plupart des Brésiliens de la classe moyenne et au-delà s’offrent les services d’une bonne.

Cette dernière fait en règle générale partie des classes les plus pauvres !

Ce n’est pas le maître ou la maîtresse de maison qui fait le tri sélectif, c’est la bonne, consciente de la valeur de chaque déchet sur le marché du recyclage.

Elle trie tous les emballages plastique, les papiers et cartons, les canettes d’alu, elle récupère pour elle-même l’alu et donne le reste à ces familles, femmes, hommes et enfants qui, les jours de ramassage officiel des ordures, sillonnent la ville en charrette à cheval, à vélo ou à pied, avant que les éboueurs officiels ne fassent leur ouvrage.

Nouvel arrivant au Brésil, vous aurez la surprise, au lever du jour, de voir des petites mains ouvrir vos sacs poubelles à la recherche d’un déchet recyclable parmi les autres déchets organiques.

Sans gants pour la majorité (trop chers) ! Il va de soi qu’ils sont à la merci de toutes les infections possibles et imaginables.

Mais c’est une question de survie économique !

J’ai questionné les bonnes du quartier : certaines familles peuvent ainsi gagner en moyenne 500 R$ (soit environ 195€)

Le salaire minimum est fixé au Brésil à presque 350 R$, et le seuil de pauvreté est d’environ 135 R$.

Le prix au kilo fluctue en fonction du cours de l’aluminium et de la parité real/dollar ( le real peut s’apprécier ou se déprécier de 2% et plus en une journée)

Il faut 74 canettes pour faire un kilo d’aluminium.

Le prix du kilo varie en ce moment entre 2,5 R$ et 3,8 R$ (soit 1€ à 1,5€)

Aussi pour gagner 500 R$ faudra-t-il collecter 14 800 canettes (Cela laisse rêveur...)

A l’échelle du pays, selon les estimations officielles, plus de 150 000 personnes vivent ou survivent grâce au recyclage des canettes mais d’autres chiffres indiquent plus sérieusement le cap du 1/2 million de personnes !

Heureusement que les Brésiliens sont de grands consommateurs de bière et de soda.

L’organisation de ce marché a d’autres conséquences sur la vie quotidienne :

Sur certaines plages, des plus fréquentées du Brésil, vous ne trouverez aucune canette jonchant le sol, nul besoin d’un service de nettoyage municipal pour les canettes, des autochtones de tous âges ratissent les plages à longueur de journée !

Ne pas laisser sa canette entamée à l’abandon sous peine de disparition, de toute façon elle aurait été chaude ! Donc pas de regret !

Pour les déchets organiques et non valorisables, en revanche, le ramassage municipal est plus que nécessaire, puisque le plus grand plaisir des Brésiliens (et des autres), c’est de pique-niquer ou se bâfrer sur la plage en s’approvisionnant auprès des centaines de vendeurs plus ou moins ambulants que comptent certaines plages les plus fréquentées.

Lors des concerts ou des fêtes locales, innombrables au Brésil, ou autres rassemblements, vous ne trouverez aucune canette sur le terrain, elles aussi sont presque ramassées avant qu’elles ne touchent le sol (même si le collecteur prévu à cet effet n’est qu’à quelques mètres !).

Ainsi seules les lois du marché régissent le recyclage de l’aluminium, les campagnes de communication sur le recyclage existent plus pour inciter les Brésiliens à une prise de conscience environnementale que pour améliorer la rentabilité d’un cycle jusqu’ici efficient par le simple jeu de l’offre et de la demande dans un environnement de grande pauvreté.

Paradoxe, plus le niveau de pauvreté diminuera, moins le cycle de recyclage de l’aluminium sera efficace et rentable.

Alcan leader du recyclage de l’aluminium http://www.publications.alcan.com voir aussi données actualisées 2004

ABAL- Associação Brasileira do Alumínio http://www.abal.org.br/english/index.asp


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4 réactions à cet article    


  • Scipion (---.---.63.176) 17 mars 2006 12:31

    Comme quoi, la misère du tiers monde comporte aussi des aspects positifs.


    • Fabrice Fabrice Duplaquet 17 mars 2006 14:30

      bel articles.

      je me pose une question sur l’exposition de ces « collecteurs-recycleurs » aux maladies environnementales inhérentes au traitement des déchets. Il est probable que les années à venir démontrerons que ce travail est risqué en terme de santé pour les travailleurs.


      • gem (---.---.117.249) 24 avril 2006 13:05

        je tombe tardivement sur cette article, je trouve ça passionnant, très bien fait. Je trouve que le phénomène est parfaitement analysé et le jugement de valeur réduit au minimum, avec un ton très juste. J’au appris quelque chose qui n’est pas seulement anecdotique.

        La conclusion néanmoins me semble discutable : au vu de la description, je doute qu’une hausse de la pauvreté améliore le recyclage, inversement on peut supposer qu’il restera toujours assez de pauvres pour ramasser les canettes ou que les classes moyennes se préoccuperont un jour de récupérer elles-mêmes la valeur des canettes.


        • the shadow (---.---.106.252) 17 octobre 2006 20:09

          je crois que c’est un article à publier et à faire lire carcela confirme ce que me disait farid mon beau frere qui a sejourné en Cote d’Ivoire cet été que contrairement à l’idée que l’on a du Brésil c’est un pays propre par endroit surtout la capital qu’il a visité c’est une idée qu’il faille developper dans mon pays actuellement car il y a des tas d’ordures que les communes n’arrivent pas à gérer je pense que cela donnerait du travail à pas mal de personnes

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