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Accueil du site > Actualités > Environnement > Quelle forme urbaine durable en milieu rural ?

Quelle forme urbaine durable en milieu rural ?

Parce que plus de 50% de la population mondiale vit désormais en ville, mon blog a fait le choix de s’intéresser en priorité au milieu urbain Rappelons néanmoins que l’exode rural, d’après l’Insee, s’est grosso modo terminé en France en 1975. Depuis cette date, le solde migratoire campagne-ville s’est stabilisé, voire inversé depuis le début des années 1990 aux alentours des grandes régions urbanisées. Le défi des communes touchées par cet exode relativement récent consiste ainsi à proposer une vraie alternative au tout urbain afin de « fidéliser » leur population, et maintenir les fragiles équilibres socio-économiques et écologiques (diminution de la population active agricole, déséquilibre démographique important entre actifs et retraités, dévalorisation des métiers agricoles, pratiques et cultures intensives, territoires peu entretenus,…).

 Pourquoi ?

Ce chemin ville-campagne, contraire à la tendance mondiale actuelle, est le fruit de plusieurs phénomènes sociologiques et économiques. Les ménages quittant les villes pour les espaces périurbains voire ruraux sont, dans les grandes lignes, composés :

  • Soit par des ménages aisés attirés par le mythe du bien être pavillonnaire, catégorie de moins en moins représentée,
  • Soit par des ménages dont les revenus ne permettent pas de se loger au centre ville (les soumettant à des déplacements contraints, économiquement et écologiquement nuisibles),
  • Soit par des jeunes issus du milieu rural, partis pour étudier et chercher du travail en ville mais revenant pour s’installer avec leur famille dans le lieu où ils ont grandi (par exemple pour élever leurs enfants).

Cette situation a été rendue possible par des choix politiques, économiques et structurels qui ont fait de la voiture individuelle la seule et unique réponse aux problématiques liées à la rurbanisation. Cette monosolution dont on paie les conséquences aujourd’hui rappelle l’importance de développer la multimodalité.

Quelles conséquences ?

Les incidences sur les communes rurales sont multiples.

En premier lieu, cet afflux engendre un étalement urbain conséquent qui d’après l’Institut français de l’environnement « produit en France 600 km2 de sols artificialisés par an, soit l’équivalent d’un département français tous les dix ans ». Ce sont presque autant de terres arables qui disparaissent au risque, selon Philippe Pointereau (du cabinet d’études Solagro), « que la France devienne franchement importatrice de denrées agricoles à l’horizon 2050, et perde son indépendance alimentaire".

C’est, en second lieu, l’apparition de zones pavillonnaires dortoirs qui détruisent le paysage des campagnes. Ces zones génèrent des frais liés à la mise en œuvre, à l’extension et à l’entretien des réseaux viaires associés et elles ne participent en rien au dynamisme des villages concernés (voir au contraire amenuisent l’existence d’une vie locale par le désinvestissement d’un groupe non-uni). Il existe également de fortes incidences sur la population elle même dont la dépendance à la voiture individuelle s’est accrue (avec un temps de parcours domicile travail en perpétuelle augmentation ainsi que des coûts financiers, sociaux et écologiques lourds).

Comment agir ?

Il apparaît dès lors pertinent de se poser la question de la définition des modalités d’accueil durable de ces populations néorurales. Nous raisonnerons pour cela à l’échelle communale, équivalente en surface et en population à un quartier urbain autonome qui devrait pratiquement se suffire à lui-même (en termes d’équipements et de commerces notamment).

De nombreuses réflexions urbaines d’échelles communales aujourd’hui ont pour objet de redéfinir et de dynamiser le cœur de ville. La déclinaison opérationnelle de ces réflexions se traduit le plus souvent par l’élaboration d’une étude de centralité. L’objectif est de rompre avec le phénomène de dilatation de l’espace de vie, issu de l’étalement urbain lié aux "trente glorieuses", période caractérisée essentiellement par l’apparition des énergétivores zones pavillonnaires mais aussi par la naissance de zone monofonctionnelles type Zone d’Activités en zone rurale (voir l’article « Comment la France est devenue moche ? »). L’enjeu est de redonner une intensité urbaine au pôle de vie principal de la commune (qui correspond le plus souvent à la localisation historique du village). Sans qu’il y ait de solution parfaite, il existe plusieurs outils et solutions efficaces que les élus peuvent actionner. En voici une liste non exhaustive, à envisager comme autant de pistes de réflexion :

  • Cesser toute surconsommation d’espace en arrêtant totalement les urbanisations nouvelles sous forme pavillonnaire (moins de 30 logements par hectare). Il faut gérer le foncier comme une ressource non renouvelable en n’ouvrant que progressivement des secteurs à l’urbanisation, seulement dans la continuité du tissu villageois déjà constitué, au plus près des polarités attractives (commerces, écoles, services…) et en proposant des formes bâties denses.
  • Sur tout secteur identifié comme stratégique, il faut engager si possible les démarches d’acquisition foncière afin de geler les projets d’aménagements d’habitat individuel pur. Il est alors possible de mettre en place un projet réfléchi, concerté et partagé soit en maîtrise d’ouvrage publique soit par le biais de l’outil PLU (orientation d’aménagement, règlement, documents graphiques). Il est important cependant de différencier :
  1. La couronne périurbaine directe où les ouvertures à l’urbanisation de nouveaux espaces peuvent être modulées en fonctions des projets,
  2. La couronne extérieur à l’espace periurbain (à plus de 20 à 30 kilomètres de la ville centre) où il est préférable d’arrêter totalement l’ouverture de zones AU.
  • Permettre et encourager l’urbanisation des dents creuses et des espaces abandonnés (friches, espaces de stockage…). Il est nécessaire de revaloriser ces espaces abandonnés, enclavés. Cela passe par des actions au niveau de la planification urbaine, par des opérations d’aménagement privées mais aussi des opérations publiques notamment sur la création, la consolidation et la revalorisation des espaces publics.
  • Lancer une étude des besoins de logements pour mieux connaître les spécificités de la population (taille des ménages, évolutions démographiques attendues, équilibre de la granulométrie , etc…). Il est possible pour cela de contacter l’ADIL (Agence Départementale pour l’Information sur le Logement) locale.
  • Intervenir sur les secteurs existants : modifier le règlement d’urbanisme afin d’engager la mutation progressive et la densification des secteurs pavillonnaires, permettant aux habitants de faire évoluer leurs biens immobiliers et fonciers en fonction des besoins (division, agrandissement, revente partielle, …) :
  1. Faire évoluer le CES (Coefficient d’Emprise au Sol) pour se rapprocher de structures urbaines moins éparpillées comme celles que l’on retrouve dans les centres (veiller toutefois à ne pas imperméabiliser massivement les sols),
  2. Faire évoluer le COS (Coefficient d’Occupation des Sols) afin de gagner en densité et d’être en capacité de loger de nouvelles populations (immigrées ou issues de la croissance démographique naturelle de la commune),
  3. Autoriser les implantations de bâtiments en limites séparatives,
  4. Faire évoluer la règle des hauteurs.
  • Mailler l’espace communale en connectant des chemins, rues et routes existantes (de préférence pour des voies en modes doux),
  • Intégrer les espaces de loisirs dans les projets d’aménagements, notamment par les biais des intercommunalités. Dans le monde rural, les loisirs sont traditionnellement constitués par l’ensemble des espaces extérieurs à la ville (forêt, rivières…), malgré tout les néoruraux adoptent souvent que partiellement le mode de vie rural, les besoins de loisirs et de culture type urbain restent présents et constituent une cause de déplacement et de désertification du village substantielle (le soir et week end),
  • Entamer une réflexion sur les déplacements à une échelle extracommunale (communauté de commune, pays, syndicat…),
  • Permettre l’implantation d’activités (artisanales, commerciales, associatives…) au centre bourg et donner les moyens au commerce de proximité de donner vie au centre-bourg,
  • Maîtriser le foncier en recourant :
  1. Aux Etablissements Publics fonciers,
  2. À la Déclaration d’Utilité Publique,
  3. Et au bail emphytéotique.

La bonne articulation de ces outils et procédés ne peut s’effectuer que dans le cadre d’une réflexion d’ensemble sur le devenir de la commune. Chaque collectivité doit développer un panel différent de solutions.

Conclusion

Ces différentes mesures exigent une actualisation a minima du Plan Local d’Urbanisme et de son Projet d’Aménagement et de Développement Durable. Ce puissant outil urbanistique permet aux élus de graver leur empreinte dans le paysage de leur commune. C’est aussi l’occasion d’enrichir le projet du village d’une « expertise d’usage » par la mise en place d’un processus de participation citoyenne. Les habitants et usagers s’approprient alors d’autant plus leur milieu urbain, au profit de son dynamisme et de sa cohérence (au regard des attentes exprimés, des flux à gérer par exemple). Dans le cas du recours à un bureau d’étude spécialisé, il faut veiller à sélectionner une équipe compétente (rarement celle qui accorde le moins temps à ce type de mission…) , beaucoup de documents d’urbanismes ne sont aujourd’hui pas la hauteur des enjeux portés par les collectivités.

Ainsi, concevoir une commune durable (comme un quartier durable) implique une inversion d’analyse. Il faut considérer et envisager le sol comme un bien non renouvelable dont on assure l’économie, la cohérence, et le devenir, penser les extensions urbaines d’aujourd’hui comme le patrimoine de demain, appréhender le cadre de vie des habitants actuels comme étant celui des générations futures, comprendre que la proximité est une richesse et une valeur pour les habitants. C’est une nouvelle vision de l’action publique qui prend en compte la parole et l’engagement des citoyens dans ce que cette « énergie sociale » peut avoir d’éminemment précieux.

Et dans votre commune, quelles solutions vous semblent être les meilleures

Cet article a été coélaboré par Eugénie Cocteaux, Sylvain Lubiato et Emmanuel Bucki, tous trois urbanistes. N’hésitez pas à formuler vos questions sur les points que vous voudriez voir approfondir ou développer.


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1 réactions à cet article    


  • clostra 8 juin 2010 13:23

    Il faut également prendre en compte un type d’habitat collectif susceptible de répondre aux attentes des fervents de l’habitat individuel. Cette prise en compte peut avoir un coût à mettre en regard des économies faites sur les infrastructures et l’économie de terrains agricoles.

    Ce type d’habitat collectif existe et présente un grand intérêt mais il est très coûteux : ce sont par exemple, les « gradins-jardins » qui constituent des sortes de « pyramides », constituées d’empilements de « modules » individuels dont chacun bénéficie d’une terrasse privative (un jardin suspendu) et d’un accès individualisé (exemple : une place de parking couvert à l’aplomb du logement, accessible par ascenseur). Ces habitats collectifs peuvent sans impression d’écrasement avoir 12 étages qui s’évasent vers le ciel, mieux encore si les couleurs du bâtiment se fondent avec ciel et nuage.

    Le surcoût est du aux différences notables d’un appartement à l’autre d’un étage à l’autre : disposition des pièces, taille des appartements etc un vrai casse tête que devrait résoudre plus facilement S.M. AUTOCAD.

    Simplement pour souligner que les économies de tous ordres liées au développement durable (association avec « décroissance », « économe »...) ne doivent pas être intégrées dans l’esprit des concepteurs et collectivités locales comme une économie financière. Il faut intégrer un surcoût lié au « durable ».

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Auteur de l'article

Manu Bucki


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