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Réchauffement : Débat à huis clos à l’Académie des sciences

A la suite de la pétition engagée cette année pour faire taire les climato-sceptiques, Valérie Pécresse a souhaité organiser un débat entre les protagonistes des deux thèses en cours. Ce débat a eu lieu le 20 septembre.

Qui a souhaité que ce débat soit fait à huis clos n’est pas connu par l’auteur de l’article. Ce n’est d’ailleurs pas l’élément important. Nous allons voir ensemble pourquoi la caste journalistique manque de compétences pour se saisir de ce débat, au travers de concepts scientifiques nécessaires de maîtriser pour procéder à l’évaluation saine de la complexité du problème.

Vincent Courtillot et Claude Allègre sont, en France, les chefs de file du mouvement climato-sceptique. Le premier est peu connu mais possède pourtant le pedigree d’un type extrêmement brillant et le second est si détesté, à cause de son passage au ministère de l’éducation, que la tendance générale est que quoi qu’il dise, cela ne mérite pas d’être écouté. Pourtant Claude Allègre est également un scientifique brillant de réputation internationale, comme Courtillot.
 
Socialement parlant, les cons ont l’instinct grégaire. Jean-Pierre Petit a une manière très drôle de qualifier le phénomène de contestation, je le cite : "Quand on entreprend quelque chose, on a immédiatement face à soi : ceux qui font la même chose, ceux qui font le contraire, et ceux qui ne font rien". Notons que les personnes qui entreprennent quelque chose ne constituent pas la majorité, c’est un fait. Au contraire, les gens peu entreprenants ont tendance à aller du côté où le vent souffle le plus fort. L’entreprise de Courtillot fut de reprendre les données brutes du GIEC et de les réanalyser avec sa propre loupe. Il a immédiatement eu contre lui le GIEC, faisant la même chose, qui a refusé de lui fournir les données desquelles découlaient leurs résultats. Lorsque ayant récupéré les données brutes depuis des sources différentes, il a obtenu des résultats questionnant ceux du GIEC, il a eu contre lui ceux qui faisaient le contraire, c’est à dire suivant la force du vent GIEC, puis il a eu contre lui ceux qui ne faisaient rien, les journalistes des mass -médias.
 
Je vais commencer par régler le cas des derniers. Leur incompétence scientifique les rend strictement incapables de comprendre ce que signifient les termes : non-linéaire, signal, bruit. Or il se trouve que l’argumentation de Courtillot repose essentiellement sur la constatation des incertitudes concernant ces 3 termes, bien que pour le premier personne ne le conteste. C’est à dire que tout le monde est d’accord pour dire que le modèle climatique n’est pas linéaire.
 
Je vais maintenant expliquer ce que signifient ces trois termes. Cela me parait essentiel car je n’ai jamais vu un journaliste se prêter à cet exercice pourtant capital pour la compréhension du débat en cours.
 
  • Qu’est-ce que la non-linéarité ?

C’est l’idée que l’effet cesse d’être proportionnel aux causes. Ceci apparait presque tout le temps dans les problèmes complexes à variables multiples. Le climat en est un. Mais je vais prendre un exemple simple. Vous prenez un ballon gonflable et une aiguille. Vous souhaitez décrire la forme de la surface du ballon lorsque vous appliquez une pression avec l’aiguille. Dans un premier temps, vous aller avoir une réponse de cette surface consistant à s’enfoncer un peu. Puis il existe une valeur critique pour laquelle votre ballon va éclater et à ce moment précis le mode de description de votre surface ballon change radicalement. Un seuil a été atteint et le modèle de description précédant ne fonctionne plus. Le changement de pression nécessaire à cette énorme transition est infime. Ceci est une manifestation de la non-linéarité.

Concernant le climat, le nombre de paramètres, interdépendants les uns des autres et ce de manière non-linéaire est énorme. Il existe des compensations entre paramètres et des amplifications, parfois linéaires, parfois non.

C’est très compliqué, on ne sait pas quoi faire faire de cela. Viennent alors des méthodes, appelées méthodes de traitement du signal. Cela m’amène au second terme et au troisième aussi.
 
  • Qu’est-ce qu’un signal, et qu’est-ce que son traitement.

Imaginons une pièce remplie de 2500 personnes qui discutent. Cela fait un bruit énorme. Vous êtes à 5 mètres d’une personne qui vous parle. Elle envoie un signal. Vous devez l’isoler du bruit de la pièce pour le comprendre. Le cerveau humain sait très bien faire cela.

Et il se trouve que cela est d’autant plus facile que le ton de la voie de la personne que vous souhaiter écouter est éloigné du ton moyen du bruit ambiant. En clair, une voix très aigue ou très grave sera plus facile à isoler qu’une voix dans la norme.
 
Dans le modèles climatiques, ce ne sont pas 2500 personnes que vous avez, mais 2500 paramètres. Vous souhaitez en écouter un. Le GIEC écoute le taux de CO2. Courtillot écoute le taux d’ensoleillement et d’activité solaire. L’un et l’autre ont pour vocalisation la température. Il est alors nécessaire d’identifier la relation entre ensoleillement et température. Mais aussi la relation entre température et taux de CO2. L’ensoleillement dépend du soleil. Plus il y a de soleil plus il fait chaud. Plus il fait chaud, plus l’océan dégaze de CO2. Donc le taux de CO2 augmente avec l’augmentation de température, mais l’eau s’évapore aussi encore plus augmentant la couverture nuageuse qui a tendance à diminuer l’énergie solaire reçue.. Par ailleurs, plus le taux de CO2 augmente plus la température augmente. Cela ne va pas augmenter l’énergie balancée par le Soleil, mais va changer le niveau de couverture nuageuse, celle-ci modifiant la chaleur reçue. Vous voyez qu’il y a là des rétro-actions d’effets, nous sommes en plein dans le non-linéaire.
 
Les techniques mathématiques de traitement du signal vont ici permettre d’isoler les effets des causes, et ce de manière significative. A condition bien sûr que les données et la manière de les traiter soient fiables.
 
La plupart des journalistes ne comprennent strictement rien à cela. Vous comprenez maintenant aisément pourquoi le débat se passe à huit clos. Dans le cas contraire, la population n’entendrait que le bruit de journalistes incompétents sans jamais percevoir le signal, c’est à dire la vérité du discours scientifique.
 
Ce que dit Courtillot est relativement simple : son étude montre que la cause des variations climatiques est principalement due aux cycles solaires. Il ne nie pas la possibilité de l’influence de l’activité humaine mais met en avant les simplifications extrêmes auxquelles ont recourt les simulations afin de diminuer la complexité du calcul, tant et si bien que ces simplifications, corrélées à la non-linéarité des problèmes, ne permet en aucune manière de d’accorder un quelconque degré de confiance sérieux à la conclusion émise. C’est tout ce qu’il dit.
 
C’est à dire, que Courtillot est dans le doute, dans le besoin de vérification. Je ne peux qu’apprécier cette justesse de position. Le scientifique génial n’étant pas celui qui se félicite d’avoir raison, mais celui qui conserve sa capacité à ne pas avoir raison.
 
Ce constat étant fait, la pétition pour faire taire des contradicteurs est d’un ridicule affligeant.



par jmcn mardi 21 septembre 2010 - 143 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par jmcn (---.---.---.111) 21 septembre 2010 12:20

    Il vaut éviter de dire des chiffres pareils sans citer la source. Voici un article http://www.alterinfo.net/Forte-augm... qui dit qu’en 2008 celle-ci fut plus importante que celle de 2007.

    Et puis aussi http://www.ijis.iarc.uaf.edu/en/hom... qui explique que la couverture arctique en avril 2010 est la plus importante depuis 2002.

    Vous savez, lorsque constamment les mass-médias croulant d’incompétences vous assomment de chiffres choisis pour appuyer des thèses prédéfinies, il faut que cela mette la puce à l’oreille.

    Cela fait longtemps que j’ai cessé de prendre pour argent comptant les propos tenus par les journaux télévisés et les grandes enseignes de la presse. Ces gens-là font de la désinformation en écartant systématiquement les données qui n’iraient pas dans le sens de leur propagande.

    Réveillez-vous. C’est l’un de nos droits les plus fondamentaux d’avoir accès à une information objective.

  • Par Nometon (---.---.---.2) 21 septembre 2010 10:08
    Nometon

    La science est, par définition, spéculative. Le débat y est la règle.

    Hélas, la climatologie, branche toute neuve de la science, est aujourd’hui instrumentalisée par des enjeux où la recherche de la vérité (disons plus modestement, la recherche de lois vérifiables) est devenue une question tout à fait secondaire.

    Courtillot est un chercheur brillant. AInsi que l’auteur le résume, avec finesse et élégance, Courtillot « écoute le taux d’ensoleillement et d’activité solaire ». Dans un contexte scientifique non-instrumentalisée, sa thèse susciterait des polémiques, des combats, des oppositions, ce qui est normal et sain pour un discours qui se construit par la confrontation et l’échange. Mais dans le contexte actuel où l’idéologie est reine (l’idéologie a toujours cherché à instrumentaliser la science), cette thèse est le plus souvent balayée d’un revers de main rageur puisqu’elle n’entre pas dans le « modèle climatique du réchauffement anthropique ». Elle n’appartient pas au dogme...
    Courtillot est un libre-penseur.

    Vraiment, bravo à l’auteur pour cet article qui mêle si bien intelligence, information et poésie ! Bis ! ;)

  • Par jmcn (---.---.---.111) 21 septembre 2010 14:15

    @chria

    Libération a publié un article reproduisant la pétition. Parmi les commentaires il y avait celui d’un certain « Philippe » et qui a refusé de la signer :

    « Il y a un moment que j’observe ce phénomène de dérive sectaire et, en tant que scientifique (le méchant CEA !) je ne suis pas signataire de la pétition et je vous avoue avoir du trouver une vile excuse pour ne pas recevoir un blâme et être marqué du fer rouge par l’hystérique en chef. Nous sommes dans l’ère de la religion, le "si vous ne signez pas, nous perdrons nos budgets" ».

    Mais tiens donc ... alors on fait des pétitions pour conserver ses enveloppes de crédits, on n’a plus le temps de développer des arguments scientifiques.

    Qui est le menteur cher monsieur ? Ceux qui soutiennent des thèses parce que cela leur permet de faire le plein de crédits ou moi qui vient simplement ici amener un peu de connaissances fraiches pour faire comprendre pourquoi il peut exister une polémique et que tout le monde devrait garder son calme.

  • Par Pierre (---.---.---.3) 21 septembre 2010 13:11

    Bravo à l’auteur ! Ce sont des articles de ce genre qu’on aimerait lire dans la « grande » presse qui se demande pourquoi elle perd des lecteurs...

    @Sisyphe :
    Votre argument du type « untel est climatologue », et « untel ne l’est pas, donc il ne comprend rien » est d’une grande naïveté. (pour rester gentil)
    En réalité les auto-proclamés climatologues ne sont guère que des scientifiques des autres disciplines qui se sont intéressés à cette question :
     quelques exemples :

    En réalité Jouzel est chimiste. Il a travaillé sur les analyses isotopiques des carottages. Cela n’en fait pas un grand spécialiste du climat.
    Michel Petit est diplômé en Télécomm.
    Bard est un géophysicien, tout comme Vincent Courtillot d’ailleurs.
    Aucun n’est réellement climatologue. etc...
    La climatologie est très pluridisciplinaire. Personne ne maîtrise l’ensemble des connaissances.
    Il paraît chaque jour un grand nombre d’articles qui se contredisent les uns les autres. Chacun choisit ceux qui leur conviennent.
    Bref c’est un débat comme il y en a eu beaucoup depuis que la science existe.

    Vous dites "De toutes façons, la question va être réglée par ce débat entre les scientifiques, et les clowns Courtillot et Allègre n’auront plus qu’à avaler leur chapeau, et retourner à leurs vaines blablateries.« 

    Vous êtes aveuglé par votre parti-pris (et ça fait longtemps !)

    En réalité, Courtillot est un excellent scientifique. Allègre a été un excellent scientifique. C’est incontestable. Le fait que vous (ou tel journaliste historien) ne soit pas d’accord avec eux n’en fait pas des »clowns« . Ce n’est pas très crédible.

    Et la question qui est extrêmement complexe ne sera pas tranchée comme vous le croyez.
    La France, ses »climatologues " et son académie ne pèsent vraiment pas lourd dans ce débat..
    Il faudra encore beaucoup de travail, au niveau mondial, pour comprendre quelque chose aux climats de la planète. Dans l’état actuel beaucoup trop d’incertitudes demeurent.
    Ceux qui prétendent le contraire vous mentent.

    Dans un avenir proche, c’est la Nature qui décidera s’il doit faire plus chaud (selon le GIEC) ou plus froid (selon les solaristes et d’autres partisans des cycles naturels).

    Nous verrons mais d’ici là, vous devriez vous abstenir de ces jugements excessifs (auxquels nous sommes habitués) qui n’apportent strictement rien au débat en cours.

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