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Accueil du site > Actualités > Environnement > Redéfinir ce qui est réellement durable - À 100 jours de Rio+20

Redéfinir ce qui est réellement durable - À 100 jours de Rio+20

L'un des enjeu primordiaux des préparatifs du Sommet Rio+20 qui se déroulera au mois de juin au Brésil est de ré-affirmer aux yeux des décideurs ce que le développement durable (DD) signifie réellement. Rappeler qu'il ne peut et ne saurait être confondu avec le capitalisme, le productivisme et l'économie de marché. Ces trois facettes de la construction politique actuelle - génératrices d'inégalités, d'injustice et de destruction des écosystèmes - sont la cause majeure de la diminution critique des capacités de la bio-régénérescence et d'un gaspillage des ressources sans buts éthiques ni limites rationnelles. Elles sont la source du problème et ne pourront en rien s'inscrire parmi les solutions à implémenter dans le futur que nous voulons. Le document de travail des États et des sociétés civile appelé Zero-draft ou encore The Future we want [1] ne se démarque pas suffisamment du système actuel et n'augure en rien ne serait-ce que l'ébauche prometteuse d'un futur souhaitable.


La situation ne souffre plus le consensus mou.

La conférence porte sur deux thèmes : « l'économie verte dans le cadre du développement durable et la réduction de la pauvreté » et « Un cadre institutionnel pour le développement durable » . Le premier thème semble reprendre les trois piliers du DD [2] et inscrits dans le plan d'action [3] de la précédente Conférence des Nations-unies pour le développement durable de 2002. Pourtant, des trois axes de travail contenus dans ce thème, seul l'économie verte est réellement portée dans les travaux préliminaire. La réduction de la pauvreté et le développement durable y occupent la partie congrue, voire sont repoussés hors radar.

Imaginer répondre aux défis et aux enjeux de développements socialement justes et écologiquement soutenables en stagnant dans le cadre idéologique du siècle passé est un processus irrémédiablement voué à l'échec. Les théories économiques néoclassiques, la marchandisation de la nature et le modèle unique du développement tel qu'il est imposé par les institutions financières internationales depuis Bretton Woods [4] sont des postulats obsolètes, invalidés par l'expérience. Nous avons fait le tour des biens matériels sans y trouver de valeurs satisfaisantes et comprenons bien tard le tribu incalculable à payer par notre société de consommation. L'enrichissement d'une minorité s'est fait au détriment des peuples et de la nature. Les inégalités explosent, le bien-être décroît au fur et à mesure que la nature est saccagée tandis que la richesse individuelle s'accompagne trop souvent de la perte des repères sociaux et engendre des comportements non-éthiques. Ce dont nous avons besoin aujourd'hui c'est de croissance certes, mais de croissance de la démocratie, de la bonne gouvernance et de la justice sociale et écologique. Conditions sine qua non du développement durable. 

Il faut également prendre en compte l'impasse dans laquelle se trouve depuis plusieurs années les négociations multilatérales que furent les COP 15, 16 et 17 sur le climat ; respectivement à Copenhague, Cancun et Durban, mais également la timidité des engagements pris lors du COP 10 de Nagoya sur la biodiversité. Il est nécessaire aussi d'intégrer la faiblesse de la réponse apportée par le Nord aux Objectifs du Millénaire pour le Développement [5] (OMD). Ces échecs sont parmi les symptômes qui démontrent l'erreur idéologique dans laquelle nous nous enfonçons contre vents et marées. La compétitivité, euphémisme notoire de la compétition brutale intra-espèce est pourtant contre les principes onusiens les plus élémentaires, les principes de solidarité et ceux de l'entraide entre les peuples du monde. Continuer à promouvoir ce concept issu du darwinisme social en se plaçant sous l'angle de la rationalité économique, c'est encore et toujours se fourvoyer dans les méandres d'idéologies invalides et passéistes.

La durabilité de l'humanité passe par cinq grands chantiers

-1 : Ré-intégrer la nature

Souvent il est question d'intégrer la nature dans l'économie, dans les choix sociétaux, dans la ville, etc. Jamais le schéma inverse n'est envisagé or c'est précisément là où se joue la réussite ou l'échec du développement durable. L'erreur historique fut de croire que l'on pouvait s'extraire de la nature considérée soit comme dangereuse, soit comme misérable. Il est actuellement avéré que ce sont les sociétés les plus en phase avec les cycles naturels qui sont les plus résilientes [6]. La ré-intégration des sociétés humaines, complexes et variées, dans l'ensemble des processus naturels de l'évolution du vivant, riches et diversifiés eux aussi, devient dès lors une nécessité primordiale pour que la durabilité devienne effective. Éviter la généralisation d'un modèle unique pour favoriser les savoirs locaux et traditionnels intégrés dans les dynamiques de la biodiversité. Permettre l'interactivité constructive entre la science et les communautés locales plutôt que d'imposer un développement basé sur une vision technocratique de laboratoire et ses chimères scientistes.
 
-2 : Abolir la pauvreté

La pauvreté n'est pas un état naturel mais le résultat d'une construction politique. Là où le Nord échoue à répondre financièrement aux OMD, il a pu rapidement débloquer des sommes stratosphériques pour venir au secours des créanciers privés. De la crise de la dette de 1982 à la crise financière actuelle, seuls les intérêts de la minorité au pouvoir sont satisfaits, trop souvent à l'encontre de l'intérêt général. Les sommes déversées vers les actionnaires et les spéculateurs privés dans le cadre du sauvetage des banques dépassent celles cumulées de l'ensemble de la dette publique des pays du Tiers Monde et plongent aujourd'hui les économies publiques du Nord dans les abysses de l'austérité. Plutôt qu'avoir réussi à réduire la pauvreté, celle-ci explose là où elle était relativement marginale. Les dettes illégitimes construites sur base de théorèmes économiques invalides ne peuvent et ne doivent être supportées par les peuples du monde. L'annulation de ces dettes profitera à l'ensemble de l'humanité et pèsera uniquement sur ceux qui ont accaparé la richesse globale au delà de l'acceptable et contre le Bien commun. La réappropriation publique de l'argent et du crédit, comme moyen d'investir dans le temps, permettra, entre autre, de répondre aux ODD [7] proposés par la Colombie et le Guatemala et ainsi avancer plus loin sur le chemin initié par les OMD.
 
-3 : Porter la croissance de la démocratie

Le monde a bien changé depuis le Sommet de la Terre de 1992. L'imposition de la mondialisation économique a exacerbé les clivages qui existent au cœur des sociétés. La contestation populaire a pris de l'ampleur, de Seattle en 1999 aux mouvements d'indignés, d'occupations et du printemps arabe qui ont secoué les sociétés et les consciences tout au long de l'année 2011. La diminution de la qualité de la vie pour la toute grande majorité des humains ne cadre plus avec le discours dominant qui vante encore la croissance et un développement dont nous ne voyons jamais les fruits, à peine les trognons. Des alternatives existent pourtant. Les peuples communiquent entre eux, débattent de pistes de sorties de crises, proposent des solutions claires et audibles. L'exemple récent du Sommet des peuples sur le climat qui s'est tenu en 2010 à Cochabamba en Bolivie, et dont la déclaration finale [8] n'a même pas été abordée lors du COP 16 de Cancun, montre à quel point l'intégration de l'avis des populations reste un droit ignoré par les instances dites représentatives. Verrons-nous une évolution lors de cette rencontre mondiale décisive sur l'avenir de l'humanité ? Rien n'est moins sur, bien que la pression de la rue commence enfin à inquiéter les décideurs. Le rapport de force n'est jamais acquis et doit être en constante croissance si nous voulons intégrer les processus de décision. Tel est le chemin vers la démocratie réelle.

-4 : Insuffler la justice écologique

Aucun dialogue progressiste n'est possible si le passif est un fardeau pour certains interlocuteurs. Les dégâts générés par la colonisation, l'industrialisation du Nord et la mondialisation économique sont autant de sources de frustrations pour les victimes non reconnues de ceux-ci. Le Sud réclame la reconnaissance d'une dette écologique comme premier pas sur le chemin de la justice écologique vers une réconciliation globale. N'est-il pas temps de reconnaître, au vu des dégâts écologiques et sociaux indiscutables, que le modèle de développement occidental est un échec et que d'autres mondes peuvent y succéder ? La science du vivant, celle des écosystèmes spécialement, appréhendent le monde dans une optique de complexité et de diversité. La politique doit suivre cette évolution du savoir et de la pensée pour coller à l'évolution intellectuelle afin de mériter l'appellation de science politique. 

-5 : Renforcer les instances écologiques multilatérales

Le dernier point, et non des moindre, concerne le second thème de Rio+20 : « Un cadre institutionnel pour le développement durable ». En effet, l'actuelle faiblesse des instances multilatérales qui dépassent l'économique pour englober l'ensemble des trois piliers du DD porte préjudice aux écosystèmes et aux sociétés humaines. Là où la loi du plus fort est favorisée par le système lui-même, les mécanismes de protections des espaces et espèces fragiles font cruellement défaut. L'ONU doit être renforcé dans ce qu'il a de multilatéral et doit retrouver une légitimité en intégrant plus spécifiquement les peuples. Le PNUE doit devenir une instance onusienne prépondérante, tandis que les institutions antidémocratiques issues de Bretton Woods que sont la Banque mondiale et le FMI doivent être dissoutes pour laisser place à de nouvelles organisations réellement démocratiques et au services des peuples. Il est urgent d'opposer un Rio+20 des peuples et de la démocratie au G20 illégitime des élites disqualifiées. Notre avenir en dépend. 


Les cinq articles qui suivront cette introduction paraîtront tous les 20 jours afin de tracer le chemin vers Rio + 20.

À 80 jours de Rio+20 : Ré-intégrer la nature À 60 jours de Rio+20 : Abolir la pauvreté À 40 jours de Rio+20 : Porter la croissance de la démocratie À 20 jours de Rio+20 : Insuffler la justice écologique Maintenant à Rio+20 : Renforcer les instances écologiques multilatérales


 

[1] Le future que nous voulons

[2] Le social, l'écologique et l'économique

[3] http://www.agora21.org/johannesburg/rapports/plan-action.pdf

[4] http://www.cadtm.org/Aux-origines-des-institutions-de

[5] http://www.un.org/fr/millenniumgoals/

[6] Qui retrouvent le plus rapidement leur équilibre initial suite à un choc extérieur.

[7] Objectifs pour le Développement Durables. Basés sur les objectifs de la conférence de Rio de 1992 : http://www.environmentalgovernance.org/featured/2011/11/colombia-and-guatemala-propose-new-framework-of-sustainable-development-goals/

[8] http://www.cadtm.org/Declaration-finale-de-Cochabamba


Moyenne des avis sur cet article :  2.54/5   (13 votes)




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10 réactions à cet article    


  • Eric De Ruest Eric De Ruest 14 mars 2012 14:26

    Quelle est la valeur des votes négatifs sans réaction écrite aux propos de l’article ? smiley


    • le libère-terre le libère-terre 14 mars 2012 17:20

      Il y a juste un point qui cloche : pour faire tout ça il faut déposer le capitalisme...

      Cela dit, il y pas grand’ monde à être passionné par des sommets sur l’environnement. D’où le monde du silence... Il faut dire que c’est du pipeau aussi... (même pour moi).

      Autrement j’ajoute juste ceci : il faut d’abord s’occuper des hommes (solidarité, partage, démocratie...) pour qu’ils aient le temps et l’envie de s’occuper de la planète.

      (courage : comme ça il aura quand même un commentaire !)


      • amipb amipb 14 mars 2012 18:51

        Entièrement d’accord avec vous, le travail sur l’environnement passe avant tout par une redécouverte du partage, et par l’action locale.

        Le mouvement des colibris (http://www.colibris-lemouvement.org/) me semble, en ce sens, particulièrement intéressant, notamment par la force de son fondateur, Pierre Rabhi.

        Le changement de la société et de son environnement ne peut pas se faire par une révolution, à mon avis, mais par un changement progressif de paradigme.


      • le libère-terre le libère-terre 15 mars 2012 09:54

        @amipb (et pas seulement)

        En effet, c’est pas mal : une bonne idée. Je crois que le citoyen doit se réapproprier le débat, car les politiques et et les institutions sont en dehors de la plaque comme on dit.

        C’est par la bataille du peuple pour et par le peuple qu’on y arrivera. Bien entendu, sur le fond j’approuve l’article et tout ce qui fait avancer, même l’action militante (même si pour moi c’est parfois plus du pétard chinois pour attirer l’attention, et qu’il en faut aussi...).

        En revanche, les groupes citoyens, les initiatives qui notamment utilisent le net en sortant des voies politisées, pour s’approprier une vrai réflexion indépendante, ça j’agrée pleinement car on avance vers le concret.

        Donc, oui, ce genre de mouvement m’intéresse tout particulièrement... merci.


      • Surcouf 14 mars 2012 18:55

        J’ai voté négatif pour deux raisons.

        1 - Nous ne devons pas ré-intégrer la nature car nous ne l’avons jamais quittée, pour preuve les dégats que nous avons commis. Par contre, chacun de nous devrait ré-écouter son soi écologique profond pour que nous puissions collectivement ré-intégrer durablement la dimension environnementale dans nos processus de décisons démocratiques. Cela n’est pas la même chose.

        2 - Votre vision me semble « institutionnelle ». Cela ressemble à du top-down et non pas du bottom-up. « Change toi et le monde changera ».


        • le libère-terre le libère-terre 15 mars 2012 10:10

          Je suis d’accord avec ça aussi : s’il y avait eu une réponse ni oui ni non, ou une note genre 50% je l’aurais prise. Même si j’ai fait un oui de défaut pour ma part.

          Sûrement parce que je préfère peu au rien du tout pour avancer.

          Et oui pour le « Change toi et le monde changera » : réflexion en fait très intéressante. SI personne ne bouge le monde ne changera pas, c’est le concept du « Change toi ». Mais l’inverse n’est pas vraie pour autant : se changer (de mentalité) signifie en rien que les autres vont suivre. Donc ce sera la goutte inutile.

          Ce qu’il faut c’est plutôt de l’action : « Changer les autres (comme soi) ». Il ne sert à rien de changer son monde sans concrètement influencer les autres. C’est clair qu’il y a du débat, et comme je l’ai indiqué plus haut dans un autre commentaire, c’est qu’il faut mettre en place la réflexion citoyenne, le groupe citoyen, l’action solidaire.

          Pour l’instant ce débat n’a, en effet, rien de commun avec l’action institutionnelle. La première question n’est pas de faire de l’écologie paradoxalement, mais de commencer la réflexion... du comment faire (de l’écologie) en commençant par s’entre-aider.

          C’est là qu’on est en plein dans la démarche d’appropriation collective., de la prise de conscience, car c’est en effet votre propos : ouvrir les yeux sur la réalité (naturelle) qui existe déjà et oublier l’écran de fumée de la société du capital...


        • Croa Croa 14 mars 2012 23:09

          Ces solutions qui composent avec la société actuelle sont loin d’être à la hauteur. On ne peut donc approuver (cela ne remets pas en cause la bonne volonté de l’auteur.)

          Le bonheur n’est pas dans le matérialisme et nous ne sauverons pas la planète (la vie sur la) avec des considérations anthropocentrées et une volonté de croissance. (Un intervenant parle d’abolir le capitaliste, ce qui serait certes un progrès mais pas suffisant non plus.)


          • le libère-terre le libère-terre 15 mars 2012 10:22

            Vous faites peut-être allusion à mon propos ? donc je réagis... je sous-entends en effet de changer de modèle, mais alors je précise ceci : il ne faut pas confondre l’outil et la main. C’est pas l’outil qui fait l’œuvre , mais bien la main qui le guide.

            Donc il ne s’agit pas que de juste déposer le capital bien entendu, puis qu’il faut définir le remplaçant. Abolir le capital n’est que la conséquence de la prise de conscience, une étape. le véritable défi reste la prise de conscience du citoyen qui dois s’approprier le débat.

            En ce qui me concerne, je ne pense pas que la réponse vienne spontanément du système (existant), soit du politique actuel. Rein ne se fera sans que le citoyen ne l’exige. mais pour cela il faut qu’il soit informé des choses. Or s’il y a bien un problème, c’est l’information qui reste sous le contrôle de l’État, mine de rien...


          • Eric De Ruest Eric De Ruest 15 mars 2012 10:34

            Bonjour à vous et merci pour vos retours et avis. Il ressort de vos commentaires deux choses importantes :

            1) La lecture de ce texte, malgré ses propositions « anti système » donne l’impression qu’il fait allégeance à une institution plutôt que vouloir se réapproprier l’ONU comme forum mondial de discussion entre les peuples. #OccupyUN était pourtant le propos voulu. Dommage.

            2) Il ressort également que le rejet de toutes les institutions dépasse tout et ne tient pas compte de qui décide de tout, sans nous. L’Europe est l’exemple absolu du non respect des avis citoyens. C’est pourquoi il me parait important de ne pas laisser faire, monitorer ce qui s’y passe et ne pas laisser le politique aux technocrates.

            Cordialement,
            Eric 


            • Le péripate Le péripate 15 mars 2012 10:41

              Imposer le communisme en faisant peur avec des menaces imaginaires était une bonne idée, mais ça n’a pas marché. Et ça ne marchera pas. Mais rien n’interdit d’essayer n’est-ce pas ?

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