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Relance du nucléaire sous contraintes lourdes

Parmi les pistes de diminution des gaz à effet de serre (GES), le nucléaire semble vivre son nouvel âge d’or : 439 réacteurs nucléaires sont en activité dans le monde et, désormais, l’essentiel du développement est porté par des pays « émergents » (Chine, Inde, Russie). Les nouvelles capacités à mettre en œuvre d’ici 2020 pourraient atteindre 130 GW, soit une centaine de réacteurs supplémentaires.

D’ici 2030, le rythme de construction serait selon l’IFRI d’une dizaine de réacteurs par an. La compétitivité vis-à-vis du gaz et davantage encore du charbon est sujette à caution : les prévisions des coûts de production de l’électricité (OCDE/AIE-AEN) sont très différentes selon les hypothèses retenues de démantèlement en fin de vie et le stockage des déchets. Le bilan global du nucléaire en CO2 serait sensiblement proche du gaz selon les calculs de l’Ademe : le parc nucléaire français est ainsi inadapté aux contraintes de la demande résidentielle ce qui suppose le support de centrales thermiques classiques. Malgré ces constats, de nombreux Etats et investisseurs parient sur un mouvement de relance. Sans même entrer dans le débat « pour ou contre le nucléaire », quelles contraintes s’opposent à ce mouvement ?

Contraintes de rareté et de prix de la ressource de base
Si la productivité des réacteurs continue de s’améliorer, la rareté relative de l’uranium ne laisse à ce jour entrevoir de perspectives d’exploitation au-delà de quelques décennies. Les capacités d’extraction et de recyclage sont limitées de sorte que l’offre est aujourd’hui très inférieure à la demande. Le prix spot de l’uranium a d’ores et déjà été multiplié par dix en trois ans.

Contraintes d’offre
Les capacités de production (métallurgiques) ont été amputées cette dernière décennie : trois entreprises disposent des capacités pour construire les cuves en France, Japon et Russie. Le capital humain a lui aussi été obéré par la « pause » des années 90.

Contraintes de financement
Les pays de l’OCDE qui développent des contrats long terme ou les pays de monopoles (Inde, Russie) disposent davantage de leviers pour le développement nucléaire que les pays émergents où l’Etat manque de moyens ou ceux dont l’atomicité des acteurs est le résultat de marchés concurrentiels (Etats-Unis, GB).

Contraintes d’exploitation
Elles sont principalement liées à la question ô combien épineuse de la gestion des déchets. Si des solutions de confinement existent, mais reste en suspens la durée. En outre, le stockage géologique soulève le problème de la réversibilité à horizon de plusieurs milliers d’années dans un temps où la recherche sur la transformation des déchets sur des durées courtes n’a pas abouti.

Contraintes géopolitiques, enfin !

Le régime de non-prolifération installé dans les années 60 a vécu. Viennent en témoignage de cette nouvelle donne l’essai nucléaire de la Corée du Nord en octobre 2006 et la quête de l’Iran d’enrichissement de l’uranium malgré les réprimandes du Conseil de sécurité des Nations unies. La résolution 1 540 adoptée le 28 avril 2004 prévoit des dispositifs de contrôle, d’assistance énergétique et de sanctions. Elle est confrontée au bon vouloir de dirigeants peu ouverts au droit international et décidés à changer les équilibres de puissance régionale.


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3 réactions à cet article    


  • Pierrot Pierrot 25 septembre 2008 13:17

    à @ l’auteur,

    Article intéressant.


    réserves d’uranium et prix :
    La capacité de production d’uranium est inférieure à la demande car une partie provient du démantèlement des armes nucléaires, une autre partie du recyclage via le retraitement des combustibles usés.

    Par ailleurs si le prix "spot" de l’uranium a considérablement augmenté, il faut savoir que ce type de marché est très marginal. Par contre le prix des marchés d’approvisionnement à long terme est relativement stable.

    Des perspectives permettront d’économiser l’uranium par kWh fourni :

    - cycle thorium via 233U fissile

    - production à partir des phosphates (action en cours au Maroc),

    - développement des surgénérateurs de quatrième génération vers 2035 environ

    - production d’uranium à partir d’eau de mer

    - etc.

    Problème des déchets :
    La recherche sur la transmutation n’a pas encore abouti (prévu pour 2016) mais les résultats obtenus dans le surgénérateur Phoenix sont positifs concernant la transmutation des actinides mineurs (neptunium 237 et américium 241) mais pas encore pour l’iode 129.
    A suivre.

    Bonne journée.


    • krolik krolik 26 septembre 2008 00:35

      En ce qui concerne votre paragraphe "contraintes d’exploitation", il apparaît actuellement des innovations par les Russes et les Américains.

      Les Russes fabriquent une série de barges supportant deux petits réacteurs issus de la technologie des réacteurs de sous-marins. Barges qu’ils proposent en location à façon pour la production d’électricité et le dessalement d’eau de mer. Un grand nombre de pays se sont immédiatement montrés intéressés.
      Le Los Alamos lab vient de proposer un petit réacteur compact, facilement transportable dans le même ordre d’idée.
      Il est certain que pour les pays émergents dont les réseaux de distribution d’électricité seraient d’ailleurs bien incapables de supporter un gros apport de puissance, ces solutions proposées sont très attrayantes car ils n’ont pas le souci du retraitement du combustible qui reste au propriétaire des réacteurs.
      Ce genre de projet existe en France mais pour l’instant reste dans les cartons.

      Quant à la prolifération en général, avant les réacteurs électronucléaires il y a les réacteurs haut flux utilisés pour la fabrication d’isotopes industriels et médicaux. ces réacteurs haut flux utilisent dans des piscines des quantités d’uranium hautement enrichi de qualité parfaitement militaire, de quoi faire trois ou quatre bombes facilement. Donc si l’on veut limiter la prolifération il faudrait commencer par cela.

      La prolifération en Corée du Nord, on a pu voir qu’elle n’est pas si facile que cela, même lorsque l’on dispose de la matière fissile. On a pu constater que malgré les efforts de tout un pays orientés vers ce choix stratégique, le résultat a été tellement maigre que certains experts estiment même que l’essai de 2006 était un tir d’explosif classique de 500 tonnes de TNT. Lorsque l’on ne possède pas la technologie associée ce n’est pas facile de faire une bombe ayant un minimum d’efficacité. Mais la Corée du Nord utilise cette orientation comme une arme médiatique plus qu’opérationnelle.
      Pour l’Iran cela risque d’être différent , l’affaire est sous grande surveillance internationale, mais le fait de construire ou non une centaine de réacteurs de puissance dans l’Europe des 27 ne changera rien à la politique des Iraniens.

      @+


      • JONAS JONAS 26 septembre 2008 15:02

        Olivier,

        Pour la censure sur l’article " Relance du nucléaire sous contraintes lourdes ", mon accusation est vérifiable, en titre 5 réactions, dans les commentaires, il en manque 3 ?

        Comme dit un proverbe arabe " Les mots peuvent mentir, les chiffres non ".

        C’est ce que l’on appelle une prise en flagrant délit…. !

        Bonne journée.

         

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