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Roulette génétique et Loi de Murphy

Alors que la France vient de modifier sa législation concernant les ogms pour se mettre en conformité avec une directive européenne, il ne semble pas inutile de revenir sur une entreprise humaine qui à l’impudence de défier les bases mêmes d’une des lois les plus fondamentales en science, à savoir la loi de Murphy « Everything that can go wrong, will » (tout ce qui peut foirer, le fera tôt ou tard) au travers de la sortie d’un livre récent « Genetic Roulette » que l’auteur américain Jeffrey Smith a voulu comme une compilation des risques sanitaires connus et des problèmes identifiés pour les ogms agricoles.

L’auteur décrit le début des ogms agricoles dans un scénario à la Hitchcock, où on voit une agence de régulation (la FDA) donner son accord en 1992 à la mise en agriculture des ogms tout en autorisant sa mise en circulation dans l’alimentation humaine et animale sans étiquetage ni séparation des filières.

Ce n’était pas nécessaire.

Dès 1992, la FDA disait explicitement « L’agence n’a aucune raison de juger que ces aliments dérivés de ces nouvelles méthodes diffèrent des autres d’une façon significative ou uniforme ». Et sur cette base, la FDA a simplement déclaré que des études d’innocuité poussées n’étaient pas nécessaires et qu’il appartenait aux producteurs de vérifier qu’il n’y avait aucun problème. Avec aussi peu d’obstacles, la voie était ouverte à un déploiement rapide de cette nouvelle industrie , avec des conséquences évidentes : les agriculteurs n’avaient aucune raison de refuser des pratiques agricoles autorisées par la loi et les semenciers n’ont eu aucun mal à les convaincre.

La suite est connue : les USA le faisant, la tentation fût grande de le faire ailleurs par supposition implicite (ils le font, donc ils ont jugé après études qu’il n’y avait aucun risque, faisons pareil).

Surtout au regard des lois de l’OMC il devenait de fait impossible de refuser l’importation de ces produits autorisées aux USA sans avoir toutes les preuves scientifiques qu’ils présentaient un danger indubitable.

On les vit donc apparaître en europe et ailleurs.

En 1999 cependant, une action en justice amenait la FDA à « libérer » 40 000 pages nous apprenant que la FDA avait eu pour consigne expresse de l’exécutif de favoriser les biotechnologies et que la personne chargée de ce dossier au sein de l’agence sur cette période était l’ancien avocat d’une firme bien connue, qui devait devenir, après que la réglementation soit établie ,vice-président de la société en question (for a job well done).

On appris aussi qu’il y avait consensus au sein des scientifiques de l’agence pour juger que ces produits étaient significativement différents et que ces aliments pouvaient créer des effets secondaires imprévisibles et ardus à détecter nécessitant donc des études à long terme d’innocuité pour chacun d’entre eux, incluant des tests sur des volontaires humains, pour se prémunir contre les risques d’allergies, de toxines, de nouvelles maladies et de problèmes nutritionnels ou environnementaux.

On sait désormais que leur opinion n’a pas prévalu et que leur silence a été imposé vu les délais importants que cela aurait présenté pour les industriels en attente du feu vert. Si le passé, là-bas peut éclairer l’avenir ici...

Depuis 10 ans donc les américains consomment (souvent sans le savoir) des ogms notamment via l’omniprésence des produits de transformation du soja et maïs dans des conditions non définies et à des doses non connues.

Comme le dit l’auteur exprimant l’opinion de nombreux scientifiques : seul le tryptique improbable, maladie inconnue ou rare, d’apparition rapide et suffisamment aigüe pour pousser les gens à consulter aurait des chances raisonnables d’être détectée.

Que les ogms favorisent ou causent des maladies connues (maladies mentales, obésité, cancer, diabète) d’apparition différée dans le temps et pouvant être imputées à d’autres causes et on serait dans l’impossibilité d’imputer la responsabilité aux ogms.

Quand on sait qu’un médicament comme le Distilbène n’a eu des conséquences facheuses qu’à la génération suivante et le temps qu’il a fallu pour une prise de conscience collective des dangers de l’amiante, du DDT ou du tabac, on voit ce que valent les affirmations péremptoires de l’inocuité des ogms prouvé par l’exemple américain..

Que savons-nous en 2008 sur les risques potentiels des ogms ?

En résumé, assez pour affirmer qu’ils n’ont aucune chance d’échapper à la loi de Murphy.

La base des biotechs est le postulat émis par F. Crick qu’un gène donne une protéine sans rétroaction. Nous avons toutes les preuves que c’est faux. Il y a bien plus de protéines que de gènes (grâce à l’épissage alternatif par ex), ce qui veut dire que le gène implanté pour fabriquer la protéine voulue à la capacité d’en faire d’autres dont nous ne savons rien.

Le « promoteur » d’origine virale couramment utilisé pour permettre une production en continue et à haute dose de la protéine a montré sa capacité à activer en permanence d’autres gènes avec des conséquences potentiellement graves quasiment pas étudiées.

La (les) technique(s) d’implantation du transgène sont connues pour occasionner des dommages collatéraux sur le receveur (en clair , elles occasionnent des dégâts qu’on peut assimiler à des maladies génétiques induites). Les conséquences ont été peu explorées.

La technique de multiplication de la cellule transgénique est la cause de très nombreuses mutations , peu étudiées.

Le « terminateur » qui indique où se termine la lecture de l’ADN du transgène pour la fabrication de l’ARNm a été reconnue comme défectueux.

Le postulat du gène « légo » qui fonctionne en solo, sans être influencé ni influencer a depuis longtemps volé en éclat, c’est toujours un des piliers de la technique.

On a montré que l’insertion d’un seul transgène peut modifier l’expression de 5% des gènes de l’organisme receveur (grâce à la technologie des puces à ADN) sans étude des conséquences potentielles de cette découverte.

On a montré que l’expression d’un gène dépend de l’environnement dans lequel il s’exprime or le mélange des genres (cas de le dire) est à la base de la technique.

On a montré lors d’une seule étude sur des volontaires humains la présence de bactéries « RoundUp Ready » dans leur intestin, attestant du transfert horizontal de gène. Que se passera-t’il le jour où un gène fabricant un insecticide sera intégré dans une bactérie intestinale ?...

On a surtout montré à travers l’expérience du Pr Pusztai (chargé au milieu des années 90 par le gouvernement britannique de concevoir le protocole pour tester les ogms) que c’est manifestement la technique qui est en cause et potentiellement dangereuse.

Le fait de l’avoir dit à l’époque a d’ailleurs été la cause de son limogeage et de la fin de ces travaux, même s’ils restent probablement la meilleure étude jamais faite à l’heure actuelle sur le sujet.

On comprendra, dans ces conditions que les spécialistes en matière de couverture des risques (la corporation des assureurs) à travers la planète entière refusent d’assurer cette activité (une singularité partagée avec le nucléaire) sans que le législateur ne s’en émeuve outre mesure, quand chaque citoyen est dans l’obligation de s’assurer pour tous les risques qu’il peut faire courir...

Il est désormais inscrit dans la loi française que le « sans-ogm » s’entendra « avec » (on a parlé de 0,9% de limite de présence, un chiffre substantiellement différent de zéro) or on a déjà l’expérience du caractère allergisant de certains ogms (sans que la plante non-ogm le soit, ce qui en dit long sur l’équivalence en substance brandit en toute circonstances) ce qui posera de vrais soucis aux allergiques et on sait d’ores et déjà que tout problème sanitaire ou environnemental majeur ne pourra être pris en charge que par la collectivité dans l’hypothèse ou la charge de la preuve pourrait être apportée.

Or tout laisse à penser qu’on ne pourra avoir de preuve...

Un boulevard est donc ouvert à la plus grande expérimentation jamais faite sur l’espèce humaine, même si quelques garde-fous sont encore présents chez nous.

On pourrait argumenter que les avantages bien réels compensent largement les risques hypothétiques, mais c’est malheureusement le contraire.

On avait présenté les ogms comme une réponse permettant de poursuivre la hausse des rendements quand on sait aujourd’hui qu’il n’en est rien.

Des études ont montré récemment que les rendements ne sont pas meilleurs et sont souvent inférieurs aux variétés traditionnelles.

Quant au bénéfice environnemental, le recul montre à court terme une majoration de l’utilisation des produits phytosanitaires et surtout une accoutumance rapide des insectes comme des végétaux qui était prévisible, condamnant les semenciers à une fuite en avant manifeste.

Or, plus on crée d’évènements plus on augmente la probabilité qu’une anomalie sérieuse ne soit pas dépistée par des tests qui du fait de leur brièveté ne verrait pas grand- chose en dehors d’une toxicité immédiate ...

Que reste t’il sinon l’inertie du mouvement initié et des agriculteurs déboussolés par des pratiques agricoles qui ont montré leurs limites et inconvénients et qui cherchent un peu d’espoir dans ce nouveau bidouillage qu’ils méconnaissent autant que le grand public ?

A-t’on déjà oublié toutes les concessions majeures que nos sociétés ont déjà faites à ces activités dont on peut se demander si leur objectif est vraiment de nous proposer une alimentation saine ou s’il n’est pas autre ?

Que craignent les firmes biotechs ? Elles vendent les semences commes les produits chimiques et elles savent qu’en cas de catastrophe la charge de la preuve sera difficile et surtout la charge financière reposera entièrement sur les épaules de cobayes involontaires.

Le scénario de futurs problèmes sanitaires et environnementaux est donc en place.

Il n’y a plus qu’à attendre s’en rien espérer si nous ne faisons pas reculer puis arrêter cette expérimentation insensée, pour la renvoyer au niveau des enceintes confinées et de la recherche fondamentale PUBLIQUE en attendant que nos connaissances en génétique soit suffisamment étoffées pour voir si le concept qu’on a voulu expérimenter à nos dépends relève du champ des possibles à terme ou non.

On sait que même l’agrobiologie pourrait nourrir le monde

en nous épargnant pas mal de pollutions et sans doute de cancers, où est l’urgence de mettre ces produits dans nos assiettes (y compris via les animaux) sinon dans l’assurance de profits sans risque pour les semenciers ?...

Les industriels ont l’habileté de se retrancher derrière le secret industriel pour dissimuler l’essentiel , à savoir un très haut degré de bricolage et une arrogance consistant à prétendre que nous savons l’essentiel de ce qu’il y a à savoir en matière de génétique et de biologie en 2008 et que c’était déjà le cas en 1992...

Gageons que la découverte récente que des jumeaux monozygotes n’ont pas le même patrimoine génétique n’a pas dû les affecter outre mesure et que les implications pour les biotechnologies de cette découverte sont inexistantes a priori...

Mais ils savent pertinemment que l’exigence de retour rapide sur investissements est radicalement incomptatible

avec la longueur et le coût des tests pour s’assurer raisonnablement de l’inocuité de leurs produits. D’ailleurs, chez nous comme aux USA ce sont les semenciers qui feront les tests (non une recherche publique financée par les demandeurs) et la crédibilité et l’impartialité de ces études seront toujours sujettes à caution, pour le moins...

Personne ne semble envisager d’études bidouillées proposées à l’examen de la commission ad hoc chargée de donner son opinion sur la commercialisation du produit, comme si l’énormité des intérêts financiers en jeu et le secret industriel ne les mettaient pas à l’abri d’une inquisition capable de montrer la tromperie volontaire.

Une convergence d’indices nous dit que nous sommes face à une entreprise d’apprentis-sorciers et qu’à tous les niveaux rien n’est maîtrisé à part la communication....

On ne peut toujours gagner à la roulette génétique et le temps joue contre nous et en faveur de la loi de Murphy...

Jusqu’ici, tout va bien ?...

Documents joints à cet article

Roulette génétique et Loi de Murphy

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7 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 août 2008 16:18

     Bonjour,

    Cette entreprise dont vous ètes arrivé à ne pas prononcer le nom, a d’ailleurs officié d’abord en vendant à l’armée américaine l’agent orange qui a été largement utilisé au Vietnam. Puis, c’est ce même agent orange qui est subitement devenu insecticide après avoir été utilisé comme homicide. Ceci devrait suffire, dans un monde normalement équilibré à être considéré comme « crime contre l’humanité ».
    Un article de jeudi dernier, de Morice, donne des chiffres hallucinants sur l’usage qui est fait de ce même poduit pour lutter contre la culture de la cocaine en Colombie, et notamment comment en sont aspergés 500 fois la dose prescrite sur dix fois la surface cultivée...dans une campagne financée 415 millions de dollars dont une grande partie finir dans les caisses de l’entreprise en question...
    A ce rythme, la presque totalité de l’alimentation mondiale échoue dans les mains de ces monstrueux empoisonneurs mondiaux, et tout porterait à croire qu’ils auront les moyens de génétiquement modifier l’humanité entière en une seule année. Mais ce serait céder à leur volonté et douter de l’esprit rebelle des gaulois que nous sommes. Mais, après tout, il n’y a eu qu’ 1,67 % de français qui ont soutenu José Bové dans sa campagne physiquement périlleuse contre ces industries agro-phyto-monsanto-pharmaco-chimico-« biologiques »...et 53 % d’inconscients aujourd’hui démunis de tous leurs droits...hormis civiques !
    Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’astrologie et la voyance s’est introduite dans les coulisses de nos Autorités, et comme elles misent tout sur la fin du monde pour 2012...tout devient ainsi beaucouyp plus clair sur les intention de celles-çi de s’en donner à coeur-joie d’ici là...


     

    Bon, je vous laisse, faut que j’aille biner mes tomates.


    • Forest Ent Forest Ent 2 août 2008 18:45

      Article remarquable, et de plus fondé sur le simple bon sens : si quelques dizaines de milliers de gènes ne codaient qu’une protéine indépendamment du contexte, comment diantre pourrait bien fonctionner l’architecture du vivant qui en utilise tellement plus ?

      Les OGM, c’est du Huxley pur.


      • Bobby Bobby 2 août 2008 21:49

        Bonjour,

        Très bon article, merci ! L’apprenti-sorcier est dans notre assiette ! le résultat escompté est peut être en droite ligne du projet du CFR ? Bien sûr nul procureur ne viendra y mettre le bout du nez. On préfèrera remettre les défensseurs du bien être collectif (José, entre autres) en prison pour avoir essayé de sauver quelques centaines ou milliers de vies...

        Tout va bien, de mes six bras, mon nez en trompe d’éléphant, les quelques trous épars et les déformations fonctionelles de mon corps, je réponds au téléphone que tout va bien ! (il ne faudrait pas que nous soyons les seuls à subir les bienfaits de notre avancée en matière alimentaire tout de même ! ). (cette idée n’est pas de moi mais tirée d’une carricature dont j’ai malheureusement oublié le nom de l’auteur !).

        hic !




        • jjwaDal marcoB12 2 août 2008 22:37

          Bonsoir Bobby,

          Je pense que ces chimères ont déjà causé assez de morts et qu’on pourrait se limiter à l’affaire du L-Tryptophane (qui fit 100 décès estimés) et au comptage des milliers de suicides de paysans indiens ruinés et poussés au désespoir parce que des firmes (une en particulier ) avaient une vision de l’agriculture ne faisant aucune place à la complexité du monde réel.
          Qu’ils soient décédés à cause des ogms ne fait aucun doute même si ce n’est pas un problème d’alimentation humaine.



        • sisyphe sisyphe 2 août 2008 23:06

          Merci de rappeler et de démontrer de façon brillante et argumentée des évidences.

          Hélas, les lobbies sont puissants et les apprentis sorciers pas encore sur le point de se voir retirer leurs sanglantes éprouvettes ; d’autant que les politiques sont lâches, comme on le voit constamment, sur ces sujets où les intérêts financiers priment sur le respect de la vie.

          N’empêche, continuons de soutenir ceux qui, comme Bové, par exemple, luttent contre les fossoyeurs du vivant.


            • isis 23 août 2008 19:57

              tres bon article, felicitation.

              nous devons, face à l’inconscience des autorité, faire preuve de precautions individuelles.
              c’est aussi une forme de lutte : quand nous consommons un produit, nous cautionnons la marque qui est derriere. donc en ne choississant pas d’acheter ou de consommer tel ou tel produit, nous portons atteinte à cette marque.
              de façon infime me direz vous ? , avec le même poids que notre bulletin de vote presidentiel en fait ..
              et qu’importe si nous ne sommes qu’une poignée à boycotter, c’est deja notre santé de preservée à defaut d’être une reelle atteinte à la marque.

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