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Un "EPR" au parfum de Tchernobyl

A la lumière d’une communication interne, on apprend que ce nouveau type de centrale nucléaire représenterait un réel danger.

Le réacteur EPR utilise une technique connue, celle des PWR (réacteurs à eau sous pression).

Il est censé produire plus d’électricité avec moins de combustible nucléaire, tout en étant plus puissant (1650 mégawatts).

Il devrait produire 30% de déchets en moins.

Voilà pour les qualités annoncées.

Mais il semble qu’il y ait aussi des inconvénients.

En 2009, trois autorités de sureté nucléaire, française (ASN), anglaise (HSE/ND) et finlandaise (STUK) s’étaient inquiétées sur la sécurité des systèmes de contrôle de l’EPR. lien

Le problème dénoncé par ces autorités concernait « le cerveau du réacteur ».

Il faut savoir qu’il y a deux systèmes de contrôle (l’un gère le système, et l’autre assure sa sécurité) et ils doivent être indépendants l’un de l’autre.

Or, pour l’EPR ce n’est pas le cas.

Les autorités de sécurité trouvent qu’il y a une trop grande interconnexion, et donc un danger réel.

A ceci s’ajoute maintenant une information inquiétante :

Des documents confidentiels viennent d’être divulgués par une source anonyme, interne à EDF.

Ces documents, qui n’auraient jamais dû être connus du public, émanent de Flamanville, ou un EPR tente d’être construit.

Ils sont trois à l’avoir reçu : le réseau « sortir du nucléaire », « l’observatoire du nucléaire », et « le Crilan  » (comité de réflexion, d’information et de lutte anti-nucléaire). lien

L’étude reçue démontre « la possibilité d’un accident grave  » sur l’EPR.

Pour Philippe Brousse, directeur du réseau « sortir du nucléaire » : « certains modes de pilotage du réacteur EPR peuvent provoquer l’explosion du réacteur à cause d’un accident d’éjection de grappe ».

Pour Didier Anger, président du CRILAN : « les grappes servent à contrôler la puissance du réacteur, à le piloter. Ce sont à la fois l’accélérateur et le frein, et l’accident d’éjection de grappes peut donc se comparer au blocage de l’accélérateur, à fond ».

La possibilité d’un « emballement » existe, et les conséquences de celui-ci seraient incontrôlables.

Ces grappes permettent de modérer, voire d’étouffer la réaction nucléaire.

EDF a réagi dans un communiqué, en affirmant : « la sureté nucléaire est la priorité d’EDF  ».

Elle précise que le dossier de mise en service de l’EPR de Flamanville 3 serait adressé pour instruction à l’ASN (autorité de sureté nucléaire).

Tout çà tombe assez mal, pour EDF, puisque vient de se tenir une conférence internationale sur la technologie nucléaire à Paris, animée par le directeur général de l’AIEA (agence internationale de l’énergie atomique), et que le 24 mars prochain doit s’ouvrir le débat public sur le projet du 2ème réacteur EPR, à Penly (Seine Maritime).

La construction du premier EPR, celui de Flamanville a commencé en 2007, et a accumulé les retards, et les dépassements de budget.

De plus les travaux ont été stoppés pendant plus d’un mois sur ordre de l’ASN suite à de nombreuses anomalies et malfaçons. lien

Un autre EPR connait les mêmes déboires, celui de la Finlande.

Son prix initial de 3,3 milliards connait déjà un dépassement de 2,2 milliards d’euros.

Sur son calendrier de réalisation, il affiche déjà trois ans de retard. lien

Il faut savoir aussi que le contrat passé entre AREVA et TVO (l’électricien finlandais) stipule que le réacteur a été vendu « clé en main » pour 3 milliards.

Tout dépassement de ce prix sera pris en compte par AREVA. lien

La France (et donc les contribuables) va donc payer les 3 milliards de dépassement prévisibles.

Cette question avait été évoquée le 22 juillet 2004 par la sénatrice Marie-Christine Blandin.

lien

Les belles promesses annoncées concernant la rentabilité espérée de l’EPR sont donc en train de fondre comme neige au soleil.

En effet, il est plus que probable que les dépassements financiers que connait l’EPR finlandais seront aussi au rendez vous pour l’EPR de Flamanville.

Pour faire bonne mesure, il a été prouvé en mai 2006 que l’EPR n’a pas été conçu pour résister à un crash d’avion. lien

Si de plus, la possibilité d’un accident de type Tchernobyl s’ajoute à ce gâchis financier, on est en droit de s’interroger sur la pertinence d’un nouvel EPR à Penly.

Pourtant tout çà n’a pas l’air d’inquiéter Nicolas Sarkozy, puisqu’il semble qu’une nouvelle centrale nucléaire soit en projet au Tricastin. lien

Comme disait mon vieil ami africain : « le chien qui a vu le lion, et celui qui ne l’a pas vu, n’ont pas la même manière de courir ».

par olivier cabanel (son site) mercredi 10 mars 2010 - 165 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Netanya (xxx.xxx.xxx.77) 10 mars 2010 10:06
    Netanya

    Merci pour cet article !

    concernant le document "fuité", et étant parfaitement au parfum des pratiques de l’industrie de l’énergie, je ne vois pas comment on peut reprocher à un industriel d’envisager & d’étudier les pires scenarri afin de concevoir des parades.

    Une démarche inverse, c’est-à-dire se mettre des oeillères sur d’éventuelles catastrophes, c’est une faute lourde pour un industriel.

    Par contre effectivement, si je comprends bien, nous avons trop d’interconnexions entre l’automate de conduite, et l’automate de sécurité. Si on n’a pas ségrégation entre les deux (comme dans toutes les installations nucléaires que je connais), on a forcément des problèmes potentiels, par principe. C’est contraire aux exigences de sûreté, qui doivent être la priorité sur de telles installations : le gain économique ne peut justifier ce choix d’architecture, et aller à l’encontre de ce principe essentiel, de cette "règle de l’art".

  • Par Romain Desbois (xxx.xxx.xxx.131) 10 mars 2010 11:47
    Romain Desbois

    D’après le réseau sortir du nucléaire la France a déjà dépensé dans le nucléaire (civil et militaire) l’équivalent sa dette actuelle.
    Pouvons espérer qu’elle fera de même pour des énergies moins dangereuses ?

    Bah non actuellement c’est le nucléaire qui gère les budgets des renouvelables.

    Merci qui ? Merci Borloo ! Non Fillon ! Non Tsar Kozy 1er ! Non les trois ! Non, nous tous !

    enfin presque smiley

  • Par olivier cabanel (xxx.xxx.xxx.232) 10 mars 2010 11:07
    olivier cabanel

    mlle Vilistia,
    ce n’est pas beau joueur d’opposer le nucléaire à la bougie !
    franchement, c’est un argument qui commence à etre éculé,
    les énergies nouvelles, c’est moderne, c’est propre, çà ne produit pas (ou peu) de déchets,
    et vous le savez bien.
    alors que le nucléaire, c’est un vieux truc poussif et dépassé,
    qui nous a laissé déjà 2 millions de tonnes de déchets,
    et qui en plus est dangereux.
    allons, revenez à la réalité,
    pensez a vos enfants..a venir ?
     smiley

  • Par Netanya (xxx.xxx.xxx.85) 10 mars 2010 10:40
    Netanya

    Peut-être que le nucléaire est propre, au quotidien, en termes de rejets de CO2. Mais il faut considérer tout le cycle de vie de l’uranium pour juger de la "propreté" de cette filière :

    - la vapeur d’eau des tours aéro-réfrigérantes est un gaz à effet de serre (comme les nuages ils y jouent un rôle, même si la vapeur d’eau à un cycle très rapide comparé aux autres gaz à effet de serre)

    - l’eau de refroidissement puisée dans les cours d’eau est significativement réchauffée au moment de son rejet

    - l’extraction de l’uranium se fait dans de gigantesques mines à ciel ouvert, utilisant de nombreuses machines à moteurs thermiques (pétrole !)

    - l’acheminement du minerai, d’Asie ou d’Afrique, a un coût pétrole conséquent également

    - le traitement du minerai est également consommateur

    - et bien évidemment la production de déchets à plus ou moins longue durée de vie, dont on ne sait que faire et dont on ne peut garantir la bonne gestion sur le long terme

    Sans oublier que l’exploitation de mines en Afrique, par exemple, permet à AREVA de s’affranchir de règles Environnement, Hygiène & Sécurité contraignantes qui s’appliqueraient dans des pays plus pointilleux (au détriment de la santé des travailleurs locaux)

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