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Accueil du site > Actualités > Environnement > Un indicateur pour une gestion durable des usages de l’eau

Un indicateur pour une gestion durable des usages de l’eau

Pour éclairer le débat public sur les usages de l’eau et faire un peu plus que des interdictions de pompage en cas de pénurie, il faudrait un indicateur de surexploitation de la ressource, défini par une autorité nationale indépendante et mis en œuvre par des échelons sur tout le territoire, associant les gestionnaires de ces usages, les scientifiques concernés et le système statistique public. 

Les situations de pénurie perdurent en France, avec les mesures administratives de restriction des pompages prises chaque année en application du décret « sécheresse » issu de la première loi sur l’eau de 1992. 
 Le renforcement du contrôle préalable des prélèvements par les services de la police de l’eau n’a pas entraîné de réduction significative de la surexploitation structurelle de la ressource, notamment en période d’étiage, dans les zones dites "de répartition des eaux", sauf lorsqu’il est possible de soutenir les débits d’étiage par des réserves d’amont en compensant les prélèvements par des lâchers d’eau. Cette solution n’a pas le soutien d’une bonne partie de l’opinion, opposée à la création de nouvelles réserves d’eau et convaincue que l’usage agricole de l’eau (l’irrigation), relève du "gaspillage". L’analyse des prélèvements saisonniers bruts et nets pour tous les usages et celle du renouvellement et de la qualité des masses d’eau affectées par les mouvements d’eau avant et après usage sont considérées comme trop techniques.
Cette situation ne favorise pas une gestion durable « pacifiée » des usages de l’eau car elle se réduit à l’arbitrage des conflits d’usage par des mesures administratives qui renforcent les antagonismes actuels entre « urbains » et « ruraux » sur la pertinence de certains usages, sans même disposer d’une restitution annuelle de ces arbitrages, repérés dans l’espace et dans le temps, ce qui fournirait pourtant une première indication factuelle de la surexploitation de la ressource.
La mise au point d’un indicateur de surexploitation de la ressource par une autorité nationale indépendante, associant localement les « acteurs » du domaine (police de l’eau, agences de l’eau, distributeurs, grands usagers, etc.), les scientifiques compétents sur l’état et le renouvellement de la ressource et une statistique publique des usages de l’eau, serait un progrès indéniable dans le rapprochement des données disponibles et l’information des usagers et des spécialistes.
Le calcul annuel et le suivi en local de cet indicateur devraient faciliter la mise en œuvre de remèdes durables aux conflits actuels et prévenir de nouveaux conflits par une meilleure connaissance quantitative des usages et une meilleure compréhension locale des solutions à apporter aux situations de pénurie et du suivi de leur efficacité, y compris en matière d’économies d’eau en usage final et dans les réseaux, par les échelons locaux de l’autorité nationale.
La faisabilité technique du rapprochement des données source et leur mise en forme statistiques a fait l’objet d’un test en vraie grandeur dans le bassin Adour Garonne, dans le prolongement de l’état des lieux demandé par la directive-cadre européenne de 2000, sur la base d’un référentiel géographique et logique des données qui facilitent ce rapprochement.
La mise au point de ce référentiel ouvre la voie de celle d’un indicateur, qui ne saurait relever d’un seul des acteurs de la gestion des usages de l’eau, aussi légitime soit-il.
La faisabilité « politique » de la mise au point et de l’emploi local d’un tel indicateur reste à évaluer, et aussi la demande sociale, si toutefois le débat sort du cercle restreint des spécialistes et si les services de l’état, et les élus, acceptent d’examiner l’enjeu du débat, c’est-à-dire celui d’une amélioration de la connaissance dans le domaine des usages de l’eau grâce aux techniques de récupération des données fines d’intérêt public assurant la protection des données nominales.
 
PDF - 873.1 ko
Suivi des usages de l’eau en Adour-Garonne
Restitution en tableaux et cartes de l’étude réalisée dans le bassin Adour-Garonne avec des éléments sur le référentiel utilisé pour récupérer les données source.
 

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2 réactions à cet article    


  • chuppa 19 avril 2010 19:29

    EAU contre PHOTOVOLTAIQUE
    La filière photovoltaique impacte l’industrie et les magouilles de primes, sans parler du rôle d’EDF en situation de non concurrence totale.
    L’eau ne rapporte rien à personne, et c’est là que réside le désintérêt des pouvoirs publics.
    Aucune filière !! Aucune visibilité internationale etc etc
    Mais il est pourtant évident que les coupures d’alimentation dans certaines zones vont s’amplifier car nous consommons bcp trop d’eau.
    Il serait bien trop simple d’obliger le placement d’une citerne de récupération d’eau de pluie dans chaque nouvelle maison (Obligatoire en Belgique) et ceci pour un coût modeste.
    On pourra survivre sans photovoltaique mais nous nous battrons pour l’eau.


    • Jean-Louis Janin Jean-Louis Janin 21 avril 2010 19:12

      L’eau en elle même ne rapporte rien, c’est son usage qui entre dans les échanges économiques, avec par exemple une augmentation du rendement des cultures irriguées, ou la possibilité de vivre en ville si elle est effectivement traitée et distribuée, puis épurée avant d’être restituée après usage domestique ou urbain.

      Entrent en jeu donc les salaires versés à ceux qui travaillent dans les services et les industries correspondantes ou la production des équipements nécessaires, ainsi que les profits. La différence essentielle avec l’usage d’autres biens, comme une voiture ou une télévision, est que l’usage de l’eau est vital, et ne peut être considéré comme relevant de la loi de l’offre et la demande.

      Ce n’est donc pas un marché comme un autre, pour la première des matières premières, comme le souligne Erik Orsenna dans l’exposé que vous trouverez sur le site de l’atelier « Usages de l’eau » de l’association Terre Démocrate, que vous trouverez facilement sur internet.

      Je ne pense pas que les pouvoirs publics se désintéressent de l’eau, en tout cas pas au niveau des collectivités locales, qui tendent à suivre de beaucoup plus près les contrats de délégation de service public, ou rétablissent des régies directes.

      En ce qui concerne le traitement des donnés disponibles sur les prélèvements, en relation avec le renouvellement de la ressource, les pouvoirs publics me semblent dans la ligne du désengagement de l’état, hérité du libéralisme monétariste de ces trente dernières années, y compris pour le rapprochement des données « régaliennes » (autorisations de prélèvement délivrées par la police de l’eau) et des données « fiscales » collectées pour fixer les redevances des agences de l’eau.

      On ne fait donc en France, dans ce domaine, que ce qui est demandé au niveau européen (Directive cadre sur l’eau), avec un profil très bas pour ce qui est de la statistique publique (addition des chiffres globaux des agences de l’eau) et un traitement des situations de pénurie au coup par coup, par le niveau local, sans synthèse au plan national.

      Je déplore cette situation, mal connue car peu abordée dans les médias, sauf brièvement en parlant de la « sécheresse ». Elle a comme justification une forme de « paresse intellectuelle » de beaucoup de hauts fonctionnaires, quand un problème est compliqué, mal référencé, et soulève beaucoup de polémiques, paresse qui « coïncide » avec une grande prudence des politiques (toutes tendances confondues, jusqu’à ce jour), qui ne voient pas de bénéfice immédiat a mettre le problème à l’ordre du jour.

      Je ne suis pas sûr que les citernes soient obligatoires en Belgique. L’usage domestique de l’eau des citernes soulève en France, où elles semblent introduites à dose homéopathique, un problème de santé publique qui fait partie du débat sur les économies d’eau à usage urbain.

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