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Une espèce à protéger

Accusée par ses détracteurs d'être à l'origine de tous les maux de la planète, l'humanité n'en est pas moins une espèce naturelle comme les autres et peut-être bien plus fragile qu'elle ne semble.

 Pour beaucoup l’humanité est une espèce qui vit au dessus de ses moyens. Ce constat ne fait aucun doute pour sa partie la plus avancée – c'est-à-dire la plus occidentalisée. Et nombreux sont ceux, climatologues ou militants écologiques, qui dénoncent son train de vie ruineux pour la planète. Mais si l’humanité vit de la sorte, c’est parce que les moyens qu’elle a développés au cours des millénaires sont tout simplement prodigieux. Sa capacité à inventer des instruments et des objets qui transforment son vécu est admirable pour qui l’observe avec les lunettes de l’Histoire. Un tel parcours a de quoi emplir de fierté le moindre de ses représentants, malgré la connaissance de tous les effets pervers générés par son évolution. « L’homme est une corde tendue entre la bête et le surhumain. ». Cette maxime que Nietzsche prêtait à son Zarathoustra n’a jamais été si vraie. Quand on peut envoyer des hommes dans l’espace ; quand on peut communiquer en quelques secondes avec n’importe qui sur la terre ; quand on peut conserver et dupliquer des cellules ; quand on peut travailler sur la structure du vivant jusqu’à s’approcher de l’immortalité, comment ne pourrait-on pas se penser radicalement différent de toutes les autres espèces terrestres ? Comment ne pourrait-on pas se prendre parfois pour des dieux, des anges ou même des extra-terrestres dont la mission serait, selon le mot d’Edgar Morin, d’être « les gardiens des étants » ? Ce regard transcendant sur le reste de la nature est celui de tous ceux qui prétendent défendre les autres espèces animales contre les excès de leur propre espèce. Comme si l’humanité – à laquelle ils appartiennent bon gré mal gré – serait devenue si puissante qu’elle se serait affranchie des vicissitudes terrestres, qu’elle ne pourrait plus désormais partager le sort des victimes. Pour que l’humanité accomplisse, à leurs yeux, sa destinée éthique, il faudrait qu’elle mette un frein à son génie propre – ou à sa volonté de puissance – qui la propulse toujours en avant. Cela est possible, cela est nécessaire mais sûrement pas de manière inconditionnelle, sans s’être au préalable interrogé sur les fondements de l’aventure humaine.

Car pour être le fleuron de l’évolution, l’humanité n’en est pas moins une espèce naturelle, liée par ses origines à cette matrice immémoriale. Et en cela elle est, à quelque niveau que ce soit, en lutte pour la vie. Les tribus d’Amazonie ou les aborigènes australiens, restés plus proches de la nature, nous le rappellent, pour peu que nous admettions qu’ils appartiennent à la même espèce que nous. Ils nous parlent d’un monde où l’homme est toujours dépendant de son écosystème. Un monde où il faut chasser et pêcher pour subsister, autrement dit tuer sans faux-semblants d’autres créatures naturelles, quitte à leur adresser une prière rituelle. Oui, ces hommes et ces femmes nous disent, avec leur culture et leurs symboles, que l’être humain doit chaque jour se confronter aux problèmes de sa naturalité. Et qu’il lui faut songer d’abord à sa survie avant de se préoccuper du sort des espèces qui partagent avec lui cette planète.

Sont-ils si différents de nous, ces rameaux d’humanité qui semblent à des années-lumière de notre civilisation ? Certes non et, placés dans les mêmes conditions d’existence, ils apprendraient en peu de temps ces savoirs procéduraux qui font notre fierté. Mais cette proposition est également réversible et la précarité de leur mode de vie n’est peut-être qu’un miroir tendu à notre propre fragilité ontologique, elle que des millénaires de progrès techniques ont fini par cacher à la plupart de nos contemporains. Car le degré de sophistication atteint par notre civilisation ne la met pas à l’abri d’un accident majeur. Qu’adviendrait-il d’elle en cas de guerre nucléaire ou bactériologique ? Que deviendrait notre prodigieux réseau électrique en cas de rayonnement gamma déréglé, ce que l’explosion d’une étoile dans les parages de notre galaxie pourrait bien provoquer ? Pas grand-chose, assurément ! On pourrait multiplier les exemples de catastrophes, naturelles ou non, qui auraient vite fait de ramener l’homme moderne à la condition misérable de ses ancêtres, ravivant du même coup les comportements les plus instinctifs. Et la capacité à survivre de ce conquérant déchu pourrait s’avérer bien moindre que celle des espèces animales qui l’entourent. Elles en profiteraient, sans doute, pour accroître leurs terrains de chasse et transformer en proies les oppresseurs de la veille.

Il faut souhaiter que l’humanité actuelle ne connaisse jamais une telle involution. Et qu’elle travaille davantage à sa mission, si urgente, d’auto-préservation. Sans fausse honte ni résipiscence pour son exceptionnel développement, mais dans un respect rationnel et tempéré pour son environnement.

 

 Jacques LUCCHESI


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