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Accueil du site > Actualités > Environnement > Xynthia : La mémoire du risque

Xynthia : La mémoire du risque

Il ne s’agit pas ici du pathétique « devoir de mémoire »,de ces coups de mentonnière opportunistes, mais de la mémoire vraie. Celle des hommes et de leurs paysages, celle des anciens, des sages : bref celle de la mémoire collective... Il s’agit surtout d’échapper à cette tyrannie de l’instant qui nous pousse dans une fuite permanente vers des avenirs, improbables, amnésiques.

La tragique tempête de ces derniers jours rappelle l’impératif de raviver la mémoire du risque dans la mémoire collective. « L’exceptionnel », mantra des médias, semble évoquer une absence de précédent ainsi que son impossible répétition, or il n’en est rien.

Faisons œuvre de mémoire. Le long des 276 km de côtes du département de la Vendée, de vastes espaces regagnés sur la mer sont protégés par 103 km de digues à la mer. Plusieurs inondations sont intervenues dans tous les secteurs du littoral. Les plus récentes et tristement célèbres restent la rupture du polder Sébastopol sur l’île de Noirmoutier avec plus de 3000 ha submergés et l’ouragan de 1940 avec la destruction des digues de Bouin. On évoquait déjà « l’exception ». Pourtant, là aussi, combinaisons d’un coefficient moyen, d’un vent violent et d’une forte dépression engendrant une sur cote importante. Depuis l’an mil l’île de Noirmoutier a été périodiquement assaillie par des tempêtes ou des ouragans dont la mémoire a été entretenue par les populations locales et notamment par l’association « 12/12 ».

Quelques évènements extraits du répertoire des catastrophes survenues dans l’Ile de Noirmoutier :

1075 Un fort « vimer » envahit les champs au Both et au Fier.

1351 Reprise par la mer de très grands territoires dans toute la plaine de Barbâtre.

1509 Ouragan : la mer rompt la digue de Pulant et envahit la plaine de la Guérinière.

1638 Raz-de-marée : une partie de l’île est inondée.

1762 Nouveau désastre : l’île est menacée d’une inondation générale.

1763 Le 3 février, brèche aux dunes du Devin. Les digues de la Frandière sont rompues en trois endroits ; la mer noie toutes les terres de la Fosse, de laFrandière et des Onchères ; le moulin des Onchères et un certain nombre de maisons, dont une dizaine du bourg, sont engloutis et dévastés. (Pagesd’Histoire noirmoutrine – Fernand Guillet, 1948).

1838 Destruction des digues privées sur la côte de Pulant, inondations catastrophiques à la Guérinière. Il faut des barques pour passer d’une maison à l’autre.

1882 Les travaux d’endiguement au niveau du village de la Guérinière sont insuffisants contre les tempêtes du Sud-Ouest. Déjà la mer y est arrivée avec un courant de foudre et presque toujours en pleine nuit, envahissant l’église, la cure et les maisons voisines.

1926 Le 20 novembre, « lors d’une effroyable tempête, la mer coupe les dunes de Bressuire (l’Epine) et rentre à flots jusqu’aux abords du village ».

1937 Rupture de la digue à la Tresson : la mer atteint la route (N 148), 130 ha inondés. Dans la nuit du 13 au 14 mars, les habitants de l’île de Noirmoutier et des communes du marais de Monts et de Bouin furent alertés par le tocsin.

1996 Vents violents et mer très forte. Durant les mois de janvier et de février, (en particulier le 7 février), toutes les côtes de l’île subissent des dégâts

1999 Le 24 octobre, la conjonction d’une forte dépression, d’un coefficient de marée élevé (coefficient de 102, hauteur d’eau de 6,15 m à Saint-Nazaire soit environ 5,75 dans le port de Noirmoutier) et de vents violents de secteur Ouest-Sud-Ouest provoque une surcote exceptionnelle d’environ 0,9 m. Les digues sont touchées et des débordements ont lieu au niveau desberges d’étiers et sur les quais du port de Noirmoutier.

1999 Les 26 et 27 décembre, même scénario : le coefficient supérieur à 100 qui accompagne la tempête amplifie l’action érosive de la mer.

On le voit : l’histoire fait de l’exceptionnel la règle. Depuis, on a oublié, on a renforcé les ouvrages et on a construit plus d’un millier de maisons dans les prés salés inondables du sud de l’île. Les anciens n’auraient jamais construit là, sous le niveau de la mer. Les plus vieux villages sont tous sur le cordon dunaire, Jamais plus bas que le niveau zéro des cartes marines.

Les communes les plus touchées par la tempête Xynthia, dans la région de l’aiguillon sur mer illustrent cet oubli de la mémoire du risque : Dès 2005,la DDE de Vendée a répertorié les digues pouvant être objet de la protection civile et établit les définitions de la dangerosité du site. La digue Est de la Faute sur mer a été la première du département à être classée comme ayant un intérêt de sécurité publique et faisant l’objet de prescription de diagnostic, de surveillance et d’entretien par arrêté préfectoral du 7 juillet 2005.( http://www.paralia.fr/jngcgc/10_27_raison.pdf).

À Noirmoutier, les anciens n’ont pas oublié et pensent déjà à la future « marée du siècle » de 2013 : « pourvu que cela marche et qu’il n’y ait pas conjugaison de marée d’équinoxe et de tempête… ». « J’y pense et puis j’oublie... » Chantait Jacques Dutronc.

htttp ://cromwellbar.blogspot.com


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13 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 3 mars 2010 10:56

    Comme les journalistes le disent pudiquement « la pression immobilière est forte » ! smiley
    c’est scandaleux que l’on autorise à betonner et à construire n’importe où , l’histoire et la mémoire collectivve , c’est pas fait pour les chiens !


    • vivien françoise 3 mars 2010 12:56

      Bonjour,
      Ce qui est encore plus scandaleux sinon incompréhensible, c’est que des personnes veuillent construire leur maison dans des zones inondables. Les Français dorment pendant que la tempête se déchaine dehors. Vouloir dompter la nature, ya que les humains pour être aussi présomptueux.
      Des tempêtes il y en aura encore d’autres, plus terribles peut-être, mais les hommes dormiront encore sur leurs deux oreilles, ou devrais-je dire sur leur matelas de pognon, car tout se ramène à une affaire d’argent. La nature, elle s’en fout de l’argent.
      VF


    • Indépendance des Chercheurs Indépendance des Chercheurs 3 mars 2010 19:52

      Les permis de construire sont inexcusables, mais où étaient passés les contrôles de l’Etat ?

      Et si les protections contre les inondations avaient déjà rencontré autant de problèmes, ne faut-il en déduire que tout était à refaire depuis longtemps avec des techniques plus modernes ? Le tout est de vouloir dépenser l’argent dans ce genre de choses, plutôt que de le délocaliser.

      Cordialement

      Le Collectif Indépendance des Chercheurs
      http://science21.blogs.courrierinternational.com/


    • finael finael 3 mars 2010 13:33

      Excellent rappel de l’obligation de mémoire. Si les hommes avaient, de tout temps, construit ici et pas là, il y avait une excellente raison.

      La lecture des archives est, à ce propos, extrêmement instructive.


      • astus astus 3 mars 2010 15:17

        Les assurances aussi ont la mémoire du risque et beaucoup de journaux, comme Le Point, par exemple, font leurs gros titres de mensonges :  « La tempête Xynthia coûterait un milliard aux assureurs ». C’est évidemment une honteuse désinformation : la tempête ne coûtera rien du tout aux assurances qui augmenteront tout simplement leurs primes. Les assurés paieront donc pour l’incurie de maires vérolés par un clientélisme chronique . Ils n’ont cessé de modifier le plan d’occupation des sols pour toucher les dividendes de propriétés bâties en toute connaissance de cause sur des zones de polders inondables, et n’ont même pas su imposer des constructions sur pilotis.

        • Tonio Tonio 3 mars 2010 15:29

          Exactement pareil à la montagne. J’ai vu des chalets se construire dans des endroits où personne ne le faisait avant, et pour de bonne raison. Une année, les châlets avaient disparu : une avalanche les avait emportés.


          • Lucrezia 3 mars 2010 17:15

            On pourra construire toutes les digues que l’on veut, il arrivera toujours une Tempête qui la submergera ...Alors pourquoi s’obstiner à laisser construire en zone dangereusement inondable et pourquoi acheter aussi en connaissance de causes ? Car n’est-ce pas comme si vous achetiez un chalet en montagne et que vous soyez surpris qu’une avalanche de neige puisse recouvrir votre maison ?


            • Indépendance des Chercheurs Indépendance des Chercheurs 3 mars 2010 20:35

              Mais avoir les meilleures digues possible aurait diminué le risque. Tel ne semble pas avoir été le cas.

              Ne pas construire dans ces zones est indispensable, mais cela ne suffit pas. Il peut malgré tout y avoir des morts, car personne n’est à l’abri d’un imprévu.

              Ce qui nous ramène à la problématique évoquée dans cet article :

              Catastrophe Xynthia, fuite des capitaux et revenus des « chefs »

              Cordialement

              Le Collectif Indépendance des Chercheurs
              http://science21.blogs.courrierinternational.com/
               


            • curieux curieux 3 mars 2010 20:20

              Comme pour les agriculteurs aisés, le français moyen verra ses primes d’assurances augmenter. Je ne pense pas que les gens qui vivaient à cet endroit soit des malheureux. Et les médias font tout un plat de cette catastrophe naturelle. Les habitants connaissaient les risques, non


                • olive17 olive17 3 mars 2010 22:00

                  Un p’tit bonsoir à tous,

                  Je n’ai pas vraiment le temps de vous donner les liens mais j’y travaille.

                  Mes parents habitent à Charron, donc pour l’instant c’est déblayage & Cie.

                  Je me permet d’attirer l’attention sur le fait que le plan d’occupation des sols, n’est pas le seul facteur à prendre en compte.

                  Alors les remarques du genre ils ont de l’argent dans la région, les gens sont à l’aise ça devient un peu lourd.

                  Pour ceux qui ont un peu de jugeotte et le courage de chercher les vrais informations GIYF.

                  En 1982 l’ifremer mettait déja en garde conte l’expansion des bouchost et des parc à huitres.

                  Et oui quand c’est trop à touche touche ces choses là ça favorise l’envasement.

                  Le drainage excessif du marais et souvent de fois fait dans l’illégalité.

                  Ce qui a entrainé une destruction lente et progressive de l’architecture du marais.

                  Le classement de certaines zones en Natura 2000 qui ne permet plus de faire l’entretien des digues (fo pas traumatiser les oiseaux).

                  Le délaissement total des pouvoirs publics.

                  Enfin voilà, pour résumer, l’explosion de l’agriculture intensive sur terre et en mer associé à la construction galopante des habitations font que le marais en une trentaine d’année a été complètement détruit. Et tout ça toujours pour la même chose : l’appat du gain.

                  Des hollandais sont venus nous aider à faire en sorte que l’hiver ça ne soit pas à inondé et l’été pas à sec.

                  Et là comme tous les grands médias tout le monde s’engouffre dans le plan d’occupation des sols.

                  Alors expliquez moi une chose, il doit bien y a voir quelques marins qui trainent par là, les villes de Hollande sont sous le niveau de la mer et les tempètes sont aussi violentes voire plus et pas de catastrophe en Hollande.

                  Cherchez l’erreur.

                  Bientot quand on aura fini de tout débarasser et mis à plat tout ça, je vous donnerais quelques liens sur Météo France, Ifremer, Gestion du marais, etc..., pour que ceux qui parlent du marais sans connaitre, revoient un peu leurs positions et plus de données en tête pour faire une analyse un peu plus pertinente.

                  Cordialement.



                  • krolik krolik 4 mars 2010 09:50

                     A l’heure où les digues lâchent notamment dans les CHARENTES, on se rend compte que les financements publics injectés dans l’éolien ou le Photovoltaïque auraient été aussi utiles pour l’entretien des digues.
                     La planète doit sans doute être préserver, mais de la nature il faut savoir aussi se méfier. Ségolène ROYALE s’est vanté récemment d’être la première à avoir rempli ses objectifs d’investissement en matière d’EnR. Elle sera sans doute plus discrète sur le budget « Entretien des digues » et son lien éventuel avec les 50 victimes civiles. A l’industrie nucléaire on ne pardonnerait pas tant de pertes humaines. En pardonnerait-on une seule ? 
                    @+


                    • Pak 4 mars 2010 22:33

                      Oui on lui pardonnerait, il me semble bien qu’il y a eu des accident mortels en France de cette manière (des techniciens qui ont été exposés par erreur aux radiations).
                      Intéressant le point de vue de notre ami de vendée. Un peu la faute des huitres et des écolos en somme...

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