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Accueil du site > Actualités > Environnement > YAB ou l’art de la culpabilisation environnementale

YAB ou l’art de la culpabilisation environnementale

Dans le Grand maelstrom télégénique et populaire de la question écolo-environnementale, on retrouve principalement deux espèces antagonistes d’individus : Le Claudius Allegrius dont nous vous faisions une rapide description hier, et le Yann Arthus (Nicolas Hulot + les autres).

A l’instar de l’Allegrius, le Yann Arthus est une espèce qui se reproduit. Qui se reproduit vite, très vite. Partout, tout le temps, Yann Arthus –et les autres..., Hulot, Al Gore- du sous-ordre des écologistes médiatiques n’en finit plus de sermonner les foules irresponsables d’occidentaux perfusés à l’or noir, prophétisant encore, non sans fatalisme, la fin de ce monde décadent à l’horizon de la prochaine décennie.
 
Produit incontestable de séduction massive, nécessaire par ailleurs à la reproduction du Yann Arthus, Home -dont on peut désormais voir les couleurs en ligne-, distribué à sa sortie dans pas moins de 130 pays, est le dernier né d’un génie du discours apocalyptico-environnemental. Miroitant de reflets argentés, scintillant, coruscant à grands renforts de contrastes que l’on croirait photoshopés, Home est de ces leurres sexuels, de ces queues de paon qui, tout comme Darwin en son temps, nous laisse, niaisement béat, totalement dubitatif.
 
Et c’est parti pour une heure et demie de film –magnifique au demeurant. Les tableaux tant tôt figuratifs, tant tôt abstractifs, magnifiant notre mère la terre de leur palette chromatique s’enchaînent à la mesure d’une liturgie bien convenue. Anesthésié par la collusion de l’image et de l’onirisme d’un chant lamenté tout en trémolos, on a peine à entendre les augures de Yann Arthus qui de son hélico, contemple avec miséricorde et religiosité les souffrances et les cicatrices parcourant la peau d’une déesse à l’agonie.
 
Peu à peu et entre deux épisodes de transe quasi mystique on saisit la présence d’un message binaire, vraiment lourd, pas très subtil : la Terre est pure, l’homme est son fardeau.
 
La voix off de Yann Arthus, adepte du tutoiement paternaliste et moralisateur, assène avec force au creux de nos consciences le dit message, bientôt raisonnant et tournant en boucle sur le transistor de nos synapses. L’homme est un nuisible pour la planète, semble-t-il nous répéter à longueur de temps. Et c’est vrai qu’au bout d’un moment, à nous prendre pour Dieu, comme ça, le regard en permanence contre-plongé sur tout ce fourmillement incessant, on finit par le remarquer : Partout l’homme, grouillant, fouit la terre de ses immondes pattes, retourne, déblaie, terrasse, désagrège 4 milliards d’années d’histoire terrestre, et cela en seulement 200 000 ans d’existence –et guère plus d’un siècle d’action corrosive. L’homme occidental prisonnier de ces villes ruches déploie, quadrille, exploite, pompe, arrachant bientôt à la terre les dernières « poches de soleil » qui lui restent.
 
Il faut voir de là-haut comme le nuisible sapiens sapiens du nord détruit, gaspille et pollue pendant que son comparse, celui du sud, le petit africain, le bangladais ou encore l’indien d’Amazonie, traîne des pieds sous la chaleur croissante d’une Terre qu’il n’a pas souhaité, et qu’aux labeurs quotidiens des champs, il ne fait que prier. Il faut voir comme le nuisible du sud est plus respectueux de son environnement, dépourvu de toute technique productive moderne. Il faut le voir travailler de ses petites pattes, c’est tellement beau –tellement écolo aussi.
 
Durant une heure et demie, la propagande environnementale ne s’essouffle pas une seconde, Lourdingue, pataude, elle se cristallise à la faveur de vérités trop simplistes sur fond de tensions instrumentales ; une ville tentaculaire, une monstrueuse raffinerie de pétrole, la démesure d’un gratte-ciel de Dubaï, et voilà que la musique s’emballe, que les tambours se mettent à gronder et à se faire le supplétif culpabilisateur d’une voix arthusienne emplie de sagesse. Ailleurs, un troupeau de gazelles, la course d’un éléphant dans la savane gabonaise, les fumerolles incandescentes d’un volcan millénaire, et voilà à l’inverse que l’ascendance de l’Etre se fait, affranchi de la pesanteur par la beauté et hissé en un éclair aux portes de l’Eden.
 
La Nature reine et vierge plutôt que l’homme et sa Culture nauséabonde. La Nature encore plutôt que la Technique stérilisante. L’antinomie est toute trouvée, et tellement forte.
 
Le Yann Arthus se reproduit vite, conquérant à grand renfort de litanies catastrophistes éculées et de données statistiques ultra précises, les esprits encore insouciants et élastiques de ces jeunes « en quêtes de sens ». La bonne volonté est là, la méthode est plus discutable.
 
Derrière le discours écologiste érigé au stade suprême de la pensée morale et unique, les petites et les grandes stratégies marketing se tissent. François-Henri-Pinault le sait : l’investissement écolo aujourd’hui, c’est un truc plus que rentable lorsque l’on veut donner du sens à ses affaires. Au détour du générique, la rentabilité attend. Dans un étrange ballet aérien, les marques du groupe virevoltent, s’entremêlent puis s’agrègent enfin sous nos yeux stupéfaits, dessinant bientôt le titre du documentaire : H-O-M-E.
 
Le paradoxe est total et le film qui par la suite régurgitera par cent fois ce consumérisme génétique si propre à l’espèce humaine, n’aura finalement plus aucune légitimité à être tout simplement.

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4 réactions à cet article    


  • moitoinous84 moitoinous84 11 juin 2009 09:06

    Bonjour,
    Il y a 25 ans lorsque j’avais commencé à limiter les traitements sur mes cerisiers et vignes, et à mettre de l’engrais organique sur les terres, les voisins paysans rigolaient derrière mon dos,la coopérative viticole ne voulait pas de mon raisin, et le vendeur de produits agricoles me disait plus bonjour.
    Tout ce qui est dit dans ce papier est très révélateur d’un esprit intello/urbain déconnecté de la réalité de la production alimentaire qui devrait pourvoir à notre survie.
    Vous savez cher monsieur que l’homme ne quitte pas des habitudes centenaires en un jour.
    Et des messages comme celui que véhicule « HOME » sont bien souvent nécessaires pour réveiller des consciences somnolentes, ou carrément endormies dans la sur-consommation.
    Bien à vous.


    • alceste 11 juin 2009 10:34

      « Derrière le discours écologiste érigé au stade suprême de la pensée morale et unique, les petites et les grandes stratégies marketing se tissent. François-Henri-Pinault le sait : l’investissement écolo aujourd’hui, c’est un truc plus que rentable lorsque l’on veut donner du sens à ses affaires. Au détour du générique, la rentabilité attend. »

      Vous avez raison de nous indiquer que, derrière les belles images et les beaux sentiments, il y a aussi beaucoup de grands philanthropes, dont les niches écologiques se situent plutôt dans les Conseils d’Administration des FPR, Total, Veolia, etc.


      • Marianne Marianne 11 juin 2009 13:03

        Oui, j’ai eu les mêmes sentiments que vous en regardant et surtout en écoutant ce film. D’ailleurs le commentaire de la bande-annonce, fait état, d’emblée, « du miracle de la vie sur Terre dans l’Univers », faisant implicitement référence au religieux, puis que « la contemplation peut nous aider à relever ces défis (écologiques)... ».

        Le commentaire du film est soporifique, presque assomant et nous laisse finalement peu d’espoir, puisqu’au fond c’est l’homme (tous les hommes) - sa nature semble nous dire Y.Arthus Bertrand - qui est responsable...

        Ceux qui possèdent des industries lourdes, des gisements de pétrole et des pétroliers, ceux qui vendent des tratements chimiques pour l’agriculture depuis des décennies qui empoisonnent fleuves et rivières, les géants de l’industrie du bois qui déforestent l’Amazonie par milliers d’hectares, chassant les indiens de leur terre, le lobby routier (contre les transports en commun), ceux dont les actions (au propre et au figuré) et le pouvoir de nuisance environnementale sont incommensurablement plus grands que celui du citoyen lambda, tous ceux-là ne sont pas mis en cause dans ce film...

         



        • pilet14 15 juin 2009 09:56

          Je m’étonne de l’abscence des camps de concentrations pour oie aux Pays Bas dans le film Home, un oubli sans doute.

          Pendant que l’Europe s’égosille sur le sort de 200 000 phoques, voici ce que nos amis bataves, modèles en environnement pour certains, font des oies sauvages surdensitaires.

          Je m’étonne aussi de l’absence de réaction de nos ONGs protectionnistes de tout poil si rapide à dégainer des référés pour nous empécher de chasser ces espèces au mois de février mais il est tellement plus simple de faire la leçon aux canadiens

          Lisez la suite

          Fédérations départementales
          des chasseurs de l’Oise et de la Somme
          ET DE L’Association nationale des chasseurs de gibier d’eau

          Le 08/06/09

          Destructions d’oies en Hollande : la réalité dépasse la fiction !!!



          Une mission parlementaire a été envoyée fin mai en Hollande par Jean-Louis Borloo, Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable, pour faire la lumière sur les destructions d’oies sauvages. Cette mission était conduite par Jérôme Bignon, député de la Somme et président du groupe chasse de l’Assemblée nationale avec :
          - trois représentants des associations cynégétiques
          - trois représentants des associations de protection de la nature
          - deux scientifiques
          - un représentant du cabinet du ministre
          - deux journalistes de France 3 Picardie.

          Guy Harlé d’Ophove, Yves Butel et Raymond Marie, respectivement Président de la Fédération des chasseurs de l’Oise, Président de la Fédération des chasseurs de la Somme et Secrétaire général de l’ANCGE, représentant le monde de la chasse, ont été profondément choqués par ce qu’ils ont vu et par ce qu’ils ont appris de leurs interlocuteurs hollandais membres des associations de chasse, de protection de la nature, des organisations agricoles, des instances scientifiques et du ministère de l’Agriculture.

          La Table ronde chasse qui réunit les représentants des chasseurs et des protecteurs de la nature sous la présidence de Jérôme Bignon a été officiellement informée dès le lundi 8 juin 2009 des faits constatés au cours de cette mission.

          Selon les sources officielles néerlandaises (ministère de l’Agriculture), 109.000 oiseaux ont été « détruits » durant la campagne 2007/08, dont 43.000 oies cendrées, 40.000 oies rieuses et 22.000 siffleurs. Pour mémoire, le prélèvement réalisé par les chasseurs français est d’environ 20.000 oies, selon l’ONCFS. Ces destructions en Hollande, réalisées en automne et en hiver, ont pour but de réduire les dégâts agricoles causés par les oiseaux migrateurs.

          Mais ces destructions, non comptabilisées dans ces 109.000 oiseaux cités plus haut, ne s’arrêtent pas là : du 1er avril au 30 septembre, elles se poursuivent sous d’autres formes.
          - Tirs (prime de 5 € par oie abattue)
          - Stérilisation des œufs (en les piquant, en les secouant, ou en les recouvrant d’huile de maïs). Cette technique scandaleuse réduit à 30 % seulement les couples qui amènent leur couvée à terme ; 70 % des autres n’auront pas d’oisons (source : province de Zélande).
          - Capture des oies en mue qui sont « euthanasiées » au bâton ou gazées
          - Maintien des oisons non-volants hors des zones agricoles (engrillagement) ce qui a pour effet de les faire mourir de faim, pratique révoltante.

          Malgré ces programmes de destruction massive, les populations se développent : les comptages font état de « pics » atteignant 600.000 à 800.000 oies cendrées, 1.300.000 oies rieuses et 800.000 canards siffleurs.

          Les dégâts donnent lieu à des indemnisations considérables : 16 millions d’euros sont versés par le gouvernement aux agriculteurs, auxquels s’ajoutent 90 millions d’euros pour financer des exploitations agricoles spécialement transformées en « zones d’accueil ». Ces zones d’accueil sont subventionnées à hauteur de 800 € / ha, la moitié étant versée par le gouvernement néerlandais et l’autre moitié… par l’Europe.

          La solution la plus logique et la plus écologique aux problèmes aurait été de permettre aux chasseurs de prélever les oies en surnombre. Pourtant, le gouvernement a choisi ces alternatives pour le moins honteuses, en contradiction totale avec l’application de la Directive 79/409 et sans aucune polémique de la part des associations locales de protection de la nature.

          Ces dizaines de milliers d’oiseaux abattus, sans parler des destructions d’été, illustrent l’aberration et la faillite d’un système visant à protéger au maximum des espèces en interdisant leur chasse, puis en commanditant des abattages de masse. Ces destructions sont la négation même de la gestion de la faune sauvage et de l’utilisation durable des ressources naturelles.

          Les représentants des chasseurs de France s’offusquent de tels agissements et ne comprennent pas le mutisme des associations françaises de protection de la nature si promptes à ester en justice pour quelques jours de chasse en France, portant sur des quantités d’oiseaux négligeables.

          Ils remercient Jean-Louis Borloo de les avoir invités à participer à cette mission parlementaire, et sont persuadés qu’elle débouchera sur une prolongation de la chasse des oies en France jusqu’au 28 février dans des conditions à définir par le Groupe d’Experts pour les Oiseaux et leur Chasse qui sera mis en place par le ministre d’Etat dès le mois de juillet. Comment pourrait-il en être autrement ? La fermeture en France le 31 janvier, de la chasse des oies qui remontent… vers la Hollande où elles sont détruites toute l’année, est un non-sens complet qui ne saurait perdurer. Il en va de même pour le siffleur et d’autres espèces.

          En effet, il est difficile pour les chasseurs français d’admettre qu’on leur refuse de prélever quelques oiseaux en février, alors que l’état de conservation de ces oiseaux est excellent, à tel point qu’on les extermine en grand nombre chez nos voisins proches !

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