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Accueil du site > Actualités > Europe > Alexandre Loukachenko et l’étau européen

Alexandre Loukachenko et l’étau européen

Depuis son accession à la magistrature suprême en juillet 1994, les methodes politiques du Président bélarusse intriguent et agacent les occidentaux. Mais, Alexandre Loukachenko semble plutôt être préoccupé par le développement de son pays et le bien être de ses concitoyens. 

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Les Présidents bélarusses, Alexandre Loukachenko et indonésiens, Susilo Bambang Yudhoyono

Né le 30 août 1954 à Kopys, Alexandre Loukachenko est à la tête de la République du Belarus depuis le 20 juillet 1994. Réélu en 2001, 2006 et 2010, ses détracteurs le qualifient d'autoritaire et dictatorial alors que ses partisans estiment le contraire, affirmant que sa politique a permis d'éviter au pays les pires effets de la transition au capitalisme de l'ère postsoviétique.

Dans le même temps, en occident les méthodes de Loukachenko intriguent et agacent l’Union européenne. Toutefois, le Belarus qui est situé au cœur de l'Europe, au carrefour de l'Occident vers l'Orient est l’un des rares pays de l’ex-Union soviétique qui n’a pas de différends frontaliers avec ses voisins et connait une certaine stabilité. Le pays a même connu une croissance de 5% en 6 ans, de 2005 à 2011, soit une moyenne de 0,7%.

  1. L’escalade entre l’UE

C’est au terme de la réélection du leader Belarus, Alexandre Loukachenko lors des élections présidentielles de 2010, que la tension est subitement montée d’un cran entre Minsk et les principales capitales de l’Union Européenne. En effet, les autorités Belarus avaient décidé pendant cette période de mettre de l’ordre dans le pays après les manifestations qui avaient dégénérés de quelques membres de l’opposition.

Dans ces conditions, l’Union Européenne qui s’est insurgée contre le comportement « anti-démocratique » du pouvoir de Minsk avait pris une série des sanctions à l’encontre d’une vingtaine de magistrats et de quelques responsables de forces de l’ordre bélarusse impliqués dans la vague d’arrestation des leaders d’opinion. L’on s’en souvient que, Minsk avait rétorqué par l’expulsion du Chef de la mission de l’Union européenne au Belarus et de l’Ambassadeur de Pologne. La tension avec l’UE était tellement perceptible, que même le premier ministre russe de l’époque, Vladimir Poutine était venu à la rescousse de son voisin et allié traditionnel, Alexandre Loukachenko, déclarant regretter les sanctions européennes contre Minsk.

Aussi, le Belarus avait annoncé l’interdiction d’entrée sur son territoire des responsables de l’Union Européenne qui avaient pris part à l’adoption de ces mesures. L’escalade entre Minsk et les capitales européennes ne date pas d’aujourd’hui. Déjà en 1998, Alexandre Loukachenko avait expulsé les ambassadeurs européens et américains de leurs résidences à Drozdy, non loin de la capitale du pays. L’ampleur suscitée par cet incident diplomatique, avait conduit les dirigeants européens à l’unanimité à prendre des mesures supplémentaires et radicales en déclarant, persona no grata Alexandre Loukachenko et plus d’une centaine d’autres responsables bélarusses au sein de l’Union Européenne et aux Etats Unies d’Amériques. Il fallu attendre 1999, pour qu'un compromis soit trouvé et que les ambassadeurs européens et des États-Unis retournent à Minsk.

A ce jour, c’est quelques 229 responsables bélarusses qui ont leurs avoirs gelés et interdits d’accès dans les pays de l’UE, y compris les avoirs de trois sociétés d’Etat. Un embargo est même en vigueur concernant les ventes d’armes.

  1. L’offensive diplomatique

La politique d’intimidation de l’Union Européenne à l’encontre du pouvoir bélarusse, ne semble visiblement pas être au centre des préoccupations des autorités de ce pays. Ces derniers, affichent une sérénité sans faille et se montrent très déterminer à vouloir œuvrer au mieux être des bélarusses. En dépit donc de la détérioration des relations entre le Belarus et les pays occidentaux, Minsk a multiplié des initiatives diplomatiques sur d’autres fronts. La Biélorussie est un membre actif de la Communauté des Etats Indépendants (CEI), il abrite d’ailleurs le siège de cette institution communautaire crée en décembre 1991 au lendemain de l’effondrement de l’Union soviétique par la volonté de trois dirigeants, le russe Boris Eltsine et deux de ses homologues l’ukrainien Leonid Kravtchouk et le bélarusse Stanislav Chouchkievitch. Aujourd’hui, elle est composé de onze pays tous issue de l’ex-URSS. Il s’agit notamment de l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Moldavie, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan.

Lorsque l’UE a durci le ton avec le Belarus, Alexandre Loukachenko a profité pour tisser les relations bilatérales avec les pays tels que, le Venezuela son partenaire privilégié en Amérique du Sud, Cuba, la Chine, l’Iran ou encore avec la Lybie. Malgré l’embargo sur la vente d’armes, Minsk a été pointé du doigt par les occidentaux d’être le fournisseur de matériels militaires au Colonel Mouammar Kadhafi et à Laurent Gbagbo, pendant la crise en Lybie et en Côte d’Ivoire.

Poursuivant son offensive sur la scène internationale, Minsk a ouvert plusieurs ambassades à l’étranger, y compris en Afrique. Déjà présent sur le continent, notamment en Egypte en Libye, au Nigeria, en Ethiopie et en Afrique du sud, Minsk a décidé d’étendre sa présence diplomatique en Afrique avec l’ouverture des ambassades au Gabon, en Gambie, au Cameroun, au Mali, au Sénégal et au Togo. Aussi, à l'avenir, l'ambassadeur bélarusse en Egypte aura sous sa juridiction les pays comme, le Yémen, le Soudan, l'Algérie, le Maroc ; l'Ambassadeur de la Libye – la Tunisie ; l'ambassadeur d'Afrique du Sud – l’Angola, la Zambie, le Zimbabwe.

Déjà en 2001, la République du Belarus a ouvert une quarantaine de bureaux dans 43 pays étrangers à travers le monde, y compris : Ambassade - Consulat général et des Missions permanentes. Depuis 1998, le pays est membre du Mouvement des Non-alignés. Toutefois, les relations économiques et commerciales avec tous ces pays sont encore au stade embryonnaire. A cet effet, le nouveau ministre bélarusse des Affaires étrangères a été mandaté de trouver 3 à 4 pays puissants, à l’image du Venezuela avec lesquels Minsk pourrait envisager de mettre en place des initiatives de coopération gagnant-gagnant. 

  1. L’Asie du Sud-est et les pays du Golfe

La coopération avec les pays de ces régions s’intensifie davantage. Selon le Président et le Parlement Belarus, « La République du Belarus doit être présente partout dans toutes les régions du monde où il est rentable et conforme à son intérêt national ». Dans ce contexte de diversification de ses partenaires politiques et économiques, le Président Loukachenko vient d’entreprendre une vaste tournée (en mars 2013), en Asie du Sud-est et dans les pays du Golfe, notamment en Indonésie, Singapour et en Arabie Saoudite.

D’abord en Indonésie, pour cette première visite au plus haut niveau depuis l’établissement des relations diplomatiques en 1993, les deux pays ont entamé un dialogue sur un large éventail de questions d’intérêts commun. Minsk et Djakarta ont renforcé leur coopération économique et commerciale, notamment par une augmentation de l’offre de produits bélarusses en Indonésie. A cette occasion, de nombreux contrats d’une valeur de plus de 400 millions d’euros ont été signés dans les secteurs de transport, des engrais potassiques et de l’agriculture. Les deux pays envisagent également de coopérer dans le domaine de nanotechnologie. Le Belarus exporte essentiellement vers l’Indonésie la matière première telle que la potasse. A ce sujet un nouveau contrat de 3 ans a été signé pour la fourniture de 250 mille tonnes de potasse pour un montant de 107 millions de dollars par an. L’Indonésie est en quelque sorte une passerelle des produits bélarusses vers les marchés de cette région, vice versa.

En outre, la Biélorussie est prête à approfondir sa coopération industrielle, notamment par la création des sociétés mixtes. Le président A. Loukachenko, a souligné d’ailleurs à cette occasion que son pays a réussi à mettre en œuvre de tels projets, non seulement dans les pays voisins, mais aussi sur d’autres continents.

A Singapour, le président bélarusse a réaffirmé cette même volonté de renforcer non seulement la coopération dans tous les domaines avec ce pays, mais également avec les autres états de la région. Pays insulaire devenu une référence de progrès pour les pays en développement, le Belarus qui vise à créer une économie innovante est intéressé par l’expérience de Singapour.

Déjà en 2011, au cours de sa deuxième visite au Qatar, Alexandre Loukachenko avait annoncé que son pays était sur le point de mettre en place un certain nombre de grands projets d’investissement avec ce pays. Les bonnes relations politiques sont la base pour construire la coopération économique et commerciale, avait t-il souligné. Dans la foulé de cette visite, le Qatar avait exprimé le désir d’investir massivement au Belarus. Ce pays compte créer des zones franches à Orcha et près de Brest. En outre, le Qatar est intéressé par la coopération pour l’extraction de la potasse au Belarus, et envisage par ailleurs d’acheter une participation dans la société « Belaruskali », productrice d’engrais. La Biélorussie est l’un des principaux producteurs de la potasse au monde, un produit qui connait actuellement une forte demande sur les marchés internationaux. A ce jour, le pays dispose de nombreux gisements non encore exploité.

Alexandre Loukachenko qui ‘est rendu pour la troisième fois en Arabie Saoudite, a déclaré que ce pays était le principal partenaire commercial et économique du Belarus dans le Golfe avec un volume d’échange d’environ 20 millions de dollars. Avec le Prince héritier, Mohammed bin Zayed Al Nahyan, le Président bélarusse a souhaité approfondir la coopération entre les deux pays dans divers domaines, notamment dans l’agriculture, l’industrie, mais aussi dans la sphère militaro-technique. Par ailleurs, le Chef de l’Etat Belarus a tissé des relations amicales avec les dirigeants de Bahreïn, du Koweït, de l’Iran et de la Syrie.

  1. Conclusion

Malgré la tempête avec l’Union Européenne et des Etats Unies, l’actuel Président bélarusse Alexandre Loukachenko a démontré à la face du monde que, son pays était capable de résister aux assauts des occidentaux. Faire sortir son pays de l’isolement – tel était l’objectif primordial du Chef de l’Etat bélarusse. Sur la scène internationale, plusieurs initiatives ont été multipliées dans ce sens. Aujourd’hui, le pays est largement représenté dans le monde, notamment en Amérique, en Afrique, en Asie et en Europe. Dans le cadre de la diversification de ses partenaires, Alexandre Loukachenko a tissé des relations tout azimut à tous les niveaux : politique, commerciale, économique et scientifique au bénéfice des intérêts de son peuple.

Bien qu’étant qualifié de dernier « dictateur en Europe », le leader bélarusse a su négocier la transition de son pays après la dislocation de l’Union soviétique. Le pays qui a adopté dans sa constitution, la neutralité et la non-ingérence connait aujourd’hui un développement sans précédent et attire de nombreux investisseurs. Reste seulement au Président bélarusse, de consolider les acquis de la démocratie à l'intérieur de son pays.


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16 réactions à cet article    


  • leypanou 6 avril 2013 09:51

    Merci à cet article qui dénote complètement par rapport à ce qu’on lit ou entend sur les médias en France.

    L’UE donne souvent l’impression de se comporter comme une seule personne ayant bien appris une leçon et ses positions sur l’Iran, la Corée du Nord ou le Honduras l’ont maintes fois prouvé.

    Mais que la Bélarussie se méfie cependant : vouloir mener une diplomatie tous azimuths, avec des pays comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite, amis de longue date et indéfectible de la seule hyperpuissance mondiale actuelle n’est pas du tout une garantie de tranquillité, car une révolution colorée peut vite arriver.


    • Deneb Deneb 6 avril 2013 12:29

      La population a-t-elle accès à l’internet en Biélorussie ?


      • Ferdinand 6 avril 2013 21:17

        ...Oui, je l’affirme. Non seulement le pays est largement représenté sur le net, la population elle aussi a un libre accès sur la toile y compris sur les réseaux sociaux. Une raison de plus que le régime n’est pas totalement totalitaire comme on le pense en occident ... 


      • BlackMatter 6 avril 2013 22:36

        Oui, il y a internet mais il y a aussi des prisons...
        Pour ceux qui ont l’outrecuidance de se présenter à l’élection présidentielle contre ce grand démocrate réélu à 80%.


      • Ferdinand 7 avril 2013 00:33

        ...Les prisons existe belle et bien partout à travers le monde, Cher Monsieur. Un État fort ne signifie pas forcement dictature, la liberté d’opinion est un droit universel y compris au Belarus. C’est écrit noir sur blanc dans la constitution du pays. Quand on perdu une bataille (élection...) ça ne sert à rien de crier sur le toit, personne ne viendra remettre de l’ordre chez-vous. Ce grand démocrate comme vous le dite a été plébiscité  par ses compatriotes, même si ce n’était pas le souhait des occidentaux avec leur soit disant observateurs…


      • Deneb Deneb 7 avril 2013 10:33

        Internet, mais censuré. Un tas de sites, notamment les sites d’opposition, ne sont pas accessible dans le pays. L’agence pour contrôler internet est dirigé par le fils Loukashenko. Les journalistes Irina Khalip et Natalya Radina, par exemple, ont payé cher pour avoir voulu soutenir l’opposition.

        Entre les agressions physiques, les interdiction de voyager, saisie de journaux et d’imprimeries, les autorités pratiquent aussi des raids sur les salles de rédaction de journalistes indépendants. Dés fois qu’ils aient le toupet de publier les photos des ours en peluche.

        En attendant, on a trouvé deux lampistes pour porter le chapeau de l’attentat dans le métro de Minsk. Condamnés à mort sans preuves, avec une défense même pas symbolique, ils ont été fusillés. Et si c’était un « inside job », destiné à serrer la vis sécuritaire ?


      • Ferdinand 7 avril 2013 15:24

        Présenté comme tel, le pays est finalement infréquentable ! Il y a t-il un paradis ici bas ?

         


      • BlackMatter 7 avril 2013 17:09

        Je ne sais pas s’il y a un paradis mais à ma connaissance, beaucoup de biélorusses savent ce qu’est l’enfer. Et ils ne vous en remercient pas. Et puis justement, puisque vous en parlez. Merci de bien vouloir demander à votre excellent président de justement bien vouloir respecter la constitution de la Biélorussie, si c’est pas trop lui requerir.


      • Ferdinand 7 avril 2013 21:53

        Dans tous les cas, la majorité des bélarusses sont très fière de leur leader et de leur pays, ils l’on fait clairement s’avoir au cours des dernières consultations. Le pays attire de plus en plus des investisseurs, l’économie du pays est plus ou moins stable contrairement à certains pays dites démocratiques en Europe et qui traversent une profonde crise socio-économique et morale.

        Au Belarus vous n’entendrez jamais parler d’une affaire comme celle de Jérôme Cahuzac, en France – vous vous rendez compte ! Un président de la république qui est au courant de rien. C’est tout simplement inconcevable et inimaginable au Belarus. La constitution, cher Monsieur ! Elle est belle est bien respecter, que croyez-vous le Belarus n’est pas une république bananière.

        Je vous conseil de visiter ce beau pays qui se métamorphose au fil des jours, d’aller découvrir ce peuple héroïque et valeureux qui a su tenir tête à l´envahisseur nazi pendant la seconde guerre mondiale, au moment où en France, par exemple, la plupart des personnes s’accommodaient plutôt bien de l´occupation et ou les officiers de l´armée française ne savaient pas comment rejoindre les quelques partisans !   Respectez s’il vous plait ce vaillant peuple. Pendant que certains pays en Europe ont collaboré avec les nazis, le Belarus qui a perdu le quart de ses habitants devrait être un model en Europe, et pourquoi pas être dédommagé !

        Alors moi je suis d’accord avec ceux qui disent que quand on a trouillé de défendre sa patrie et qu´on fait dans son froc des qu´il y a danger on ferait mieux de fermer sa gueule surtout en critiquant et en se moquant d´un président d’un pays dont le peuple a tant donné pour la fameuse liberté en Europe.


      • Deneb Deneb 7 avril 2013 22:00

        Merci pour cette magnifique déclinaison de la langue de bois pur style retro !


      • Ferdinand DITENGOU MBOUMI 8 avril 2013 17:46

        ...Certainement pas. Allez-y vivre votre expérience, le pays est ouvert à tous !


      • filo... 6 avril 2013 23:29

        Très bon votre article. J’ai beaucoup appris. Votre effort à nous faire dépasser les stéréotypes est remarquable.
        J’espère que vous continuerez à nous donner encore d’autres nouvelles de votre pays.


        • BlackMatter 7 avril 2013 17:05

          Et surtout en toute indépendance et objectivité :->


        • Deneb Deneb 7 avril 2013 20:17

          C’est clair !


        • Ferdinand 7 avril 2013 22:05

          Le Belarus n’a pas de leçon à recevoir des pays qui ont trouillés dans leur histoire !


        • Deneb Deneb 7 avril 2013 22:08

          au trou les trouillards qui trouillent !

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