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Accueil du site > Actualités > Europe > Allemagne : la rupture ?

Allemagne : la rupture ?

Remarques sur le néonationalisme allemand

De l’après-guerre à la crise de l’euro, l’Allemagne n’occupait guère les premières pages des journaux que lors de visites officielles de son chancelier ou des finales de championnats de football. Internationalement transparente, effacée au sein d’une Europe apaisée, on ne s’étonnait plus que de ses sympathiques excès : le prix de ses grosses berlines, la fête de la bière à Munich, son goût effréné des victoires sportives… Depuis la réunification, l’Allemagne a changé. Géographiquement pour sûr mais également dans son esprit public, dans ses orientations morales et ses réflexes politiques. Les frictions inhérentes à tout partenariat se muent graduellement en tensions et en confrontations avec ses voisins. L’Allemagne de Mme Merkel et M. Schäuble apparaît souvent en « Besserwisser[1] » de l’Europe, en donneuse de leçons. Malgré une certaine prudence et un respect des formes, elle considère ses positions comme irrécusables et voit toujours plus souvent ses éventuels contradicteurs comme des sujets de pédagogie devant être amenés à une douce révision de leurs positions. Au-delà de ses multiples manifestations, ce fantasme de supériorité, omniprésent dans la presse nationale, le monde politique et les milieux économiques, resurgirait-il des tréfonds de la psychologie collective de cette nation ? Malgré des institutions indiscutablement démocratiques, cela ne serait-il pas un lointain écho du « Gott mit uns »[2] qui ornait autrefois les rêves casqués de ce peuple mouvant, lui donnant l’assurance de son bon droit ?

L’histoire du peuple allemand, à bien l’observer, répond en partie à la question. Elle est traversée du Xe au XVIIe siècle par deux grands mouvements d’affirmation de soi : tout d’abord la quête du dominium mundi menée par les trois premières dynasties impériales contre le ciment culturel et politique qu’est alors l’Eglise et qui s’achève avec Frédéric II, dans l’échec et l‘anarchie du Grand interrègne. Puis la lutte du Saint-Empire pour le maintien de son unité qui s’achève par son effondrement dans la Guerre de Trente Ans et les Traités de Westphalie. Dans les deux cas, le monde latin l’emporte et sort affermi du rapport de force. Le protestantisme luthérien, dans l’aspect profane de son combat, comme l’émergence de la Prusse au XVIIIe siècle sont des espérances politiques répondant à cette situation. Ces espérances seront cependant humiliées dans les conflits militaires et les raids napoléoniens provoqués par l’irruption d’une modernité révolutionnaire, que les vieilles monarchies européennes n’acceptent pas. Waterloo, sonne bien le glas du Premier Empire, mais ne résout pas la question de l’Allemagne et de son insignifiance politique. Dès lors, les prépondérances française sur le continent et britannique sur le globe terrestre seront les cauchemars des élites allemandes jusqu’à 1945. Ils nourriront ce désir mimétique et cette fantasmagorie de supériorité dont les manifestations se multiplient dès le début du XIXe siècle et qui culminent dans les tragiques pantomimes nationales socialistes. Le Reich millénaire dure douze ans, le caporal-empereur disparait dans l’écroulement de son décor. L’Allemagne se réveille abasourdie par deux défaites successives et l’énoncé des crimes. Des institutions démocratiques lui seront alors imposées qu’animeront souvent d’anciens nazis faisant profil bas. Jusqu’en 1990, il n’est question que de coopération, de construction européenne, de normalisation psychopolitique et de consommation. Mais la réunification entrainera une disjonction entre le peuple allemand et son histoire. Le temps ayant passé, le militarisme et le pangermanisme du XIXe siècle et du début XXe sont sortis de la mémoire collective. Les guerres d’agression contre le Danemark et l’Autriche n’appartiennent plus qu’aux passionnés du militaria, Sedan et les cinq milliards de franc-or exigés de la France pour une guerre ayant eu lieu sur son sol sont oubliés, Verdun n’est plus la bataille livrée pour l’invasion du pays voisin mais un lieu de mémoire où les enjeux se valent, les Allemands de 1933/45 ne sont plus des Allemands mais les nazis. De ce fait, l’Allemagne des deux dernières décennies retrouve ingénument ses réflexes anciens et ses prétentions dominatrices. Les réticences à reconnaître la frontière orientale avec la Pologne en 1990, la nostalgie touristique et historique des anciennes provinces, la volonté d’imposer son modèle fédéral à la construction européenne, celle d’imposer sa politique économique ordolibérale et sa conception de la monnaie unique, son revirement unilatéral en matière énergétique, ses émois ethniques, ses Trotzphasen[3] de principe en matière diplomatique, le mépris multidirectionnel de sa grande presse envers l’ouvrage des voisins européens, tout concourt à penser que le choc émotionnel de la réunification a fait échec à la thérapie métanoïaque de l’après-guerre, décrite par Peter Sloterdijk[4].

Dès lors, la question est de savoir si le retour à la normalité psychopolitique évoquée ci-dessus ne réside pas plutôt dans l’évolution à l’œuvre aujourd’hui que dans celle des années 1945/90. En d’autres termes, la période de la guerre froide durant laquelle l’Allemagne, doublement affligée des affres de la faute morale et de l’occupation militaire, se comportait en partenaire et en négociateur honnête, n’était-elle pas finalement qu’une parenthèse heureuse dans un cycle inachevé de tensions et de conflits ? Toujours est-il que les développements récents des aventures de l’euro accréditeraient la thèse du retour dans les faits d’une sorte de néonationalisme démocratique. Les partenaires européens ont participé involontairement au coût de la réunification en maintenant, après les accords de Maastricht ouvrant la voie à la monnaie unique, des taux d’intérêts très élevés pour complaire aux financiers allemands et calmer leur peur d’inflation. Une fois la monnaie unique instaurée, il fut concédé à l’Allemagne que la Banque centrale européenne dût fonctionner selon les principes qui régissaient le Deutsche Mark, ce qui pénalisa les économies européennes ayant déjà des difficultés à l’exportation hors d’Europe. Dans la zone euro, l’Allemagne social-démocrate du chancelier Schröder se livra dans les années 2000 à un dumping salarial, poursuivi par Mme Merkel, qui permit aux produits allemands, en l’absence de réaction des partenaires européens, de renforcer leur présence sur les marchés nationaux, profitant ainsi à plein de la monnaie unique. La conséquence naturelle de cette politique fut la fermeture de sites industriels et commerciaux en zone euro, concrètement une hausse du chômage hors d’Allemagne. Les frais sociaux furent en revanche pour les pays partenaires, ce qui ne facilita pas la limitation des déficits budgétaires. Ainsi lorsque la crise de l’euro éclata en 2010, il aurait été normal que le pays ayant le plus profité de la monnaie unique ne se transformât pas en Harpagon mais consentît, non pas à donner (seuls les Allemands pensent avoir donné), mais à prêter sans perte ni bénéfice, ou souffrît de mutualiser les emprunts à venir (euro-obligations). Non seulement il n’en fut rien mais le gouvernement allemand bloqua longtemps toute initiative permettant l’extinction de l’incendie financier. Il est vrai que si l’économie allemande a absolument besoin de l’euro, elle a également besoin de la crise de l’euro. Celle-ci provoquant partout une hausse du chômage, parfois dans des proportions dramatiques, la jeunesse espagnole ou irlandaise restant sur le pavé peut venir en Allemagne combler les postes laissés vacants par une démographie chancelante depuis quatre décennies. Numériquement le nombre de jeunes de vingt à trente ans est en Allemagne inférieur à celui de la France ou du Royaume-Uni. L’avantage est immense à profiter d’une jeunesse éduquée et formée aux frais des partenaires européens. Voilà ce qui s’appelle une immigration choisie. Est-ce un effet d’aubaine ou une stratégie bien pensée ? La question mérite d’être posée.

Quant à la relation franco-allemande, l’amitié franco-allemande selon l’expression consacrée en France mais inusitée en Allemagne, elle s’est lentement vidée de sa substance, au fur et à mesure que l’Allemagne réintégrait le concert des nations européennes et que son besoin d’un partenariat privilégié s’estompait. Ses derniers feux ont brillé sous Helmut Kohl et Jacques Chirac. Encore était-elle plus institutionnelle, plus formelle que sincère. Loin était le temps des jumelages enthousiastes et des relations de respect réciproque. De ce point de vue, la France ferait bien de diversifier ses appuis et les initiatives de ces dernières années envers le Royaume-Uni et les pays méditerranéens sont évidemment cruciales quoiqu’incomplètes.

Aujourd’hui l’Allemagne détient les clefs de l’avenir européen. Non point tant par l’économie, où rien n’est jamais acquis, que par le retour à une qualité de partenariat compatible avec les enjeux et les défis à relever pour les tous Européens.

Alain Favaletto



[1] En français : « bécheur », littéralement celui qui sait mieux que les autres.

[2] En français : « Dieu est avec nous »

[3] En français : « phases d’opposition » (pédopsychologie)

[4] « Théories des après-guerres ». La métanoïa serait, selon cet auteur, le travail sur soi effectué par les Allemands pour leur réorientation morale après 1945.

 


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15 réactions à cet article    


  • Daniel Roux Daniel Roux 17 mai 2013 10:36

    Bien écrit, bien décrit mais aux conclusions hasardeuses.

    Pourquoi l’Allemagne devrait elle être différente des autres nations ? Est ce un peuple élu, comme se voient les étasuniens ? Un peuple aux valeurs universelles, comme s’estiment les français ? ... etc..

    L’histoire regorge de peuples faisant profil bas sous le joug d’un tiers puis, le vent tournant, devenant à son tour dominateur, voire exterminateur.

    L’Allemagne est puissante, économiquement et politiquement. Sa monnaie est forte, sa gestion des finances publiques saines. Comment y est-elle parvenu ? A priori avec l’accord de son peuple car c’est une démocratie représentative dont les représentants sont élus au scrutin proportionnel, donc plus démocratique que la notre.

    L’Union Européenne est une réussite pour l’oligarchie financière et donc, quoi qu’ils en disent pour la classe dominante que représente les politiciens. Que ce soit perçu comme un échec par les peuples n’est que la conséquence d’un malentendu entretenu par une « GROSSE » manipulation.

    .


    • Alain Favaletto Favaletto 17 mai 2013 17:44

      Schweizer.ch

      C’est vrai que le peuple allemand a des qualités. Cette précision manquait surement dans ma contribution. Des qualités de producteurs économiques depuis la fin 19ème siècle, et autrefois aussi de guerriers, ou plutôt durant les 150 ans qui séparent Leipzig (1913) de Berlin en 45, parce qu’avant ce n’est pas fameux.

      Par ailleurs, il ne faut pas prendre au pied de la lettre les conséquences économiques de Versailles. Le versement des réparations allemandes aux pays qui ont subi les destructions de la guerre chez eux s’est quasi arrêté en 1929 après avoir été réaménagé en dès 24. L’Allemagne n’a en réalité payé que 17% des montants prévus à l’origine. Pour rappel la France avait intégralement et par anticipation les réparations fixées par les alliés en 1815 et par la Prusse en 1871.

      Ne pas oublier non plus, au-delà du travail des Allemands après 45, que l’Allemagne a vu son niveau de vie et sa richesse augmenter continuellement de 33 à 44 (inclus), par l’exploitation des millions d’esclaves des camps de travail et de concentration, et par le pillage systématique des pays occupés. Voyez les reportages sur le système Octogon dont on sait maintenant que les millions cachés au Liechstenstein, à Schaan, ont alimenté le parti d’Adenauer et Kohl jusqu’aux années 80.


    • Antoine Diederick 17 mai 2013 19:30

      a Daniel Roux,

      conclusions des plus hasardeuses en effet.....


    • Alain Favaletto Favaletto 17 mai 2013 22:57

      Concernant 1923 et l’hyperinflation, d’accord avec vous. Sous réserve quand même de ne pas oublier que c’est par une rupture radicale (celle introduite l’économie dirigée vers la guerre, économie du III Reich) que l’économie du pays se remet debout et au prix de quels excès...

      Concernant Octogon, c’est au moment de l’ouverture des archives américaines en 94, je crois, que les documents ont pu être accessibles. Ils n’ont été exploités qu’il y a peu. Cependant l’existence du système Octogon n’est pas remis en cause, son financement de la CDU d’Adenauer ne fait pas débat. En revanche, les preuves du lien entre l’argent d’Octogon et Kohl sont légères c’est vrai. Kohl a admis en 1999 devant les juges, les financements en espèce, mais n’a jamais voulu dire d’où venait l’argent. Si vous lisez l’allemand, permettez-moi de vous conseiller ce lien du Spiegel : http://www.spiegel.de/spiegel/print/d-66360387.html


    • Mamone 19 mai 2013 20:39

      J’ai voulu écrire 1813 et non 1913 (Leipzig)


    • Alain Favaletto Favaletto 17 mai 2013 17:25

      Lg  :

       je ne crois pas qu’il n’y ait que néonationalisme en Allemagne. Ce serait en effet être aveugle. Le parti Die Linke n’est pas néonationaliste, certains verts non plus. En réalité, tout le spectre politique allemand est très conservateur sur les plans économiques et politiques. C’est Schroeder (SPD) qui a fait les réformes libérales à partir de 2003, libérales comme N. Sarkozy lui-même n’aurait pas osé en rêver. Ceci ne veut pas dire qu’ils aient tort, je fais simplement la constatation. Il est en de même pour les sentiments collectifs et l’identité. En France, on est au mieux patriote, on aime son pays. Un nombre important des responsables politiques, économiques et faiseurs d’opinion y sont indifférents, la réussite individuelle étant leur principal horizon. En Allemagne, le candidat vert à la chancellerie, M. Trittin, se déclare patriote. On ne voit pas M. Mamère dans cette position. Ceci pour vous expliquer que plus à droite que M. Trittin se situent rapidement des nationalistes, des dérvégondés sentimentaux en quelque sorte, qui non seulement mettent leurs pays au-dessus de tout mais encore estiment qu’il est d’une essence supérieure. A ce stade, la coopération transnationale devient plus compliquée surtout si, comme c’est le cas, les circonstances économiques leur sont favorables.

      Bien sûr, il y l’Aube dorée en Grèce qui me semble d’ailleurs véritablement extrêmiste mais je ne vis pas en Grèce et ne connais donc pas les détails de l’affaire. Mais deux remarques : le néonationalisme allemand n’est pas radicale comme l’Aube dorée et ne souffre pas la comparaison. En revanche, il est assez généralisée au pays, contrairement au cas grec et surtout il a une capacité d’influence sur les pays partenaires/concurrents, ce que n’aurait jamais Aube dorée si tant est qu’elle parvienne au pouvoir.


      • titi 18 mai 2013 00:07

        @L’auteur,

        Il faut éviter, je pense de mesurer la qualité de la relation franco allemande, on ne connaissant pas l’Allemagne, et en se faisant l’écho des délires de certains hommes politiques Français.

        « Dans la zone euro, l’Allemagne social-démocrate du chancelier Schröder se livra dans les années 2000 à un dumping salarial, poursuivi par Mme Merkel, qui permit aux produits allemands, en l’absence de réaction des partenaires européens »

        Il n’y a pas une Allemagne, mais deux Allemagnes. Celle de l’Ouest et celle de l’Est.
        A l’Est, dans certaines zones, le taux de chômage flirte avec les 20%.
        La politique Allemande elle est aussi faite pour cela : essayer de trouver des solutions pour l’Est.

        En suite ce n’est pas parce que la politique de Mme Merkel n’a pas reçu l’assentiment des Messieurs Mélenchon et Hollande, qu’il faut mettre un terme à 50 ans de relations.
        Il y a 10 ans , lorsque l’Allemagne avait la même position que la France sur la guerre en Irak , les mêmes gogos qui aujourd’hui appellent à la confrontation, parlaient de françallemagne.
        On parlait de fusionner les représentations à l’étranger : les ambassades de France devenant ambassades d’Allemagne. Chirac prenait la parole au nom du peuple allemand à Bruxelles. on parlait même d’équivalence de nationalité : chaque allemand pouvait devenir Français, chaque Français pouvait devenir allemand.
        Conclusion : il faut que les gogos se calment et prennent leur tisane.

        La relation franco-allemande, et au delà l’avancée vers l’Europe Confédérée qu’appelait De Gaulle, ne doit pas pâtir du niveau de réflexion ras les pâquerettes de nos politiciens de caniveaux.


        • Alain Favaletto Favaletto 18 mai 2013 08:21

          A Titi,

          Fort possible que nombre de politiques français ne connaissent pas l’Allemagne. Est-ce ceux-ci qui doutent le plus de la sincérité du partenaire ? Pas sûr.

          Puisque j’y vis depuis 15 ans, permettez qq remarques : toutes les iniatives que vous évoquez (fusion des ambassades, fusion des Etats -M. de Villepin, ministère commun -M. Sarkozy, confédération franco-allemande-M. Fillon) ont été écartées par le gouverment allemand. Equivalence des nationalités ne s’est pas faite (l’Allemagne et son jus sanguinis est radicalement hostile au droit du sol français), il s’est produit une fois que M. Chirac vote à la place de M. Schroeder, absent au Conseil.

          Enfin, la sémantique a parfois du bon, en Allemagne on ne dit pas ingénument « amitié franco-allemande » (Freundschaft) mais partenariat (Partnerschaft). L’amoureux éconduit est souvent le même smiley

          Quant à De Gaulle, je peux vous dire qu’il n’est pas très populaire en Allemagne.

           


        • titi 23 mai 2013 23:33

          @Favello

          Le but de mon message était avant tout, de mettre en exergue la bêtise de ceux qui il y a 10 ans proposaient n’importe quoi dans un sens, et qui aujourd’hui propose n’importe quoi dans l’autre, par considération débile de politique intérieure.


        • Gorg Gorg 18 mai 2013 14:40

          Bonjour Favaletto,

           Bien que n’étant pas d’accord sur de nombreux points de votre article, j’ai trouvé ce dernier très intéressant (ce serait trop long et trop personnel de vous expliquer pourquoi). Il se trouve que j’ai des attaches en Allemagne (Bremen, Konstanz), et que je connais un peu les Allemands. Mon raisonnement ne me conduit pas forcément aux mêmes conclusions que vous…

          Si vous résidez en Allemagne, c’est que vous y trouvez votre compte, n’est-ce pas ? Et vous avez forcément du vous apercevoir que le peuple Allemand aspire aux mêmes choses que le peuple Français (avoir un travail et une vie agréable).

          J’ai vu que vous êtes un ancien militaire. Auriez vous la nostalgie de l’armée d’occupation ? Le temps de l’après guerre est révolu. La génération qui a participé à la dernière guerre est presque éteinte. Les générations d’après guerre qui n’ont pas connu cette période mais qui ont constamment vécu avec ce passé (qu’on leur a rappelé jour après jour, semaine après semaine) ont du courber la tête et faire profil bas. Au fil du temps l’Allemagne s’est redressée et a pris son destin en main et un peu celui de l’Europe ce qui est bien normal. Pendant ce temps, la France qui n’a à sa tête que des hommes politiques incompétents ou corrompu, ne prenant pas en compte l’intérêt général, a laissé filer son industrie qui a été abandonnée à des gestionnaires, des commerciaux et des marketeux avides et sans talent (sans parler des fonds de pension et des rachats hostiles). Et je ne parle pas de la recherche … Elle en paye aujourd’hui le prix…Pendant ce temps l’Allemagne fabrique des produits meilleurs que les nôtres et les exporte. Qu’attendons nous pour faire la même chose ? Tant qu’il n’y aura pas de volonté et de directives politique, la situation perdurera.

          Les trois guerres (1870, 1914, 1940) qu’a connue l’Europe, et qui l’ont affaibli sont trois guerres de trop et sont entièrement de la faute des politiques.

          1870, Bismark commet l’erreur d’annexer l’Alsace et la Lorraine, ce qui attisera la haine et la rancœur de la France et conduira a 1914.

          1918, le traité de Versailles signé par les Allemands le pistolet sur la tempe, et dont les exigences invraisemblables et les conséquences désastreuses pour le peuple Allemand, amplifiées par la crise de 1929, conduiront a la prise du pouvoir en Allemagne par un illuminé criminel en 1933.

          Je n’ai pas le même son de cloche que vous concernant De Gaulle. Je persiste à croire que l’Union Européenne est une bonne et belle idée, mais c’est un peu comme une belle voiture, s’il y a un chauffard ou un mauvais conducteur au volant, on ne peut aller bien loin…

          Au risque de vouloir paraître un peu trop curieux, dans quelle région de l’Allemagne vivez vous ? ça m’intéresse.

          Bien à vous


          • Alain Favaletto Favaletto 18 mai 2013 16:31

            Herrn Gorg.

            Je vous félicite pour l’excellence de votre français même si certaines tournures trahissent rapidement votre langue maternelle. Non, je ne suis pas un ancien militaire, on peut être réserviste sans avoir été soldat de métier. Pour vous répondre, je pense que l’on peut vivre en France et avoir le droit de critiquer la politique européenne de la France. Il me semble donc que la réciproque devrait être permise aussi pour l’Allemagne ou est-ce déjà trop ? 

            Que cette constatation du néonationalisme allemand soit une mauvaise surprise est une autre question mais la discussion doit rester indemne de sous-entendus d’ordre privé du genre « si vous n’êtes pas content, vous n’avez qu’à quitter l’Allemagne » ou « vous êtes surement un ancien militaire nostalgique de l’occupation ». Cela rappelle de vieux réflexes et vous me confirmez dans ma thèse.

            Sur le fond du sujet, je vous recommande le dernier ouvrage du sociologue allemand Ulrich Beck (« Das deutsche Europa »-2012) mais il ne vous plaira sans doute pas. Encore avance-t-il une analyse circonstancielle : l’hégémonie allemande qui se met en place est plus ou moins involontaire et de toute façon, l’erreur n’est imputable qu’à Mme Merkel et consorts. Je prétends que cette pensée de domination n’a jamais réellement quitté la psychologie collective outre-Rhin et n’avait été qu’enfuie durant les années de la RFA. C’est d’ailleurs l’alternative posée par Thomas Mann à Hambourg en 1953, je n’invente donc pas grand chose.

            Sur le fond, je vous rends grâce concernant la constatation des hommes politiques français corrompus. Il y en a en effet, et toujours trop, pas tous comme vous le prétendez . Mais attention, dans mon article, je parle aussi des « Besserwisser », ceux qui savent mieux, et qui donnent des leçons. Puisque vous parlez de corruption des hommes politiques français, dont une fois encore je peux reconnaître la malheureuse réalité, je vous rappelle que le Président de la République fédérale allemande, M. Wulff, a dû démissionner l’an passé en raison d’affaires financières, que l’actuel ministre des finances M. Schäuble a été condamné pour des faits de financement occulte sous Kohl, que le ministre du travail de Schroeder (M. Hartz) a été condamné pour avoir organisé du tourisme sexuel au profit de ses cadres, que M. Dirk Niebel ministre actuel du développement est mis en cause pour un transport de tapis afghan en contrebande, que 79 conseillers régionaux bavarois sont actuellement mis en cause pour népotisme, que le ministre de la Défense M. von Guttenberg a dû démissionner il y a deux ans pour avoir plagié 371 pages des 393 de sa thèse de Droit, que Mme Chavan ministre de la recherche vient de démissionner pour plagiat, que M. Hoeness ancien footballeur et roi de la saucisse vient d’avouer avoir caché 10 millions d’euros en Suisse, que Karl-Heinz Rummenigge déclara le 7 février 2003 lors d’un séminaire au Qatar (vérifiez dans la presse si vous voulez) : « Je demande au Paris-St-Germain de ne pas tricher » et se fait arrêté par les douaniers le lendemain avec des Rollex passées en fraude.... !

            Laissez donc là les stéréotypes du Français crasseux et voleur. Oui, il y a des politiciens français corrompus, mais de grâce, si vous voyez la paille dans l’oeil du Français (ou des autres), voyez donc aussi la poutre dans les vôtres.


            • Gorg Gorg 18 mai 2013 20:45

              Monseigneur Favaletto ( suis-je assez déférent ?)

               Une petite précision tout d’abord, l’Allemand n’est pas ma langue maternelle mais paternelle (ma mère est née, a vécu, et est décédée en France). Néanmoins je constate que mes quelques piques ne vous ont pas laissées insensibles. Vous êtes (je pense) un Français pur souche résident (vivant ?) en Allemagne et en ce qui me concerne j’ai une partie de moi-même dans chaque pays ce qui, je l’espère, me conduit à une certaine objectivité. Dans les années 50 alors que j’étais gamin, pour mes camarades de classe (Français) j’étais le Boche et le passé de l’Allemagne on me l’a bien fait sentir (sans doute trop, et maintenant cela me hérisse.)... Par contre, en Allemagne je n’ai jamais été insulté ni méprisé (juste quelques petites remarques sur l’assiduité au travail des Français, rien de bien méchant). Et puis, vers l’adolescence j’ai compris que les gens intelligents savaient juger les autres sur leur simple valeur, pas sur une caricature. Je n’apprécie pas les caricatures des Allemands faites par les Français et l’inverse non plus.

              Lorsque vous dites « Cela rappelle de vieux réflexes et vous me confirmez dans ma thèse » je suis désolé, mais les vieux réflexes c’est vous qui les avez, votre article en est rempli... J’ai l’impression de faire un retour en arrière de cinquante ans.

              L’Europe ultra libérale d’aujourd’hui conduit au chacun pour soi. A ce petit jeu l’Allemagne est (pour l’instant) la plus forte, mais à quel prix… ? Je doute fort que les arbeitsloser ainsi que la Ein-Euro-Kräfte en soient ravis et démangés par un désir de puissance, leur seul souhait est, comme je l’ai dit plus haut, de parvenir à un emploi et une vie digne (comme les chômeurs Français).

              Je vous rassure, Merkel et son équipe ne sont pas ma tasse de thé. Elle et les gouvernements conservateurs des autres pays de l’UE ont conduit cette dernière dans une impasse.

              Bien sur il y a en Allemagne des néonationalistes, mais il y en a également en France, vous voyez certainement de qui je veux parler… J’avais d’ailleurs été interloqué, il y a une vingtaine d’année à la lecture d’une revue Française (je ne me souviens plus du titre) qui traitait de l’Europe et qui la voyait comme un porte-avion avec des Français et des Allemands à bord, les Allemands étant dans les machines, les Français aux commandes sur le pont.

              La mégalomanie n’a pas de nationalité… la monstruosité non plus… Enfin, s’il y a une nation hégémonique actuellement, ce serait plutôt les Etats-Unis d’Amérique, il me semble. Vous vous trompez d’adversaire…

              A la base l’UE est une bonne idée, mais elle a été dévoyée par des politiques de gangsters encouragées justement par les Anglais et les Américains.

              Vous dites ; « L’avantage est immense à profiter d’une jeunesse éduquée et formée aux frais des partenaires européens. Voilà ce qui s’appelle une immigration choisie. Est-ce un effet d’aubaine ou une stratégie bien pensée » Un effet d’aubaine peut-être, une stratégie, vous exagérez. En 1945 les Alliés, dont la France, ont pillés l’Allemagne de sa matière grise (et de ses outils de production), aujourd’hui le balancier va dans l’autre sens…que voulez vous. Mes enfants vivent et travaillent dans des pays du Nord de l’Europe dont l’Allemagne et ne s’en portent que bien … C’était cela ou les petits boulots en France, pays ou les carrières scientifiques sont peu ou pas reconnues. La France a décidé, hélas, et je le dis avec beaucoup d’amertume, de ne plus être, comment dites vous, que le bronze cul de l’Europe (a quelques exceptions près). Mais cela risque de ne pas durer non plus, la concurrence est forte…

               Ne soyez pas vexé, j’aime autant la France que l’Allemagne, encore que j’ai l’impression d’avoir perdu la France que j’ai connue par le passé, l’Allemagne aussi d’ailleurs. Mais je suis désormais sans doute trop vieux …

              Bon, vous trouverez sans doute mon propos décousu, mais vous exposer mon point de vue en détail serait trop long…

              Bien à vous



            • Alain Favaletto Favaletto 18 mai 2013 22:52

              Monsignore, wäre besser gewesen. Na gut, bin trotzdem zufrieden.

              Ich habe das Gefühl, daß Sie ein ehrlicher Mann sind. Ich bedauere sehr wenn Ihr Leben damals etwa schwierig war und zwar wegen Ihrer doppelten Herkunft. Was mich angeht, ist es noch komplizierter : halb italienisch, acht Prozent deutsch, und der Rest, wer weiss ?

              Viele Grüße aus Baden.


            • baldis30 18 mai 2013 22:19

              bonsoir Monsieur Favaletto ,

              je trouve que l’article initial est remarquable . Toutefois je voudrais préciser trois points qui me paraissent importants
              a) La Grèce réclame le réglement des dommages de guerre causés par les allemands ainsi que que le remboursement des salaires et indemnités que les grecs durent payer aux allemands lors de l’occupation de leur pays ... le doux total se monte à environ 160 milliards d’euro. Donc outre l’esclavage pratiqué vis-à-vis des peuples asservis ils profitent encore des dettes qu’ils n’ont pas réglés. Il y a eu récemment un article éloquent dans La Repubblica sur le sujet, en montrant aussi la tiédeur du gouvernement grec vis-à-vis de Merkel and C°
              b) Ainsi qu’il est abordé dans l’article la démographie allemande est faible, donc on importe de la main d’oeuvre. Et là aussi les peuples qui sont visés sont actuellement ceux qui ont des gens formés ne trouvant pas d’emploi chez eux : italiens et espagnols. Donc même pas la peine de les former, les pays d’origine les ont formés. Cela rappelle la politique U.S. dans les années 50/70 d’importation des cerveaux et bdes compétences ( hors prises intellectuelles de guerre, comme Von Braun ). Et Merkel fait la tournée des pays méditerranéens pour recruter sans avoir à payer de formation.
              c) Une information est passée inaperçue en France mais elle n’échappa aux italiens : le gouvernement allemand a confié à une académie militaire une étude pour proposer les réformes à faire dans différents pays : si ce n’est pas du pangermanisme , qu’est-ce donc ? Le gouvernement allemand est d’une arrogance rare
              d) l’affaiblissement à l’Est du pouvoir russe ( qu’il soit russe ou soviétique) a ravivé des envies expansionistes y compris dans le peuple , même si cette tendance n’est pas encore bien nette en importance .


              • Alain Favaletto Favaletto 18 mai 2013 23:08

                A Baldis,

                merci de votre compliment.

                - sur le point a) : j’ai vu cela. Je suis partagé. L’Allemagne a causé plus de dégats au XIXe siècle qu’elle n’a payé de réparations. Donc, de ce point de vue, il y a dette. Je comprends les Grecs, particulièrement dans la délicate situation où ils se trouvent. En revanche, je me demande si cette requête grecque n’est pas forclose, du moins d’un point de vue moral, plus de soixante ans après les faits.

                - sur le point b) : d’accord à 100% et excellente comparaison avec la politique US.

                - sur le point c) : si vous avez des infos plus précises là-dessus, je suis preneur, cela m’a échappé.

                - sur le point d) : je ne vous comprends peut-être pas bien. S’il s’agit de la nostalgie des provinces perdues (mais qui furent d’ailleurs longtemps slaves seulement puis mixtes), comme la Silésie, oui il existe des fondations et des associations puissantes qui rêvent de retour sous une forme indéterminée. En revanche, il me semble que le reste de la population a tourné la page. Donc annexionistes, non bien sûr, mais expansionistes comme vous dites, oui d’une certaine manière.

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