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Après le con sommet de Bruxelles, l’Europe est dans les choux

 Comme le fit constater Yann Barthès dans le petit journal, ce 8 décembre 2011 se tenait à Bruxelles ce qui est présenté comme le sommet de la dernière chance, qui arrive après les quatre précédents sommets, eux aussi de la dernière chance. Le citoyen ne pourra que s’y perdre, entre les dettes rééchelonnées, le fond de stabilité européen, les eurobonds dont personne ne veut, les rachats de dette, les décisions de la BCE, les notations des agences, l’intervention du FMI, les déficits budgétaires, la règle d’or, les fonds propres des banques. Finalement, une automobile est plus simple. Un carburateur, une injection, des cylindres, une transmission, quatre roues et ça roule Raoul ! A l’inverse, l’économie de la zone euro, ça ne roule pas, mais on ne sait pas comment réparer la machine. Alors les gouvernants se réunissent avec des conseillers et des experts. Ils passent des heures dans un bureau pour ensuite lancer aux médias une fumée blanche dont la signification est habeam tractacus ! Nous avons un traité qui vaut ce qu’il vaut, et qui n’a pas été validé par tous ces cardinaux de la finance européenne réunis en concile à Bruxelles. Sommes-nous rassurés pour autant, à l’instar d’un type dont le garagiste annonce qu’il a changé la batterie et que la voiture peut rouler sans risque pendant des milliers de kilomètres ? A vrai dire, on ne sait pas vraiment tant la communication est sibylline mais on nous annonce que les marchés et la BCE sont à peu près rassurés. Alors les gouvernants peuvent repartir se reposer un week end en ayant dans leur subconscient ce principe, ce qui est bon pour les marchés est bon pour l’Europe et donc bon pour les eurocitoyens. Faut pas se gêner, une fumée blanche ça sert aussi à enfumer ! Le CAC 40 est en hausse, tout va bien, même si les bourses asiatiques vont dans le sens inverse. L’Asie, c’est loin et d’ailleurs, on se tape bien de leur avis puisqu’une agence de notation chinoise a dégradé la note française sans que le président ni les journalistes ne s’en émeuvent.

 Loin de moi l’idée de me présenter comme le Champollion de l’économie. Je vais tenter modestement d’expliquer la situation telle que je la comprends en essayant de ne pas être partisan ni de sacrifier au moralisme de bistrot. Globalement, la situation des finances du monde industriel d’après-guerre (Japon, E-U, Europe) a vacillé en 2007. Quelques Cassandre on présenté l’affaire comme une crise de 1929 alors que ce n’était pas le cas. Mais en 2011, les décisions prises par les gouvernants pourraient engendrer une longue dépression. L’histoire a montré que dans les années 1930, la plupart des pays ont mené une politique de relance inspirée de Keynes, avec un dosage et un timing propre à chaque nation, l’Allemagne ayant été en tête et les Etats-Unis pas si bon élèves qu’on ne l’a dit. Les années 1930 ont vu les productions industrielles s’effondrer mais en 1939, certaines nations avaient augmenté leur PIB assez largement, alors que d’autres (France, Etats-Unis) se retrouvaient au même niveau qu’il y a dix ans (précision, le PIB ne coïncide pas avec la production industrielle ni avec le confort moyen de vie). Ensuite, la guerre est arrivée mais personne n’est d’accord pour savoir si c’est l’économie qui a causé la guerre ou la guerre qui a sauvé l’économie. Seule certitude, la guerre a fait 40 millions de morts. Après 1945, les pays industrialisés ont mené une politique incorporant une bonne dose de Keynes, avec une intervention de l’Etat et un souci d’élever le niveau de vie des populations tout en soignant un modèle social. Ensuite, l’économie est allée de réformes en réformes, avec l’abandon de l’étalon or et en France la loi de 1973 sur les emprunts nationaux, le « choc pétrolier » de 1974, puis les années Thatcher Reagan, le krach boursier de 1987, la chute du mur, la décennie pourrie au Japon, la financiarisation croissante de l’économie (mention spéciale, le scandale du Lyonnais, Enron), la folie spéculative sur les starts up, krach à nouveau vers 2000, attentats WTC de 2001, Greenspan qui balance des milliards de dollars dans la nature pour toujours plus de profit, la guerre en Irak, les subprimes, Lehman brothers, le sauvetage des banques et maintenant le sauvetage de l’euro après la faillite de la Grèce. Conclusion, l’économie est à l’image d’une automobile en panne qui continue de rouler.

 Les dispositions issues du sommet du 8 décembre posent problème car elles engagent deux problématiques entrelacées, les unes d’ordre économique et les autres d’ordre juridique. Une lecture rapide de la quatrième partie du Nomos de la terre de Schmitt nous éclaire sur le détricotage puis la dissolution de l’ancien jus publicus europaeum à la fin du 19ème siècle. Les juristes européens avaient perdu tout instinct politique, toute énergie commune pour assurer une structure spatiale propre à circonscrire la guerre (page 223). Dans le même temps, les droits du commerce et de l’économie s’étaient juxtaposés au droit des Etats. Bref, ce désordre juridique amena la guerre de 1914, puis, avec le nouveau désordre consécutif au traité de Versailles et au jeu pas très net des Américains, la guerre est revenue en 1938. Actuellement, ces voltiges financières et juridiques autour des projets de traité européen n’augurent rien de bon. L’éclatement de la zone euro étant une éventualité pour ce qui relève des Etats alors que les questions de souveraineté ne peuvent qu’alimenter les réactions populaires. Il y a bien en effet un problème de souveraineté avec la clause de la règle d’or accordant des prérogatives à la cour de justice européenne afin qu’elle s’assure que cette règle soit inscrite dans les constitutions. Si on traduit, les Etats sont sous la coupe de la justice européenne au nom d’une politique budgétaire censée satisfaire à la fois les marchées et la BCE pour qu’elle puisse intervenir. Et donc, la souveraineté politique s’efface un peu face à la souveraineté économique. Quant au principe des sanctions automatiques en cas de transgression de la règle d’or, elles ne font que déplacer les sanctions des marchés. Un Etat à la politique budgétaire peu vertueuse était sanctionné par les marchés, il le sera par les Etats. Double processus donc, celui du transfert de la souveraineté politique vers la souveraineté économique et celui de l’incorporation de la règle des marchés dans une disposition juridique politique. C’est donc un événement que cette fusion grandissante du politique et de l’économique. C’est de plus l’aboutissement d’un long processus entamé depuis 1971. Les Etats qui se mettent au service progressivement de la finance en se servant des masses travailleuses et citoyennes. Avec des élites économiques, politiques, médiatiques et managériales oeuvrant en complémentarité

 Sur le plan économique, la règle d’or place les pays dans une position intenable. Il n’y a plus de possibilité de relancer « à la Keynes » une économie atone par une politique d’investissement et de grands travaux. Mais honnêtement, vu l’état correct des infrastructures, l’heure n’est pas aux grands investissements, n’en déplaise aux aveuglés du saint-simonisme de la gauche progressiste comme Delors ou Rocard ou aux illuminés tels LaRouche. Il suffit de voir l’utilisation de l’autoroute Pau-Bordeaux pour s’en convaincre. Construire des hôpitaux et des lycées, c’est bien mais si c’est pour que ces institutions merdent parce qu’il n’y a pas assez d’argent pour payer le personnel, alors, autant changer de stratégie. J’ai toujours dit que la crise de 2008 était différente de celle de 1929 mais en 2011, à cause du manque de vision politique et des stratégies inadéquates, on risque d’aller vers une longue dépression dont les effets sont imprévisibles, avec des conséquences sociales graves mais atténuées par les solidarités privées ou publiques, locales et nationales. Et puis l’Europe est un continent riche. La baisse de la production industrielle est surtout due au fait que les gens n’ont pas assez d’argent pour acheter les produits. Une stratégie efficace serait de renflouer les finances des individus en bas de l’échelle. Sinon, c’est l’engrenage, moins de consommation, moins de production, moins d’entrées fiscales, moins de budget public amputé deux fois, la première par la récession, la seconde par la règle d’or, et donc moins de consommation et la récession pourrait devenir dépression.

 J’ai vaguement l’impression qu’on nous mène dans le mur. Tout ce que je peux faire, avec mon tout petit pouvoir de chroniquer pirate, c’est de remettre sur le tapis cette proposition de traité qui se réduit à trois articles mais dont l’efficacité est celle d’une dynamite financière. Pour la discussion de ce traité, voir mon précédent article

 

Proposition de traité RCC monéthique européen

 Article 1 : les pays volontaires membres de la zone euro s’entendent pour créer chacun chaque année une masse monétaire libellé en euro et créditée sur les finances publiques mais elle ne sera pas une créance.

 Article 2 : le montant de cette masse obéira à deux critères. Il sera calculé à partir du PIB de chaque Etat membre. Le pourcentage sera fixé à la majorité qualifiée chaque année et ne pourra être inférieur à 3 %.

 Article 3 : l’emploi de cette masse monétaire sera strictement encadré. La monéthique ainsi créditée sera exclusivement, par la voie des fiscalités nationales, à octroyer aux citoyens des pays membres les plus démunis un revenu complémentaire. Les gouvernements de chaque Etat sont les exécutants de la mesure spécifiée à l’article 3 et fixent la répartition du crédit éthique en respectant une clause de progressivité


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2 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 10 décembre 2011 10:21

    Cette Europe là n’est pas la nôtre, ils veulent nous faire croire que les dettes souveraines seraient exclusivement la faute des peuples, alors que les états ont renfloué les banques à coup de milliards et qu’ensuite ces mêmes banques ont spéculé sur la dette. Ce traité entérine la perte de souveraineté des états au niveau de leurs budgets et nous livre pieds et poings liés aux spéculateurs et aux fonds de pension. Il n’y aura aucun contrôle démocratique.....
    http://2ccr.unblog.fr/2011/12/09/l%E2%80%99accord-intergouvernemental-vous-allez-aimer/


    • luluberlu luluberlu 10 décembre 2011 13:32

      Quel titre . Et pour le fond c’est pas con.

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