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Belgique : le scénario du pire

Pays surréaliste s’il en est, où tout, ou presque, peut arriver, la Belgique joue les équilibristes depuis que les querelles communautaires y ponctuent la vie politique. Certains mettent l’État fédéral dans leurs litanies, tandis que d’autres luttent avec détermination pour une réduction de voilure en faveur des entités fédérées. Quand les uns n’aspirent qu’à des réformes à la marge, les autres rêvent de grand soir institutionnel. C’est dire si le compromis belge marche souvent de pair avec cette fameuse quadrature du cercle.

En mai 2014 auront lieu des élections à tout le moins cruciales, à la fois fédérales, régionales et européennes. Le spectre du cataclysme politique va-t-il une nouvelle fois hanter le royaume ? Et quid alors du scénario du pire, celui d’une crise inextricable ?

Un Sud divisé, un Nord sous la coupe d’une N-VA toute-puissante

Les premiers résultats viennent de tomber. Au Sud, le PS et le MR se taillent la part du lion et se tiennent dans un mouchoir de poche, tant en Wallonie qu’à Bruxelles. Les autres partis, presque fantoches, se partagent les miettes du gâteau électoral. Très vite, les positions de Charles Michel et Didier Reynders se révèlent incompatibles avec celles défendues par Paul Magnette et Elio Di Rupo. Malgré les injonctions royales, dans les deux camps, les plus dogmatiques refusent la moindre concession, fermant ainsi la porte à tout compromis. Pour peu, on croirait à un dialogue de sourds. Ces dissensions francophones tombent d’autant plus mal que le Nord consacre sans nuance l’hégémonie des autonomistes de la N-VA. Pis, les électeurs flamands sanctionnent sévèrement les partis issus de la majorité sortante : tant le CD&V que l’Open Vld et le SP.A se crashent lourdement, renvoyés à plus de vingt points des hommes de Bart De Wever. L’effet de ciseaux rend plus qu’hypothétique la formation d’un gouvernement fédéral sans les indépendantistes. Personne ne peut envisager d’embarquer sans eux : ni Bruno Tobback, ni Gwendolyn Rutten, et encore moins Wouter Beke. Pour les francophones, l’infortune est d’ailleurs à son comble, puisque la N-VA et le Vlaams Belang décrochent, ensemble, la majorité absolue. Le ciel politique se couvre et la foudre séparatiste menace.

Le roi Albert II affaibli

Fragilisée par les rumeurs d’abdication, la monarchie peine à mettre de l’ordre dans la maison belge. On perçoit comme une ambiance de fin de règne à Laeken. Les missions royales se multiplient – informateur, éclaireur, explorateur, médiateur, clarificateur, préformateur, etc. –, mais les obstacles ont la peau dure. Alors que certaines langues se délient, les états-majors des différents partis s’attellent désormais aux plans de secours. Les digues menacent de lâcher définitivement. Cela fait maintenant des mois que les négociations patinent : tout, du contenu des réformes à l’agenda à mettre en œuvre, divise francophones et néerlandophones. Pis, ni le PS et le MR, ni même la N-VA et le CD&V, ne parviennent véritablement à faire front commun. Les clivages intestins ajoutent de la cacophonie aux dissensions communautaires. Et Bruxelles, comme à son habitude, fait office de pierre d’achoppement indépassable. La faible marge de manœuvre du roi Albert II, combinée au refus de la N-VA de se prêter au jeu des missions royales, limite considérablement les avancées obtenues. Conséquence : la crise politique perdure et les entités fédérées, davantage promptes à s’entendre pour dégager des majorités, tiennent de facto les rênes du pays.

Les marchés financiers ciblent la Belgique

Plus Bart De Wever se montre intraitable, plus les problèmes belges paraissent insolubles. Alors que chacun tend désormais à bomber le torse et montrer les muscles, les agences de notation sortent les griffes et dégradent le pays à l’unisson. Même l’Union européenne se gratte la tête et laisse entrevoir des signes d’exaspération. Sans compter que d’anciens champions nationaux, à savoir Herman Van Rompuy et Yves Leterme, tous deux CD&V, égratignent à leur tour les institutions fédérales, respectivement depuis le Conseil européen et l’OCDE. C’est peu dire que la maison brûle. Alors que ses taux d’intérêt commencent à s’envoler, la Belgique s’apparente toujours plus à un canard boiteux. Prise dans la tempête financière, Bruxelles réagit à contretemps et finit par s’embourber jusqu’au cou. Cela suffira-t-il à insuffler un nouvel élan, à aplanir les divergences de vues et à mettre un terme aux blocages purement idéologiques ? Rien n’est moins sûr.

Comment sortir de l’impasse ?

Le canard (boiteux) a le bec dans l’eau. Comment y remédier ? Faut-il poursuivre les missions royales, quitte à les décliner à l’infini ? Doit-on adresser un ultimatum aux négociateurs afin de presser la mesure ? Convient-il de prendre acte des blocages et, ce faisant, de réinventer le fédéralisme belge, voire de réduire l’État à une vulgaire coquille vide ? Ou, au contraire, ne faudrait-il pas plutôt rassembler les dernières bonnes volontés et les mandater en vue d’œuvrer à une réforme cohérente et équilibrée qui permettra de préserver les fondements du modèle actuel ? Et si la crise bat de nouveau des records de longévité, que faire ? Reconduire le gouvernement sortant, avec des pouvoirs sensiblement élargis, pour sauver les meubles (et les apparences) ? Quid alors de la démocratie et des tentations sécessionnistes ? Beaucoup de questions, peu de réponses...

 

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10 réactions à cet article    


  • pens4sy pensesy 26 juin 2013 10:47

    Vos parlementaires sont lamentables, vos hommes politiques sont veules et carriéristes, juste comme chez nous et comme partout dans l"UE.

    Vous avez Lourent Louis au parlement Belge, et c’est une pépite.
    Il a le courage d’oser parler, même si on peut ne pas être d’accord sur tout, j’adore son culot et son bon sens sur plusieurs sujets.

    En France on attend encore un seul député qui serait capable d’une pensée personnelle.


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 27 juin 2013 00:31

      Laurent Louis tient plus du taré psychotique qu’autre chose. 


      A part « dénoncer » des crimes imaginaires relevés sur Internet ou repris de publications d’extrême-droite sans aucune preuve, bien entendu, il passe son temps à se faire passer pour un martyr de la Cause afin d’exister médiatiquement. Le genre de dingue qui avec de la chance finira dans « je suis une célébrité sortez moi de là ! » .

      C’est le Christine Boutin local, quoi, mâtiné de Frigide Barjot.

      Il ne sera ni regretté, ni ne laissera de trace dans l’histoire autre qu’une fine couche marron au fond d’un slip quand la chasse aura été tirée.

    • lambda 27 juin 2013 13:43

      Des gens comme Laurent Louis sont la calamité des banksters et la liste des morts qui dérangent est longue

      ILdevra comme ses congénères qui « osent », faire très attention à sa peau

    • Ruut Ruut 26 juin 2013 15:49

      Tant que les citoyens belges n’auront pas accès a ensemble des candidats lors des élections la situation ne pourra qu’empirer.



      • Mmarvinbear Mmarvinbear 27 juin 2013 00:36

        Le problème de la Belgique est que ce pays n’existe pas.


        Il ne doit sa place sur les cartes que par la volonté anglaise de ne pas voir Anvers redevenir un port français quand les néerlandais se sont fait foutre dehors du sud en 1830.

        Comme toute construction artificielle, la colle a finit par sécher et les morceaux se détachent. 

        Reste à savoir ce qu’il en adviendra.

        Une Flandre indépendante ou rattachée aux Pays-Bas ?

        Une Wallonie indépendante ou 23è région française métropolitaine ?

        Quid de Bruxelles ? Un micro-Etat genre Andorre de plus ou annexé ?

        Et Eupen-Malmédy ? Rattachés à l’ Allemagne ou pas ?


        • L'enfoiré L’enfoiré 27 juin 2013 19:14

          « Il ne doit sa place sur les cartes que par la volonté anglaise de ne pas voir Anvers redevenir un port français quand les néerlandais se sont fait foutre dehors du sud en 1830. »


          Si il existe et qui oserait dire le contraire que c’est par la volonté anglaise.
          Antwerpen (et pas Anvers) croyez-vous que la France, pays d’agriculteur, tourné vers les terres et non les mers, aurait pu faire ? 
          Rotterdam et Antwerpen sont des ports qui se bagarrent pour être l’un avant l’autre parmi les plus grands du monde.
          La colle a séché, comme vous dites.
          La Wallonie avec Namur et Liège sont plus francophiles que Bruxelles qui se voit comme une région à part entière. Une fédération plutôt qu’une confédération qui n’a jamais tenu dans l’histoire.
          Andorre, Washington DC, pour Bruxelles. N’oubliez pas que Monaco est bien plus petite que Bruxelles et profite de choses que la France n’a pas, la sécurité.


        • Carl V 27 juin 2013 11:30

          Le problème de la Belgique est double et apparemment insoluble, et c’est notamment ce qui rend sa situation intenable par rapport à d’autres pays. D’une part, le problème de la dette : alors que la plupart des pays européens sont submergés par leur dette, eux au moins ont les moyens d’y remédier en diminuant notamment les dépenses publiques. Pas la Belgique, car elle a inventé il y a 30 ans un gadget monstrueux qui lui pompe les ressources de tout le pays : un système fédéral composé de six gouvernements et sept parlements différents. Oui, vous lisez bien. Ce qui aboutit au chiffre effarant, et presque illégal, de 58 ministres, plusieurs centaines de parlementaires et députés, et 1.225.000 fonctionnaires pour un pays qui compte à peine 4 millions d’actifs (en y comptant les fonctionnaires !). Peu de Belges connaissent ces chiffres car les gouvernants sont en général assez discrets à ce sujet, et on les comprend. Pour survivre dans ce profitariat généralisé, les gouvernements variés de ce pays n’ont que deux alternatives : 1. diminuer les dépenses, ce qui signifient faire ce que ferait n’importe quelle société privée, dégrossir dans les rangs, diminuer le nombre de fonctionnaires ou carrément de gouvernements. Ils s’y refusent jusqu’ici et, comme c’est curieux, pas un seul parti n’en parle. 2. Augmenter les recettes : c’est ce qu’ils font chaque année sous forme de nouveaux impôts et cotisations diverses. Depuis début 2013, ça ne marche plus car la courbe de rendement fiscal (« trop d’impôt tue l’impôt ») s’est enfin inversée : malgré l’augmentation continue de la pression fiscale, les recettes ont diminué pour la première fois, à la fin du premier trimestre 2013. Moins 3.4%, et c’est énorme. Le gouvernement se trouve donc devant le mur : plus d’autre alternative que de virer dans les rangs, mais jusqu’à présent, rien n’a bougé. Pourtant, le fait de supprimer quelques gouvernements ( !) pour n’en garder que, mettons, deux, un francophone et un flamand, non seulement générerait immédiatement des centaines de milliards d’économie, mais de plus personne ne remarquerait l’absence des anciens ministres…et même, dans de nombreux cas, les administrations fonctionneraient beaucoup mieux, par exemple l’enseignement, dont les écoles sont désormais au bord de l’insalubrité, et sans argent, car tout le budget est mangé par, dans ce cas-ci, la clique de ministres de la « Communauté Wallonie Bruxelles », un des 6 gouvernements de ce pays. Il est consternant de voir que durant les 20 dernières années, l’informatisation de la société a permis de diminuer le nombre d’employés pour la plupart des tâches (et de créer de nouvelles catégories d’emploi), alors que dans le même temps la Belgique est passée de 28 à 58 ministres !! comme dit plus haut, le problème de la Belgique est double : le deuxième problème est communautaire. Pas la peine d’y revenir tant il est artificiel, et créé par les mêmes gouvernants pour leur donner des raisons de garder la structure décrite plus haut. Pourtant, ce sont ces mêmes tensions communautaires, associées aux tensions budgétaires, qui vont provoquer l’implosion finale de ce pays d’Ubu. Pour ma part, je viens de décider de quitter ce pays car je refuse de le financer un mois de plus par mes impôts.


          • L'enfoiré L’enfoiré 27 juin 2013 13:18

            @L’auteur, 

            Le scénario du pire ?
            Pas si sûr. Tout dépend où on se place.
            J’espère que vous êtes belge. 
            Vous savez donc que notre gouvernement se construit à la proportionnelle.
            C’est à dire à deux tours avec apparentement des partis.
            Ce n’est donc pas 51% de la population qui applaudissent et 49% qui tirent la gueule.
            « Canard boiteux » donc, pas vraiment. L’assise est bien plus forte en trépied ou plus que de sauter sur une jambe et puis sur l’autre.
            Missions royales ? Lesquelles, celles du prince Philippe ? 
            « adresser un ultimatum aux négociateurs afin de presser la mesure », si vous connaissez l’actualité, vous avez la réponse. Les ultimatums tombent l’un après l’autre.
            « réinventer le fédéralisme belge, voire de réduire l’État à une vulgaire coquille vide ? »
            Absolument pas.
            « rassembler les dernières bonnes volontés et les mandater en vue d’œuvrer à une réforme cohérente et équilibrée qui permettra de préserver les fondements du modèle actuel ? »
            Quelle est votre idée ? La Belgique et surtout Bruxelles, est une Europe en miniature.

            « records de longévité, que faire ? »
            Trouver la bonne personne. On l’a fait une fois, pourquoi pas deux ?
            Il est clair qu’il faut parfois appeler l’ambulance et qu’il ne faut pas ensuite tirer sur elle.

            « Quid alors de la démocratie et des tentations sécessionnistes ? »
            Bonne question, je vous remercie de l’avoir posée.... smiley

            • asterix asterix 27 juin 2013 13:49

              Bonjour l’auteur,

              J’avais bien lu l’intitulé de votre article hier, mais les caprices du réseau laotien à la campagne m’ont empêché d’y accéder. Pour la première fois depuis quatre jours, il n’a pas plu et cela s’est ressenti dans l’accès au réseau. Je parle pour moi, car ils étaient 14 ici à repiquer le riz pour la saison qui vient. Cela relativise les problèmes de la Belgique, pays riche qui vit sur son passé et qui, en effet, n’a plus de lendemain, les digues craquent de partout. Tandis que la plupart des états européens ont fait un effort sur les dépenses - parfois somptuaires, parfois sur le dos des seuls pauvres, le gouvernement Di Rupo ne s’est concentré que sur un seul leit-motiv ; plus de fric, plus de fric pour l’Etat, taxes nouvelles et taxes nouvelles.
              Trop d’impôts tue l’impôt, écrit un commentateur.
              Je préciserai : pas assez d’impôts sur le dos des IMMENSéMENT riches, tout sur le dos des classes moyennes qui dévalent au niveau des vrais pauvres, pas encore des vagabonds et miséreux pour lesquels RIEN n’a été fait, merci à notre version du conservatisme socialiste qui ne veut que le pouvoir pour le pouvoir, ce que lui accordent les deux partis de droite à condition qu’on ne touche pas aux omnipotents.
              Pauvre Belgique qui en est réduite à voler ses voisins en favorisant éhontément l’évasion fiscale des richissimes du genre Arnaut, etc... etc..grâce à cette disposition inique qui s’appelle les intérêts notionnels.
              Les Socialauds ( bien pire que les vôtres car ils sont au pouvoir sans discontinuer, suf durant 3 ans, depuis les années 50. Tout Belge de moins de 55 ans n’a connu qu’eux au pouvoir. Cela a créé, non du bien-être pour les classes défavorisées, mais un système où nombre d’individus sans foi ni loi sont aujourd’hui aux commandes et ne cherchent qu’à s’enrichir sans avoir jamais trempé leurs mains dans le cambouis.
              Que les gens de gauche fassent encore confiance à ce parti pourri me dépasse complètement.
              Mais bon, nous vivons en démocratie, n’est-ce pas ?
              Tout s’achète au prix du mensonge.
              deux exemples :
              Avant de triompher aux élections, DiRupo a basé sa campagne sur la redistribution de 7 milliards d’euros au petit peuple. Il savait qu’il n’en avait pas le premier centime, mais ce n’est pas ce qui l’a arrêté. Vous voulez être élu ? Promettez, mentez et vous aurez le pouvoir.
              Le second : alors que Hollande incompétent soit mais qui fait ce qu’il peut, a d’abord commencé son mandat en diminuant le coût de sa charge de 30 %, notre cher Di Rupo a, dans sa bonté absolue, son cynisme fangeux, diminué le montant des prébendes politiques de 5 % !!!!!
              Moins l’infation évidemment.
              Résultat ?
              75.000 politiques gagnent à eux seuls ( moins leurs revenus privés ) PLUS QUE TOUS LES BELGES QUI VIVENT DU SECOURS SOCIAL - plus d’un demi million de citoyens.
              JUSTICE SOCIALE ?
              FOUTAGE DE GUEULE ?
              Je vous laisse le soin de conclure.
              Moi j’ai fait mon choix il y a 15 ans : foutre le camp.
              Les pauvres zigs dont j’ai parlé en intitulé et qui ont planté le riz aujourd’hui ont gagné 5 euros sur la journée.
              Ils sont plus heureux que n’importe quel citoyen resté au pays.
              Je vous laisse aussi le soin de conclure.

              Merci pour votre article. Pas assez et même pas du tout polémiste à mon goût mais bien moins approximatif que celui pondu hier par Mister EPI. Le constat est exact.
              Je vous le répête : la Belgique n’existera plus d’ici peu, suf si 23 de nos compatriotes + leur entraïneur arrivent loin, très loin dans ce show que sera la Coupe du Monde de foot.
              Sinon, BYE, BYE BELGIUM ...
              .
               

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