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Ce qu’il s’est aussi passé le 4 avril à Syntagma

Après Mohamed Bouazizi, un témoignage sur les évènements d’un monde où le suicide devient l’ultime moyen de protestation. Le 4 avril 2012, environ deux milles personnes se sont réunis place Syntagma à Athènes pour commémorer le suicide le jour même de Dimitris Christoulas, un homme de 77 ans. Cet homme s’est donné la mort d’une balle dans la tête à côté d’un arbre et face au Parlement.

Sa lettre :

"Le gouvernement d'occupation de Tsolakoglou* a supprimé ma capacité de survie qui se basait sur une retraite digne que j'ai moi même payé (sans l'aide de l'État) durant 35 ans.

Compte tenu du fait que mon âge ne me permet pas de réagir individuellement de façon dynamique (bien que si un autre Grec prenait une Kalashnikov, je l'aurais suivi), à moins de chercher dans les poubelles de quoi me nourrir, je ne peux pas trouver d'autres solutions aussi dignes que cette fin. . Je pense que les gens sans avenir finiront par prendre les armes et pendront les traîtres sur la place public de Syntagma , comme les Italiens l'ont fait avec Mussolini en 1945".

*[Tsolakoglou était un militaire grec et le premier ministre du gouvernement de collaboration de 1941 à 1942]. La commémoration tourne à la répression Ce qui suit est un témoignage adapté pour les besoins de publications.

Source : AFP

Autour de l’arbre en contrebas du Parlement des centaines de bougies sont posées au sol et des messages sont accrochés aux arbres et aux alentours. Cette manifestation spontanée a commencé devant le Parlement par des cris de personnes de tous âges, des cris de désespoir. La réponse fût donnée quelques heures plus tard à coups de gaz lacrymogène pour repousser les manifestants. Une jeune fille est au sol, les yeux clos, une poignée de manifestants arrive pour l'aider, parmi eux l'équipe sanitaire. Tous sont repoussés en arrière par la police qui ne prend visiblement pas cette histoire au sérieux. La colère monte, la jeune fille à toujours les yeux clos, certains hurlent qu'il lui faut de l'aide, l'équipe sanitaire est en colère elle aussi. Les gens courent et la foule se prend de panique, certains de colère et jettent alors des pierres en réponse aux violences policières.

La plupart des policiers ont une vingtaine d'années. Plusieurs font signe de lancer des pierres comme s’ils jouaient à "cap ou pas cap". Comme lassée, la police finit par pourchasser la centaine de manifestants restant jusque dans les rues de Monastiraki.

C’était un rassemblement commémoratif pour demander pourquoi, pour hurler que ce système a assassiné cet homme. Une centaine de personne pour la plupart âgées est restée autour de l'arbre, lieu symbolique que la police n'a pas eu ordre d'attaquer. Une demie heure après l'attaque des forces de l'ordre, la circulation a repris, les cadavres de bombes de gaz et les poubelles jonchant le sol sont rapidement nettoyés. Une heure plus tard c’est comme si il ne s'était rien passé.

Le lendemain, nouvelle démonstration de force

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Source : AFP Photo / Aris Messinis

Même scénario en beaucoup plus violent le lendemain quand aux alentours de 18 heures, environ mille manifestants se sont réunis spontanément place Syntagma. La police cette fois n'a pas tardé à les repousser très violemment, en allant jusqu’à tabasser quelques personnes, aux yeux de tous et des caméras.

La peur a eu raison de la protestation et une grosse partie des gens a fui. Pour ceux qui restaient, cela s’est soldé par des arrestations publiques au beau milieu de la rue commerciale d'Athènes ou par un sprint pour échapper aux “forces de l'ordre”. Des "delta" (police à motos) ont barré la route à une partie des manifestants. Certains se sont alors réfugiés dans le café le plus proche. La police est entrée dans le café, donnant l'ordre aux manifestants d'en sortir. La plupart, effrayés, se plaquent contre le mur du fond. La police choisit treize personnes qu'elle sort manu militari du café, les fait asseoir au sol et enfin les encercle. Un groupe de manifestants et journalistes se réunit alors autour des treize. La police fait "circuler" les touristes, les promeneurs, elle intimide et effraye avec un message clair : "vous pouvez vous aussi être arrêtés à n'importe quel moment, être mis au sol, menottés et emmenés au commissariat sous prétexte que vous étiez là". Les gens prennent peur, la police feinte de charger et embarque finalement les treize du début. A nouveau, les rues sont nettoyées aussitôt, la circulation reprend et les gardes reprennent leur balai chorégraphique devant le Parlement. Devant l'arbre à pleurs, il ne reste plus qu’une centaine de personnes dont beaucoup de personnes âgées et désespèrées.

Après avoir vu ces passages à tabac sous les yeux des uns cravatés et accoudés sur les balcons du Parlement et des autres réunis autour de l'arbre à pleurs se voyant très bien vivre cette situation sordide, je me demande où cela s'arrêtera ?

NDLR : Le 7 avril, un policier a été gravement blessé après avoir été battu par une foule de protestants.

Plus d'informations sur ces évènements

4 avril 2012 à Syntagma in Articles / Infos / Lamour Mathieu (toudagou)



par Mathieu Lamour (son site) dimanche 8 avril 2012 - 49 réactions
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  • Par SamAgora95 (---.---.---.179) 9 avril 2012 00:07
    SamAgora95

    La Grèce est un laboratoire dont la principale fonction est de déterminer le niveau de misère que les gents sont prêts à supporter, de gré ou de force (sans se révolter en grande masse), une fois ce point d’équilibre trouvé, ils l’appliqueront à toute l’Europe.


    Leur but ? Créer une société de caste, du type maître/esclave, car dans leur société faussement juste, il vous sera très difficile de vous élever si vous naissez du mauvais coté et très facile de soumettre les autres si vous êtes du bon.

    Ce ne sont pas des être cultivés, intelligents et sages qui sont derrière ce plan, mais des bourgeois incultes avides de pouvoir et sans grandeur d’âme (Type Bush,Sarkozy etc.)


  • Par Pierre JC Allard (---.---.---.140) 9 avril 2012 01:44
    Pierre JC Allard

    @ Jaja


    Vous dites « on peut difficilement résister efficacement aux hordes armées du capital et faire en sorte que la peur change de camp....  » F A U X !!! Rien n’est plus facile. Il suffit que quelques-un n’aient plus peur... et le monde va basculer. Je me dis pas que ce sera une bonne chose, au contraire, mais ce n’est pas souhaiter la pluie de dire que les nuages s’amoncellent.


    Pierre JC Allard

    NB J’ai un article en modération sur avox depuis deux semaines qui parle de « postbourgeoisie »... Bien innocent, ce titre, mais je crois qu’on se méfie de moi... smiley.

    Coincidence, mon journal Centpapiers, le plus populaire au Québec, a été saboté et est pour l’instant inaccessible. On nous parle d’un job de « hackers de haut niveau disposant de moyens très sophistiqués.... » 

    Pierre JC Allard







  • Par misled mankind (---.---.---.97) 8 avril 2012 20:18
    misled mankind

    Les termes « occupation » ou « collaboration » deviennent récurrents en Grèce...
    La solution à cela ?
    Résistance !

    Si les urnes ne changent pas la donne cette année, il va falloir se battre.
    Et ce, dans toute l’Europe...

  • Par Tall (---.---.---.127) 8 avril 2012 22:17

    Je crois que c’est l’attente des prochaines élections qui empêche un grand mouvement révolutionnaire pour l’instant.

    Mais si l’après-élection ne tient pas ses promesses, il pourrait bien y avoir insurrection alors. Et là, les flics ne rigoleront plus.


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