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Accueil du site > Actualités > Europe > Ce qui ne va pas avec le nouveau train de mesures en Grèce

Ce qui ne va pas avec le nouveau train de mesures en Grèce

Il y a quelques jours, les parlementaires Grecs ont voté un deuxième train de mesures et dimanche, la troïka est revenue à Athènes. Mais ce scrutin, présenté comme une modernisation bienvenue de l’Etat Grec, pose des problèmes démocratiques très révélateurs de cette construction européenne.

 
La colonisation ne se cache plus
 
Déjà, comme l’avait montré la révoltante copie du plan présenté par Alexis Tsipras corrigée en rouge par le FMI, qui avait poussé le premier ministre Grec à organiser un référendum pour rassembler la population contre ce diktat anti-social, les créanciers d’Athènes ne se contentent pas d’exiger des objectifs suicidaires d’austérité, mais ils vont jusqu’à dicter le détails des mesures que doit prendre le gouvernement. De manière totalement révoltante, le FMI avait alors même refusé certaines hausses d’impôts sur les entreprises et les plus riches. Le gouvernement en place a finalement docilement accepté jusqu’au détail de ces mesures, visant à alléger le poids de ce nouvel ajustement budgétaire pour les plus riches et les entreprises, alors que les ménages en porteront, comme toujours, le plus lourd.
 
 
Déjà, sur le principe, à considérer que les créanciers de la Grèce pourraient imposer leurs objectifs et le calendrier pour les atteindre, on ne voit pas ce qui pourrait justifier autre chose qu’un questionnement de la crédibilité des plans présentés par Athènes, mais en aucun cas le détail des mesures. Après tout, il n’y a pas qu’une version de l’austérité. Il devrait pouvoir revenir au gouvernement Grec de choisir sur qui faire peser cette austérité, les ménages, les entreprises, les plus riches… Mais non, dans le monde des créanciers de la Grèce, le détail des mesures ne saurait revenir au gouvernement Grec. Et cela est d’autant plus révoltant que tous les plans précédents de ces créanciers qui imposent jusqu’au détail des mesures que doit prendre le gouvernement Grec, ont complètement échoué.
 
Le règne de l’arbitraire néolibéral
 
Bien sûr, on ne peut pas exclure que, parmi les mesures votées la semaine dernière, certaines auront des conséquences positives pour les Grecs. Mais quand on voit la façon dont la Grèce est traitée, il est difficile de ne pas y voir une forme de colonialisme, où les plus forts imposent à leurs serfs des temps modernes jusqu’à la façon de vivre et d’organiser leur société. Outre le caractère profondément humiliant qu’il y a à chicaner sur la hausse du taux d’imposition des sociétés, on peut se demander si cela ne révèle pas un fond profondément totalitaire, tant du projet européen et que du néolibéralisme. Bien sûr, les eurobéats diront que la volonté d’une démocratie ne peut pas s’imposer à toutes les autres démocraties, mais pourquoi imposer jusqu’au détail des mesures et pas seulement des objectifs ?

C’est toute la contradiction qu’il y a dans le discours des eurobéats et des libéraux. Les premiers parlent de démocratie quand ils créent un système où un gouvernement se voit non seulement imposer une austérité contreproductive et inhumaine, mais où il lui est refusé de faire contribuer un peu plus les entreprises et les plus riches. L’UE comme projet totalitaire et aristocratique. Mais les vrais libéraux ne peuvent pas non plus se satisfaire d’une telle manière de faire, car toute liberté est niée dans le cas de la Grèce. Pourtant, le pays applique plus que patiemment, depuis plus de cinq ans, les potions amères exigées par ses créanciers, avec le résultat que l’on sait. Et bien évidemment, tout progressiste ne peut qu’être révolté par les fruits pourris de ses plans, qui ont provoqué un véritable massacre social.
 

Voilà pourquoi il est extraordinairement étrange que Yanis Varoufakis, qui a pourtant révélé les contours d’un plan B audacieux qu’il avait préparé en cas de blocage des négociations, ait choisi de voter ce plan, même si sa portée n’est pas la même que celui du 15 juillet. Porte-t-il une vraie alternative ?


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13 réactions à cet article    


  • Le chien qui danse 28 juillet 2015 13:12

    Bonjour,
    Il semble impossible de penser que l’histoire va s’arrêter là. Tsipras à pris une claque à laquelle il ne s’attendait pas ou peu. On lui à rappelé avec violence que la Grêce est dans un groupement d’intérêts et non pas dans une évolution des sociétés humaines reconnaissants la place de chacun comme de même valeur. Selon que tu sois puissant ou misérable...

    Le fait est que la démocratie représentative par le vote devient quasi inutile en Grèce, vu qu’ils sont gouvernés de loin par d’autres qui ne vivent pas avec eux...

    Ce qui veut dire que Tsipras, un autre, voire une application smartphone suffirait à servir de courroie de transmission.

    Premier pays tombé sous la coupe du gouvernement européen entrain de se mettre en place tranquillement, d’autres devraient suivre qui constitueront avec le temps une force en Europe pour faire plier les plus gros. Le tout gouverné par une technocratie financière renvoyant aux « pauvres en euros » la culpabilité de l’être.

    Rien de nouveau sous le soleil de l’orgueil humain face à l’angoisse de sa réalité insensée.
     


    • Le421 Le421 29 juillet 2015 08:39

      @Le chien qui danse
      Pas besoin d’avoir un prix Nobel d’économie pour savoir que la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal ou même la France ne rembourseront jamais leur dette tel que le système est fait.
      On est sur du crédit « revolving » qui s’auto-alimente...
      Et l’Allemagne ?
      Hein !!
      Si on leur demandait de rembourser aussi leur dette rapidement, pourrait-elle le faire ??
      http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/07/06/une-dette-allemande_4672279_3232.html


    • flourens flourens 28 juillet 2015 15:55

      VAE VICTIS
      pas de pitié


      • Elliot Elliot 28 juillet 2015 17:47

        Tsipras a capitulé devant l’intransigeance de l’Europe sous botte germanique.

        On peut et même on devrait lui reprocher son ingénuité, son amateurisme.

        On serait disqualifié pour moins que cela : sauf qu’il doit encore servir aux bourreaux. 

        Comment a-t-il pu imaginer ( ou en tout cas le faire croire ) que ses interlocuteurs pussent être compatissants devant les souffrances du peuple grec ? 

        Ou qu’ils pussent être amenés à la raison par un exercice démocratique vite ramené à une dimension populiste, car, c’est bien connu, faire appel au peuple est une incongruité insupportable qui ne peut germer que dans des cerveaux malades !

        Pas davantage que ne sauraient être doués d’empathie devant la souffrance des animaux qu’ils mènent à l’abattoir des maquignons, sensibles seulement à l’odeur de l’argent. ?

        Tsipras n’a sans doute pas bien évalué la volonté qui non seulement voulait punir le peuple grec mais aussi faire de ses tourments prolongés un exemple à l’usage d’autres récalcitrants à la bonne marche des affaires.

        Pour l’Allemagne, il était vital que se perpétuât son emprise sur le continent. 

        Elle a subtilement étendu son emprise coloniale sur une grande partie de l’Europe ; son économie s’articule sur un système de prédations qui consiste à externaliser une grande partie de sa production dans des pays à bas salaires pour rapatrier sur le sol germanique le fruit de leur travail et le fourguer au monde à un prix fort en excipant de la qualité germanique basée sur une expertise dont l’illusion est savamment entretenue par les réseaux de propagande à l’usage des gogos.

        Cette résurgence de la colonisation s’exerce au sein de l’Europe, elle ne consiste plus seulement à transférer des ressources naturelles exotiques mais à capter un savoir-faire pour le labelliser au profit de la puissance dominante de L’UE.

        Le berceau de la démocratie - bien qu’insignifiant en termes de poids économique réel - est la victime collatérale de cette entreprise impérialiste.

        La leçon doit être reçue par tous les états qui voudraient se libérer de pesantes tutelles et qui sont menacés de faillite au cas où ils s’aviseraient de secouer un joug trop lourd à porter.

        Il y avait déjà la dissuasion nucléaire, il y a maintenant la dissuasion financière organisée par l’oligarchie bancaire et ses hommes liges dans les gouvernements au service de la rapacité institutionnalisée.

        Et pourtant pour les peuples l’alternative consiste à tomber de Charybde en Scylla  : ils paieront par une régression de leur niveau de vie leur attitude de chiens couchés devant les sacro-saintes lois du marché qui ne sont que des lois de dupes où la dupe est dressée pour être consentant.

        Quel sera encore le pouvoir d’attraction de Podemos en Espagne après l’épisode grec ?

        Confrontée au déclin démographique et au poids de plus en plus lourd de la charge de ses retraites , l’Allemagne ne pourra trouver des sources de financement que dans l’exploitation des potentialités de ses satellites.

        Madame Merkel, avec un sens politique digne de son glorieux prédécesseur Bismarck mais plus efficace sans tirer un coup de canon, tisse patiemment la toile où vont se prendre les faibles.

        L’opinion occidentale ( ne parlons-pas des porte-voix univoques de la Propaganda Abteilung qui sont payés pour débiter leur numéro ) n’a globalement pas compris que le combat des Grecs était aussi un combat pour leur dignité et leur liberté à eux.

        Ils s’apercevront assez tôt que l’absence de solidarité ouvre la porte à des égoïsmes de nantis, toujours moins nombreux mais toujours mieux nantis, et que le soi-disant populisme des Grecs était en fait la voix de la raison du cœur contre le langage abscons de chiffres qui, comme les statistiques, ne disent jamais que la partie de la vérité qui sied au manche et messied à l’enclume.


        • philippe baron-abrioux 29 juillet 2015 15:11

          @Elliot

          Bonjour , vous parlez du combat des Grecs pour leur dignité et leur liberté .

           si ,comme moi , vous avez parcouru certains courriers sur ce site ,vous avez pu lire que seuls les Grecs étaient responsables de leur situation ,que c’était un peuple de « mendiants » ,un ramassis d’irresponsables qui n’ont jamais réfléchi à leur situation ,qu’ils ont dépensés tout l’argent si généreusement donné par l’Europe ,ETC...

          triste ,oui ! mais pire selon moi car c’est un discours conforté par une foule de super -économistes ,prévisionnistes , experts en à peu près tout et surtout « vaccinés » contre la solidarité dont ils prétendent avoir trop longtemps fait preuve vis à vis des Grecs .

          en fait ,les banques ont bénéficié de ces sommes ,mais pas les Grecs(,le peuple ,la population ,je le précise pour ceux qui ne font pas la différence entre banques grecques ou installées par des groupes financiers européens et les Grecs) .

          vous avertissez des dangers probables de cette absence de solidarité ,défaillante pour les hommes qui y croient encore en tant que valeur universelle .

          la colonisation ,rampante, est bien à l’oeuvre . et peu importe que ce soit ce pays qui ,comme vous le dites fut et reste le berceau de la démocratie (qui devient parfois la démocrasseuse ) ,la Grèce de Périclès .

          j’ai eu la« chance » de faire des études dites classiques ,latin ,grec et allemand . quatre voyages en Grèce où ,contrairement à certains ,je n’ai pas vu que des ruines mais j’ai aussi été reçu par des familles , qui ont été des guides précieux pour la découverte d’endroits merveilleux mais quasi inconnus du flot des touristes . je pense à eux en ce moment .  

           peu leur importe l’histoire mouvementée de ce pays fragile , qui a connu des dictatures et des captations de territoire comme à Chypre en 1974 (sans d’ailleurs beaucoup de réactions internationales ;on a entériné la situation de fait ) .

          peu importe les cartes qui parlent ;Balkans, Turquie ,Europe et les mers qui bordent ce pays (et qui accessoirement sont pratiquées par ceux appelés« migrants » )

          ces derniers temps ,on aurait pu espérer quelque empathie pour les Grecs . Erreur ,trop optimiste :affubler les Grecs de tous les défauts et surtout ne pas envisager des alternatives viables ,c’est tellement plus facile mais aussi d’une hypocrisie ignoble . ils n’ont pas une once de honte ,ni un minimum de clairvoyance (si on pense au risque pour leur finance chérie) .

          en appeler à la raison suffira t il ? je l’espère .

           


        • alinea alinea 28 juillet 2015 22:06

          J’ai trouvé cette analyse intéressante, je vous la soumets de bon coeur !!!

          http://www.revue-ballast.fr/stathis-kouvelakis/


          • sirocco sirocco 28 juillet 2015 23:07

            @alinea

            Merci pour ce lien qui présente une analyse intéressante à connaître.
            Je ne suis néanmoins pas d’accord avec ces propos relevés dans l’article :

            "La notion de « trahison » empêche d’analyser et de remettre en cause la stratégie ; elle rabat tout sur les « intentions des acteurs » et se fonde sur l’illusion naïve selon laquelle ceux-ci sont maîtres de leurs actes."

            .

            Il s’agit bel et bien de trahison. A partir du moment où son gouvernement a décidé d’organiser un référendum pour demander au peuple de se prononcer (la plus belle manifestation de la démocratie), Tsipras n’avait plus le choix de ses décisions : il devait respecter le verdict des urnes, même si cela devait conduire la Grèce au chaos, à la faillite, à tout ce que vous voulez. La voix de la démocratie n’a pas à être bafouée en raison de considérations politico-économiques prétendues plus raisonnables.

            .

            Personne ne peut d’ailleurs dire avec certitude ce qui se passerait si la Grèce avait fait un bras d’honneur à la Troïka, décidé de ne pas rembourser un seul centime de sa dette et retrouvé sa drachme... bref, respecté le vote du peuple.

            .

            Tsipras est une belle saloperie.


          • alinea alinea 28 juillet 2015 23:58

            @sirocco
            Vous noterez, comme il est dit dans cet article, que Tsipras n’a pas demandé jusqu’où aller en cas de refus de négocier !
            Cela en a étonné plus d’un ; Tsipras a utilisé le peuple pour se renforcer dans ses négociations, sûr que le peuple valait quelque chose.
            Je trouve que Kouvelakis explique bien cela, et aussi cette impossible sortie de l’UE et de sa monnaie mortifère. Cette impossible sortie touche à des zones que la politique ne résout pas !!
            Pour la trahison, je suis aussi d’accord avec l’auteur : que Tsipras se soit entêté, contre son aile droite qui savait de quoi il retournait, c’est une évidence, mais de là à dire qu’il a trahi alors qu’il n’a cessé de donner comme argument qu’il n’y avait pas de plan B ! Non, il n’a pas trahi, il n’a pas su !!
            Mais peu importe ; c’est un peu la conclusion de mon article sur le sujet ; ce n’est décidément pas le problème vu l’état où ils sont !!
            Car la crainte que j’ai si la rancoeur s’enflammait, comme vous le faites vous-même, c’est qu’ils se tournent vers l’extrême droite, retour à la case colonels, tu parles d’un trajet !!


          • Ruut Ruut 29 juillet 2015 00:09

            La Grèce n’as pas les moyens de se suffire a elle même c’est pour ça que le premier ministre a plié.


            • Le421 Le421 29 juillet 2015 08:35

              @Ruut
              On se demande d’ailleurs comment se fait-il que le pays « Grèce » existe encore au 21ème siècle.
              Comment ont-il pu survivre ??
              Du même tonneau, il fallait rajouter que c’est un peuple d’homosexuel feignants...
              ...
              Non ?


            • Le chien qui danse 29 juillet 2015 10:54

              Donc c’est la démocratie simplifiée, m^me plus besoin de programme, de vote, de parti, de promesses non tenables, de coup bas, de corruption même passive, de détournement de fond public, de clientélisme et je dois oublier quelques aspects de la démocratie représentative qui nous veut du bien.

              Vu qu’il n’y a plus besoin « d’élites », ils vont devoir changer les règles, faire l’économie d’une structure étatiste, ça doit faire des euros de préservé.

              En fait la Grèce va encore une fois être le berceau d’un renouveau démocratique, plus populaire, plus direct, bon on peut toujours rêver.

              Malgré tout j’ai un peu de mal à penser que le duos Tsipras/Varoufakis soient des lapins de trois semaines. J’aimerai qu’il y ai une stratégie, perdante au départ car il ne pouvait en être autrement. Maintenant que le fond du fond va bientôt être touché, les grecs dépossédés de tout pouvoir d’action vont devenir une épine dans le pied des institutions et les coups de menton et claquements de portes ne font pas une politique
              Grexit = Brics
              No Grexit = Europe 

              En tous cas c’est le politique qui sera le mot de la fin ou du renouveau, enfin si j’en crois mon rêve...


              • zygzornifle zygzornifle 29 juillet 2015 14:41

                Bruxelles c’est la centrifugeuse qui sortira la dernière goutte du jus de Grec.......


                • zygzornifle zygzornifle 2 août 2015 07:21

                  un train qui n’arrivera jamais a destination car il va déraillé en chemin ......

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