Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Europe > « Chevalgate » : l’Europe casse la barbaque

« Chevalgate » : l’Europe casse la barbaque

On prend du cheval pour du bœuf et les consommateurs pour des jambons. Un scandale à l’échelle européenne, cinq pays à traverser de l’abattoir à l’assiette : qu’est-ce que l’on mange ? ou plutôt : est-on ce que l’on mange ? ou, plutôt –encore : mérite-t-on ce que l’on mange ? France, Chypre, Luxembourg, Roumanie, Pays-Bas : c’est donc un circuit touristique du pain de viande que l’on a découvert avec l’affaire du cheval dans les plats certifiés 100% bœuf. S’agit-il d’une fraude industrielle locale, ponctuelle ou d’une faille à l’échelle européenne ? (ou les deux ?)

Ah ! ils se baladent, les chevaux. Ils sont faits pour cela, me direz-vous. On pourrait trouver cette histoire extraordinaire, mais elle ne l’est pas. Et ce qui est extraordinaire dans cette histoire, c’est qu’elle est ordinaire. Expliquons : cette histoire est, selon moi, l’illustration même du point où nous en sommes, nous européens, aujourd’hui. Tous les produits arrivent ainsi par petits morceaux. Par exemple, les jouets, les voitures, les vêtements et, donc, la nourriture. Nous mettons tout cela dans des conteneurs. Dans le meilleur des cas, nous avons affaire à des entreprises normales ; dans le pire des cas, nous avons affaire à une sorte de mafia. Mais, plus sidérant : en vérité, tout cela se ressemble beaucoup. Hippocrate, grand médecin et philosophe grec du siècle de Périclès, considéré traditionnellement comme le « père de la médecine » disait : « On est ce que l’on mange ». Formule d’ailleurs reprise plus tard par Rousseau. Avec cette affaire, on (gardons le pronom, certes souvent trop large, de la citation) voit ce que l’on est devenu. Nous sommes des êtres sans sol, sans origine, sans racine, sans rien, mangeant ainsi des produits qui viennent on ne sait d’où, trafiqués par on ne sait qui, cuisinés on ne sait comment. Cette histoire est donc tout à fait fascinante et traduit à mes yeux très bien un extrait de la chanson d’Alain Souchon Foule sentimentale :

 « Il faut voir comme on nous parle
Comme on nous parle
On nous Claudia Schiffer
On nous Paul-Loup Sulitzer
Oh le mal qu'on peut nous faire »

Et lorsque Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, demande plus de traçabilité, plus de contrôles, il s’agit en fait d’un baratin classique. Il est évident qu’il faut plus de contrôles, mais, et ce n’est même pas la faute du gouvernement, nous ne pouvons pas. A ce titre, il faudrait lire les revendications des syndicalistes qui disent que depuis 10 ans ils ont vu leurs effectifs s’éroder. Partons du principe qu’il n’y a pas de frontière. En dépit de leurs nombreuses autres contradictions, rejoignons les Verts lorsqu’ils qui disent depuis des années qu’il faut relocaliser les circuits courts. Il faudrait donc manger des fruits de saison, aller directement chez les boucher etc… Or, si à la boucherie il n’y a pas de problème de traçabilité, tout le monde ne peut pas se payer cette viande-là. En ressort ainsi une alimentation à deux vitesses qui s’accroît entre riches et pauvres.

Alors, certes, les trafics alimentaires existent depuis le Moyen-Age. Il n’empêche qu’ils peuvent s’aggraver, par exemple, avec des traders chypriotes. Depuis les années 80, il y a eu un vrai basculement : l’Europe ne s’est pas considérée comme une forteresse que craignaient les Américains, mais comme, au contraire, le meilleur élève de la mondialisation. Et, à ce titre, le budget européen signé le 8 février dernier est une défaite pour Hollande et pour la France, victimes de l’alliance entre Anglais et Allemands, de plus en plus résolus, eux, à voir une Europe dans la mondialisation. Hollande a fait du Hollande, et, relation de causalité ou non, il se retrouve sans alliance. Cette Europe-là n’est pas un hasard et elle est le produit de rapports de force. L’Europe française, si on ose l’appeler ainsi, est isolée, morte, ridicule. Le Parlement européen, qui doit voter ce budget, est en fait sous la domination du SPD allemand et de la CDU allemande. Cette CDU allemande va imposer le vote du Parlement. Sur le plan national, l’exécutif, perdant, et bien qu’il veuille instituer un débat, pourra ainsi –de nouveau être critiqué par l’opposition, voire par une partie de la majorité.


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (3 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès