Les scénarios de sortie de la Grèce de la zone euro étant désormais ouvertement à l’étude un peu partout, le sujet devient praticable, déboussole les européistes lambda, mais ouvre aussi un avenir incertain et des opportunités, tant pour les partisans du Fédéralisme absolu et rampant, que pour les partisans d’une Europe des peuples souverains et de la coopération efficace et intelligente. Et nous voyons à nouveau dans la presse ou sur internet, surgir d’intelligents billets qui ne manquent pas de remarquer que la crise monétaire, financière et budgétaire en Europe, est aussi une occasion pour l’Eurocratie d’exiger et d’imposer toujours plus d’intégration fédérale, économique et donc, politique.
Au Parlement Européen de Strasbourg, la plénière de cette semaine avait commencé sur un débat préparatoire avant la tenue du Sommet Européen informel de Bruxelles. Alors que toutes les caméras d’Europe étaient tournées sur le Sommet, on retient quelques avis très intéressants en début de semaine au Parlement. La mode est désormais à la Croissance, à la relance, comme nous l’avons tous remarqué depuis l’élection de notre nouveau président de la République. La croissance à tout prix, dont on attend encore de comprendre sur quelle base, ces europtimistes comptent l’articuler, alors que les économistes dissidents et sérieux, moqués depuis des années, voient leurs prédictions se réaliser devant les limites prévisibles et prédites du système monétaire européen, qu’ils soient d’ailleurs pro-européens ou non.

Les scénarios de sortie de la Grèce de la zone euro étant désormais ouvertement à l’étude un peu partout, le sujet devient praticable, déboussole les européistes lambda, mais ouvre aussi un avenir incertain et des opportunités, tant pour les partisans du Fédéralisme absolu et rampant, que pour les partisans d’une Europe des peuples souverains et de la coopération efficace et intelligente. Et nous voyons à nouveau dans la presse ou sur internet, surgir d’intelligents billets qui ne manquent pas de remarquer que la crise monétaire, financière et budgétaire en Europe, est aussi une occasion pour l’Eurocratie d’exiger et d’imposer toujours plus d’intégration fédérale, économique et donc, politique. Du moins pour les plus zélés, comme le candidat à la présidence de la Commission Guy Verhofstadt (déclarations disponibles sur le rapport de presse du Parlement Européen) :
Pour le Belge Guy Verhofstadt (Libéraux et démocrates) cette crise ne porte pas sur la Grèce ou d'autres pays, elle n'est pas économique mais "politique". "Les dirigeants européens ne sont pas en mesure de prendre les bonnes décisions au bon moment. Une véritable union économique et budgétaire est nécessaire. Cela inclut une mutualisation de la dette et la mise en place d'un fonds de remboursement pour aider à réduire les taux d'intérêts. Un pacte de croissance, incluant un plus grand rôle de Banque centrale européenne pour relancer l'économie, doit être mis en place".
On sent bien que l’austérité est désormais en passe d’être Has Been. Comme toujours, Verts et Socio-Libéraux, main dans la main, sont à la pointe du combat « européen » :
L'Allemande Rebecca Harms (Verts) a expliqué que "la Grèce montre que le programme d'austérité voulu par l'UE et le FMI est un échec. Il a entrainé le pays dans une spirale descendante menaçant de tirer les autres États membres et, éventuellement, l'ensemble de l'UE avec elle. Nous devons accorder plus de temps à la Grèce pour qu'elle rééquilibre son budget. La Grèce doit rester dans la zone euro, c'est la meilleure solution pour le pays et l'ensemble de l'UE".
On remarque aussi que les thuriféraires de l’Euro s’autorisent (et surtout nous autorisent) de plus en plus d’envisager sans bondir trop haut sur leur chaise, qu’un pays membre puisse effectivement quitter la zone Euro, en l’occurrence la Grèce. Naturellement, la consigne demeure la conservation mordicus de la Grèce dans la zone Euro, au motif qu’une majorité de grecs –et la direction de Siriza elle-même- souhaitent en effet demeurer dans cette zone. Alexis Tsipras, après son passage en France, conserve encore sa tactique de « chantage » (qualificatif médiatique exagératif), et fort de ses 22% d’intentions de vote, indique qu’un arrêt de « l’aide » financière à la Grèce conduirait à un défaut général qui affecterait aisément le système bancaire européen. Son but est surtout la renégociation des engagements grecs auprès de la Troïka et des financiers.
En réalité, les faits que nous observons aujourd’hui, les économistes, essayistes et citoyens les plus sérieux en avaient largement prévenu la survenue. Ils furent longtemps vus au mieux avec condescendance, au pire traités et insultés, mais force est de constater qu’ils eurent raison et que nous sommes aujourd’hui, face à un avenir totalement ouvert et relativement incertain, pour la première fois, par rapport à une sortie de la Grèce de la zone Euro et aux suites possibles.
Notre ami Nigel Farrage (UKIP, Europe, Liberté et Démocratie) toujours en pleine forme, n’a pas manqué de déclarer que "l'euro était censé créer de la croissance et l'emploi, mais c'est le contraire", ajoutant que les propositions actuelles de l'UE sont "un suicide économique pour tout un continent". Si la Grèce quitte l'euro, "il y aura quelques semaines difficiles mais ensuite le pays va commencer à innover pour trouver des alternatives à des importations coûteuses", a-t-il insisté. « Si la Grèce sort de l'euro, cela pourrait être une source d'inspiration pour l'Espagne, le Portugal et d'autres pays." Malgré l’absence de sa cible favorite et voisin de tribune, le placide Président Barroso, la verve du MP Britannique est toujours aussi plaisante. Lors de la 1ere journée de la session plénière de cette semaine au Parlement Européen de Strasbourg, il ne résiste pas non plus au plaisir de faire frémir l’hémicycle en évoquant « l’inspiration » que pourraient retirer espagnols et portugais de la sortie grecque de la zone euro :
En Autriche, la position vis-à-vis de la Grèce est plutôt la solution du référendum (se rappeller de la sortie de la ministre de l’économie autrichienne en fin de semaine dernière) :
Hannes Swoboda, le leader autrichien des Socialistes et démocrates, juge que les grecs « doivent décider pour eux-mêmes s'ils veulent rester dans l'euro ». Un gouvernement réformateur arrive au pouvoir à Athènes, alors des mesures pour améliorer la situation sociale pourraient être discutées.
Sortie de la Grèce : entre lassitude et jusqu’auboutisme de l’Eurocratie.
Les médias économiques se sont passionnés en début de semaine pour les nombreux scénarios actuellement ouvertement et officiellement à l’étude dans la plupart des services économiques des ministères concernés des pays membres, des établissements bancaires, notamment la Deutsche Bank, dont la Direction Recherche a publié en début de semaine un rapport sur ce fameux « G-Euro » (Griechische Euro ou Greek Euro), qui se démarque tout spécialement : les experts allemands ont effectivement proposé de créer une monnaie grecque (le « G-Euro ») qui serait arrimée à l’Euro, afin de donner de nouveaux leviers à l’Etat grec et de réduire de nouveaux risques de contagion pour la zone Euro. Ne s’agit-il pas en substance, d’un retour à la monnaie commune ? Introduit à -50% par la Banque Centrale grecque, ce G-Euro ne serait pas flottant, « mais lié au niveau du déficit budgétaire primaire du gouvernement grec », comme l’explique le blog Capitaine Economics. Un tel système pourrait permettre la Grèce, une fois sa compétitivité et son équilibre budgétaire retrouvés, de réintégrer la zone Euro. En cas d’échec du rééquilibrage sur 4 à 5 ans, les risques pour l’Eurosystème ne sont pas exclus.
C’est-à-dire que cette proposition tranche tout de même par son bon sens, mais étonnamment, elle fut impitoyablement moquée par les journalistes de BFM Radio, lundi matin, ces derniers étant pourtant d’habitude tout admiratifs sur tout ce qui émane de Prusse, ne manquèrent pas de qualifier les experts de Thomas Mayer (Directeur recherche de la D.B.) de véritables farfelus.

Certes, ce bon sens comporte des conditions particulières, comme une capitalisation des banques grecques, un nivelage radical de leurs actifs pourris, création d’une Bad Bank, le tout à charge du FESF et quant à la Banque Centrale Européenne, elle serait sensée assurer ces opérations de renflouement en apportant de la liquidité. Un compromis tout à fait intéressant, dont on se demande s’il fut abordé en marge du Sommet Européen de Bruxelles.
Quant aux scénarios, désormais nombreux, de sortie de la Grèce de la zone Euro, on en trouve un intéressant exemple sur le site du journal grec Ekathimerini, dont les auteurs affirment que dans un tel cas de figure, le pays disposerait de 46 heures chrono’ pour en sortir, entre deux séance de bourse à Wall Street…N’oublions pas que selon les traités européens, des clauses « terrorisantes » indiquent qu’ une sortie de la zone Euro implique théoriquement une sortie de l’Union Européenne.
De son coté, Joseph Stieglitz déclarait dans une tribune du 22 mai 2012 : « Les conséquences de cette précipitation de l’Europe vers l'austérité seront durables et probablement sévères. Si l'euro survit, ce sera au prix d'un chômage élevé et une énorme souffrance, notamment dans les pays en crise. »
Le trouble jeu allemand.
Ce sommet européen informel (le véritable sommet des chefs d’Etats européen se tiendra le 28 juin prochain) devait exposer un certain nombre de points urgents quant à la gouvernance européenne. Politique de croissance contre l'austérité désormais passée de mode, Eurobonds, gestion de la crise grecque : le débat au parlement apparaissait donc tout aussi vain que ce sommet semblait lui-même une espèce d’exercice préparatoire, qui eut tout de même le mérite de laisser apparaitre un certain nombre de points intéressants.
Tout d’abord, la gouvernance européenne, c’est-à-dire la France et l’Allemagne, se divise sur des considérations majeures. Les Euro-obligations de François Hollande sont toujours refusées par Angela Merkel, qui « ne croit pas qu’elles pourraient contribuer à stimuler la croissance dans la zone euro »[1] et considère au contraire et avec force raison, que la mise en place de cette mutualisation des dettes permettrait à nouveau de réajuster les taux d’emprunt pour les pays les plus en difficultés et les conduirait à nouveau à un endettement possiblement dangereux. Laurent Pinsolle, porte-parole du parti souverainiste français DLR abonde dans ce sens, en qualifiant cette option « d’irresponsabilité institutionnalisée » dans une brève et excellente analyse de cette « impasse » des euros obligations[2]., dans laquelle il rappelle l’indécrottable illogisme dans lequel s’enferment les dirigeants européens, qui reprochent à la Grèce l’argent qu’ils ont débloqué pour elle, mais qu’ils ont en réalité versé aux créanciers, et non pas au pays lui-même.

Ayant elle aussi préparé quelques propositions de croissance, la Chancelière a évoqué des « Project-bonds », obligations à court terme pour financer de grands projets d’infrastructure.
Il a également été question du nouveau rôle de la BCE, souhaité par Hollande, qui voudrait que l’institution elle-même injecte des liquidités dans les banques en difficulté, une proposition qui laisse la chancelière tout aussi perplexe. Le président de la Banque Centrale Européenne et ancien directeur Europe de Goldman Sachs, l’italien Mario Draghi, n’a pas manqué de recadrer le Président Français en déclarant qu’il n’était « pas question de modifier le mandat de la BCE durant les débats, ni de donner au MES la possibilité de prêter de l’argent aux banques en difficulté. »
Il n’aura échappé à personne que l’Allemagne, pays de tradition réaliste, se fait de plus en plus pragmatique sur ces questions, bien qu’étant la puissance européenne ayant manifestement le plus d’intérêts, du moins de représentants à réaliser l’Europe Fédérale, on a le sentiment que le réalisme germanique ne résiste pas à la reconsidération de l’idéologisme qui confine à l’inefficacité européenne.
D’ailleurs, la crédibilité de la Zone Euro confine elle, au grotesque actuellement, avec une Allemagne qui cumule récemment d’agaçantes mais très méritées augmentations de salaires au terme d’années « d’efforts » et surtout une émission incroyable du trésor Allemagne, mercredi, de 4,5 Milliards d’obligations à deux ans à taux zéro. Succès total de l’opération, qui confirme le niveau post-historique du dogme de l’Euro unique et unilatéral : une demande de 7,7 milliards d’Euros, ce qui a permis à la République Fédérale Allemande d’emprunter les 4,5 milliards à un taux de rendement de 0,07% ! Quelques heures plus tard, François Hollande tentait de convaincre Merkel d’accepter ses Eurobonds, qui élèveraient forcément les taux d’emprunts de l’Allemagne victorieuse, qui n’en a naturellement pas envie.
Pratiquant un humour cassant, froid et insolent (dont on se délecte), en réalisant cette opération à ce moment précis, les Allemands jouent tout de même à un drôle de jeu, dont on sent bien qu’ils se passeraient aisément. Quel est le sentiment des allemands ? Lassitude, crainte, retour au réalisme, tiraillements idéologiques, réalisation de la différence abyssale, avec une Grèce où plus de 3 milliards d’Euros ont été retirés des banques depuis le 6 mai, avec une Espagne affolée, qui doit désormais engrosser sa dette souveraine à un taux infernal de plus de 6%.[3]
En outre, personne n’ignore que le CDU d’Angela Merkel n’est pas en odeur de sainteté dans certains Länder, comme on a pu le voir récemment en NRW.
Créer l’Impasse, pour favoriser l’Intégration ?
Le mois de Juin promet d’être exceptionnellement mouvementé en Europe. Du 12 au 28 Juin, nous aurons eu nos législatives, notre assemblée définitive et un gouvernement en conséquence. Nous aurons eu les élections législatives grecques et probablement, une victoire relative de Siriza (voir les derniers sondages) et enfin, le Conseil européen du 28 Juin. Toutefois, le parti Nouvelle Démocratie (affilié PPE), est également donné à des scores similaires au parti de la Gauche Radicale, ce qui augure peut être de futurs blocages.

Quel sera l’avenir de l’euro en Grèce, puisque ce qui préoccupe avant tout l’Eurocratie, in fine, c’est cet Euro, pilier de l’idéologie non pas de la véritable Europe, l’Europe des Peuples que nous appelons de nos vœux, mais d’une Europe Fédérale, d’inspiration suspecte, intégrée au Mondialisme auquel nous nous opposons ? D’une part, le résultat des législatives du 17 Juin seront naturellement pour beaucoup dans la soumission plus ou moins grande du futur gouvernement aux pressions extérieures.
C’est alors qu’il faudra reprendre ou non les nombreux rapports et scénarios[1] de sortie de la zone Euro, car si l’Eurocratie laisse se produire un tel précédent, quid des répercussions, du message envoyé vers des pays membres tels l’Espagne, le Portugal, l’Irlande ? Alors même que des Etats-membres hors zone Euro, tels la Suède ou l’Islande, connaissent dernièrement d’insolents renouveaux en termes de croissance, rendus possibles grâce à une maitrise de leur outil monétaire, et qui n’a en rien signifié une quelconque gabegie ou une quelconque irresponsabilité budgétaire de leur part, bien au contraire, le choc terrible de la crise islandaise semblant avoir produit une prise de conscience populaire majeure.
Les solutions actuellement proposées pour le règlement de la crise généralisée en Europe tendent de plus en plus, comme nous l’avons vu, à la politique de croissance, à l’hypothétique stratégie des Eurobonds et de la mutualisation des dettes et donc des budgets : il s’agit là non seulement d’une politique qui ne peut que déplaire à notre partenaire germanique, qui ne souhaite plus prendre de risques inconsidérés, mais surtout qui signifierait potentiellement une nouvelle étape dans l’intégration économique et budgétaire des Etats-Membres, dont on parle tant depuis un ou deux ans.
Ainsi, Patrick Artus, économiste chez Natixis, déclare à l’Usine Nouvelle :
« L'impasse grecque a largement illustré l'impossibilité d'une Union monétaire entre des économies très hétérogènes, dont une Grèce qui exporte peu, sans fédéralisme budgétaire. Sans des réformes institutionnelles rapides vers plus de fédéralisme, l'éclatement de l'euro est une probabilité non négligeable ».
Sauver l’Europe de l’Impasse.
Encore et toujours, le devenir de l’Europe est constamment confiné à deux options, qui seront forcément et malheureusement radicales : Ou bien une mort à petit feu de l’Europe, définitivement affaiblie, luttant au fond de son impasse, livrée au chaos. Ou bien une Europe Fédérale, avec une commission transformée en gouvernement, avec un président élu dans des conditions démocratiques incertaines par des centaines de milliers d’électeurs aux traditions constitutionnelles et institutionnelles complètement différentes, l’intégration ultime vers l’intégration globale.
Il serait regrettable que l’on perdure dans cette direction funeste. Non contents d’expérimenter actuellement la folie d’une monnaie unique, étendue à des espaces économiques et à des sociétés inadaptés et trop différents, on souhaite encore commettre la folie fédéraliste en Europe, alors qu’il est évident que ce modèle-là ne sera jamais efficace pour réaliser la véritable Union durable de l’Europe.
Ou bien un sursaut de l’Avant-Garde progressiste européenne, notamment les souverainistes, les forces populaires, patriotiques, de droite, de gauche, les écologistes authentiques et intègres, les mouvements intellectuels dissidents, les économistes, les universitaires, les diplomates, les entrepreneurs et autres scientifiques. Nous avons théoriquement moyen de résister à l’impasse européenne, telle qu’elle se profile, à condition d’en déceler les raisons exactes. Qui pilote l’intégration forcenée et illogique ?
En conclusion, la conclusion de la tribune de Stiglitz, « After austerity » :
« La souffrance que l’Europe, notamment celle des jeunes et des pauvres, est en train de subir, n'est pas nécessaire. Heureusement qu'il existe une alternative. Mais tarder à la saisir et cela coûtera très cher, car le temps pour l’Europe est compté. » [2]
Guillaume de Gail, observateur citoyen au Parlement Européen de Strasbourg.
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