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Comment les centristes et les communistes ont fait élire Barroso

Fin du feuilleton avec la réélection dans un fauteuil de Manuel Barroso à la tête de la Commission. Ce n’était pourtant pas écrit. Alors comment est-ce arrivé ?

Voici donc Barroso reconduit dans ses fonctions, ce qui n’était plus gère une surprise. Il obtient même la majorité absolue des voix, avec 382 députés (la barre est à 369). Pourtant, en juillet, une majorité existait au Parlement pour empêcher sa désignation. Elle pouvait même se prévaloir d’un candidat informel : Guy Verhofstadt, centriste de l’ALDE et fédéraliste. Rassmussen ayant retiré sa candidature pour les socialistes au vu du résultat des élections, et les Verts étant officiellement prêt à voter pour "n’importe qui sauf Barroso", un accord semblait envisageable. Alors que s’est-il passé ? Et qui à part Sauvons l’Europe vous le racontera ?

Très simplement, le groupe centriste de l’ALDE n’a pas été capable de maintenir son unité, et le groupe communiste a adopté une réaction de blocage idéologique face au traité de Lisbonne.

Ce traité impose en effet un changement de la règle de majorité pour la confirmation du président de la Commission : alors que dans le système actuel il doit simplement recueillir la majorité des voix exprimées lors du vote, il lui faut sous Lisbonne obtenir la majorité absolue, c’est à dire plus de la moitié des voix de l’ensemble des députés (y compris les absents). La stratégie de ses opposants était donc de repousser son investiture jusqu’à l’entrée en vigueur de Lisbonne courant octobre (si référendum favorable en Irlande), moment auquel ils disposeraient d’une capacité de blocage.

Mais tout le monde n’était pas d’accord sur ce thème au sein des centristes de l’ALDE, et l’unanimité obtenue en juillet pour repousser une première fois le vote cachait en réalité deux positions : pour les premiers, ils s’agissait de pousser la candidature de Guy Verhofstadt, alors que les seconds étaient prêts à désigner Barroso, et surtout ne pouvaient envisager l’alliance avec les socialistes qu’impliquait une autre stratégie. Pour ces derniers, obliger Barroso à présenter son programme devant les députés visait donc à renforcer le caractère parlementaire de l’Europe et pas d’avantage.


L’instant critique s’approchant, le consensus est devenu très difficile à tenir chez les centristes ce qui aboutit à la première occasion manquée : le 10 septembre se réunissait la conférence des présidents de groupes au Parlement, pour fixer l’ordre du jour de la semaine ; chacun d’entre eux dispose d’un nombre de voix proportionnel au nombre de députés de son groupe. Dans cet ordre du jour, une petite question : le vote sur le président de la Commission. Or Verhofstadt n’a plus de mandat pour repousser le vote de but en blanc. Il propose donc une procédure un peu étrange : voter deux fois. Une première fois le 16 sous l’empire des règles actuelles, qui verra bien entendu Barroso reconduit, puis une seconde dès Lisbonne entré en vigueur, où à un mois d’intervalle il pourrait être déboulonné. Position un peu alambiquée qui signifie en substance : votons Barroso, puis on verra. Shulz pour les socialistes (SD) propose de repousser le vote. Verhofstadt vote contre. Cohn-Bendit pour les Verts propose alors de prolonger le mandat de la Commission de deux mois, ce qui élimine la question d’un vote d’ici-là. Verhofstadt vote encore contre. Puis il développe son système, et cette fois-ci c’est Cohn-Bendit qui s’y oppose. De leur côté, les communistes sont très opposé à Lisbonne. Ils sont donc, comme l’âne de Buridan, incapables de choisir entre l’acceptation du nouveau traité et la certitude de la reconduction de Barroso. Lothar Bisky, en leur nom va donc tout simplement s’abstenir à chaque fois, c’est à dire en fait voter contre le report . La rédaction de son communiqué semble d’ailleurs dire qu’il a effectivement voté contre le report. Le vote est donc fixé au 16 septembre.

A partir de là, c’est la débandade. Barroso étant certain de son élection, ne compte plus que la négociation des places de commissaire (l’agriculture est le premier poste vacant), ainsi que de président de commission parlementaire ou... de présidence tournante du Parlement. La nécessité pour les gouvernements de gauche de conserver de bonnes relations avec la Commission lève tout frein aux appels à voter pour Barroso envers les députés socialistes anglais, espagnols et portugais. D’après Quatremer cependant, les travaillistes anglais n’auraient dans l’ensemble pas voté Barroso et cinq espagnols et deux portugais au moins se seraient abstenus.

Dernière tentative le lundi 14 : la modification de l’ordre du jour est proposée en séance parlementaire. Le résultat des votes est éloquent : Pour le report : les socialistes, les verts, sept centristes (principalement Modem français) et cinq communistes. Contre : le PPE (droite), la quasi-totalité des centristes, dont Verhofstadt et Corinne Lepage, les anti-Bruxelles ECR (conservateurs britanniques), six socialistes, un communiste. Abstention (vaut comme un contre) : un socialiste, deux PPE et... six communistes !! A noter qu’à cause d’un dysfonctionnement des machines à voter, le vote pour le report de Mélenchon n’a pas été pris en compte. Il a dû être déposé sous format papier et n’apparaît pas dans le compte-rendu provisoire. A noter également que Bisky n’a apparemment pas jugé utile de prendre part au vote.

Moralité : Verhofstadt annonce que les centristes voteront pour Barroso, et Shulz que les socialistes vont... s’abstenir ! Heureusement, les communistes ont retrouvé leur unité maintenant qu’il n’y a plus d’enjeu pour voter cette fois fermement contre Barroso ! Et le 16, Barroso est reconduit avec 382 voix dans un vote à bulletins secrets, soit plus que nécessaire sous Lisbonne.
 



par Sauvons l’Europe (son site) vendredi 18 septembre 2009 - 39 réactions
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