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Coralie Delaume et David Cayla pronostiquent la fin de l’Union Européenne (3/3)

Non seulement les auteurs démontent de manière implacable le caractère profondément antidémocratique de l’UE, et comment elle renforce les plus forts, mais plus fondamentalement ils indiquent que toute cette construction est profondément viciée, et ne pourra probablement pas être corrigée. C’est pourquoi ils parlent de la « Fin de l’Union Européenne  », comme un éloge funèbre à peine anticipé.

 

Des vices de forme beaucoup trop important
 
Le livre comporte une longue et passionnante analyse du phénomène de polarisation industrielle de l’Europe autour de l’Allemagne, déclenché par l’euro, le marché unique, et l’intégration des pays de l’Est. Pour les auteurs, « il est possible que les problèmes véritables révélés par la crise de 2010-2013 proviennent du cœur et non du pourtour (européen)  ». Ils notent que le développement industriel est polarisé, la périphérie étant asséchée par le cœur économique, « qui attire à elle tous les facteurs mobiles, capitaux et travailleurs, ce qui contribue à renforcer son industrie (…) à l’inverse, le processus assèche la région la moins développée, dont les capitaux s’exfiltrent et dont la main d’œuvre migre vers la région la plus riche (…) Ainsi un retard originel engendre… plus de retard encore à l’arrivée  ».
 
Le livre rappelle qu’il y a 200 ans, « les coûts de transport sont si élevés que le prix du blé double après 400 km par voie terrestre ou après 1200 km par voie maritime  ». Jusqu’à l’Acte Unique, les facteurs de production mobiles sont « assignés à résidence  », mais le mécanisme de polarisation fait alors basculer l’Europe. L’alliance des réformes Schröder et de l’utilisation des PECO comme base arrière pour produire à bas coûts ont mis l’Allemagne dans une position extraordinairement favorable, d’autant plus que la monnaie unique fournit à l’Allemagne une monnaie moins chère que ce qu’elle devrait être, et inversement à ses partenaires, une monnaie plus chère qu’elle ne devrait l’être.
 
C’est ainsi que de 2000 à 2007, la production industrielle croît de 27% en Allemagne contre 7% en Espagne et une stagnation en France et en Italie, comme le montrent des graphiques célèbres dans le débat public, provoquant l’envolée des différences de soldes courants. En somme, « l’Allemagne (est la) gagnante de la création de l’euro… puis de sa crise  », aussi puisque cette dernière a amplifié les écarts de taux entre pays, faisant gagner à l’Allemagne 100 milliards d’euros de 2010 à 2015 selon l’institut allemand Leibnitz ! Autres paradoxes, le modèle de développement allemand doit beaucoup au protectionnisme théorisé par Friedrich List et le pays s’est aussi relevé du fait de l’effacement de 60% de sa dette publique par ses créanciers lors de l’accord de Londres de 1953, ce que Berlin refuse aujourd’hui à Athènes.
 
Mais aujourd’hui, un rien fait vasciller ce château de carte, comme avec le CETA et la Wallonie « c’est le grand désarroi, c’est l’immense impuissance de l’éléphant qui tremble devant une souris. Et qui sait que s’il l’écrase, dix autres naîtront aussitôt (…) qu’adviendrait-il si un grand Etat membre entrait en résistance ? ». Il faut dire que « le Brexit signe la fin du mythe de l’irréversibilité de l’appartenance communautaire  », et que les pays qui sont en périphérie vont en général mieux. La Finlande envisage sereinement la sortie de l’euro. Même les plus euro-béats finissent par admettre la direction folle prise par l’Union Européenne, tel Jacques Attali qui reconnaît que « l’on ne pourrait plus faire Airbus aujourd’hui  »
 
Les auteurs résument la situation actuelle de la sorte : « dans l’UE, les rapports de force se sont accrus par le truchement d’une intégration supranationale très inégalitaire, où les plus forts ne tolèrent la présence des plus faibles que sous réserve de pouvoir leur dicter l’intégralité de leurs conditions (…) marche ou crève  ». Mais ce qui rend leur discours particulièrement convaincant, c’est que leur constat vient seulement de l’examen méticuleux de ce qui se passe, sans la moindre animosité à l’égard du projet européen, plus dans le registre du regret que l’UE soit devenue cette machine folle qui broie les démocraties et les peuples, que du combat politique auquel j’essaie de contribuer de manière plus frontale.
 
Un grand merci aux auteurs pour ce livre remarquable, aussi intéressant pour les passionnés de longue date que pour des personnes qui s’interrogent sur ce projet européen sans a priori. Mais surtout, c’est sans doute le meilleur essai pour convaincre des personnes favorables à l’UE mais ouvertes au débat. Le meilleur cadeau à faire pour faire progresser nos idées.
 

 

Source : « La fin de l’Union Européenne  », Coralie Delaume et David Cayla, Michalon
 

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8 réactions à cet article    


  • devphil devphil 29 avril 11:36

    Merci pour l’article.

    Ca nous change du pétainisme ambiant relayé par la masse inculte qui ne comprend pas grand chose mais se croit intelligente en parlant comme les journalistes.

    Philippe 


    • mmbbb 29 avril 11:45

      Mitterrand s est plante, il voulait clouer l Allemagne avec l euro , c’est l inverse qui se produit L allemagne a etendu sa zone d’influence a l europe de l est Ces pays satellites lui permettent de delocailser a bas cout . L Allemagne a su preserver un tissu industriel performant et se mettre sous le parapluie de l Otan en se concentrant sur la guerre economique . Les allemands ont toujours ete rigoureux et ont investit un creneau haut de gamme Quant a la France l elite a choisi une voie opposee. Nos patrons comme Tchuruk ont des indemnites lorsqu ils se sont trompes Anne Laurvergon ne sera guere inquiétee , c’est le capitalisme a la francaise Par ailleurs nous n’avons pas assez investit dans l outil industriel. Hamon voulut taxer les robots alors que nous sommes le pays le moins robotise la est un des problemes une elite comlpetement deconnecte de la realite une adminstration des reglements des charges beaucoup pesantes. Comme le dit Charles Gave un economque pour monter une boite il faut aller en allemagne . un autre economiste jamais cite Maurcie Allais avait affime que l euro eclaterait


      • Dzan 29 avril 12:24

        C’est quoi la solution
        Voter Pétain..euh non Lepeine ?


        • mmbbb 29 avril 15:59

          @Dzan l europe etait la solution, elle devient le probleme.


        • Antenor Antenor 29 avril 21:28

          @mmbbb

          Elle devient surtout le bouc émissaire qui arrange tout le monde. J’ai de plus en plus la conviction que les Etat-nations arrivent en bout de course. Chacun séparément, nous n’avons plus assez de puissance. Même l’Allemagne ne va pas si bien que cela. A part être audacieux et viser la construction d’une grande nation européenne (on n’a quand même l’histoire, la culture et les valeurs pour !), le reste ne me paraît qu’être gesticulations.


        • Dctr_Pangloss 29 avril 22:41

          A lire ce livre et cet article on se demande si beaucoup de français qui voteront Macron ne souffrent pas du syndrome de Stockholm ? (aimer son bourreau) Bien entendu,beaucoup de journalistes ne sont plus journalistes mais de purs propagandistes et détruise l’image que leur ainés les plus brillants ont donné de leur profession ! 


          Tout, sauf Macron ! 

          Car voter Macron c’est voter pour le néo-libéralisme conservateur, pour le laissez-faire et la dérégulation qui constituent le logiciel de l’Union Européenne. C’est promouvoir une démocratie qui n’est que d’apparence mais qui d’essence est devenue totalitaire, c’est accepter l’imposture d’un candidat masqué, fabriquée de toute pièce par l’oligarchie dominante C’est promouvoir la croissance des inégalités, le règne de l’argent-roi, la dilution de la France dans une entité supérieure et sans âme et donc d’en accepter la disparition. C’est appeler progrès (Macron s’auto-proclame « progressiste ») ce qui sera une régression sociale aggravée, un accroissement des inégalités et une diminution de liberté de tous les citoyens qui vivent de leur travail. Comme le disait Albet Camus, changer les mots, c’est ajouter au malheur du monde ! 


          • Remosra 29 avril 22:49

            @Dctr_Pangloss

            Et ne pas voter Macron et le voir passer le second tour ne va pas être possible.
            Des actions vont devoir être envisagées si ça se confirme.
            Je refuse de voir la France et les Français subir sa politique !
            Il va bien falloir qu’un groupe important ce forme pour empêcher sa politique d’austérité.
            Et donc j’en appel ici beaucoup d’entre vous qui craignent une présidentielle sous la tutelle de Macron et de s’unir pour envisager toute les possibilités pour contrer cet esclavagiste !


          • Antenor Antenor 29 avril 23:01

            @Dctr_Pangloss

            Il ne tient qu’à nous de donner une âme à l’Europe et d’en faire une grande nation libre et indépendante sinon nos pays se feront balayés un par un par la mondialisation et ce ne sera pas joli à voir.

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