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Accueil du site > Actualités > Europe > Crise grecque : se noyer dans une petite cuillère

Crise grecque : se noyer dans une petite cuillère

 L’ensemble de la dette grecque représente un peu plus de 1,5% des richesses annuelles de la zone euro. Rien, en somme. La réserve fédérale de New York estime pour sa part que dix-huit établissements bancaires dont JP Morgan, Morgan Stanley, Citygroup, Goldman Sachs ou Bank of America, pour ne citer que les plus importants protagonistes de la crise financière, ont sous estimé de plus de 40% leur endettement les six derniers trimestres. C’est-à-dire que, par un jeu comptable de bascule trimestrielle frisant l’illégalité, en cachant leur déficit en fonds propres et leur exposition en avoirs pourris, elles ont pu emprunter à des taux très bas. Entre temps, elles avaient été renflouées par l’Etat fédéral par plus de trois mille milliards (fourchette basse) et ce de manière quasi instantanée : Selon les journalistes Donald Barlett et James Steel, 125 milliards ont été distribués en moins de 24 heures aux huit plus grandes banques du pays sur simple formulaire, sur lequel, à la main, les banques indiquaient la somme dont elles avaient besoin.

En Europe on fit (presque) la même chose pour le secteur bancaire. Par contre, en ce qui concerne la Grèce, on a retardé jusqu’à la limite de l’impossible pour promettre, avec l’aide du fond Monétaire International, 150 milliards. Pour le nobélisé Joseph Stiglitz, (ITV à la BBC 4), ce retard, ainsi que les exigences d’une politique draconienne d’austérité qui l’accompagnent, seront contre productifs et, sans doute, au lieu de contenir, ils vont participer à l’élargissement de la crise dans toute l’Europe. La crise, mettant sous les feux de la rampe l’incapacité politique de l’UE à aider une économie minuscule selon Stigliz, ouvre grandes ouvertes les autoroutes de la spéculation,… si ce n’est la mort de l’euro

Revenons à la sous-estimation de plus de 40% de l’endettement des banques américaines. Et comparons-le au point unique du déficit grec supplémentaire qui a, par l’intermédiaire d’une structure de cotation suiviste, rendu quasi impossible tout emprunt de la Grèce sur le marché. Que nous dit la Réserve Fédérale concernant cette sous estimation abyssale ? (Wall Street Journal) Et bien, que la méthode pour cacher les déficits n’est pas « a priori » illégale, que la réserve ne prévoit pas pour l’instant des mesures de rétorsion mais qu’elle craint que ce gouffre puisse semer le trouble et que il pourrait provoquer des dégâts sérieux en termes d’image. C’est tout. Cette impunité structurelle vis-à-vis d’un secteur responsable de la plus grande crise économique après la dépression de 1929-1939, comparée à la rigueur vis-à-vis d’un Etat membre de l’UE de la part des institutions financières amplement fautives et sous perfusion de mensonges, du marché, et des Etats membres eux mêmes, est si criarde qu’il faut bien rechercher une explication. Pour être simple, l’endettement des ménages (Espagne) ou des Etats (Grèce), sont intolérables. Ceux du secteur bancaire, passons, il n’y a rien à dire.

Quelle est la part des flux financiers dans le PIB britannique ? Plus de vingt pour cent. 20% des emplois y sont aussi directement liés, tandis que le secteur manufacturier est passé sous la barre de 10% et que les paysans sont une espèce en voie d’extension. En d’autres termes, sauver le secteur financier c’est sauver des économies basées sur des bulles, mais que des pays occidentaux qui s’acharnent à préserver des secteurs agricoles, industriels ou de services sont des has been. En d’autres termes, tout citoyen et /ou Etat qui réfutent la déchéance d’une économie réelle n’est plus solvable. En d’autres termes, ce n’est plus le pourcentage de la dette qui compte mais sa relation avec le processus de production.

Et l’Allemagne dans tout ça ? Pour des raisons purement électorales et d’un autre âge, lié au trauma du mark weimarien, Berlin, champion européen néanmoins protectionniste, creuse, du début de la crise financière jusqu’à la crise grecque, sa propre tombe. Pays encore producteur de biens et de services non financiers, il s’autosuggère une moralité dont il a lui-même participé à la déchéance. Il cherche sa pièce de monnaie non pas là où il est en train de la perdre, mais là où va la lumière de son opinion « paysanne », pour paraphraser Mélenchon. Au lieu de s’occuper des cochons paresseux du sud, parler du quatorzième mois de salaire grec qui n’est qu’une pratique comptable pour intégrer à retardement toute augmentation salariale, au lieu de confondre Mercedes Benz et l’Acropole, l’Allemagne devrait lorgner sur une tendance, financière et anglo-saxonne, qui risque de mettre en cause son économie et ses outils de production rationnels. Les plans d’austérité imposés (ou à venir) à la Grèce, à l’Espagne et au Portugal, tout comme la frilosité des investissements en Europe de l’est, finiront par mettre à bas les exportations allemandes qui garantissent aujourd’hui sa suprématie… 


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10 réactions à cet article    


  • furio furio 5 mai 2010 13:01

    La Société Générale serait exposée à hauteur de 3 milliards en Grèce !!!


    • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 5 mai 2010 15:55

      Article tout à fait excellent : cela s’appelle (re)mettre en perspective la crise grecque dans la crise financière mondiale et surtout dans le contexte de l’incapacité politique actuelle de l’Allemagne du fait, tout à fait évident ici, d’une crise politique si grave qu’elle n’a plus de gouvernement en état de décider quoi que ce soit et donc d’anticiper, et ce depuis plus de 7 mois (coalition est trop divisée sur l’essentiel). Elle a, pour cette raison, un mal fou à penser hors de ses dogmes financiers vertueux et rigides mis à mal par la crise financière mondiale et le double langage (ou l’écart entre le langage et les pratiques) de ses décideurs économiques, en Allemagne, en Grèce et ailleurs (Espagne, Portugal etc..).


      La fourmi est en train de comprendre avec la lenteur de la tortue que la réalité financière du monde n’obéit pas ou plus à son tropisme économique national., très ou trop vaguement vertueux. Elle commence à savoir que la fourmi a besoin des cigales pour vendre. Mais elle est incapable, pour la moment, d’en tirer une stratégie dominante ; d’où ses tergiversations désastreuses et la fait nouveau qu’elle semble poussée par le, FMI, la BCE, l’UE, voire N.S (ce qui est quand même un comble !) 

      • DEEVIN 5 mai 2010 17:51

        Les débouchés de l’industrie allemande ne se limitent pas à la Grèce, l’Espagne et le Portugal même si tout marché a son importance.
        Ses nouveaux territoires sont la Chine, l’Inde et autres puissances émergentes qui sont preneurs de ses systèmes de production, machines-outils et voitures de luxe ou de moyenne gamme, à l’image de V W qui ambitionne le premier rang mondial.
        On peut compter que les entreprises allemandes sauront mettre à profit la baisse de l’euro pour améliorer encore leur positionnement international. Vous pouvez pour cela faire confiance à leur mentalité « d’un autre âge »
        On n’en attend pas moins des entreprises françaises.


        • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 5 mai 2010 18:49

          Le problème c’est que, pour le moment, l’Allemagne exporte 45% de ses produits en Europe et que la Chine et les « Brics » ne sont pas encore capables de les absorber en proportion ; de plus elle fait produire en Europe hors zone Euro ses composants et exporte dans la zone Euro donc au prix fort ses produits assemblés (ex:continental). 


          À plus à long terme rien ne dit que les Brics ne lui feront pas concurrence sur son terrain et ses points forts industriels ; ce qui n’empêchera pas, au contraire, de délocaliser vers ces pays, ce qui va mettre à mal et met déjà en cause son modèle de capitalisme rhénan cogéré.

        • brieli67 5 mai 2010 19:20

          Na und monsieur le Professeur :

          Wer soll in diesem Tohuwabohu noch aufräumen ?

        • izarn 5 mai 2010 18:32

          Il y a un discours pour gogos élécteurs de Merkel : L’Allemagne serait la fourmi ou vertueuse, ce qui est une plaisanterie. La DB possede des filiales dans les paradis fiscaux pour ses clients :
          http://www.dboffshore.com/

          Deutsche Bank - Channel Islands, Cayman, MauritiusWe have, over the years, built a strong presence with offices located in highly respected international finance jurisdictions of excellence - Cayman Islands, Channel Islands and Mauritius.

          Pour éliminer les CDO pourries des landers de l’Est, l’Allemagne à crée la SoFFin, bad bank destinées a avaler 480 milliards de titres toxiques achetés à prix fort par le contribuable...
          http://www.soffin.de/de/index.html

          Gesamtvolumen : € 480 Milliarden
          Pour la fourmi, on rigole gaulois !!! Alors la cigale grecque, à d’autres !
          La vérité est ailleurs...



          • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 5 mai 2010 18:41

            Vous confirmez mes dires sur le fond sinon sur la forme (ironique)


          • brieli67 5 mai 2010 18:55



            n 1998, Papakonstantinou returned in Greece and was appointed as an advisor to former Prime Minister Costas Simitis on « Information society » issues.

            Two years later he was appointed Special Secretary for the « Information Society » at the Ministry of Economy and Finance (2000-2002). Between 2002 and 2004 he served as a member of the Council of Economic Advisors of the Ministry of Economy and Finance, he was a board member of OTE (Hellenic Telecommunication Organization), and was the Greek representative to the European Union’s Economic Policy Committee (EPC). In 2003 he coordinated the « Lisbon Strategy » for economic and social reforms during the Greek Presidency of the EU.

            Between 2004 and 2007, Papaconstantinou served as economic advisor to PASOK’s President George Papandreou. He was also a board member of the Institute for Strategic and Development Studies (ISTAME), PASOK’s think-tank from 2005 to 2008.


            1o ans à l’OCDE à Paris

            Plume et stratège du Traité de Lisbonne

            a pantouflé dans les Télécoms OTE  : Deutsche Telekom avec accord EU entre dans le capital 

             In 2007 Marfin Investment Group acquired 20% of the company, and in March 2008 sold it to Germany’s Deutsche Telekom which later increased its stake to 25% plus one vote, matching that of the state.[3]

            Since July 31, 2009, following the sale of a further 5% of OTE’s share capital by the Greek state to Deutsche Telekom, the state holds 20% and DT 30%.[4]

             Since July 2009 Deutsche Telekom is the largest shareholder of the company.


            DEMISSION !!

            avec l’ensemble des socio_libéraux à la Blair, Schroeder, Royal !!




            • fifilafiloche fifilafiloche 5 mai 2010 20:41

              On voit mal en France les partis dirigeants reconnaître leur responsabilité dans la faillite française...On voit mal aussi comment une politique de rigueur va être possible à l’horizon 2011 avec des échéances électorales en 2012, à moins que la note française soit dégradée d’ici là et que l’urgence ne soit plus aux ambitions politiques mais au sauve qui peut.


              Je pressent une fuite importante de capitaux hors de nos frontières d’ici là, la pression fiscale va logiquement atteindre des niveaux atmosphériques, la croissance tant espérée par l’effet « wishfull thinking » ne pouvant être au rendez vous tant que les fondamentaux aussi bien financiers que budgétaires n’auront pas été assainis (retraites et immobilier).

              • xray 5 mai 2010 21:30


                110 milliards d’euros, c’est une petite cuillère. 

                L’Allemagne, sur qui le financement de l’Europe repose, risque bien de se sortir de l’Europe par le haut. Espérons que la France sera capable d’en faire autant. 

                Aujourd’hui on nous parle d’un grave problème de finance avec la Grèce. 
                À y regarder de plus près, il s’agit d’un faux problème. Un problème fabriqué de toute pièce. La Grèce n’est pas un cas unique. 
                L’église Orthodoxe grecque, échappant à toute fiscalité, est devenu le plus grand propriétaire foncier en Grèce (pratiquement le seul). On ne compte pas aussi les dizaines de milliards investis sur les marchés boursiers. 

                Hier on a oublié de nous parler du boulet Polonais. 
                L’Europe s’est pris le boulet polonais comme un pavé dans la vitrine. 
                À peine intégrée à l’Europe, la Pologne a utilisé les 80 milliards d’euros de la dotation européenne pour acheter des avions militaires américains. « Il faut dire que les Polonais sont très riches. » 

                Dans la foulée, la Pologne va utiliser « cette nouvelle liberté » pour interdire le droit à l’avortement. Cela ne peut qu’augmenter le niveau de vie des Polonais qui, dans la réalité, est l’un des plus bas d’Europe. 

                Demain on passera sous silence que la Turquie dispose actuellement d’une quinzaine d’ogives nucléaires gracieusement offertes par les étasuniens dans le cadre de l’OTAN. 


                L’EUROPE du Chaos 

                Le problème n’est plus de « construire » l’Europe. Le problème est : « Comment se débarrasser de cette saloperie ? » 

                On s’achemine vers une société européenne sans nom, sans repères matériels réels, gavée de mensonges, de drogue,  de religions. Une société entièrement soumise au totalitarisme religieux. 


                Menteur comme un journaliste 
                http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/archive/2010/05/03/menteur-comme-un-journaliste.html 

                L’EUROPE des curés
                http://mondehypocrite.midiblogs.com/ 

                Le bourbier européen 
                http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/archive/2009/05/09/le-bourbier-europeen.html 

                La loi 1905  (France) 
                http://mondehypocrite.midiblogs.com/archive/2008/05/06/moralistes-par-devant-sans-scrupule-par-derriere.html


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