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Crise grecque : un nouvel accord, un premier défaut

La zone euro est en danger. Et désormais le temps presse. Le Sommet européen qui s'est clos le 21 juillet dernier a préservé l'essentiel, en reconnaissant le défaut partiel de la Grèce sur sa dette, et en lui accordant une nouveau plan d’aide de 160 milliards d’euros. Les Etats européens ont opté pour le seul choix possible : celui d’un allégement significatif de la dette grecque. Pour autant, beaucoup reste à faire : les nouveaux outils de gestion de crise mis en place ne sont pas dotés de ressources propres ; la reconnaissance du "défaut sélectif" grec risque d'avoir dans l'immédiat des conséquences sur les conditions de financement en Europe, sans prévenir pour autant la poursuite du risque de contagion ; enfin, le problème de l'"aléa moral" n'a pas été résolu par les modalités retenues de participation du secteur privé. Bref, l'Europe a paré à l'urgence. Mais il lui reste, selon Julia Cagé, Thomas Chalumeau et Guillaume Hannezo, à construire une nouvelle étape de son intégration pour sortir du piège de la dette.

Les dix-sept pays de la zone euro sont parvenus à finaliser lors du Sommet européen du 21 juillet un accord de grande ampleur sur le sauvetage de la Grèce.
 
En reconnaissant le « défaut sélectif », c'est-à-dire partiel et temporaire, de la Grèce sur sa dette, et en lui accordant un nouveau plan d’aide de 160 milliards d’euros, les Etats européens ont opté pour le seul choix possible : celui d’un allégement significatif du fardeau de la dette grecque à court et moyen terme.
 
I. Un dispositif « à trois étages » est mis en place :
- Un renforcement des dispositifs d’urgence du Fonds européen de stabilité financière avec un allongement de la maturité de ses prêts et un abaissement de ses taux.
 
- Une accélération du versement des « fonds structurels », et des aides régionales européennes non consommées par la Grèce, afin de soutenir sa croissance potentielle. Selon Bruxelles, près de 8 milliards sont mobilisables pour des projets d'infrastructures et aider à la reprise économique du pays.
 
- Enfin, un accord avec le secteur financier européen a été trouvé, l’invitant à participer au refinancement de la Grèce, pour une contribution nette totale estimée autour de 37 milliards d’euros.
 
Parallèlement, pour limiter les risques de contagion, les dirigeants européens ont trouvé un accord pour mettre en place de nouveaux outils de gestion des crises. Le Fonds de secours européen (FESF) et son successeur à partir de 2013, le Mécanisme permanent de stabilité (MES), gagnent en compétences et pourront accorder leur aide, de manière préventive, en intervenant notamment sur les marchés obligataires secondaires, sous d’étroites conditions toutefois (décision à l’unanimité, à la demande d’Angela Merkel).
 
II. Cet accord a été salué en Europe comme une victoire des Etats de la zone euro sur la crise.
Il faut bien sûr se féliciter qu’il y ait eu un accord. Imaginons un instant ce qu'aurait été la réaction des marchés en cas d'échec de ce Sommet. Le Sommet a réussi à concrétiser un rapprochement des positions entre Etats européens et notamment entre l’Allemagne, qui voulait éviter la « budgétisation » de la dette grecque, sa prise en charge par les autres Etats, et la Banque centrale européenne, qui voulait éviter sa « monétisation ». Le compromis, où la France a joué le rôle d’un intermédiaire, est que l’Allemagne obtient la « participation du secteur privé », tandis que la BCE obtient que les autres mécanismes de soutien soient financés par le FESF, c’est-à-dire la garantie des autres Etats.
 
III. Toutefois, le répit est déjà de courte durée. L’inquiétude sur les marchés et dans les capitales européennes s’accroît à nouveau depuis le début de la semaine.
La tension sur les taux espagnols et italiens est palpable depuis lundi. Et malgré le nouveau plan de sauvetage du pays, Moody's vient de dégrader lundi la note souveraine de la Grèce, à un cran du défaut de paiement. Selon l'agence, le pays fait toujours face à d'importants défis de solvabilité à moyen terme et il n’est pas encore sauvé.
 
De fait, les incertitudes restent nombreuses et l’accord partiel sur certains éléments décisifs pour résoudre durablement la crise de la dette en Europe.
 
1. Il constitue d’abord une avancée limitée pour l’Europe, qui fait un pas vers le fédéralisme en décidant de nouveaux outils de gestion des crises, mais dans une série de tout petits pas : cela ne suffira pas à calmer des marchés déchaînés, qui vont tester très vite ces nouveaux outils, lesquels ne sont pas dotés de ressources propres.
 
2. Ensuite, en risquant pour la première fois la reconnaissance d’un « défaut sélectif » déjà envisagé par les agences de notation, les Etats de la zone euro prennent un risque : celui que le défaut grec acte la fin du « mythe » selon lequel, en Europe tout au moins, un Etat ne pouvait pas faire défaut sur sa dette. Surtout quand il était membre de l’Union.
 
Le défaut grec est susceptible, à ce titre, d’avoir des conséquences importantes : une réévaluation du risque des Etats et des banques, et donc une hausse des taux d'intérêt ; un écartement des spreads entre les Etats rigoureux et les autres, et donc des risques accrus de spirales d'endettement chez ces derniers ; une mise a l’épreuve de la zone euro. Car après la Grèce, qui peut garantir que la contagion s’arrêtera aux portes de l’Espagne ou du Portugal ?
 
3. La principale avancée du Sommet en termes d’instrument - l’élargissement du périmètre d’intervention du fonds de secours européen (FESF) - devra être confirmée dans les faits. Angela Merkel a obtenu que toute intervention sur les marchés secondaires fasse l’objet d’une décision à l’unanimité et de la qualification par la BCE d’une situation exceptionnelle sur les marchés. Et les moyens du FESF n’ont pas été augmentés. Or, il faudra beaucoup d'argent au FESF pour assumer ses nouvelles responsabilités, si la crise se prolonge au cours des prochains mois en Europe. De même, l’articulation des nouveaux champs de responsabilité du FESF et de l’action de la Banque centrale européenne reste peu claire.
 
L’accord lui même a besoin d'être ratifié, notamment sur l’extension du rôle du FESF, ce qui peut donner lieu a des situations de crise provoquées par les Parlements des pays du Nord.
 
4. La vraie limite de ce sommet, toutefois, est qu’il ne résout pas le problème de « l’aléa moral » et qu’il ne dégage pas de ressources supplémentaires pour faire face aux crises.
 
L’Allemagne a imposé une participation du secteur privé pour éviter l’aléa moral : si les acheteurs d’obligations grecques bénéficient de taux plus élevés en contrepartie d’un risque plus important de défaut, il faut qu’ils paient si le risque se matérialise. Ils paieront donc environ 20 % de la valeur des créances. C’est beaucoup pour les investisseurs de long terme qui avaient acheté les dettes grecques avant la crise, en faisant un pari erroné sur l’intégration européenne. Mais pour ceux qui ont acheté de la dette grecque dans les derniers mois, décotée de 40 à 50 % par rapport à sa valeur faciale, c’est une superbe opération.
 
Ce défaut pourrait coûter cher au contribuable européen. Qui donc peut affirmer que le FESF n’aura pas à annuler demain une partie des dettes qu’il aura reprises ?
 
Il n’y avait sans doute pas d’autre moyen d’organiser la restructuration, une fois qu’on avait tant tardé et accepté le principe du défaut. Mais l’addition financière en sera élevée, sans que le message ne soit très clair du coté de l’aléa moral.
 
L’idée d’une taxe bancaire européenne, évoquée à quelques jours du Conseil européen, a été, dans ce cadre, écartée. Elle aurait permis de mettre le secteur privé davantage à contribution, et ce de manière intelligente, avec une assiette large et un taux modéré, et constitué une première base dans la mise en œuvre d’une fiscalité européenne.
 
IV. Pour sortir pleinement du piège de la dette en Europe, il nous faut, sans tarder, aller plus loin dans l’intégration européenne, seule et unique condition de notre crédibilité commune :
La crise de la dette publique occidentale ne commence en Europe que parce que la zone euro est le domino le plus faible, du fait de ses défaillances de gouvernance. Il nous faut aller plus loin :
 
- sur la mise en place d’une gouvernance économique renforcée passant par la création d’un ministre des Finances et une plus forte intégration des politiques budgétaires et fiscales européennes.
 
- sur le respect des engagements communs de maîtrise budgétaire. La dette prend les Etats en otage et cela n’est plus acceptable. Le désendettement, c’est aussi remettre en cause les politiques de défiscalisation massive de certains revenus dans les dernières années, qui ne trouvent pas de justification économique et ont accru les déficits partout en Europe.
 
- Ce n’est qu’en contrepartie de ces engagements de convergence budgétaire que les Etats les plus solides pourront accepter une plus grande solidarité financière, c’est-à-dire une mutualisation partielle de l’endettement, une conversion partielle des dettes nationales en dettes européennes et/ou l’émission d’eurobonds.
 
- Il nous faut également avancer sur une gamme plus large d’instruments de la politique monétaire, sur la communautarisation de la régulation financière et sur une plus forte régulation des agences de notation privées.
 
Nous devons enfin poser les bases d’une politique de croissance européenne : Les pays en difficulté ne pourront sortir de la spirale de l’endettement sans croissance, même en se voyant imposer les plans d’austérité les plus durs. Le « plan Marshall » annoncé pour la Grèce est à cet égard une avancée. Reste à la concrétiser, et cela ne pourra se faire sans un bond en avant dans l’intégration économique et budgétaire européenne. Les dirigeants français et allemands actuels sont-ils aujourd’hui prêts à réellement s’engager dans cette voie ?
 
L’euro est à un carrefour de son histoire et la crise va tester la volonté politique des dirigeants européens. Ce n’est qu’en imposant plus d’Europe, plus vite, que nous aurons une chance de dompter la spéculation financière en Europe.
 
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9 réactions à cet article    


  • Gemini Gemini 30 juillet 2011 09:32

    Article bien construit mais qui, hélas, ne parle pas des véritables problèmes : à savoir, une nouvelle fois, du transfert vers le contribuable des pertes. C’est ça qui est génial dans le monde d’aujourd’hui : les banques et leurs accolytes utilisent notre argent pour jouer au grand casino des dettes souveraines, puis, si elles gagnent, ramassent le pognon et se rémunèrent grassement, et si elles perdent, s’arrangent pour que les pertes soient garanties par les états, et donc par nous.

    Puis, quand je lis « Imaginons un instant ce qu’aurait été la réaction des marchés en cas d’échec de ce Sommet. », je comprends mieux pourquoi cet article passe sous silence ce que cet accord implique réellement.

    Il est inacceptable de laisser les marchés dicter leur loi. Il faut impérativement laisser les acteurs privés assumer intégralement les pertes. Une fois que les banques seront à l’agonie, il restera alors juste à les nationaliser afin que l’argent utiliser pour les sauver, qui est notre propriété puisque celui de l’état, reste nôtre.

    Dans le cas contraire, l’adage qui a lieu bien trop souvent de socialisation des pertes et de privatisation des profits a encore de beaux jours devant lui. Cela doit cesser.


    • Catherine Segurane Catherine Segurane 30 juillet 2011 10:20

      Il faut que la France 


      1 sorte de l’euro
      2 répudie les dettes indues qu’on lui met sur le dos (jamais nous n’avons voté pour des transferts de souveraineté tels qu’on devrait payer pour la dette des autres pays ; nous avons même voté non par référendum au TCE ; toute dette consécutive à ce viol de la démocratie doit être répudiée
      3 retrouve sa souveraineté monétaire en abrogeant la loi Pompidou-Rotschild qui privatise le pouvoir d’émission monétaire



      • Piotrek Piotrek 30 juillet 2011 12:50

        "répudie les dettes indues qu’on lui met sur le dos (jamais nous n’avons voté pour des transferts de souveraineté tels qu’on devrait payer pour la dette des autres pays ; nous avons même voté non par référendum au TCE ; toute dette consécutive à ce viol de la démocratie doit être répudiée« 

        En fait je tiens à souligner que vous ne payez pas la dette d’autres pays, vous remboursez vos propres banques à travers plusieurs intermédiaires, nuance !
        Sinon il n’aurait jamais été question d’aider qui que ce soit, non ?

        L’ »esprit de solidarité européen" c’est un hoax qui fait diversion pour ne pas identifier les vais coupables (comme tellement d’autres choses qu’on a pu entrendre)


      • Cug Cug 30 juillet 2011 12:32

         Cette Europe là, financière, néo-libérale, doit disparaitre, qui plus est elle n’est pas légitime puisque les français, les hollandais et d’autres ont voté NON.

         De plus l’euro est une horreur/erreur économique pilotée par une oligarchie financière au détriment, et aujourd’hui c’est une évidence, des populations européennes.
        Un contrôle politique de l’économie est nécessaire.

         Pour en revenir à la Grèce, si ce pays doit effectivement remettre son Etat en « état de marche » , certaines dettes contractées par ces décideurs doivent être qualifiés d’odieuses avec en sus une procédure judiciaire massive visant politiques, financiers, hommes d’affaires pour enfin donner des noms, des visages, des responsables à une situation inacceptable.

         Si il doit y avoir une solidarité européenne c’est d’effacer tout ou partie des dettes publiques afin de porter les pertes aux secteurs financiers et non aux populations.

         


        • Piotrek Piotrek 30 juillet 2011 12:39

          Non mais de toute façon c’est trop tard, on va vers le défaut. Les banques le savent

          Tous ces tortillements, ce contorsionisme financier, ces bidules européens complexes, cette façon de couper la poire en 2000 morceaux, ces "défauts mais pas complètement" auxquels on ne comprend finalement pas grand chose, c’est justes les financiers qui essaient de changer les règles du jeu pendant la partie.

          Règles du jeu gravées dans le marbre, auxquelles tout le monde devait religieusement se plier : tu payais pas tes échéances de ton crédit auto ? On te prenait la bagnole sans discuter, t’as merdé ? C’est pour ta pomme

          Cette fois, c’est pour une grande partie, la faute des banquiers et ils ne veulent pas payer les conséquences... conséquences qu’ils on fait payer à leur clients pendant des années.

          Actuellement ils sauvent les meubles, comme cela même si tout brule par leur faute, ils n’auront pas tout perdu. Et le pire c’est qu’on les laisse faire


          • le journal de personne le journal de personne 30 juillet 2011 15:10

            La belle Hélène

            Quand j’étais enfant… il m’est arrivé de planter dans le sol, ma petite poupée et d’attendre pendant des lustres de voir en sortir une plus grande ou plusieurs petites… poupées en fleur !
            Ridicule me disait mon père : « de vouloir avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre. »
             
            http://www.lejournaldepersonne.com/2011/07/belle-helene/


            • Aureus 30 juillet 2011 18:15

              On nous promet le désastre et la banqueroute totale si la France sort de l’euro.

              Cet euro qui était sensé nous apporter stabilité et prospérité... Rappelez-vous la propagande éhontée dont nous avons été victimes sur ces thèmes.

              Or, à cause de notre enchaînement absurde à cette monnaie maudite ne courrons-nous pas vers notre perte ? Industrie française laminée par (entre autres) le taux de change de l’euro, dette monstrueuse incrémentée par dizaines de milliards d’euros à chaque plan de sauvetage d’un pays européen, accélération des ventes de notre patrimoine et de nos services publics pour rembourser ladite dette...

              Même si cela n’apparaissait pas comme le bon sens même à certains esprits chagrins il y a quelques années, il est évident que la France aujourd’hui a tout à gagner à abandonner l’euro et à sortir de cette prétendue construction européenne, alibi parfait pour les prédateurs financiers.

              http://www.u-p-r.fr/charte-fondatrice


              • Aureus 30 juillet 2011 18:18

                Oh et un mot qui vient du coeur, vraiment :

                Au rebut, les think tanks européistes qui nous maintiennent la tête sous l’eau en nous promettant la bérézina si nous nous écartons de leur vision carcérale de l’Europe ! AU REBUT !


                • eliacam 31 juillet 2011 21:46

                  Terra Nova est, disent ils, un think tank progressiste et indépendant souhaitant proposer des solutions politiques innovantes ... mais qu’y a-t-il de progressiste et d’innovant dans cet article ?

                  On s’y réjouït d’un accord qui exonère les banques et met l’essentiel de la charge sur le dos des contribuables avec une naîveté confondante Qui donc peut affirmer que le FESF n’aura pas à annuler demain une partie des dettes qu’il aura reprises  ?

                  Comme si tout le monde ne le savait pas déjà ? Comme si ce n’était pas précisément le but de ce plan, transférer sur les contribuables les pertes que les banques avaient dans leur bilan, après avoir profité pendant des années de juteux profits sur le dos des Grecs en leur faisant payer des taux d’intérêt d’usuriers au nom d’une fameuse prise de risque ?

                  D’un think tank independant, progressiste et innovant, on aurait aimé lire un cri de colère pour ce deuxième sauvetage des banques par des fonds publics sans aucune contrepartie, sans que nous n’ayons rien demandé ni rien obtenu des banques.

                  Oui les créanciers ont des droits ... à condition qu’ils assument les conséquences de leurs risques. Sinon c’est un vrai marché de dupe, où pile les banques gagnent et face les contribuables perdent ...

                  Si le PS compte sur Terra Nova pour lui apporter des idées progressistes et innovantes ... Sarkozy peut mettre le champagne au frais ... à moins qu’il n’y soit déjà.

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