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De l’Allemagne

Une hypothèse sur le noyau dur de l'Europe... et la fin de l'Union européenne.

Le 20ème siècle a été le « siècle noir » de l'Allemagne, avec un effondrement moral comme aucun autre pays n'en a connu, en dehors de l'Urss de Staline et de la Chine de Mao.

L'Europe a été le cadre de son redressement, puis de son retour dans le « concert des Nations » pour reprendre la formule onusienne de l'époque. Son poids économique actuel au sein de l'Union européenne doit être compris comme un retour à la grandeur : « l'Allemagne is back » dirait-on en Anglais.. Et ce retour est durable, car on ne voit pas quel accident pourrait arrêter les Allemands. Alors qu'en Asie le Japon (lui aussi de retour, après un 20ème siècle « noir ») voit sa puissance économique contestée par la Chine, la Corée du Sud, Taïwan, l'Allemagne est première en Europe sans avoir de second, depuis que la Grande Bretagne et la France ont perdu leur poids industriel, et ont des déficits structurels importants comme celui du commerce extérieur français.

Disons aussi que l'Allemagne dépasse par sa langue ses propres frontières comme aucun autre pays : il y a un lien linguistique fort avec l'Autriche, les Pays Bas, le Danemark, la Suisse (eh oui !), et les populations germanophones de Tchéquie, Hongrie, Pays Baltes, Pologne, Slovaquie &c. Le poids de l'Allemagne au sein de l'UE c'est aussi celui de la langue allemande, et cela fait beaucoup de monde ! Même si l'Anglais est la langue commune (sans être la langue unique) on peut dire que l'Europe est allemande : le noyau dur de l'UE existe, il est formé par ces germanophones, avec l'Allemagne pour centre qui est le dépositaire de son ADN – l'industrie est la source de création de richesses, et le système capitaliste est incontournable. Le succès de Allemagne est un « work in progress » qui ne peut être hélas un modèle pour l'Europe : en effet le discours qui vient des mers du sud et que l'on peut résumer comme une demande de consommateurs exigeant de leur fournisseur de partager les bénéfices - car sans eux il n'en aurait pas, disent-ils -, est assez surréaliste. C'est une forme nouvelle du gazouillis soixantehuitard qui rejette sur l'Allemagne comme une faute leurs faiblesses : il suffit d'entendre le premier ministre grec – qui a bien des chats à fouetter chez lui -, dire à ses créanciers qu'ils doivent continuer à banquer, car la faillite de la Grèce serait la fin de l'Euro et aurait un impact insoutenable sur la France et l'Allemagne, pour illustrer cela. (Il est gonflé, le mec !)

La question que se poseront inévitablement les dirigeants allemands dans un avenir proche – et qui sera alors au centre des futurs débats électoraux – est de savoir s'ils ont encore besoin de l'Europe. Il manque à l'Allemagne pour achever son retour, comme au Japon d'ailleurs, un siège permanent au Conseil de Sécurité de l'ONU, mais est-ce l'Europe qui le lui donnera, rien n'est moins sur. Et la génération qui arrive aux affaires n'a plus de lien direct avec le pesant passé, les grands parents de 40 sont en voie d'extinction, ce qui chasse du paysage les derniers nuages noirs.

Par ailleurs la crise monétaire actuelle – crise d'une monnaie unique qui n'aurait dû qu'être commune -, n'incite pas les Allemands a poursuivre le grand rêve européen, qui devient de plus en plus un mythe pour des citoyens qui se révèlent non assimilables ! Leur puissance leur permet de revenir à une monnaie nationale sans risque - l'Euro pouvant d'ailleurs survivre comme « monnaie commune » pour certaines transactions, comme l'est le dollar pour le pétrole par exemple. A chaque Etat de jouer sa partition monétaire, cela ne concernera pas l'Allemagne qui a devant elle le marché mondial, et ne doit pas beaucoup prêter d'attention à la solvabilité des uns et des autres, comme la Grèce par exemple.

L'Allemagne se serait donc servie du projet européen pour se refaire, laissant à la France le soin de conceptualiser la chose, avec d'ailleurs les termes de la philosophie allemande, et le difficile travail de construction, pour quitter le navire, en nous laissant nous débattre avec les pays du Sud, après avoir retrouvé toutes ses forces inscrites dans sa longue et complexe histoire. Le noyau dur de l'Union européenne prendrait son autonomie...


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2 réactions à cet article    


  • TSS 12 septembre 2012 10:23

    En 1946 le comité interallié a statué sur les dettes de guerre que l’Allemagne devait au

    reste de l’Europe ,dette dont l’Allemagne n’a pas remboursé le 1/10ème notamment en

    vers la Grèce à qui elle doit actuellement env 85 milliards d’Euros et à qui elle ose demander

     de se serrer la ceinture !

     Que l’Allemagne rembourse d’abord les degats qui sont de son fait.... !!


    • Anaxandre Anaxandre 12 septembre 2012 13:05

       « L’Europe a été le cadre de son redressement »... C’est avant tout qu’elle n’a pas eu le choix ! Et sans doute l’Allemagne se serait-elle redressée encore plus rapidement sans sa partition imposée par les dissensions et la volonté hégémonique des deux grands vainqueurs, USA et Russie.

       Quant à la construction européenne, elle n’aura été qu’un des moyens utilisés dans les pays de l’ouest par Washington pour y imposer ses modèles et sa domination, surtout vis-à-vis de l’ancienne RFA, la France gaullienne ayant pesé de tout son poids à partir de 1958 pour stopper, ou au mieux freiner ce processus. Alors comment peut-on affirmer que : « L’Allemagne se serait donc servie du projet européen pour se refaire, laissant à la France le soin de conceptualiser la chose » ?

       « C’est une forme nouvelle du gazouillis soixantehuitard qui rejette sur l’Allemagne comme une faute leurs faiblesses » osez-vous affirmer ! Je ne m’étendrai pas sur le sujet, le lien entre la monnaie unique et le désastre économique actuel des pays européens du sud étant désormais assez connu.

       Donc, concernant l’Histoire récente, vous repasserez ! Par contre vous avez tout-à fait raison sur le dilemme actuel en Allemagne concernant l’euro, et même l’UE.

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