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Démocratie et souveraineté, l’Euro et l’Europe au prix fort

Celui qui endossait à peine le rôle de nouveau chef du gouvernement italien, Mario Monti, devait donc réserver ses premières pensées aux Marchés, leur réclamant « un peu de temps » pour former son équipe et mettre en oeuvre un programme garantissant "des sacrifices", afin de retrouver la crédibilité perdue durant les derniers mois du gouvernement Berlusconi. Bien sûr, les « garanties » étaient adressées aux Agences de notation. La sueur et les larmes ne tendraient plus à sauver un pays au bénéfice de son peuple, mais d’abord à l’obtention d’une bonne note auprès des maîtres banquiers. Jusqu'alors, tout nouveau chef de gouvernement s’adressait premièrement à son peuple, de façon privilégiée.

Comme un écolier lève fébrilement la main pour oser une réflexion, Mario Monti se risquait néanmoins à commenter la nervosité des marchés boursiers et obligataires. Son courage héroïque le portait à déclarer que « en démocratie, il y a des délais précis » pour préparer un gouvernement et son programme, se disant convaincu que « les marchés seront patients et comprendront », tel un petit enfant implorant du regard ses parents pour avoir parlé plus qu’à l’habitude à table.

La table des nations est plus débarrassée que jamais. Le pouvoir est en cuisine et la recette n’a pas à être connue ni appréciée des peuples. Nous y voilà. Les élus, et à travers eux, la maigre démocratie perdurant encore, auraient désormais à solliciter leur maintien en survie minimale auprès « des Marchés ». Jadis, en ce temps suranné ou il faisait bon être marxiste pour tendre au statut de visionnaire, il n’y avait qu’un seul Marché, désigné comme le mal absolu, l’incarnation du diable, ou presque. Le Politique et sa parole légitimée par le peuple prévalaient encore, au moins. Démocratie, jusqu'à quand ?

Même si la « désignation » de Mario Monti avait été initialement saluée par les Marchés, « l'inquiétude » ou plutôt, la pression, ne tardaient pas à repartir rapidement à la hausse. La Reine Boursière de Milan affichait en effet les heures suivantes une chute ou « déception » de 1,99%. Le Roi tout puissant de l’Argent rappelait au pays qu’il aurait à rembourser une dette colossale de 1.900 milliards d'euros (120% du PIB). A peine entré sur scène, le nouveau Président du Conseil Italien faisait profil bas. Le Politique avait à se repentir, même si l’essentiel de la crise incombe au jeu de Monopoli Boursier et Bancaire.

Afin d’ignorer la réalité de condition des peuples, ces derniers se voient situés en spectateur d’un récit qui les dépasse. Ce récit se prolonge dans l’usage d’un vocabulaire qui ne parle pas au citoyen lambda. Les « inquiétudes » des « autorités » cachent des ordres ne recevant aucune contestation. Le même lambda aura à rembourser une dette dont il serait devenu redevable, sans avoir même choisi véritablement la monnaie de singe permettant de l’évaluer. L’Europe en survie artificielle marche sur la tête, du Marché.

Le Président du Conseil italien, Monti, surnommé parfois le "cardinal", venait de faire acte de contrition. Il aura à se soumettre pour durer. Sans tarder, comme un élève jure de faire désormais tous ses devoirs à temps, il s’engageait ainsi à constituer une équipe comprenant surtout des technocrates, reconnaissant dans quelques supplications « qu'il aimerait y inclure quelques politiques". Le chef de cuisine impose ses garçons de salle de Marché, quelques vrais élus du peuple seront tolérés en vagues commis de cuisine obéissants. Démocratie ? Bancocratie ?

Mario Monti, longtemps commissaire européen (1994-2004), passait donc pour « compétent », à moins qu’il ne s’agisse de malléabilité selon la traduction des mauvaises langues, lesquelles n’auraient pas toujours tort. Après 17 ans de "Berlusconisme", illustration du degré zéro de la politique dans une réduction au marketing et au théâtre médiatique, Mario Monti semble lui aussi incarner un second type d’effacement du Politique devant la Finance et le pouvoir bancaire de coulisse. Du reste, Mario Monti est loin d’être étranger à ce monde bancaire. Le nouveau valet mis en place en Grèce, Lucas Papadémos, pareillement.

En effet, le Président « désigné » du conseil italien et le nouveau Premier Ministre grec appartiennent à des degrés divers au "gouvernement Sachs" Européen, en référence à la fameuse banque d'affaires, laquelle a établi en Europe un réseau d'influence très étendu, depuis des lustres, grâce à un maillage souterrain autant que public du monde non seulement bancaire, mais aussi économique et industriel, par voie de conséquence. Chacun connaît ce passé des deux chefs de gouvernements imposés, personne ne s’en étonne vraiment. Le niveau plus politique est devenu pour l’hyper Banque Goldman Sachs aussi secondaire que le rôle dans lequel cet établissement entend situer les représentants des peuples. La notion de « représentation » culmine dans son acception liée au Spectacle. Le casting aurait donc décidé de propulser Monti et Papadémos dans les premiers rôles de la pièce, voilà tout. Pour le vote et la démocratie, nous verrons plus tard, peut être, si le récit peut s’y prêter.

Symboliquement, la Banque prend donc le pouvoir, non pas la BCE privée du droit même à la planche à billets, mais un réseau bancaire parallèle unifié n’ayant aucune autre légitimité que celle des Bourses. Le bon sens populaire évoque souvent « la Bourse ou la Vie ». Il n’est plus exclu que la première aspire à la mort du Politique autant que de la démocratie persistante à minima. Jean-Pierre Jouyet, Président de l’Autorité des Marchés financiers, affirme au sujet des Agences de Notations qu’elles « ont fait pression sur le jeu démocratique " et parle d’une « dictature de fait des Marchés". Démocratie ? La principale conséquence de la « crise » actuelle, dont les rebonds boursiers ne sont pas sans s’apparenter aux feuilletons d’un scénario savamment conçu, reste de porter atteinte à la primauté des lois établies par des politiques face à celles de l’économie financière, plus ou moins mafieuse.

La constitution de Gouvernements d’union nationale, en général réservée aux temps de guerre, annonce probablement cette réduction de la démocratie pour peu qu’elle exista, conjointement au retour paradoxal du cadre national dans l’aspiration légitime des peuples. Rétablir des frontières réelles de protection face au monde virtuel ou inaccessible de la Finance ? L’archaïsme ou le progrès ne seraient pas là où on voudrait nous le faire croire. Les marchés dits « parallèles » ou « premiers » ne prospèrent que de part le maintien dans leur vase clos. Que les citoyens s’y intéressent vraiment, réellement, aurait rapidement toute la puissance de la vérité, face au mensonge. Le virtuel et le parallèle font rarement le jeu de la démocratie. Le « Non » du peuple français au référendum de 2005 s’imposa, et le brouillard conditionnant ambiant n’y put rien. Ce Non pourrait revenir dans un immense retour de bâton. 2012 ?

Depuis la chute du Mur de Berlin l’Europe semble être entrée dans cette nouvelle guerre à mener contre les excès Européistes étonnamment fondés sur l’arme initialement magique d’une monnaie de singe, dont le sauvetage aurait à prévaloir sur le droit et la condition de vie des peuples. La création à marche forcée d’une Europe financière, contre l’avis populaire majoritaire au niveau politique, aurait eu à s’imposer par le biais monétaire. Faire rentrer cette Europe extensible par la fenêtre du portefeuille, afin de contourner l’échec de la tentative d’y contraindre par des Traités ?

Alors que les agences Standard & Poor's (ses fausses « erreurs » tactiques), Moody's et Fitch, préparent la « dégradation » (terme signifiant) du fameux « triple A » de la France, que la radiation du Président Espagnol José Luis Rodríguez Zapatéro ne serait plus exclue, que la France pourrait être lâchée bientôt par l’Allemagne une fois que le modèle de celle-ci eut triomphé… la sortie de cette Europe incapable de résister à la première vraie crise (naturelle ou provoquée) est de plus en plus envisagée.

Serait-ce donc cette « fin d’un monde » symboliquement annoncée par quelques faux prophètes ? Parler de nouvelle « Renaissance » serait plus indiqué. Le cas échéant suite à une phase bien nécessaire de « restauration » de quelques fondamentaux. En tout cas, bien avant la Noël 2012. Le terme « Apocalypse » recouvrant une « révélation » ou « prise conscience » dans son origine étonnamment grecque, gardons que ce pays, berceau de Civilisation, aura posé par sa crise la première pierre du nouveau monde. Lequel ? Celui de la diversité retrouvée des Nations, entretenant assurément des liens économiques, industriels, culturels. Bien sûr.

Depuis que le Mur de Berlin est tombé, cette Europe plonge chaque jour plus encore dans le monde irrationnel et agité de la Finance Boursière. A vouloir éviter la guerre telle qu’elle eut lieu au siècle passé, en tentant une union forcée, tout indique un effet ou résultat contraires. Le diktat de la monnaie de singe sans réel Etat autre que bancaire, conduit peu à peu des peuples dans la misère ou mort sociales. Sur les trottoirs de nos villes les victimes mendiantes de ce conflit portant sur la défense de l’eldorado de l’Euro, se comptent en millions. Mais les médailles et promotions vont aux responsables de ce chaos.

Le « récit » reste subtilement diffusé, car la « crise » se vend bien. Les mauvaises nouvelles ou tragédies attirent toujours. Dans la salle de ce mauvais film, chaque spectateur comprend peu à peu que l’accès au spectacle sera bientôt hors de prix. Ou hors d’Euro. Si la responsabilité de l’Euro reste moindre comparée aux désastres de l’idéologie Européiste, l’une et l’autre constitueraient un château de carte. La carte géographique ne compte plus les pays menacés de « rétrogradation ». Les mots savent effrayer le peuple. Le comble reste de voir les dirigeants eux même devenir fébriles face à une situation qu’ils ont créée. Le scénario échapperait-il à ses auteurs ?. La mariée de force était trop belle. L’Europe passera par les peuples, ou ne passera pas.

Le suspens ne teindrait plus que dans l’ordre de sortie de ce mauvais rêve, ne berçant plus que quelques uns. Le retour de la Nation en tant que cadre structurant permettra d’abord, un retour au réel. Le Non des français au référendum de 2005 n’en finit donc pas de se justifier. Le Nom de la France sortira grandi, précisément, en sortant au moment le plus opportun de cette Europe conceptuelle. La France prendrait bientôt la tête de la seule Europe possible, celle de Nations suffisamment convergentes. Celles du Sud en un premier temps.

Oui, le Nom de la France est engagé dans la défense insensée d’une monnaie conduisant à bafouer la démocratie et la souveraineté des peuples. Qu’il s’agisse de dirigeants manifestement « placés » à la tête de gouvernements dans l’ignorance totale de la légitimité donnée par le peuple fondant toute démocratie, ou la négation de référendums à la sauvette, dans des Assemblées nocturnes.

La dette « morale » de l’Europe ne cesse de s’accroître. Cette dette là pourrait être plus difficile et longue à combler. La démocratie semble payer l'Euro et l'Europe, au prix fort.

Guillaume Boucard


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1 réactions à cet article    


  • Richard Schneider Richard Schneider 16 novembre 2011 16:17

    à l’auteur :

    Voilà un article très intéressant. Bien que je ne partage pas votre optimisme final...
    Car à force d’asséner que « notre » monde est fini et qu’un monde « nouveau » est en train de naître, le peuple, à moins d’une prise de conscience collective inespérée, « gobera » probablement toute la propagande mise en œuvre par les « européïstes »ultra-libéraux. Il suffit de constater la popularité de Merkel en France - l’idée de convergences sur le plan économique, financier, social avec l’Allemagne gagne du terrain dans tous les esprits.
    En outre, même un improbable sursaut du demos ne suffira pas pour reconstruire le passé. Il faut être réaliste. Encore moins aujourd’hui que jadis, la France ne peut vivre repliée sur elle-même : quasiment aucune ressource naturelle, une désindustrialisation massive, une dette abyssale, isolée sur le plan européen (et mondial), comment voulez-vous qu’elle s’en sorte ? Croyez-vous que nos concitoyens vont accepter, au nom de l’idéal de liberté, d’égalité, de fraternité - idéal que les générations nées vers la fin des années 60 ne connaissent même plus (il y a heureusement encore de rares exceptions) - des privations dont ils n’arrivent même pas à imaginer le sens profond ? Ce qui se passe en Grèce suffit à les effrayer à un tel point qu’ils sont prêts à aller vers celui qui leur semblera le plus « protecteur ». Évidemment, ce n’est qu’illusion : la vraie purge (démantèlement de nos services publics, abaissement des traitements des fonctionnaires et des retraites, « éclatement » de la sécu., allongement du temps de travail etc .. etc ...) aura lieu après mai-juin 2012. C’est pourquoi, sans enthousiasme, je voterai au printemps prochain pour le candidat le plus à même de battre Sarkozy. Dans l’espoir que ce dernier aura la force et la volonté de limiter au moins les dégats. 
    Et, on peut le regretter : ni Melenchon, ni Joly, ni Chevènement etc ... - aussi respectables qu’ils soient - n’ont aucune chance de se retrouver face à l’actuel hôte de l’Élysée au second tour des présidentielles.

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