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En cale sèche

L’Europe est une réalité depuis maintenant cinquante ans. Si elle fait, il est vrai, débat, son existence ne peut pas être remise en cause. Les questions de son fonctionnement, de son rôle, de son implication en politique mondiale sont en revanche les problèmes qui fâchent.

Telle un navire nécessitant une période de réparation, l’Europe se trouve en cale sèche. Si cela évite que l’eau entre dans ses failles, cela risque aussi de provoquer son oubli pendant un temps. Le sujet s’en trouve d’autant plus sensible durant la période électorale française : si l’Europe n’est considérée que comme de simples promesses électorales, alors l’oubli sera certain, en France du moins. Pourtant, il serait nécessaire d’éviter qu’elle rouille. Plus les rouages sont compliqués, plus il faut d’huile pour qu’ils redémarrent. L’échec du traité de la Constitution européenne ne se pose pas tant en problème de contenant que de contenu. Le vote en France s’est avéré être un vote de sanction à l’égard du gouvernement et non un choix raisonné. Dangereuse confusion.

La faute à qui, me direz-vous ? Si l’Europe est réelle de par son implication dans les législations des pays membres, personne dans la rue ne se ressent européen. Les étoiles jaunes sur fond bleu ne brillent pas tant que ça finalement. La question de la construction européenne se pose peut-être trop tardivement. Au lendemain de l’effondrement du communisme, l’Europe de l’Est s’est révélée être catastrophée et l’Ouest tient pour responsables les Staline et autres Brejnev... Et pourtant, qui a accepté que cela se passe ainsi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, si ce n’est les Occidentaux lors de leurs négociations avec le Petit Père des peuples ?

Alors, il a fallu vite faire oublier cet incident, ce dérapage... Et en quinze ans, l’Europe se retrouve aux portes de la Russie. N’aurait-il pas mieux valu aider ces pays quelques années durant, plutôt que de presser à les intégrer, pour finalement ne leur mettre qu’une muselière ? Ils sont dans l’Europe... ils n’ont plus le droit de se plaindre ! A cet égard, l’Europe est en panne, car elle n’a pas su se définir, et se retrouve aujourd’hui à traiter de sujets à vingt-sept, alors qu’il était déjà compliqué de s’entendre à quinze. Les réalisations économiques, sociales, les implications politiques actuelles (Kosovo, Bosnie, question nucléaire) sont des avancées, la paix depuis cinquante ans est une réalité. Cependant, aucune des questions techniques à résoudre n’a avancé. Depuis le plan B inexistant que Valéry Giscard d’Estaing a fait "exploser" aux yeux du monde en plantant son aiguille dans ce fameux ballon de baudruche, personne ne sait comment remettre le navire à l’eau.

Rien ne presse pour la construction européenne. Plus qu’une panne, il semblerait judicieux d’évoquer un ralentissement, comme tout un chacun peut connaître. L’Europe se construit encore et se construira... La période de gestation ne peut être que très longue quand on fait grossir le bébé.

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1 réactions à cet article    


  • GéraldCursoux Cursoux Gérald 15 mai 2007 09:17

    Un noyau dur existe, il est formé par les pays qui ont adopté la monnaie unique... L’Europe, c’est l’Euroland à 13 !

    Après son rejet par La France et les Pays-Bas, la Constitution européenne est remise aux calendes grecques. La grande puissance mondiale européenne est pour... après demain. L’Europe des 27 n’est en effet qu’un vaste espace commercial - la zone de libre échange que souhaitait Mrs Thatcher -, dans laquelle les hommes, les biens et les services circulent librement, mais qui ne constitue plus une étape sur le chemin de la construction d’une « Europe Puissance », mais plutôt la fin du processus initialisée par les pères fondateurs à Rome. Faut-il, pour dépasser ce stade, trouver des compromis pour mettre en place une Constitution amandée par ceux-là mêmes qui l’ont élaborée ? Faut-il revenir à cette idée de « noyau dur » formé par quelques pays membres, comme cela avait été esquissé à Berlin par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, malgré les réticences des autres pays ? Ces dispositions risquent de n’être rien d’autre que des opérations de communication pour les opinions publiques, c’est à dire une fuite en avant devant les difficultés réelles et incontournables du moment que ni le temps ni les déclarations d’intention n’effaceront...

    La sagesse ne serait-elle pas alors aujourd’hui de donner du temps au temps (comme disait... je ne sais plus qui) et de consacrer nos efforts sur l’Euro ? Comment ne pas craindre un clash majeur si les politiques fiscales, les prélèvements sociaux etc., ne sont pas harmonisés et mis en cohérence entre les pays ayant adopté la monnaie unique. Aucune monnaie ne saurait résister à de telles tensions internes. Traiter le problème des politiques budgétaire, de l’harmonisation du coût du travail et des prélèvements sociaux, etc. est plus porteur d’avenir pour l’Europe que de promulguer une Constitution qui reposerait sur des compromis boiteux. L’avenir de l’Europe se joue d’abord sur la solidité de l’Euro.

    Cela permettrait de sortir de l’immobilisme actuel en renforçant les liens entre les 12 qui ont adopté l’euro. La monnaie unique va naturellement les amener à se doter d’un espace fiscal et d’une politique économique uniques (il faudra bien sortir par le haut des problèmes découlant des incohérences législatives actuels). Beaucoup de briques élémentaires sont donc disponibles ou à portée de main pour que les « 12 de l’Euroland » se dotent d’une diplomatie et d’une puissance militaire crédibles ; ils pourraient à moyen terme jouer ce rôle « d’Europe Puissance ».

    L’obstacle majeur n’est pas d’ordre budgétaire - on peut mettre des choses en commun sans pour autant accroître les budgets. Il est plus dans le fait que le Royaume-Uni a conservé sa Livre sterling. Pour des raisons historiques, culturelles, économiques, techniques, financières etc., - sans oublier ses liens avec le Commonwealth et les USA -, l’Europe ne peut être en effet une puissance militaire et diplomatique sans le Royaume-Uni.

    C’est dire que le déblocage de la situation actuelle, ne passe pas par on ne sait quel compromis entre les Etats pour qu’un Traité soit adoptée au lieu et place de la Constitution pour sortir du piège de Nice, ou par la création d’une avant-garde vertueuse à travers des coopération renforcée - ou d’autres mécanismes encore plus subtils -, mais bien plus par l’adhésion du Royaume-Uni à l’Euro.

    Après cela bien des choses se mettront en place d’elles-mêmes : les 13 de l’Euroland auront un poids déterminant au Conseil de sécurité de l’Onu... leur diplomatie renforcera la communauté internationale... leurs troupes pourront intervenir sur les zones sensibles... une industrie européenne de l’armement pourra devenir une réalité. Etc.

    Le cercle des 13 s’élargira au fur et à mesure que les autres Etats européens rempliront les critères d’adhésion à l’euro, et cette construction aura la solidité d’une fédération d’Etats, à condition que les vieilles lunes sur une Europe sans frontières, ou sur l’adhésion de pays qui ne sont pas dans son espace géographique comme la Turquie, ne viennent brouiller les cartes. Il est donc sage de ne pas précipiter les choses, d’aller pas à pas pour construire cet édifice.

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