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Erasmus, ou la mort du français dans les sciences ?

Le programme Erasmus fête en cette année 2007 ses vingt ans, et nombre d’articles ont vanté sa réussite sans se montrer avares de qualificatifs flatteurs : "Le programme européen le plus ancien et le plus couru", "cette jolie réussite", etc. De son côté, le film culte "L’Auberge espagnole" a fait beaucoup pour populariser l’idée et le faire connaître de la jeunesse. Vous connaissez sûrement : c’est le film où les étudiants discutent en anglais à Barcelone.

Mais au-delà des clichés, il est moins connu qu’Erasmus est devenu un cheval de Troie de l’anglais dans le monde universitaire, particulièrement par son volet Erasmus Mundus, lancé en 2002, et réellement démarré en 2004. C’est un sous-programme qui promet d’accélérer le déclin de la langue française dans les sciences, comme un virus informatique caché derrière une façade avenante.

Comment cette vision pessimiste et paranoïaque peut-elle être vraie alors que tous les médias encensent Erasmus ? Eh bien, nous allons le voir, preuves à l’appui.

1. Erasmus première version

Ses buts officiels sont définis ici : Programme Erasmus.

On remarquera que ce sont la mobilité et la dimension européenne qui sont mentionnées comme but du programme Erasmus, alors que l’amélioration de la formation de l’étudiant n’est même pas citée, puisqu’elle pourrait aussi bien se faire dans son propre pays, sinon mieux. Car c’est dans sa propre langue qu’on pense le mieux - sauf exception, celles des pays où la formation supérieure se fait souvent dans une langue étrangère.

Pour la période 2007-2013, Erasmus dispose d’une enveloppe budgétaire de 2,79 milliards d’euros. Erasmus a-t-il apporté quelque chose aux étudiants en terme de compétences professionnelles ? On ne sait pas. Suivre des cours de haut niveau dans une langue qu’ils maîtrisaient mal a-t-il été utile à ces étudiants ? On ne sait pas. Erasmus a-t-il amélioré la coordination entre les universités concernées, leurs performances ? Aucun rapport à ce sujet.

Il n’y a eu aucune évaluation officielle du programme, comme si le seul fait d’exister suffisait à justifier son existence. Erasmus est-il donc seulement un stage linguistique ? Apparemment oui, mais là encore aucune évaluation n’a été faite sur le niveau en langue du pays d’accueil, avant et après !

En l’absence de bilan officiel, nous nous sentons libres d’évaluer nous-mêmes les buts et les résultats d’Erasmus : c’est le plus coûteux système de stages linguistiques jamais imaginé !

2. Et maintenant, Erasmus Mundus, le tout jeune volet d’Erasmus, signé en 2002, débuté en 2004.

Programme Erasmus Mundus

A lire sur A.FR.AV, un des sites qui défend la francophonie, l’avis de Charles Durand qui le premier a donner l’alerte sur les effets pervers d’Erasmus Mundus.

Pour la période 2004-2008, Erasmus Mundus dispose d’une enveloppe budgétaire de 230 millions d’euros. Erasmus Mundus est mis en oeuvre par la Commission européenne via des appels à propositions publiés au mois de mars de chaque année, sur le site Europa.

Selon mes calculs, dix-huit programmes sont en anglais, un bilingue dont l’anglais, un trilingue dont anglais, un bilingue sans anglais, un plurilingue inclassable, un quadrilingue sans anglais (des excentriques ?), soit environ 78% exclusivement anglophones, 8,6% bilingue dont l’anglais, 13% divers. Donc au total sur les programmes retenus en 2007, environ 87 % offrent l’anglais, dont 78% l’anglais exclusif !

Si vous souhaitez vérifier ou voir les autres programmes agréés en 2007 :

Erasmus Mundus

List of Masters Courses selected under Action 1

General questions about the programme

On a souvent du mal à croire qu’en France, certaines universités organisent des cours en anglais. C’est que cet aspect fait l’objet de très peu de publicité... Les universités concernées ne seraient-elles pas complètement fières de cela ?

CONCLUSION :

Erasmus "de base" n’a d’autre but que de développer le sentiment européen, aussi bien chez les étudiants que chez les professeurs, réalisant ainsi un coûteux système de stages linguistiques et de création d’un sentiment européen. Aucune évaluation n’a été faite de ce que cela apporte aux étudiants dans leur domaine professionnel.

Le tout jeune volet nommé Erasmus Mundus (2004), par sa conception, incite très clairement les universités à développer un cursus de deuxième cycle en anglais. En 2007, selon nos calculs 78% des cursus agréés sont exclusivement en anglais, ce qui veut dire que l’on fait venir en France des étudiants hors UE et que l’enseignement leur est donné en anglais.

Le fait que Erasmus Mundus favorise l’anglais est-il l’effet pervers d’une idée généreuse ou un plan concerté de la Commission européenne avec le soutien d’un puissant lobby ? A chacun de se faire une opinion au vu des tous les éléments, à la condition de lire en anglais dans le texte, car la majorité des documents européens sur Erasmus ne sont disponibles qu’en anglais...

Nos élites sont partagées, et cela ne simplifie pas les choses : si certains universitaires sont agacés de devoir souvent écrire leurs articles en anglais, d’autres sont réellement persuadés que c’est indispensable à tout scientifique, et se sont laissé convaincre par la promesse d’un plus grand rayonnement mondial qu’apporteraient les programmes Mundus aux universités françaises, outre les subventions dont certaines manquent cruellement...

Convaincues par ce miroir aux alouettes des subventions et du prestige, ces universités entérinent l’idée que la langue de la science est l’anglais, que modernité, haut niveau et international sont synonymes d’anglais, que le « know how » (lu sur une présentation française) est anglais.

Par le biais des subventions européennes, la France finance maintenant elle-même le déclin du français dans les sciences et soutient la diffusion toujours plus large de l’anglais en Europe. Ainsi se met en place une machine infernale qui promeut l’anglais du primaire au deuxième cycle et aux doctorats.

Nous sommes invités par l’UE à creuser nous-mêmes notre tombe linguistique, à la condition d’acheter la pelle, de fournir la main-d’œuvre et de payer les salaires des croque-morts !

Que le français repose en peace.

par Krokodilo (son site) mercredi 6 juin 2007 - 90 réactions
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  • Par Krokodilo (xxx.xxx.xxx.241) 6 juin 2007 16:59
    Krokodilo

    Gnarf : "Vous voulez defendre la langue Francaise par des mesures...alors qu’une langue doit se defendre toute seule." "Concernant les etudes et la science, la France est absolument hors-jeu depuis belle lurette." l’idée que l’influence des langues et leur diffusion résulte d’un processus naturel revient souvent, et souvent sous la plume des défenseurs de l’anglais... Je trouve ça assez naïf au vu des sommes énormes dépensées par les Usa pour la promotion de leur langue et leur culture depuis 1945 (voir l’émission hier sur Arte et le débat), de l’intensité du lobbying (oups) à Bruxelles et en France même. Vous avez une opinion de la science en France qui ne correspond pas à la réalité : il suffit de voir le TGV, l’airbus européen, les maths, la médecine. Le classement récemment publié qui était défavorable aux universités françaises est très suspect : les facs parisiennes sont éclatées en de multiples unités, il suffirait qu’elles soient regroupées en trois ou quatre grandes entités genre campus américains pour remonter ipso facto de plusieurs rangs en terme de publications. Quand l’Institut Pasteur a eu un long procès avec les américains au sujet du Sida (Pr. Montagner) ils ont gagné. Malheureusement, ils publient en anglais maintenant... Probablement que les avocats américains ne leur ont pas demandé assez ! Mais c’était tout de même l’équipe américaine qui avait triché, non l’inverse. Eh oui, la concurrence acharnée, la triche, les publications bidons, la rétention d’articles non-anglophones, tout ça existe dans le monde pas toujours moral de la recherche. C’est donc bien une guerre linguistique avec des enjeux énormes à la clé.

  • Par HELIOS (xxx.xxx.xxx.21) 6 juin 2007 12:29
    HELIOS

    Deux de mes filles ont effectué au moins un semestre dans le cadre Erasmus (a Cork, IRL et a Wellington, NZ)...

    Je confirme, hélas, ce que vous dites. La qualité des enseignements est simplement la même que chez nous, au variantes organisationnelles prés. Sur ce point de vue il n’y a aucun intéret... par contre il faut evidement reconnaitre que c’est une formidable opportunité culturelle que de pouvoir profiter de cette mobilité.

    Là ou le bât blesse est dans la manière dont la France defend sa langue. Je ne vous rapellerais pas comment grace à Canal plus, toutes les chaines de télévisions francophones sont payantes sur les satellites alors que les chaines anglophones sont libres... la diffusion de la langue passe aussi par là. Nous avons abdiqué grace a quelques entreprises voraces et bien introduites

    Les bonnes mesures prisent en leur temps (mode d’emploi obligatoire en français) se meurent !

    Des gens, peu attaché à leur culture, pensent que defendre le français est un combat d’arriere garde. Il sont heureux de publier en anglais en pensant à la notoriété (possible) de leur contribution... ils oublient seulement que c’est la qualité de leur produit plutôt que la langue qui fait fait cette qualité !

    Ce ne sont pas les seul à se tromper de cible. l’ouverture espérée ne se fera pas, et c’est en defendant bec et ongle notre langue qu’on ameliorera la qualité et le rayonnement de nos travaux.

    Il est un autre aspect sur lequel il faut aussi se battre. Les entreprises exigent trés souvent une maitrise de l’anglais a leurs futurs salariés, alors qu’aucune bonne raison ne le justifie si ce n’est de "lire" quelques mots sur des catalogues. Sauf raison motivée, ceci devrait être considéré comme une discrimination majeure à l’embauche et traitée comme telle ! En France, on parle et on travaille en français.

    Pourquoi devrions nous faire l’effort de faire en anglais, ce que les anglophones ne font pas en français ?

    Merci pour votre article.

  • Par chris (xxx.xxx.xxx.232) 6 juin 2007 20:16

    Je vis en Arizona, ou une grande parti des habitants ne parle pas l anglais ; meme ’probleme’’ pour la california le nouveau mexico. A tel point que l un des sujets des republicains qui revient dans le debat presidentiel est l Americain. (Je ne confond pas anglais et americain : en business le test Gmat est americain). un point interessant est l evolution des MBA europeen qui sont entrain de concurrencer les states avec un autre format. Insead impose la maitrise de deux langues et trois a la fin du cursus...bref les cours sont en anglais mais la maitrise parfaite de l anglais ne suffit pas...peut etre a imposer en science...

    le fantasme d une seule langue : les pays qui ont une seule langue officielle et une seule langue parle dans le pays sont plutot rare. les EU ne sont pas capables de le impooser dans son prope pays.

    L inde veut supprimer l anglais de ces langues officielles ( dans moins de 5 ans , ca devrait etreas) le recul en Angola. il ne faut pas voir le probleme que sur un seul angle

    Internet prevision : dans les annes 90, 95% des pages etaient en anglais, a la fin des annes 2010 , on considere 35% et en 2020 10% max

    Le lobbying des EU sur les langues n est donc pas gratuit.

    Enfin, Blair a supprimer l etude obligatoire d une langue etrangere et a vu son enorme erreur ...le marche anglais contrairement a l americain n est pas suffisant. L angleterre va reintroduire l etude d une langue etrangere Mais c est vrai que mon boss qui s occupait des repartitions des bourses Marie curie a contater que tous les eleves voulaient partir en angleterre pour la langue...bref enlever les cours en anglais serait mal venu mais imposer pdt ce sejour l aquisition d une autre langue serait possible

  • Par HELIOS (xxx.xxx.xxx.21) 6 juin 2007 15:50
    HELIOS

    pour gnarf...

    Allez visiter les sites www.apec.fr et même www.anpe.fr... ce sont des sites publics ou pseudo-publics. Faites une recherche pour n’importe quel metier et vous regarderez les exigeances...

    Il s’avère que les employeurs prennent probablement ce qu’ils ont, mais demandent quand même l’anglais !

    je n’ai pas dir que l’anglais n’etait pas nécessaire, dans certains cas, mais c’est de loin parfaitement inutile dans la majorité ce ces cas là.

    Sur le fond, rien à voir avec Erasmus.

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