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Accueil du site > Actualités > Europe > Euro, le jour d’après

Euro, le jour d’après

Non seulement l’euro n’a pas amené la croissance et les emplois promis. Mais on constate tous les jours à quel point il pénalise la croissance des pays qui l’ont adopté comme monnaie unique. Cependant, pour convaincre d’en sortir, il faut aussi proposer une alternative et répondre aux interrogations.

Comment peut-on revenir au franc concrètement ?

La première chose qu’il faut noter est que le retour aux monnaies nationales est un exercice plus facile que le lancement de l’euro puisqu’il s’agit de revenir à la situation d’il y a une dizaine d’années. En outre, il y a des précédents, en Tchécoslovaquie, ou dans l’ancienne URSS qui montrent tous que la chose est à la fois relativement simple et peu coûteuse selon les mots même de partisans de l’intégration européenne. Nous sommes loin des tableaux apocalyptiques présentés par certains.

Le jour J de l’annonce (après concertation avec nos partenaires), les marchés devront être fermés pour une à deux semaines pour permettre la réintroduction du franc dans les systèmes informatiques. Il faudra également instaurer un contrôle des changes et restreindre les mouvements de capitaux pour limiter la spéculation. La dette publique pourrait être convertie en francs au taux de un euro égale un nouveau franc mais ce ne serait pas forcément utile étant donné que la parité du franc avec l’euro serait stable.

Puisqu’il faudra jusqu’à six mois pour imprimer les nouveaux billets et battre les nouvelles pièces, nous aurons une période de transition. Comme en 1958, lors du passage au nouveau franc, et comme ce qui a été fait en Tchécoslovaquie en 1993, les billets en euros seront marqués en nouveaux francs et, au bout de quelques jours, seuls les billets marqués en nouveaux francs pourront être utilisés. Pour les pièces, nous pourrons utiliser celles avec une face Française.

Naturellement, les marchés réagiraient négativement dans un premier temps et que les taux longs montent, renchérissant théoriquement le coût de la dette. Mais la nouvelle autonomie de la politique monétaire Française permettra, en abrogeant la loi de 1973, à la Banque de France de financer le Trésor Public, comme aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon, nous protégeant alors des humeurs du marché.

L’alternative de la monnaie commune

Le retour des monnaies nationales ne signifie pas une fin de toute politique monétaire européenne. Nous aurions intérêt à conserver l’euro comme une monnaie commune de réserve. Elle serait, comme avant 1999, une unité de compte composée de fractions des monnaies nationales. Ainsi, elle faciliterait le travail des entreprises du continent, d’autant plus qu’elle pourrait dépasser le cadre étroit de la zone euro.

En outre, le nouvel euro pourrait être un rival international du dollar comme monnaie de réserve. La France devrait proposer de reconstituer un Système Monétaire Européen, où les parités monétaires seraient fixes mais ajustables. De manière à respecter les souverainetés nationales, il conviendrait de laisser le dernier mot aux Etats pour dévaluer ou réévaluer leur monnaie, mais on pourrait imaginer un système de concertation de manière à favoriser la coopération entre les pays membres.

Pour les pays qui répondent à des critères objectifs (déficit commercial, monnaie surévaluée), la procédure de concertation serait accélérée. Pour les Etats dont la situation justifierait moins un changement de taux de change, la procédure de concertation pourrait être un peu plus contraignante, même s’il convient de laisser le dernier mot aux pays pour ne pas rentrer de nouveau dans les travers d’une construction supranationale.

L’Europe pourrait également mettre en place une Zone Européenne Financière (ZEF), en rétablissant un contrôle des changes pour mieux réglementer la finance. Ainsi, nous pourrions mieux nous protéger des crises financières venues d’ailleurs. Nous pourrions également instaurer une mise au banc des paradis fiscaux ou mettre en place une taxation sur les transactions financières dont les profits pourraient être partagés entre pays acceptant une fiscalité minimum, de manière à éviter la course au moins-disant fiscal.

Réponse aux objections

Malgré tout, beaucoup de questions vont subsister car les défenseurs de l’euro recourent aujourd’hui à la peur pour essayer de convaincre que le retour aux monnaies nationales serait un dangereux saut dans le passé ou l’inconnu, dont les conséquences seraient dramatiques.

L’objection des dévaluations compétitives

Cette objection est parfaitement légitime puisque le retour aux monnaies nationales permettrait notamment de revoir les parités entre monnaies européennes, et de dévaluer le franc par rapport au mark. Mais, tout d’abord, les dévaluations et les réévaluations au sein du SME dans les années 1970 et 1980 n’ont pas apporté la désolation, loin de là, puisque la croissance y était beaucoup plus forte qu’aujourd’hui.

Selon les chiffres de l’OCDE, la croissance annuelle de la France était de 2.3% dans les années 80, contre 1.5% dans les années 2000 (2.6 et 0.5% pour l’Italie, 2 et 0.8% pour l’Allemagne). Bref, que ce soit pour les pays qui dévaluaient comme pour ceux qui réévaluaient, cela ne semblait pas avoir d’effet négatif pour la croissance... D’ailleurs, beaucoup de pays ont recours à la dévaluation pour relancer leur économie.

En outre, alors qu’un régime de monnaie unique pousse à la compression des salaires, on peut argumenter que des changes ajustables sont plus favorables aux hausses de salaire. En effet, un pays dont les salaires progressent plus vite que ses voisins peut ajuster son taux de change pour regagner en compétitivité. En fait, la possibilité d’ajustement monétaire peut favoriser la progression des salaires (même s’il faut reconnaître que les dévaluations n’ont pas que des avantages).

Enfin, les mouvements monétaires resteraient limités, surtout pour la France, puisque si le franc perdrait de la valeur par rapport au mark, il en gagnerait  par rapport à la peseta ou à la lire. On peut parfaitement imaginer que le nouveau franc conserverait sa parité avec l’euro, le mark passant à 1,1 ou 1,15 euros mais la peseta et la lire tombant à 0,85 ou 0,9 euros. Bref, ce ne serait pas la révolution ou le chaos que certains décrivent, juste des ajustements bienvenus vu l’évolution des coûts salariaux.

L’objection de l’inflation

Certains agitent le spectre d’un retour de l’inflation. Mais si le prix des produits Allemands augmenterait, celui des produits Italiens, Espagnols, Portugais ou Grecs baisserait. Et même si le franc baissait par rapport au dollar, le regain d’inflation serait tout de même assez limité car plus de la moitié de notre commerce est réalisé en Europe, où le franc serait globalement stable.

L’objection du financement de la dette

Voici une autre objection forte. Même si à long terme, un retour aux monnaies nationales, en favorisant la croissance, devrait rassurer les marchés, il est probable que dans un premier temps, leur réaction soit très négative et qu’ils sanctionnent notre décision de sortir de l’euro, surtout si nous décidons de convertir notre dette publique autoritairement en franc pour éviter toute augmentation suite aux fluctuations monétaires.

Mais en quittant l’euro, nous retrouverons notre indépendance monétaire et il sera possible pour la Banque de France d’acheter les bons du Trésor pour éviter de payer des taux d’intérêts prohibitifs. C’est la politique que suivent les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou le Japon depuis des décennies. En outre, cela pourrait en partie compenser les pressions déflationnistes de notre économie.

Peut-on en sortir ?

La dernière question que l’on se pose est la possibilité légale de le faire puisque rien n’est prévu dans les traités européens, qui indiquent même que les pays qui n’en font pas partie sont destinés à le rejoindre un jour. Déjà, il faut souligner que la Grande-Bretagne, la Suède ou le Danemark ne semblent pas pressés de rejoindre la monnaie unique européenne, signe assez évident de ses limites.

Car bien au contraire, ces pays ont profité de leur indépendance pour laisser leur monnaie se déprécier afin de relancer la croissance. La Suède enregistre ainsi une croissance de 4% en 2010 et le Danemark de 2.2%, bien au-delà des 1.6% d’une zone euro tirée par la croissance des exportations Allemandes qui s’explique par le krach de 2009... La dépréciation de la livre a permis à la Grande-Bretagne d’amortir une crise qui aurait du être beaucoup plus sévère que sur le continent.

Et malgré les traités européens, la France peut de toutes les façons utiliser la convention de Vienne pour quitter l’euro. Nous aurions alors le même statut que les pays qui n’en sont pas membres. A ceux qui soutiennent qu’il vaut mieux affronter la mondialisation avec une grande monnaie européenne, on pourra rétorquer que la Suède s’en passe très bien, tout comme la Corée du Sud. Il n’a jamais été démontré qu’il fallait avoir une monnaie dépassant le cadre national pour croître.

Bref, le retour aux monnaies nationales ne serait pas si compliqué que cela et les plus sombres des objections ne résistent pas à l’analyse. Si tout ne serait pas simple, les bénéfices économiques feraient rapidement oublier cette parenthèse hasardeuse qu’aura été la monnaie unique.


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11 réactions à cet article    


  • zelectron zelectron 20 décembre 2010 10:39

    Vous êtes un garçon très sympathique, mais le négativisme à tout crin ne rapporte rien.


    • kiouty 20 décembre 2010 11:39

      Vous croyez donc que l’oligarchie financière et les rentiers de tout poil qui dirigent tout vont se laisser tondre sans réagir ????

      Est-ce une bonne raison de ne rien faire ? Je ne vous suis pas sur cet argument.


    • robin 20 décembre 2010 13:31

      A nous a toujours vendu l’Europe comme un moyen d’émancipation par rapport aux USA alors que les spécialistes dans la confidence savent que c’est exactement le contraire. Ce n’est pas un un hasard si tout les billets en Euros figurent un pont au dessus de l’atlantique partant de l’Europe.


      • Dionysos Dionysos 20 décembre 2010 14:09

        Belle sortie de l’euro ! Au pays de Candy, on n’a que des amis.... Cet article pourrait aisément être rangé dans le tiroir des comtes de noël.


        • epapel epapel 20 décembre 2010 17:37

          Pour le moment, les décisions prises par les membres de la zone euro ne peuvent pas empêcher son éclatement à moyen terme, dans ces conditions il ne s’agit pas savoir si c’est ou pas bien de sortir de l’euro mais comment on va devoir s’y prendre pour limiter les dégâts si on doit le faire un jour parce que rien ne garanti que nos dirigeants vont prendre les bonnes décisions.

          Et pourquoi l’euro n’est pas encore sauvé ? Tout simplement parce le problème des dettes publiques n’est pas traité, les solutions misent en œuvre ne sont que des expédients pour gagner un peu de temps et surtout l’occasion d’obliger les Etats attaqués à faire un cure d’amaigrissement sévère. La rigueur budgétaire imposée au grecs et aux irlandais puis bientôt aux espagnols, portugais et italiens ne leur permettra pas de revenir à l’équilibre ni de rembourser leurs dettes, les montants sont tels que c’est devenu impossible et qu’ils sont pris dans un cercle vicieux d’accroissement inéluctable de la dette par la mécanique infernale des taux d’intérêts.

          L’euro sera sauvé seulement si les dettes sont restructurées, c’est à dire qu’une partie significative ne sera pas remboursée (entre 25 et 50% suivant les Etats), pour le moment nos grands argentiers n’en parlent pas publiquement mais tous les économistes le disent. Le support de cette restructuration sera les euro-obligations non pas comme on nous les présente actuellement - un moyen complémentaire d’emprunter sur les marchés - mais comme titre servant à convertir les obligations nationales actuelles avec une décote.

          Je pense que le plus important pour nos dirigeants, c’est d’imposer la rigueur comme préalable au sauvetage de l’euro, ils s’y emploient activement en ce moment et quand le pli sera pris alors les vraies mesures de sauvetage pourront être déclenchées.

          Mais nous en sommes encore très loin et donc l’étude des scénarios de sortie de l’euro est non seulement légitime mais nécessaire.


          • suumcuique suumcuique 20 décembre 2010 20:31

            Seul un gouvernement national français pourrait revenir au franc et mettre la constitution franc-européisarde-maçonne judéo-yankee à l’endroit d’où elle n’aurait jamais dû sortir : à la poubelle. 


            Autant dire que les centaines de parasites député(e)s à Bruxelles ont encore de beaux jours devant eux/elles.

            • katalizeur 20 décembre 2010 20:38

              aujourd’hui, journée calme dur tous les front......mais ce n’est que le calme avant la grande trompette....

              pour ceux qui le peuvent ,il est encore temps d’acheter un peu d’argent metal......car iln’y a pas un mais deux trous noirs en«  » oxydent«  »


              • Magnon 20 décembre 2010 22:01

                L’Euro-ingratitude :
                Voila plus de 10 ans que nous profitons de l’Euro avec les plus bas taux d’intérêts depuis Vercingétorix !
                Ce qui rend possible pour les particuliers des emprunts sur 25 ans à 3.4% !
                Sauf que nos états, c’est à dire nous même, en ont profité pour emprunter à bas prix, sans imaginer qu’un jour ils, nous devrions rembourser !
                Ce n’est pas une crise de l’Euro, qui malgré les tentatives de spéculations, est et reste une monnaie très forte, voire effroyablement forte comme le disent certains exportateurs.
                C’est une crise de solvabilité des états, qui ont emprunté 5, 10 ou 15 ans de rentrées fiscales.
                Ils ne leur est pas possible de rembourser.
                Parce qu’il ne leur sera pas possible comme avant, grâce au vieux diptyque inflation-dévaluation de payer ces dettes en monnaie de singe, il n’y a plus d’inflation, et l’Europe a construit un super-mark.


                • isabellelurette 21 décembre 2010 12:42

                  La monnaie n’est pas responsable de tous les maux. D’ailleurs les monnaies nationales n’auraient probablement pas résisté longtemps non plus A LA POLITIQUE IDIOTE DE L’EUROPE.

                  Il faut relire Maurice Allais, quand il explique les mécanismes politiques et la nécessité d’ériger un protectionnisme européen.

                  Mettre le débat sur la monnaie et pas sur les politiques, c’est se tromper de cible

                  Et j’ai du mal d’accorder crédit à ceux qui me disent qu’une dévaluation de ma monnaie et des quelques avoirs que j’ai encore en banque augmenterait mon bonheur / ma richesse ....

                  La compétition pour être les plus pauvres, je n’en vois pas la logique. Pour être en concurrence libre et non faussée avec l’esclave asiatique ? 

                  Si c’est bien votre rêve, ce ne sera pas mon cauchemar ! Je resterai éveillée pour vous empêcher de nous endormir !


                  • Laurent Herblay Laurent Pinsolle 21 décembre 2010 13:33

                    @ Kerjean


                    Attention, j’ai dit que tout ne serait pas simple et qu’il est évident qu’il y aurait des tensions sur les marchés.

                    Il faut distinguer le niveau du franc au sein des autres monnaies européennes (on peut pronostiquer qu’il serait stable car s’il se dépréciait face au mark, il monterait par rapport à la peseta et à la lire) de son cours vis-à-vis des autres monnaies mondiales (là, il est probable qu’il baisserait). La baisse de 15% par rapport au mark est un chiffre important. Je ne crois pas que cela aille bien au-delà car cela entraînerait un trop décalage entre les réalités économiques des deux pays.

                    Contrôle des changes, bien sûr. C’est ce qu’a fait la Malaisie à la fin des années 90 plutôt que d’écouter les potions amères du FMI. La France doit pouvoir faire ce que la Malaisie a fait, non ?

                    @ Epapel

                    La solution du défaut généralisé, c’est un peu l’arme nucléaire. Hormis la Grèce, qui en a clairement besoin, il faut espérer que l’on puisse s’en passer, mais plus le temps passera plus cette solution deviendra nécessaire...

                    @ Magnon,

                    Les taux bas n’ont pas que des conséquences positives : ils poussent à un endettement déraisonnable. En outre, on ne peut pas uniquement les attribuer à l’euro. Les bas taux des années 2000, qui sont une réalité pour tous les grands pays occidentaux, viennent plus d’un déséquilibre entre l’offre et la demande de placements du fait de l’utilisation de l’effet de levier.

                    @ Isabellelurette

                    Il se trouve que j’apprécie particulièrement la pensée de Maurice Allais : j’avais écrit un petit hommage à l’occasion de sa mort :


                    Je suis évidemment d’accord avec l’importance des questions commerciales.

                    • Mmarvinbear Mmarvinbear 22 décembre 2010 12:52

                      Sortir de l’ Euro serait un véritable suicide économique pour notre pays.

                      L’état des finances actuelles et de l’ économie française ferait que le Nouveau Franc serait attaqué de toute part par les marchés, sans que personne ne vienne nous soutenir.

                      Le résultat ? Une monnaie dévaluée et sans attrait, des investissements en chute libre et une monnaie ramenée au rang de papier toilette.

                      Quand à l’illusion de pouvoir financer la dette avec une banque centrale redevenue indépendante, c’est un véritable miroir aux alouettes.

                      Les USA, l’ Angleterre et le Japon sont parmi les pays les plus endettés, toutes leurs émissions de Bons du trésor n’y ont rien changé.

                      Si les USA ont encore un tissus économique et industriel qui leur permet de faire face en partie à leurs engagements, le Royaume-Uni et le Japon sont en état de quasi-faillite, ayant sacrifié leur économie et leur industrie au profit de l’économie financière. Ce n’est pas le moment d’investir dans la Livre ou le Yen, à moins de vouloir perdre son argent...

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