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“Eurobonds”, “monétisation” : vivement demain !!!

En Europe, le Pape est allemand et le banquier central est italien : pas étonnant que les Zélotes de l’Union Toujours Plus Parfaite en perdent la tête ! L’Euro est un désastre, mais il est interdit de question de prendre acte une fois pour toutes de son échec. Par conséquent, les “solutions” boiteuses se succèdent à un rythme endiablé.

De Charybde...

Il y’a trois mois –une éternité- la martingale s’appelait “Eurobonds”. Les Etats devaient mettre toutes leurs dettes dans un pot commun, et les pays du Nord qui, surprise !, rechignaient à prendre à leur compte les dettes des paniers percés du Sud n’étaient que des égoïstes. 

Bien sur, l’Article 125 du Traite de Lisbonne interdisait expressément les Eurobonds, mais l’Euro ne doit-il pas primer sur le Droit, sur la parole donnée et sur la Démocratie même ? L’article 125 était la pierre angulaire de l’Euro, celui sur lequel Jean-Claude Junker, Président de l’Euro-groupe, se fondait pour affirmer en 1999 aux Allemands inquiets que « la question de transferts d’argent est aussi absurde que celle d’une famine en Bavière ». Eh bien, il semble qu’il faille commencer à stocker les patates dans les entrepôts de Munich !  Aujourd’hui, le même Mr Junker est un inconditionnel des Eurobonds, sans avoir pris la peine entre temps de, je ne sais pas, reconnaitre ses erreurs ? Présenter ses excuses ? Le discours a changé du tout au tout, seules l’arrogance et la malhonnêteté restent intactes. On a en France totalement « oublié » cette disposition. Tous les journalistes devraient la rappeler aux hommes politiques qui recommandent des « plans de sauvetage » ou des « Eurobonds », ne serait-ce que pour les contraindre à se justifier. : peut-être faut-il se renier, mais qu’ils le disent explicitement, au moins. Aucun journaliste ne le fait jamais bien sur, ce serait mal vu, cela pourrait nuire a leur carrière. Peut-être sont-ils tout simplement trop ignorants. Comme Trotski effacé des photos officielles après sa disgrâce, l’Article 125 a mystérieusement disparu du Traite de Lisbonne.

...En Scylla

L’Allemagne ayant fort heureusement opposé une fin de non-recevoir aux Eurobonds, l’imagination des Coryphées du Sublime Projet s’est de nouveau mise en surchauffe, et voilà ! Arrive LA nouvelle solution : il FAUT que la Banque Centrale Européenne « monétise » la dette des pays « du Sud », et la fasse ainsi disparaître magiquement, comme un lapin dans son grand chapeau. Comme toujours, les Vestales Sacrées de Barroso parviennent toutes à la même solution au même moment et, confortées par la bulle qui les entoure, écrasent de leur souverain mépris tous ceux qui prennent leurs distances par rapport à ces contorsions : ce sont des « populistes », « idéologues » et « réactionnaires », toujours le même vocabulaire fatigué, infiniment recyclé. Ainsi donc Mr Fitoussi, directeur de recherche à l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques) décrète-t-il qu’ « on se lie les mains avec une doctrine qui ne tient pas la route, mais qu'on a gravée dans nos textes ». Bien entendu, le même Mr Fitoussi était un partisan inconditionnel de cette « doctrine » et de ces « textes » lorsqu’ils étaient soumis au vote (referendum sur la Constitution Européenne). Le « on », c’était lui ! Il serait de mauvais gout de le lui rappeler, et d’ailleurs nul ne s’y hasarde : Mr Fitoussi peut continuer à pérorer et à sermonner en toute tranquillité.

Cette dernière lubie est souvent justifiée par référence au « Quantitative Easing » pratiqué aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou en Suède. Erreur ! Quand la Fed crée de la monnaie, c’est pour acheter des obligations de l’Etat fédéral, jamais pour annuler la dette de tel ou tel Etat ou de telle ou telle ville. Son Président, Mr Bernanke, n’est pas un Père Noel qui se lèverait un matin et déciderait que, zing !, il annule la dette de la Californie et bam ! celle de Detroit, car tel son bon plaisir. Et pourquoi pas, tant qu’à faire, boum !, ajouter 10 millions d’Euros, créés ex nihilo, sur mon compte ? C’est si amusant, l’arbitraire monétaire, le Zimbabwe l’a pratiqué avec tant de bonheur ! Sans règle, la confiance s’effondre, et sans confiance, la monnaie n’a plus de valeur. Sans monnaie stable, c’est la civilisation qui s’écroule, comme ne le savent que trop bien les Allemands. Aucun Etat ne survivrait à une Banque Centrale qui s’octroierait le pouvoir de distribuer l’argent qu’elle crée à une région ou à une autre selon son bon plaisir. La Banque Centrale détermine la quantité totale de monnaie en circulation, mais il est inconcevable qu’elle en détermine aussi l’allocation. Désolé : en imposant une monnaie unique à des pays indépendants, on a de facto interdit le recours au Quantitative Easing, il fallait y penser avant.

Et pourtant, elle tourne ! 

Mais justement, « personne n’aurait pu prévoir la crise actuelle », nous disent les Initiés à la Grande Sagesse en manière de disculpation. Objection ! Tout cela avait été parfaitement anticipé et annoncé, et ce depuis le tout début !  Dans une de ses dernières adresses au Parlement britannique en octobre 1990 (!), Margaret Thatcher mettait les pieds dans le plat, prévoyant les déséquilibres commerciaux massifs et permanents, l’inéluctabilité des transferts financiers en résultant, la hausse du chômage, et les atteintes inéluctables a la démocratie. Jeu, set et match, et avec 21 ans d’avance ! Nulle boule de cristal, mais un authentique respect pour la science et une vraie rigueur intellectuelle, rigueur qui faisait cruellement défaut aux Céroféraires de la Vision Téléologique, Mitterrand et Kohl. Il fut un temps ou, ceux qui avaient des visions, on les enfermait dans des asiles. Maintenant, on les porte au sommet de l’Etat.

Plus récemment, en 2006, Nouriel Roubini, l’économiste qui avait prédit la crise des sub-primes, se faisait insulter à Davos par Giulio Tremonti, le ministre italien des finances, pour avoir prophétisé que, « d’ici 5 ans », l’Italie se trouverait dans une situation intenable dans la zone Euro. 2006 + 5 =2011, tiens donc… L’insulte et la morgue ont toujours été la réponse par défaut des Exaltés de l’Empire face à la critique.

Tout avait été prévu, tout avait été dit, tout était expliqué en détail par la théorie économique (« théorie des zones monétaires optimales  »), encore fallait-il écouter, encore fallait-il étudier. Rationalité scientifique contre exaltation de la Foi aveugle, on n’a pas progressé d’un pouce depuis Galilée. Avec les Ravis de la Crèche du Berlaimont dans le rôle de l’Inquisition. Eppur si muove !

Salauds de Grecs 

Oui, mais tout est de la faute de ces tricheurs de Grecs, n’est-ce pas ? Soit, mais il faudra alors nous expliquer comment l’Union Européenne a pu verser EUR 240 milliards à la Grèce depuis son adhésion en 1981 sans avoir apparemment la moindre idée de ce qu’elle faisait de cet argent. Le moins qu’on puisse dire est que le résultat final est peu convaincant. 240 milliards, c’est beaucoup plus que Kerviel + Madoff + Enron ! Et aucune sanction, aucun auditeur européen sur la sellette, pas même la moindre commission d’enquête, l’instigateur de cette gabegie, Jacques Delors, canonisé de son vivant ! Stigmatiser « les banquiers », la belle affaire ! Mais n’importe quel banquier se serait retrouvé en prison pour bien moins que ça ! De deux choses l’une : soit les institutions européennes font preuve d’une incompétence et d’une légèreté sidérantes dans l’attribution des fonds publics, soit elles mentent de manière éhontée en prétendant avoir été « trahies » par les Grecs.

Paris Hilton fait de la politique 

Illustration de cet aveuglement dogmatique : François Bayrou, référence incontournable des « gens sérieux » autoproclamés. On l’entend donc expliquer ainsi la crise européenne au Grand Journal de Canal+ :

-« Le Monde entier croyait que les dettes des pays de l’Eurozone étaient garanties par l’ensemble des pays de l’Eurozone ». Ah bon ??? L’Article 125 du Traité de Lisbonne stipule exactement le contraire !!!

-« J’aurais donc plaide sur tous les tons, et auprès de tous les peuples, qu’une dette contractée par un pays de la zone Euro devait être garantie par tous les pays de la zone Euro ». Pourquoi n’avait-il jamais soufflé mot d’une telle exigence lors des débats successifs sur le referendum de Maastricht (1992) et sur la Constitution Européenne (2005) ? Pourquoi a-t-il soutenu ces Traités sans aucune restriction, alors qu’ils stipulaient précisément le contraire de ce qu’il prône aujourd’hui ? Pourquoi a-t-il ratifié, encore une fois sans émettre la moindre réserve, le Traité de Lisbonne ? Faut-il donc renégocier ce Traité avant de mettre en place ces garanties, ou bien tout simplement s’asseoir dessus ? Qu’en pense donc Monsieur « je-suis-respectueux-de-l’Etat-de-Droit-et-je-fais-la-leçon-à-tout-le-monde » ?

-« Apres, j’aurais dit : vous ne faites plus de dettes si vous ne faites pas les reformes que l’on vous dit ». Et la démocratie dans tout ca, Mr Bayrou ? Et de quels moyens de coercition disposez-vous vis-à-vis de ces peuples, si de toute façon vous vous engagez à rembourser leur dette quoi qu’il arrive ? Qu’est-ce qu’il se passe quand ils refusent ?

Le plus consternant, c’est le silence révérencieux des « journalistes » de Canal+ face à ce flot d’inanités. Jean-Michel Apathie tente-t-il la moindre objection ? Non point ! Mr Bayrou peut répéter en toute quiétude ses fulgurances sur tous les plateaux de télévision, dans toutes les radios et tous les magazines, jamais un journaliste accrédité ne lui opposera la moindre contradiction à ce sujet. On ne connaîtra jamais la réponse de Mr Bayrou à ces questions, parce qu’on ne les lui posera jamais, c’est une règle d’airain du « journalisme à la française ». Nos medias savent se tenir, il ne faudrait pas « faire le jeu du Front National » ! Comme quoi, on peut être creux comme une calebasse, il suffit de froncer les sourcils et de parler lentement en martelant les syllabes pour paraître profond. Triomphe de l’apparence sur la substance. Bayrou, vous lui mettez un chihuahua dans les bras, et vous avez Paris Hilton.

Oh, il n’est pas le seul dans son cas, loin de la ! Témoin cette interview sidérante accordée cet été par Laurence Parisot, Présidente du MEDEF au Figaro, lors duquel elle imputait l’effondrement des banques européennes en Bourse à… un complot américain, bien sur ! En « organisant des rumeurs », les Etats-Unis (qui précisément ? Obama ? Mystère…) ont voulu « déstabiliser la zone Euro ». Dans quel but ? Euh… « repasser le mistigri »… ??? Ah… oui… bien sur… Tout est clair maintenant, merci Laurence !

Et malheur à qui ne hocherait pas révérencieusement de la tête a ces pieuses âneries ! Qui, par exemple ? Le peuple grec peut-être ? Interdit de referendum, non mais ! Les Britanniques ? Sarkozy l’a dit, Le Monde le confirme : ils feraient mieux de se taire ! Retranches dans leur forteresse dogmatique, les Illuminati de Bruxelles tolèrent de moins en moins la parole libre et critique.

Patience ! 

Un jour, l’européisme implosera, tout comme a implosé il y’a 20 ans une autre religion séculière, le communisme. Combiens de dégâts devrons-nous encore endurer d’ici-là ? Combien de millions de vies ravagées par le chômage et la misère, dans toute l’Europe ?

Nous sommes le 8 novembre 1989. Vivement demain !


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3 réactions à cet article    


  • Politeia 18 novembre 2011 11:21

    Malheureusement, j’ai peur que le demain que vous attendez n’arrive pas. Même si les allemands si oppose farouchement, ils finiront pas monétiser. Il n’y a pas d’autre solution, il faut dévaluer l’euro pour réduire la valeur des dettes. Il n’y a que l’Allemagne qui puisse s’en sortir avec un euro aussi fort, mais l’allemagne ne pourra pas payer la dette des autres pays qui eux finiront par sombrer. Si l’Allemagne ne veut pas revoir l’inflation elle n’a pas d’autre choix que de changer de monnaie. Dès que l’Allemagne sera prête, elle donnera son feu vert et vous la verrez tourner la planche à billet à coup de millier de milliard.


    • gaspadyn gaspadyin 18 novembre 2011 20:09

      J’espère et souhaite ardemment que l’auteur , comme tous les gens de bon sens, aura raison, et que l’europourriture disparaitra.

      Le mieux serait une déconstruction concertée ; pas avec les salopards-dogmatiques-nuisibles majeurs qui sont dans la salle des commandes actuellement !

      Mais comme ce serait une solution raisonnable, elle n’aura évidemment pas lieu.

      Donc il faut l’ E X P L O S I O N !


      • kiouty 18 novembre 2011 21:37

        Retranches dans leur forteresse dogmatique, les Illuminati de Bruxelles tolèrent de moins en moins la parole libre et critique.

        Oh, quand leur Europe se sera écroulée sur elle-même, ça n’aurait plus guère d’importance, ils iront prendre leur retraite dans les tropiques avec leur retraite de haut fonctionnaire européen.

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