Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Europe > Européennes : le choix de l’abstention n’est pas une (...)

Européennes : le choix de l’abstention n’est pas une solution

Les élections européennes riment souvent avec abstention. 43% de votants seulement en 2004, et cette année encore, de nouveaux records pourraient bien être battus.
On le sait, la tentation est forte chez certains de manifester leur mécontentement, leur ras-le-bol ou leur opposition à l’Europe en s’abstenant d’aller voter.

Si cette attitude peut se comprendre pour différentes raisons, elle n’est pas à notre sens la plus efficace, en premier lieu parce qu’elle répond à une attente très forte d’un Système qui pousse à l’abstention record.

Revenons d’abord sur les raisons qui justifient souvent la tentation de l’abstention :

* Pour la plupart de ceux qui envisagent cette attitude le 7 juin prochain, la motivation principale tient à la lassitude de toujours voter pour rien.
Depuis 25 ans, les gouvernements de gauche comme de droite se succèdent, sans que rien jamais n’évolue dans le bon sens. Les politiques menées ne varient qu’à la marge, et la situation du pays continue de se dégrader.
Le sentiment d’un vote inutile a été de surcroît considérablement renforcé par l’épisode de la Constitution européenne, le gouvernement et le parlement s’étant permis de revenir, via le Traité de Lisbonne, sur le vote souverain des Français exprimé par référendum le 29 mai 2005.
Cette trahison antidémocratique n’a pas fini de produire ses effets dévastateurs. Elle a créé un précédent, qui chaque jour distille son poison et mine un peu plus le pacte démocratique passé entre le peuple et ses représentants ;

* Outre ce ras-le-bol, beaucoup d’abstentionnistes critiques vis-à-vis de Bruxelles font un raisonnement assez simple, mais somme toute compréhensible, qui consiste à dire qu’on ne participe pas à une élection organisée pour permettre le fonctionnement d’une structure qu’on combat, l’Union européenne ;

* Les puristes affirment même, avec raison, que le parlement européen n’a pas de raison d’être, dans la mesure où il n’y a pas de peuple européen. L’absence de peuple, de demos européen, ne permet pas l’émergence d’une démocratie européenne, et a fortiori d’un parlement. Il n’y a en Europe qu’une addition de peuples nationaux, et donc de démocraties nationales.
D’ailleurs, avant sa première élection au suffrage universel en 1979, le parlement européen respectait ces principes de bon sens en n’étant que l’addition de délégations nationales issues des parlements des pays membres.

Il ne s’agit pas d’écarter ces motivations d’un revers de la main.
Tous ceux qui n’ont pas renoncé face au Système, et ils sont heureusement nombreux, doivent cependant avoir à l’esprit que l’abstention ne sera jamais un moyen efficace de changer réellement l’Europe et de se débarrasser de l’Europe de Bruxelles. 

Et ce pour plusieurs raisons :

* La première d’entre elle est peut-être la plus importante.
Elle tient au fait que l’abstention aux élections européennes, qui touche majoritairement les catégories de la population les plus défavorisées, c’est à dire celles qui souffrent le plus des conséquences des politiques euro-libérales, est voulue, incitée, et organisée par les partis en place.
Comme nous l’avons récemment souligné, le PS et l’UMP ont intérêt à l’abstention la plus forte possible. Ayons bien en tête que le Système s’est déjà très bien accomodé d’une abstention massive aux dernières élections européennes, et qu’il pourrait sans aucun souci s’accomoder d’une abstention encore plus forte, même égale à 90%. Passé un quart d’heure de pleurnicheries après l’annonce des résultats sur les plateaux de télévision, tout le monde s’empresse traditionnellement d’oublier le chiffre de l’abstention, et seuls les résultats sortis des urnes demeurent. Ne croyons pas que cela changera demain.
S’abstenir n’est donc en rien subversif. C’est au contraire faire le jeu du Système en croyant de bonne foi lui faire du tort ;

* A cela s’ajoute le mode de scrutin des élections européennes.
Même si la réforme de 2004 a amoindri les effets de la proportionnelle, en régionalisant des circonscriptions et en relevant de fait le seuil d’élection des députés, il demeure que les parlementaires européens sont élus proportionnellement au poids des listes en présence. Contrairement aux élections législatives françaises, il est donc relativement aisé d’envoyer des élus dissidents au parlement européen ;

* Ensuite, il ne faut pas oublier que ces élections ne concernent pas que la France, mais l’ensemble des Etats membres de l’UE. Or, dans nombre de pays, la tendance est nettement à la montée des mouvements d’opposition à l’Europe de Bruxelles.
Qu’il s’agisse du Royaume-Uni, de la Belgique, de l’Allemagne, de la Scandinavie ou de plusieurs pays de l’Est, on assistera probablement le 7 juin prochain à l’élection du parlement européen le moins européiste de son histoire. Le vote dissident en France contribuerait donc à renforcer une dynamique à l’oeuvre sur tout le continent.
Plus de dissidents au parlement, c’est une Europe qui avance moins vite, moins facilement, c’est une meilleure information sur ce qui se trame dans les couloirs de Bruxelles, c’est une plus grande possibilité de faire entendre un autre discours ;

* Enfin, revenons toujours à des principes démocratiques assez sains lorsqu’on hésite.
Si on n’approuve pas la manière dont se "construit" l’Europe depuis des années, il faut tout simplement voter pour les mouvements politiques qui sont de cet avis, et l’offre en la matière existe.
Qu’on le veuille ou non, s’abstenir c’est toujours donner sa voix au camp d’en face, en l’occurrence l’UMPS-Modem pour ceux qui n’acceptent pas ce qu’incarne Bruxelles, cette Europe de la désespérance, cette Europe arrogante, antidémocratique et ultralibérale.


Nous n’avons pas l’habitude de donner des consignes de vote sur ce site, mais l’essentiel est de percevoir clairement que le vrai débat des européennes se jouera entre les partis du statu quo, ceux qui votent tous les Traités et toutes les directives depuis des années (vous les aurez reconnus...), et les partis du changement, de la rupture, la vraie.
Chacun ensuite doit faire son choix en conscience, en conservant sa pleine liberté et sa capacité d’analyse, loin des injonctions du politiquement correct et du prêt-à-penser médiatique.

Pour ceux qui souhaiteraient s’impliquer dans cette campagne décisive, notre Espace militant est à votre disposition.

Le Vrai Débat


Moyenne des avis sur cet article :  4.29/5   (17 votes)




Réagissez à l'article

11 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 20 avril 2009 11:21

    Qu’on le veuille ou non, s’abstenir c’est toujours donner sa voix au camp d’en face, en l’occurrence l’UMPS-Modem pour ceux qui n’acceptent pas ce qu’incarne Bruxelles, cette Europe de la désespérance, cette Europe arrogante, antidémocratique et ultralibérale

    C’est bien la seule raison valable d’aller voter ,pour leur dire merde , car le pouvoir de ces députés est quasi nul .


    • JL JL 20 avril 2009 11:50

      La question est : les dindes doivent elles aller voter pour dire « non à la Noël » ?


      • LE CHAT LE CHAT 20 avril 2009 13:25

        @JL

         On leur demande juste si elles veulent être bouffées avec des marrons ou des champignons ! lol !


      • Cartman 20 avril 2009 11:58

        Effectivement, dans une élection à un seul tour, il y a suffisamment de listes concurentes pour que chacun puisse se reconnaître quelque part.

        En revanche, dans les scrutins à deux tours, je comprend parfaitement les électeurs qui refusent de choisir entre PS et UMP.


        • Stéphane Bouleaux 20 avril 2009 12:11

          S’ils en ont assez des mensonges du ps et de l’ump, il leur suffit de voter FN.


          • R.L. 20 avril 2009 13:58

            « ...ou leur opposition à l’Europe en s’abstenant d’aller voter. »

            Y’en a un peu marre de toujours devoir répéter la même chose : je suis un des très nombreux à être favorable à une Europe démocratique.
            Or, le pouvoir est confisqué depuis le début.
            Aller voter après que ce qui sert d’autorité ait violé la réponse souveraine du Peuple avec le traité, c’est cautionner l’énorme dérive anti-démocratique croissante. « Ils » n’ont même pas eu le courage de nous faire voter le même jour pour le traité. Et on veut nous donner des leçons ?!
            Enfin, il n’est pas difficile d’être plus européen que la clique de l’UMPS qui ne cesse de railler Bruxelles et son ex-maoiste-américanisé-s’apprêtant-à-se-faire-re-élire de Barosso et d’appeler à voter juste le temps d’une élection européenne, ou que leurs alter-egos des médias insipides et vendus...
            L’Europe est sous tutelle anglo-saxonne et plus libérale chaque jour.
            Seule la crise qui ne fait que commencer -n’en déplaise aux maniplulations médiatiques depuis quelques jours- pourra créer une situation propice à un total changement de cap.


            • Marianne Marianne 21 avril 2009 18:34

              S’abstenir ne rendra pas le parlement européen plus démocratique, au contraire cela confortera les tenants du libéralisme dans leur vision d’une Europe technocratique, loin des gens, boîte d’enregistrement des désidératas des financiers et des puissants. 

              Le problème n’est pas l’existence de ce parlement mais sa composition politique et de le faire évoluer vers une représentation beaucoup plus proche des préoccupations populaires. 

              Des personnalités politiques et de simples citoyens proposent des solutions en ce sens mais on ne les entend pas dans les grands médias d’information où ils sont censurés.

              Ils proposent de défendre une autre logique, un autre moteur de l’économie qui ne mette plus au centre des sociétés humaines la recherche du profit - et son pendant l’exploitation de millions d’hommes, de femmes et d’enfants - mais l’homme et l’épanouissement de tous, dans le respect de l’environnement.

              Comment ? Prenons l’exemple de l’europe justement :

              L’Europe qu’on nous vante régie par les traités de Maastricht et de Lisbonne est basée sur le principe de concurrence libre et non faussée, y compris pour les services publics (directive Bolkenstein) et sur la libre circulation des capitaux qui conduit au moins-disant social et à la remise en cause des acquis sociaux dans de nombreux pays.

              Ne faut-il pas au contraire faire adopter et inscrire dans les textes de cette Union des Etats européens des règles radicalement différentes, à l’opposé de cette concurrence de tous contre tous, basées sur la satisfaction des besoins des populations et sur la coopération et l’entraide entre ces pays ?

              Et comment le faire sans passer par la représentation populaire ?

              A un autre niveau, ne pourrait-on pas changer les critères d’attribution d’aides aux pays pauvres du FMI et de la Banque mondiale basés sur la rentabilité financière de leurs économies et le développement de secteurs rentables à l’exportation mais qui n’apportent aucun mieux-être à leur population ?
               
              Ne faut-il pas alors défendre et faire adopter au niveau international des critères basés sur la satisfaction des besoins de ces populations, en les aidant à développer des services publics innovants et des activités ayant des retombées directes pour ces peuples, comme la souveraineté alimentaire ?

              Et ne faut-il pas interdire les licenciements boursiers ?

              Et créer - notamment en France mais pourquoi pas au niveau européen - un organisme public de crédit qui conditionne les aides aux entreprises à de véritables créations d’emplois et de services aux populations ainsi qu’au respect de l’environnement, plutôt qu’à une rentabilité privée et à court terme favorisant la spéculation et la création de « bulles » financières à grande échelle ?
               
              Ces bulles qui - on le voit avec la crise actuelle et les crises passées du capitalisme - profitent à quelques privilégiés mais sont désastreuses pour l’immense majorité des habitants de la planète et pour la planète elle-même.

              Des propositions existent donc et ne demandent qu’à être débattues pour sortir de l’ornière où nous placent les tenants du libéralisme.

              http://www.dailymotion.com/relevance/search/union+dans+les+luttes%2C+Union+dans+les+urnes/video/x8pwrf_union-dans-les-luttes-union-dans-le_news


            • unandeja 20 avril 2009 14:32

              L’abstention fait le jeu de ceux qui sont en place....je m’étonne que tous ceux qui protestent ne se bougent pas pour voter ; cela serait la meilleure claque à mettre à ces technocrates qui nous pourrissent notre vie quotidienne...dernier exemple : la fin de l’emballage standardisé ou l’arnaque prévisible du consommateur et l’augmentation du volume des déchets d’emballage.
              (ex : on pourra vendre des bouteilles de lait de 0,9L a coté de celle de 1L...)


              • gagnepetit gagnepetit 21 avril 2009 15:03

                Un article de Sébastien Ticavet peut-il être sérieux ? Pas toujours ! C’est ce même individu qui, rebondissant comme un benêt sur une rumeur mal gonflée, a déversé sa haine sur un Philippe Val qu’il avait lui-même (!) nommé à la tête de France Inter... Peut-être qu’il pourrait, comme d’autres, s’excuser... Gniak gniark !


                • appoline appoline 22 avril 2009 19:17

                  Il faut bien avouer que depuis quelques décennies, les français ont vraiment l’impression que les politiques se foutent de leur gueule alors, freiner des 4 fers pour une nouvelle élection, n’aurait rien d’étonnant.
                  Et puis quand on voit les fonds extra-----ordinaires alloués aux fonctionnements de ces institutions franco-italo-belgo,hispano et j’en passe, là, on a vraiment la certitude d’être pris pour des cons.


                  • Radix Radix 26 avril 2009 18:07

                    Bonjour

                    J’irais peut-être voter si l’on supprime la commission européenne et que l’on mette en place un parlement démocratique qui propose et vote les lois.

                    Mais bien sûr il faudra interdire le lobbying qui achète les votes des députés, Monsanto est très actif, c’est plus économique que de soudoyer une majorité de députés dans tous les parlements nationaux.

                    Cela coûte combien un vote de député européen ?

                    Radix

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès