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Accueil du site > Actualités > Europe > Gardez vos distances, citoyens européens !

Gardez vos distances, citoyens européens !

L’UE : mille et un « machins » fonctionnent,

entre « initiés », loin des citoyens.

Et il n’y a pas que la Grèce ou les eurobonds. Encore que...

C’en est bientôt fini, du moins en France, de ces campagnes électorales où l’Europe n’aura pas eu la part qu’elle mérite en regard d’enjeux essentiels. La panne dans la construction n’a fait que s’aggraver à travers la crise, rendant plus visibles encore les lacunes abyssales. L’Europe intergouvernementale ( confédérale ?) a montré ses faiblesses et son inefficacité. Du coup, les vœux pieux d’une Europe fédérale rejaillissent de toute part quand les médias veulent bien s’en faire l’écho. Ici comme ailleurs : « çà eut payé mais çà paye plus » comme disait Fernand Raynaud. Oui, du temps des pères fondateurs quand le fracas des armes résonnait encore dans les mémoires et que les douleurs de la guerre étaient encore vives, mais, au jour d’aujourd’hui ( tautologie ici plus qu’adéquate) tout paraît si évident et même la possibilité de l’échec partiel ou total n’est pas écartée.

 Mal informé ou outrageusement désinformé, le public finit par se désintéresser d’un sujet qui lui échappe. La « une » est consacrée aux vedettes politiques, élues ou battues, quand ce n’est pas à leur environnement personnel immédiat et même parfois à leurs frasques les plus scabreuses. L’Union Européenne pas plus que le Conseil de l’Europe n’offrent ces opportunités médiatiques. Alors on oublie ou on s’en fiche.

 Pour occuper une plus grande place médiatique l’Union Européenne dispose pourtant d’outils institutionnels souvent jugés excessifs et bien pourvus en fonctionnaires a priori compétents, d’un recours permanents à une armée d’experts de tous poils et calibres, tous a priori avisés, sans compter les lobbies sûrement très pointus, actifs et efficaces dans le secteur dans lequel ils sont « missionnés ». Alors « tout ce monde et moi et moi et moi ! » fredonne le citoyen qui n’est informé qu’épisodiquement de mesures européennes pusillanimes mais percutantes qui permettent à loisir aux gouvernements nationaux de se défausser de leur propre responsabilités.

Une fonction publique européenne pléthorique  ?

 

La question se pose opportunément quand on prend en compte tous les secours collatéraux auxquels on a recours. Interrogeons à ce sujet M. Maros Sefcovic (photo),vice-président de la Commission européenne, chargé des Relations interinstitutionnelles et de l’administration.

 Ce jeune et brillant diplomate slovaque s’est exprimé lors des 7° Rendez-Vous Européens de Strasbourg, organisés au Parlement Européen sous l’égide de l’ENA. Il avait 23 ans en 1989 et avait terminé ses études de droit qu’il a pu réviser ou parachever aux Etats-Unis.

Pour lui, les 60 000 - 55% sont affectés à la seule Commission- fonctionnaires, issus des 27 pays de l’Union et choisis pour leur compétence et leur dévouement, ne sont pas trop nombreux au regard des « 5 millions de fonctionnaires et agents publics que compte la France. » et plus loin, il évoque cependant « une adaptation dans les années 2000 par l’externalisation des tâches de gestion et d’exécution, confiées à des agents contractuels »

Quel coût ? « 1% du PIB de l’Union soit 0,70 centimes d’euro par jour et par citoyen. » Rien ou peu ? Pour un smicard et sa famille (une épouse et 3 enfants) cela représente presqu’un smic par an ! Comptez. Et ce compte n’est guère plus fallacieux que celui du commissaire qui ne nie pas que des réformes sont nécessaires pour réduire les coûts dans cette période de crise économique et financière. « L’austérité doit prévaloir dans une plus grande rigueur ».

 Comment ? Par le gel des dépenses administratives, la révision du statut du personnel ( retraite à 65 voire à 67 ans), la diminution progressive de 5% des effectifs ( non renouvellement d’un départ sur deux ou trois), le temps de travail hebdomadaire porté à 40 heures comme dans la plupart des pays de l’Union…

En un mot : gagner en efficience. Reste au Parlement et au Conseil d’approuver ces propositions de la Commission. Pas facile.

Et le CESE dans cette perspective ?

 

Une institution méconnue( session plénière les 23 et 24 mai).

On y travaille pourtant très sérieusement dans ce Comité Economique et Social Européen (CESE) ne serait-ce que parce que les traités l’y contraignent : il doit être obligatoirement consulté, dans de nombreux cas, par les Instances comme la Commission, Le Conseil Européen ou encore le Parlement. Mieux, il peut également émettre des avis de sa propre initiative.

« Cocorico » l’exigeant, on en parlera sans doute, un peu, prochainement quand un de nos compatriotes sera porté à la présidence. Il s’agit de Henri Malosse ( photo), qui sera très vraisemblablement élu le 11 juillet prochain pour le reste du mandat, jusqu’en septembre 2015.

344 membres nommés pour cinq ans et répartis dans trois collèges ou groupes (Employeurs, Salariés, Actions Diverses soit les ONG) élisent leur président de groupe puis le président du Comité. Cette charge est tournante et revient traditionnellement au patron du groupe dont c’est le tour.

C’est donc là que notre compatriote, chef des « employeurs » désigné par l’Assemblée des CCI françaises, sera intronisé. L’homme, juriste de formation et sciences po, polyglotte authentique, est affable et surtout ardent européen. Il a enseigné l’Europe à Strasbourg où il a créé un DESS de Politiques Publiques en Europe. Depuis il est attaché à cette ville dont le siège du Parlement Européen est parfois contesté au profit du « tout à Bruxelles ».

Même si dans « certains milieux autorisés, on s’autorise » à prendre la menace au sérieux, la réponse de Henri Malosse est rassurante : « C’est une fausse rumeur qui n’a aucun fondement à ce stade. La France tient au siège du PE et il faudrait l’unanimité pour changer. Ce ne sont que spéculations gratuites de fonctionnaires désœuvrés ». Vrai, il y aurait donc des fonctionnaires désœuvrés ? Mais ce qui trouble davantage c’est ce « à ce stade ». On retrouvera le président Malosse en temps utiles.

Enfin que préconise la Société Civile par cet organe, quel programme ?

Quelques points forts :

ne pas se concentrer sur les détails comme la taille des cornichons mais améliorer la vie des gens.

soutenir la croissance et l’emploi

défendre les intérêts économiques de l’Europe dans la mondialisation.

améliorer l’éducation et la formation en s’inspirant de ce qui se fait de mieux en Europe

développer l’esprit d’entreprise….

Bravo monsieur Malosse, mais on entend çà partout et depuis longtemps. Il est vrai cependant que sous votre impulsion, le CESE a inspiré à la Commission une proposition législative de création d’une « Société privée européenne », ou encore le brevet européen, le statut européen de Fondation…mais, dites vous « dès qu’il s’agit de faire progresser l’idée européenne auprès de la société civile, de nombreux gouvernements freinent des quatre fers ».

On voit que la Société Civile est en principe prise en compte dans les Institutions depuis le traité de Rome et qu’on essaye de la faire entendre mais souvent en vain.

Un exemple anecdotique mais significatif.

A Strasbourg, pour la journée « Portes Ouvertes »au Parlement, le 20 mai dernier, les associations ardemment pro-européennes qui foisonnent en Alsace et Outre-Rhin, jadis accueillies dans l’immeuble, ont été « externalisées » dans la cour.

Vives protestations et colère ! En vain. Décision de fonctionnaires désœuvrés ?

Citoyens, gardez vos distances ! On s’occupe de vous !

 

Antoine Spohr. (Article paru sur Médiapart)

 


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