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Grèce, fin de partie

« Il y a deux façons de conquérir et d'asservir une Nation. L'une est l'épée. L'autre est la dette. » John Adams 1735 – 1826

A cette vérité qui semble être le monde d'aujourd'hui, opposons une « histoire » que m'a raconté un ami juif il y a quelques années, au temps où on avait encore le droit de rire des particularismes, spécialement des siens : Pendant la nuit, Moshé se tourne, se retourne, souffle, bref est stressé, énervé, ne dort pas. Au point qu'il en incommode sa compagne Sarah qui lui demande : « Mais qu'as tu donc Moshé, pourquoi es tu si énervé ? - Je dois de l'argent à David, je dois le rembourser demain et je ne pourrai pas, je n'ai ni les intérêts ni le capital. - Ah ! C'est ça qui te met dans cet état ? - Oui. - Bon, attends ». Sarah va à la fenêtre, l'ouvre, et crie : « David ! David ! » Au bout d'un moment, la fenêtre de David s'ouvre. « David, c'est Sarah, la femme de Moshé ! - Oui, et alors ? - David, Moshé te dois de l'argent, n'est ce pas ? - Oui – Il doit te rembourser demain, n'est ce pas ? - Oui – Et bien figure toi qu'il ne te remboursera pas, il n'a pas un rond ! » Sarah referme la fenêtre, se tourne vers son mari et lui dit : « Tu vois, maintenant, c'est lui qui ne dort plus ! »

Mais voilà, les Grecs n'ont pas joué cette carte. Du moins, pas pour l'instant. Comme je l'écrivais dans un article précédent, le jeu en cascade des CDS en cas de défaut de la Grèce mettrait en péril une bonne partie des institutions financières européennes. Mario Draghi croit avoir paré le coup en gavant les banques de liquidités. Alors, comme je l'évoquais aussi dans un autre article, ce sont d'autres pays de la zone Euro qui peuvent à leur tour devenir menaçant. S'ils sont gentils et humble, on peut envisager de les soutenir (Conversa informal entre Vítor Gaspar e Wolfgang Schauble), c'est l'asservissement, s'ils ont le malheur de vouloir redresser la tête, on les écrase (Italie, Grèce), on les met sous tutelle, c'est la conquête.

On a rarement vu une conquête ou un asservissement se faire au profit du dominé. En tout cas pas dans ces temps modernes pourtant si prolixes en bons principes, si déterminés à imposer la « démocratie », si intransigeants avec les « Droits de l'Homme ». Tous les plans mis en place concernant la Grèce, tous les conditions imposées aux gouvernement et au peuple de ce pays n'avaient qu'un seul objectif, un seul. Sauvegarder les intérêts financiers des opérateurs européens engagés sur la Grèce. Bien sûr qu'il était criminel d'imposer des plans d'austérité à un pays dont le PIB était déjà limité, bien sûr qu'une réduction du PIB entraîne de facto une diminution des recettes fiscales qui elle même entraîne une diminution de la capacité d'emprunt ou de rembourser les emprunts contractés. Ce sont des centaines, des milliers d'économistes à travers le monde qui ont crié. Mais, pourtant, inexorablement, les chefs d'Etat européens, le FMI ont maintenu, accru, leurs exigences criminelles.

Hier, les chiffres sont tombé. Le PIB grec s'est contracté de 6,8%. Après 4,5% en 2010 et 2% en 2009. Voilà, la messe est dite, fermez le ban, les Grecs ne pourront jamais rembourser quoi que ce soit. Il est des fois où nous aimerions avoir eu tort. Pourtant, il faut bien reconnaître que nous faisions partie de ceux qui, dès 2008 annonçaient que la prochaine crise viendrait vite et aurait les dettes souveraines comme point de départ et dès 2010 que la Grèce ferait défaut.

Nous y sommes. Le sommet européen d'aujourd'hui est annulé. Les marionnettes du parlement grec se sont ridiculisées dimanche pour rien. La Grèce ne sera pas sauvée. Les 130Mds promis pour le mois de mars seront « cantonnés » en attendant que les Grecs donnent de nouvelles garanties (que peuvent ils donner comme garanties ????), histoire de faire traîner les choses. Nos zélites pilotent à vue, je dirai même à courte vue. Ils prennent des décisions au jour le jour, sans perspective d'ensemble, sans objectif final, sans plan. Pour l'instant, il faut « passer » les élections. En France, en Grèce, en Allemagne, aux USA. Tous les coups sont bons. En cas de défaut avant les élections, les banques européennes sont blindées de cash que la BCE leur a généreusement octroyé. Un nouvel « open bar » de liquidités se met en place pour le mois prochain. Il s'agit d'amortir le choc des CDS. Évidemment, la BCE, au vue de son bilan, risque de souffrir. Alors ? Alors on bidouille des prises d'actifs, on crée un lien avec la FED que l'on croit plus solide, mais tout cela ne durera que quelques mois, pas plus.

Et nos amis grecs, dans tout cela ? Pas difficile d'imaginer que la situation sociale et politique va se dégrader. Il paraît que les agents du fisc sont en grève larvée, que la police refuse d'obéir à certains ordres, que certains fonctionnaires ont prévu des opérations commandos à la suite des dispositions de réduction de salaires prises dimanche dernier. Le chaos. Mais voilà, « ordo ab chaos ». Qui aujourd'hui a « les mains propres », qui a montré son sens des responsabilités en acceptant de participer à un gouvernement d'union nationale mais a refusé les conditions humiliantes ? Qui risque d'avoir le soutien de l'armée ? Le L.A.O.S. Soyons honnêtes. Personne ne peut se permettre d'avoir un pays en pleine révolution et guerre civile dans cette Europe que l'on a vendu si chèrement aux peuples comme source de paix, d'amour et de fraternité. Personne ne peut se permettre d'avoir un État faible en face de la Turquie qui se renforce et s'affirme de plus en plus conquérante. Un bon vieux coup d’État mené par l'armée et qui mette au pouvoir des nationalistes qui ont refusé de se mouiller dans les tractations européennes, voilà une alternative acceptable pour tout le monde. En échange, ils obtiendront la renégociation de la dette, la remise aux calendes.... grecques du plan de remboursement. Bien sûr, ils seront mis « au ban » de la société mais tout le monde continuera de commercer avec eux, ils sortiront de l'Euro, seront exclus de l'UE et rebâtiront une économie de survivance basée sur le tourisme et l'agro alimentaire. Au bout de quelques années, ils organiseront des élections, seront admis comme observateurs à l'UE (si elle existe encore) et tout le monde signera (comme pour l'emprunt russe) un accord bidon soldant définitivement cette histoire de dette.

Bon, bien sûr, il y a des tas d’aléas qui feront que cela ne se passera pas comme cela. Mais ce dont je suis sûr, pour bien les connaître, c'est que nos dirigeants ont ce scénario en tête.

Et si ce scénario ne tiendra pas, c'est parce que le mal est beaucoup plus profond que cela. Toute notre Europe est en crise, et pas seulement en crise monétaire, financière ou économique. Même si les élections se passent bien, c'est à dire sans heurts et sans grosse surprise, avec l'élection ou la réélection de l'oligarchie au pouvoir, que se passera-t-il en Espagne, en France, en Italie, en Grande Bretagne ? Nos situations économiques et budgétaires ne sont pas non plus en état de pouvoir faire face à nos dettes. Et les USA ? Décidément, à ne pas avoir voulu couper la main qui se gangrenait, c'est tout le corps du monde occidental qui est en passe de s'écrouler. A moins que... Si 2012 a été prophétisée par certains comme l'année de la fin d'un monde, c'est aussi le 700 ième anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc. Là aussi, tout était fichu. Isabeau de Bavière avait cédé le Royaume aux Anglais, le Roi n'avait même pas pu se faire couronner, la France était réduite à la portion congrue et survint... Bon, soyons honnête, les victoires de Jeanne n'auraient pu se transformer en reconquête et sauvetage sans Jacques Cœur... le business man ! Où sont ils aujourd'hui l'un et l'autre ?

Un article MaVieMonArgent.info


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14 réactions à cet article    


  • bernard29 bernard29 16 février 2012 09:15

    Ce qui est lamentable c’est que le parlement européen soit silencieux. Il semble qu’aucun groupe de nos élus européens n’ait une initiative, ne force aucun débat sur cette question. Le parlement européen et les élus européens sont aux abonnés absents. On ne sait même pas si ce parlement a été saisi du traité européen de merkosy... Je crois que les frais de fonctionnement de ce parlement européen, devraient être reversés aux Grecs. 


    • Yvance77 16 février 2012 10:10

      Salut,

      Cela n’est pas tout à fait juste. Il y a un exemple qui prend le contre-pied. Nigel Farage. Et, une vidéo postée hier sur Avox TV, en dit long sur ce que représente réellement ce parlement.

      En effet, vers le milieu on voit des gus disserter entre-eux, ne faisant aucun cas de l’excellente et justifiée envolée du député anglais. Ne pas écouter des voies discordantes, comme il est montré est une honte. Cette institution est sous le joug du NWO, il n’en est plus permis de douter. A vomir.


    • vida18 16 février 2012 11:50

      Le parlement européen a voté oui à la création d’euro-obligations.




    • lambda 16 février 2012 12:12

      @ bernard 29

      je partage totalement votre inquiètude sur le pouvoir du Parlement Européen et de ses dérives
      Le seul que l’on entend fustiger le fonctionnement de l’UE est Nigel Farage
      Aucun député français -même Mélenchon qui a pourtant une grosse voix, ni Marine Le Pen— ne - donne du canon lors des assemblées

      http://www.actualites.fr/nigel-farage-lunique-voix-du-peuple-au-parlement-europeen


    • devphil30 devphil30 16 février 2012 14:07

      Il est vrai que  Nigel Farage dit ce qu’il pense et qu’il n’a pas la pensée unique du parlement européen.


      Nous attendons effectivement nos grandes gueules françaises sur youtube pour nous relater leur rejet de ces structures européennes mais nous attendons toujours , a tremper le doigt dans le pot de confiture on y prend gout .....

      Philippe 

    • devphil30 devphil30 16 février 2012 09:57
      Le fait que les grecs soient endetté à déjà eu un précédent dans l’histoire (1940)


      La dette affaibli les pays , les rends dépends et fragiles 

      La situation de l’Europe actuellement est celle des années 30 

      Philippe

      • TDK1 TDK1 16 février 2012 17:19

        La Grèce a déjà fait faillite en 1826, 1843, 1860 et 1893… comme je le rappelais dans un article qui date de mai 2011 :  http://maviemonargent.info/2011/grece-la-fin-du-mensonge/


      • Aldous Aldous 16 février 2012 13:14

        Article intéressant mais mais aveuglé par un tropisme nationaliste.


        L’UE ne pousse pas a une arrivée au pouvoir des nationalistes ou de l’armée, au contraire.

        L’opération consiste à décréter que l’état grec est incompétent et qu’il faut le faire réformer par une Task Force luxambougoallemande.

        Le résultat sera que l’administration grecque deviendra un prolongement de l’administration européenne.

        L’état-nation grec sera absorbé par l’UE au profit d’une administration fédérale.

        Tout cela est aussi au programme en France : suppression des départements, des cantons, affaiblissement de l’état jacobin, montée en puissance du pouvoir régional.

        Le scénario varie de pays en pays mais le résultat sera le même.


        • TDK1 TDK1 16 février 2012 17:30

          Bonjour,


          Non, je ne suis pas aveuglé par un tropisme nationaliste, ne l’étant pas moi-même (ou alors nationaliste breton, mais ça c’est une autre histoire...) smiley

          Je pense sincèrement qu’à chaque fois que les oligarques bourgeois se trouvent dans une impasse, ils en appellent aux nationalistes avec lesquels ils collaborent (ce qui fait dire par erreur d’analyse aux marxistes que les nationalistes sont cul et chemise avec le grand capital) afin d’assurer le remise en ordre sociale et politique, condition impérieuse pour que les affaires fonctionnent. (Dans une certaine mesure, c’est que vous pouvez constater aujourd’hui dans les pays arabes où l’oligarchie internationale favorise honteusement les islamistes, idéologie identitaire et totalitaire, afin de remettre de l’ordre). 
          Votre analyse n’est pas fausse. Elle est simplement dépassée. Le sous titre de mon article est là pour le rappeler, oui, c’est probablement l’idée originelle. Oui, il y a certainement quelques européanistes français, plutôt idéologues que pragmatiques, qui pensent comme cela, mais la situation ne le permet plus et je crois que ceux qui détiennent le pouvoir (plutôt les européanistes allemands, plutôt ^pragmatiques qu’idéalistes) sont déjà passés à l’étape suivante. 
          Ce qui ne veut pas dire que le discours correspondant à votre raisonnement ne sera pas tenu... histoire d’agiter le chiffon rouge qui provoquera... le choas, qui provoquera.... le coup d’Etat...

        • wesson wesson 16 février 2012 22:38

          bonsoir Aldous,

          « L’UE ne pousse pas a une arrivée au pouvoir des nationalistes ou de l’armée, au contraire. »

          ça je demande à voir ...

          pour la Grèce, passé une certaine limite ce sera les militaires qui vont bouger, et il n’en sort jamais rien de bon.

          et déjà dans le présent, vous pouvez regarder ce qui se passe en Hongrie. Le centre gauche s’est totalement discrédité là bas car il était à la fois corrompu et pro européen. Maintenant vous y avez la droite aussi corrompue, mais avec tout un discours anti Européen, et une extrême droite ouvertement antisémite et qui participe au pouvoir. Un détail : la tuberculose est revenue dans le pays.


        • Jason Jason 16 février 2012 18:35

          Très bon article.

          Tout le monde va vouloir de l’ordre. Et il reste à savoir comment ça va se passer. 

          Après 10 ans de révolution, en 1799, Sièyès alors membre du Directoire déclara : « Je cherche une épée ». Et ce fut le 18 Brumaire.

          Qui la trouvera ? Qui la sortira ? Car, si on ne réétale pas la dette grecque, c’est ce qui risque de se passer.

          Une sortie de crise n’est possible que si le corps politique de ce pays se réorganise et que quelqu’un (mais qui ?) mette fin au règne des 4 ou 5 grandes familles qui sont au pouvoir depuis des décennies, que les revenus de l’Etat soient assurés, qu’une organisation du cadastre soit créée, que le clientélisme et la corruption organisée cesse, que, que, que...

          Scénario peu envisageable sur le court terme exigé par les financiers. A moins que la Grèce ne sorte de l’Euro, et tant pis pour les « collateral damages ». A propos, les CDS, en cas de défaut de la dette grecque, se montent à combien, et qui seront les perdants ?


          • Le péripate Le péripate 17 février 2012 00:08

            Qu’est-ce que j’apprends ! Des fonctionnaires, même grecs, pourraient faire grève, et ce serait le chaos !
            Bon on va leur expliquer aux grecs : ici, en France, ça fait des années que le chaos on connait.

            On s’organise, c’est tout.


            • Nina888 17 février 2012 01:44

              La solution est l’INTERDICTION de l’ARGENT !!!
              L’argent c’est le cancer du monde voilà tout ....
              Plus d’argent et le problème des crises, des guerre, de la criminalitée ne se pose même plus ....

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