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Grèce, Italie : quand la finance prend le pas sur le politique

On sait ce qu'on perd, rarement ce qu'on gagne. Le remplacement de Silvio Berlusconi par Mario Monti a à la tête du gouvernement italien a suscité des mouvements de liesse populaire dans la péninsule, il a surtout rassuré les marchés. La joie risque d'être de courte durée. Il faut parfois se méfier des faux amis.

Mario Monti n'est pas un technocrate terne. Commissaire européen au Marché intérieur puis à la Concurrence de 1994 à 2004 avant d'engranger quelques émoluments comme conseiller international chez la sulfureuse banque d'affaires Goldman Sachs, Mario Monti figure en bonne place parmi les fossoyeurs de l'industrie européenne.

Certes, c'est lui qui a réussi à infliger une colossale amende de 497 millions d'euros à Microsoft, le géant américain dirigé par Bill Gates, pour infraction aux lois européennes antitrust. Mais, c'est toujours lui qui entre autres a bien failli faire capoter en 2003 le plan de sauvetage d'Alsthom mené par un certain Nicolas Sarkozy alors ministre de l'économie et des finances.

Ennemi revendiqué d'une puissante industrie européenne capable de rivaliser avec les géants des autres continents, Mario Monti est en revanche beaucoup plus complaisant à l'égard des banques et de l'oligopole qu'elles constituent.

Surnommé "le cardinal", à 68 ans cet économiste présenté comme pondéré n'a guère le sens de l'exemplarité. Alors qu'une redoutable cure d'austérité devrait tomber prochainement sur les épaules de nos voisins transalpins, le nouveau chef de gouvernement en cadeau de bienvenue a accepté sa nomination comme sénateur à vie. Une disposition de la Constitution Italienne similaire à celle accordée un temps au Chili à Augusto Pinochet essentiellement pour l'immunité qu'elle apporte. Quel symbole !

"Super Mario", comme l'avait qualifié The Economist en 2000 a été longtemps l'un des plus puissants bureaucrates européens. L'arrivée d'un technocrate aux commandes par et pour les marchés est un bien mauvais signal à un bien mauvais moment. Un peu somme toute comme quand en plein conflit les gouvernements démocratiques s'effacent devant des généraux présentés en ultime recours.

Le grand Clemenceau nous avait pourtant prévenus : "la guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires". Il en est de même pour les crises économiques. La remise au pas de la finance internationale ne se fera pas avec des obligés issus de son sérail.

D’un même et unique sérail d’ailleurs comme le relève Le Monde. Marc Roche écrit ainsi que "la banque d'affaires américaine Goldman Sachs a tissé en Europe un réseau d'influence unique sédimenté depuis des lustres grâce à un maillage serré, souterrain comme public". Et de relever que "Mario Draghi, Mario Monti et Lucas Papadémos respectivement le nouveau président de la Banque centrale européenne, le président désigné du conseil italien et le nouveau premier ministre grec appartiennent à des degrés divers au "gouvernement Sachs" européen".

Les faits semblent donc donner raison à Pierre Larrouturou lorsque celui-ci, dépité, constate dans les colonnes de Mediapart que, "les fous ont pris les clés de l'asile". C'est bien en fait, une mise entre parenthèses de nos démocraties à laquelle nous assistons. Un effacement démocratique consenti par des assemblées dépassées trop heureuses de confier les pleins pouvoirs à des techniciens supposés réparer l'irréparable.

On peut s'interroger si finalement les arrivées simultanées au pouvoir en Grèce et désormais en Italie d'obligés de la finance internationale ne seraient pas destinées à enterrer un peu plus l'adoption révolutionnaire par le parlement européen, le 8 mars dernier, de la taxe Tobin sur les transactions financières. Une décision qui ne sera sans doute jamais mis en œuvre et dont on estime pourtant qu'elle rapporterait au minimum 250 milliards à une UE contrainte à défaut de faire la manche à la Chine.

Une Chine dont le dirigeant de l'un des plus importants fonds souverains déclarait dernièrement : "Les troubles dans les pays européens résultent des problèmes accumulés par une société en fin de course qui vit d'acquis sociaux. Les lois sociales de l'Europe sont obsolètes. Elles conduisent à la paresse et à l'indolence plutôt qu'à travailler dur". Nous voilà prévenus.




par Henry Moreigne (son site) mardi 15 novembre 2011 - 27 réactions
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