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Accueil du site > Actualités > Europe > Grèce : le parlement choisit l’austérité

Grèce : le parlement choisit l’austérité

C’est fait : par une courte majorité, le Parlement grec a voté le plan d’austérité du gouvernement. Ce choix devrait permettre le versement des fonds du FMI et de l’Europe et ouvre la voie à un nouveau plan. Rien n’est réglé mais l’euro et les créanciers du pays sont temporairement sauvés.

« Sauver les grecs de la faillite » ?

Le traitement de beaucoup de médias est stupéfiant : les pays européens et le FMI aideraient la Grèce à éviter la faillite. Cette présentation des faits est totalement abusive. Tout d’abord, un Etat ne fait pas faillite, dans la mesure où il ne cesse pas son activité comme une entreprise. Un Etat peut faire défaut sur sa dette (ne pas la rembourser), partiellement ou totalement, comme cela a été le cas de l’Argentine en 2002 quand elle a cassé le lien entre peso et dollar.

Ensuite, dire que nous sauvons la Grèce ou les Grecs paraît tout de même un peu abusif quand on constate à quelles extrémités les plans d’austérité demandés par l’Europe et le FMI poussent le gouvernement. Nous assistons à une immense régression sociale que ce papier du Monde met bien en lumière. En général, un sauvetage est moins sanglant et moins violent pour les personnes qui sont sauvées. En fait, ce ne sont pas les Grecs qui sont sauvés par ces plans.

Ce sont bien les créanciers de la Grèce et l’euro qui sont sauvés. Dans le cas des créanciers, c’est d’autant plus choquant que ce sont les Etats (directement ou à travers le FMI) qui se substituent aux institutions financières privées pour assumer le risque d’un défaut que l’immense majorité des analystes estime très probable. Et c’est aussi l’euro qui est sauvé dans la mesure où une sortie de la Grèce aurait probablement un effet domino destructeur pour la monnaie unique.

Une coûteuse perte de temps

Bien sûr, il ne faut pas se voiler la face, l’option de refuser l’aider internationale, de sortir de la monnaie unique, de dévaluer et de faire défaut partiellement ou totalement sur la dette ne serait pas une sinécure pour la Grèce et les Grecs. Le pays n’aurait plus accès aux marchés des capitaux et devrait donc brutalement équilibrer ses échanges. Parallèlement, le prix des produits importés s’envolerait. Il faudrait sans doute introduire un contrôle des changes strict.

Mais, le cas de l’Argentine, qui n’était pas dans une situation moins périlleuse, démontre qu’après quelques mois difficiles, la dévaluation est un puissant outil pour relancer l’économie. A peine un an après le défaut, la croissance reprenait à un rythme vigoureux (plus de 7% par an), la production industrielle s’envolait, le chômage et la pauvreté baissaient fortement, comme le montre Yann. Bien sûr, l’économie argentine souffre encore d’inflation, mais les choix de 2002 étaient les bons.

Le plus incroyable demeure le déni complet de réalité de la troïka qui fait comme si la Grèce pourrait un jour rembourser sa dette. Pire, plus nous attendons, plus la restructuration devra être importante. Mais, entre temps, les Etats (et donc les contribuables) se seront substitués aux banques privées et les Grecs auront beaucoup souffert. L’incapacité des Etats à adopter une solution durable est navrante. Cela tient peut être au fait qu’il est impossible d’en construire une dans le cadre de l’euro.

Une telle décision était malheureusement prévisible : la Grèce n’a pas envie de dire « non » à une Europe qui l’a beaucoup aidé et la sortie de l’euro n’est pas une solution revendiquée par les opposants. Mais comme à Buenos Aires, l’austérité sauvage pourrait bien faire changer les Grecs d’opinion…


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9 réactions à cet article    


  • Roosevelt_vs_Keynes 30 juin 2011 11:17

    Le 15 juin, les indignés madrilènes du mouvement du 15 mai (M-15) ont publié un document de 31 pages intitulé : « Propositions ouvertes du groupe de travail économique ». Extraits :

    * Contrôle démocratique et transparence des activités des banques publiques et privées. Soumission de la puissance financière à la puissance démocratique ; transparence et contrôle démocratique des activités des banques publiques et privées.

    * Séparation des activités de spéculation et d’investissement.

    * Obligation des participants financiers au marché, des agences de notation et des institutions comme la Banque d’Espagne, la Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International d’être assujettis au droit civil et pénal.

    Dans un autre paragraphe, le point 3) dispose :

    « La Constitution de 1978 garantit dans son Préambule l’existence d’un ordre social et économique juste », puis déclare :

    Nous voulons donc, comme le prescrit la Constitution, reprendre le contrôle démocratique sur les puissances citées ci-dessus. Ce contrôle prend la forme de la séparation des activités des banques commerciales de celles des banques d’investissement et d’assurances. Les banques commerciales prennent en charge les dépôts des épargnants et les font travailler pour réinjecter le profit dans la société, ce que nous tenons donc pour utile et nécessaire. Au contraire de cela, les banques d’investissement et d’assurance reposent sur la création de capitaux, dont le principe même est improductif pour l’ensemble (la société), et sur des spéculations avec les dépôts des épargnants pour l’enrichissement d’individus par des opérations sur le marché financier. Cette mesure signifie donc la protection des économies des populations contre les risques des marchés.

    Par ailleurs, le document exige que soit déclaré un audit des dettes étrangères de l’Espagne ainsi qu’un moratoire sur les dettes espagnoles, de fermer les paradis fiscaux, de taxer les transactions financières et de n’entreprendre aucune action de sauvetage du pacte de stabilité de l’euro.

    Tout ce ceci est connu et reconnu partout dans le monde. Les seuls qui peuvent initier l’action, ce sont les Etats-Unis. La loi est introduite au Congrès depuis le 12 avril 2011. Obama s’y oppose.


    • Thorms 30 juin 2011 13:49

      "Les banques commerciales prennent en charge les dépôts des épargnants et les font travailler pour réinjecter le profit dans la société, ce que nous tenons donc pour utile et nécessaire."

      Comment la banque fait-elle pour faire travailler l’argent sans l’investir ou spéculé avec ?


    • Roosevelt_vs_Keynes 30 juin 2011 14:07

      La chose est à considérer de haut en bas, et le principe est le même :

      En haut (nation ; intérêt général) :

      Le principe de l’émission de crédit productif public repose sur le principe suivant : un Etat (mais plus réaliste : des Etats ensemble) émet du crédit public souverain alimentant UNIQUEMENT des grands projets décidés par le parlement au niveau national, européen et international.

      La Banque de France fait alors une avance au Trésor (c’est le trésor qui demande l’émission de crédit sur demande du parlement) , avec un taux de 1 à 2%. C’est ce taux qui, en retour du processus de création de richesses, va financer le fonctionnement administratif du pays : sauf exception, jamais un franc, un euro ou un quoi que ce soit ne doit être émis pour financer l’administratif : c’est ce qui empêche intrinsèquement l’inflation.

      Ce principe a été inventé par Alexandre Hamilton (1791). Franklin Roosevelt l’a amélioré en éliminant la spéculation de l’équation avec le Glass-Steagall (1933) . L’idée fut reprise en France en 1945 sur proposition du Conseil national de la résistance, et abrogée en 1983 par Delors et en 1999 aux USA). Le 14 avril 2011, donc, la démocrate Marcy Kaptur a réintroduit ce principe au Congrès, mais Obama bloque.

      En 2009, la Chine et la Russie ont commencé l’instauration d’un système international de crédit basé sur ce principe. Tout le monde en a entendu parler à la télé, évidemment :) :)

      En bas (citoyen, intérêt général)

      Tout comme le livret A a été créé pour financier les PME, le principe est toujours le même : du crédit qui est mis au service de projets servant l’intérêt général.


    • Alexis_Barecq Alexis_Barecq 30 juin 2011 23:08


      Woawwwwww !!!

      C’est du lourd !

      Il y a, chez ces indignés là, une dose de bon sens, de courage politique, de sens de la mesure et des priorités, de vitalité, de pertinence... qui dépasse largement ce à quoi je m’attendais...

      Les Indignés ? Hum... affaire à suivre de très près !


    • PhilVite PhilVite 30 juin 2011 14:57

      Le plus drôle c’est que le transfert du privé vers le public de la dette grecque se fait sous nos yeux, tranquillement, comme si c’était tout naturel.
      Ainsi quand la Grèce fera défaut, ce qui arrivera inéluctablement, c’est nous autres, contribuables des pays «  »«  »aidants«  »«  », et encore pour un certain temps solvables, qui devrons payer l’ardoise. Laquelle ardoise, rajoutée à notre propre dette - qui gonfle et gonfle sans cesse - ne manquera pas de faire de nous...des Grecs, nouvelle engeance à ruiner et à piller. Car n’en doutons pas, notre tour viendra d’être traités comme les grecs aujourd’hui.

      Quelle belle machinerie ! Bravo Goldman Sachs et consorts !!

      Etre pris pour de cons à ce point-là est proprement sidérant.
      Mais il faut bien reconnaître que pour ne pas pendre ces gens-là haut et court, dès aujourd’hui, c’est que nous sommes effectivement sacrément cons !


      • zany 30 juin 2011 15:10

        Cela faisais longtemps qu’une révolution n’avais pas eu lieu en europe...

        Certain commentaire sur d’autre site indique ce qu’il y a marqué sur certaine banderole...

        « Nous vous jugerons, et vous exécuterons » je n’ai qu’une chose à dire VIVE la Grèce, haut et court.

        Un grecque en colère sa t’invente un nouveau système démocratique, il nous faut bien surveiller les différentes évolution de ce début de révolution, car les mêmes méthode voir pire nous serons infligé lorsque ce sera notre tours.


        • Alpo47 Alpo47 30 juin 2011 15:38

          Effectivement, tout le monde sait que la Grece ne remboursera pas et que le défaut de paiement est inévitable. Egalement que les nouveaux créanciers, les Etats européens seront tous dans la mouise, et pourtant nos gouvernants continuent ce processus de prêt et d’endettement.

          Le ravin est devant, mais le conducteur du train accélère.

          Il s’agit juste d’une éclatante démonstration de leur dépendance du pouvoir financier et de leur intention de livrer tous les Etats dans les mains des banksters (en fait des actionnaires des banques, un petit groupe de familles ).

          Et lorsqu’on a dit cela, on fait quoi pour y échapper ? Peut être, serait il temps que nous leur exprimions notre désaccord ?


          • Quidam 1er juillet 2011 09:46

            Bonjour, 

            Alpo47, à propos de ces « familles » : 
            Quelqu’un connait-il les proportions entre petits actionnaires - grands actionnaires, et volumes respectifs d’argent manipulé ?
            Qui sont les actionnaires, en chiffres ?
            Merci de votre éclairage

            • Gilles BERTIN Gilles BERTIN 1er juillet 2011 11:07

              Une porte de sortie honorable pour la Grèce et l’€uro


              Contrairement à une idée communément répandue qui doit plus à la loi du talion qu’aux sciences économiques, il n’’est aucunement nécessaire que les Grecs sortent de l’’euro dont le dé-tricotage seraient une catastrophe pour toute l’’Europe.


              Une seule mesure suffirait : l’’instauration à usage interne à la Grèce d’’une monnaie secondaire pour tout commerce, salaire ou pension payés par et pour les Grecs. Mesure applicable d’’ailleurs à n’’importe quel pays désirant épurer et redynamiser son économie (Argentine).


              Trois conséquences à cette mesure :


              1°) Leur consommation serait réduite à la production nationale, ce qui n’est peut-être pas grand-chose, mais coupe court aux déficits. L’euro de facto se verrait réservé aux échanges internationaux et à la libre circulation des biens et personnes dans l’’UE. La consommation intérieure ainsi promptement réduite, la balance des paiements serait bientôt restaurée et, à l’’issue d’’un bref moratoire, les dettes seraient finalement remboursées EN EUROS CONSTANTS.


              2°) Mais dans un premier temps, les institutions créancières de la Grèce, après lui avoir pompé ce qui lui reste aujourd’hui officiellement d’’euros, se retrouveraient en difficulté. Plutôt que de les soutenir - erreur (ou volonté) majeure commise pour transposer la dernière crise économique en crise sociale - les gouvernements les laisseraient tranquillement couler avant de les nationaliser pour une bouchée de pain en garantissant leurs avoirs et placements aux épargnants non institutionnels afin d’’éviter la paupérisation des classes moyennes et pauvres, c’’est-à-dire 99,9% de la population.

              3°) Sur ces décombres, une nouvelle politique économique pourrait être menée, empruntant le meilleur de l’’interventionnisme keynesien et de l’’absolu libéralisme de Hayek, un mélange a priori paradoxal, mais l’’économie en a vu d’’autres. L’’état se replierait sur ses devoirs régaliens qu’il pourrait enfin dignement assumer et le marché ferait dynamiquement le tri du reste. La compétitivité de l’’UE s’’en verrait restaurée.

              Que ceux qui pensent pareille mesure impossible songent à ce que font depuis peu les Américains lorsque la FED rachète leurs Bons du Trésor. Tout simplement, ils doublent leur pouvoir d’’emprunt en s’autocréditant. Mesure à mon sens néfaste qui ne peut mener qu’à une hyperinflation qui ne pourra en aucun cas s’’avérer compétitive, le dollar perdant dans l’’opération la crédibilité qui fonde son rôle de monnaie de réserve. Le principe de la double monnaie échappe à ce risque en limitant l’’argent crée à des nations, régions ou même villes. Elle n’’a aucune incidence sur les échanges internationaux ou communautaires. Sa multiplication n’’est limitée que par la nécessité et le PIB des institutions émettrices.

              En économie, c’’est toujours l’’imagination qui triomphe. Jamais l’’orthodoxie.

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