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Accueil du site > Actualités > Europe > Hongrie : le mauvais visage de l’UE

Hongrie : le mauvais visage de l’UE

Danse avec Viktor. La nouvelle décennie débute avec une présidence semestrielle du Conseil de l’Union européenne confiée à une Hongrie dont la gouvernance autoritaire du Premier ministre inquiète de nombreux eurocrates mais pas le Parti Populaire Européen. Wilfried Martens, l’ancien Premier ministre belge néerlandophone président du PPE qui regroupe les eurodroites a souhaité la bienvenue à Viktor Orban sans un mot ou une allusion aux atteintes démocratiques confirmées le 21 décembre 2010 par l’adoption de mesures portant atteinte à la liberté de la presse. La France n’a pas fait mieux.

Jean Quatremer, journaliste à Libération et animateur talentueux du blog Coulisses de Bruxelles mais aussi Le Monde pour ne citer que lui ont multiplié depuis le 29 mai dernier, date de l’arrivée au pouvoir de Viktor Orban, les articles sur ce qui ressemble à une lente, mais inexorable, descente aux enfers.

Du placement de fidèles à la tête de tous les organismes de services publics au bâillonnement de la Cour constitutionnelle, rien ne semble en capacité d’arrêter la marche vers la dictature de Viktor Orban et de son parti membre du PPE, le Fidesz.

La loi liberticide sur les médias semble marquer un nouveau tournant dans le cadenassage du pays puisqu’elle permet d’étrangler financièrement tout média publiant des informations “dépourvues d’objectivité politique“.

De façon incompréhensible les autorités françaises se gardent bien d’émettre la moindre réserve contre Budapest. Au contraire, la diplomatie de la patrie des droits de l’homme y est allée de son petit message d’encouragement à ce pays cher à la famille Sarkozy : “Nous souhaitons à nos partenaires hongrois un plein succès pour leur première présidence du Conseil de l’UE. Nous leur renouvelons notre entière confiance dans la volonté et la capacité de la Hongrie à mener à bien cette présidence soigneusement préparée, et à porter, au nom de l’Union, les valeurs qui nous sont communes.”

Interrogé sur le sujet par Jean Quatremer , Laurent Wauquiez ministre français délégué aux Affaires européennes a fait preuve d’une indécente réserve en se refusant à “donner des leçons” à la Hongrie. L’histoire nous a hélas apprit où mènent ces attitudes Munichoises.

Les inquiétudes sont fondées. Sylvie Braibant, rédactrice en chef à TV5Monde décrit sur son blog Caravane les rives glauques du Danube : “Les journées de commémoration au souvenir de la grande Hongrie du temps de l’empire austro-hongrois se multiplient. La nationalité hongroise est offerte à tous les membres des communautés magyars présentes dans d’autre pays. Et la culture est mise au pas cadencée, sommée de chanter les gloires du pays et pas de tendre la main ou de jeter des passerelles vers les voisins. Ainsi, un concert roumain a-t-il été déprogrammé du théâtre national, le 30 novembre veille du jour anniversaire de la perte de la Transylvanie par la Hongrie, pour atteinte à l’identité hongroise. Robert Alföldi, le directeur du théâtre est prié par le Jobbik d’aller exercer « dans une cave du 7ème arrondissement (quartier juif de Budapest), où ce juif homosexuel pourra montrer ses spectacles d’avant garde.”

Sur Mediapart , Edwy Plenel a également pris sa plume pour fustiger l’avènement d’une présidence hongroise qui marque selon lui l’abandon par l’Europe de l’un de ses principes fondateurs à savoir, la défense et la promotion de la démocratie. Le fondateur de Mediapart rappelle à ce sujet les dispositions du préambule du Traité sur l’Union européenne et la Charte des droits fondamentaux de l’UE qui font clairement apparaitre l’incompatibilité des mesures adoptées en Hongrie.

Tout naturellement les regards se tournent vers la Commission européenne, institution politiquement indépendante des gouvernements nationaux, qui représente et défend les intérêts de l’UE dans son ensemble.

Après le coup d’éclat de Viviane Redding contre la politique de la France sur la question des Roms on pouvait s’attendre à une réaction des plus vives. De façon incompréhensible les commissaires se livrent à un véritable concours d’autruche sur la question, José-Manuel Barroso le premier. La patate chaude après avoir hésité entre la Commissaire aux Affaires intérieures, et Viviane Reding, chargée de la citoyenneté est finalement revenue … à la Commissaire en charge de l’économie numérique, Nelly Cruse, qui a timidement fait part de ses “inquiétudes”. Sous la pression la Commission a finalement sommé la Hongrie de justifier la création de son Conseil des médias, instance visant à “superviser” la presse.

Oscillant selon l’expression de Jean Quatremer entre démocratie autoritaire et dictature molle, la Hongrie sept ans seulement après avoir intégré l’Union européenne, se trouve aux commandes d’une UE à la monnaie vacillante. Si depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, qui a institué un président du Conseil européen, le rôle des présidences tournantes s’est théoriquement amoindri, la mise en avant de la Hongrie en toute impunité constitue un appel d’air à la montée des populismes en Europe. Décidemment le vieux continent aime à se faire peur en donnant libre cours à ses vieux démons.


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14 réactions à cet article    


  • 2102kcnarF 4 janvier 2011 12:57

    Jean Quatremer supporte beaucoup mieux la dictature des marchés imposée par Bruxelles...

    C’est dommage que le réveil des nations passent par le fascisme, mais que voulez-vous, ce réveil refuse d’être pris en compte par les partis classiques de la gauche et de la droite néo-libérale ! D’ailleurs cet hongrois en matière économique est-il non-orthodoxe au sens bruxellois du terme ? C’est seulement quant il déciderait d’être cohérent en devenant protectionniste que la levée de bouclier des néo-libéraux se ferait violente..... smiley


    • Peachy Carnehan Peachy Carnehan 4 janvier 2011 15:07

      Mais que fait l’Europe ? Ah, oui je suis bête... elle s’en fout, l’Europe, des libertés qui sont menacées. Comme elle se contre-fout des acquis sociaux des peuples, de leurs cultures, de leurs particularismes. L’Europe ne défend que le fric et les banques, et elle en crèvera.


      • Montagnais Montagnais 4 janvier 2011 15:57

        Vous dites : « puisqu’elle permet d’étrangler financièrement tout média publiant des informations “dépourvues d’objectivité politique“. »

        C’est toute la presse française, et tout le spectron qu’il faudrait alors étrangler à la lumière de ce critère.. Pourquoi gueuler contre la Hongrie alors qu’ici il y a largement matière ?

        2102kcnarF qui écrit : « C’est dommage que le réveil des nations passent par le fascisme, »

        Le fachisme est mort et enterré depuis belle lurette, mais sa dépouille sert encore, le diable du Moyen-âge.. Non non, ce qui peut arriver maintenant est d’un ordre absolu de nouveauté, par absolue nécessité, style Adbuster peut-être, désengagé, affranchi (mais perçu comme tellement dangereux par les hyper-nantis !).

        Mais vous pouvez en être certain, la moindre remise en question de l’UMPS, la moindre mise en doute de la légitimité du parlement (ces 500 garde-chiourmes hautement stipendiés), la moindre attaque contre la « sociale-oligarchie », l’industrie de la réclame, l’industrie mafieuse de la finance spéculative, l’industrie de l’amusement public par media et spectron interposés feront hurler les puissants - et leurs valets de pied - au fâchisme !..

        Le système actuelle de l’oligarchie : un ensemble de sujets absolument tabous, un corps social en décomposition, affublé des oripeaux de la démocratie.


        • rastapopulo rastapopulo 4 janvier 2011 17:35

          Pas un mot sur le contexte hongrois !

          Juger à priori du haut de notre grande démocratie (Bildelberg, européaouiouisme, omerta sur le Glass Steagall qui empêchait pendant 50 ans la finance folle avant l’UE, omerta sur le crédit publique même productif,...) est vraiment abscons mais tellement encouragé !

          Bon je m’y colle avant qu’un connaisseur aille enfin dans le détail :

          - Orban a été menacé de mort 2 fois sur les média opposants (très amusant de voir qu’un acteur jouait le rôle d’un vrai tueur à gage à qui la question « combien pour tuer Orban » était posé...). C’est eux qui sont donc responsable de l’escalade (source wiki)

          - Orban s’est attaqué aux banques et aux grandes entreprises, soit le contraire des dogmes européaouiouistes, ce qu’il lui a valu une attaque de Moody sur la note hongroise alors que Moody’s reconnaissait que même l’exposition à la monnaie suisse (15%), seul faiblesse, ne rendait pas les banques hongroises aussi insolvable que les nôtres (source WSJ)


          • Tuscany 4 janvier 2011 21:02

            Très intéressant, j’espère vraiment qu’à l’avenir, il ya un meilleur système.
            By Toscane


            • galien 5 janvier 2011 06:24

              Tu reviendras mon neveu, on sait ce qui te chiffone au fond :

              "Le gardien de la Constitution ne pourra donc pas annuler la« renationalisation » des caisses de retraite privées, dénoncée comme un hold-up de l’Etat sur un pactole de 11 milliards d’euros… Une opération qui permettra à la Hongrie d’afficher un excédent budgétaire de 5% du PIB en 2011 (contre 3% de déficit cette année). Cette confiscation de l’épargne privée a eu pour effet d’entraîner un effondrement de la confiance des marchés."

              http://www.liberation.fr/monde/01012310894-viktor-orb-n-roi-du-baillon

              Les gens sont prêt à tout pour sortir des griffes de la finance, il est là le mauvais visage.


              • BA 5 janvier 2011 08:59

                Mardi 4 janvier 2011 :

                Sur le site internet du journal allemand DIE WELT, le sondage du jour pose la question :

                 

                « Glauben Sie, dass die Eurozone 2011 zerbricht ? »

                « Pensez-vous que la zone euro va éclater en 2011 ? »

                 

                Réponse des sondés : oui, à 72 %.

                 

                http://www.welt.de/debatte/kommentare/article11951563/Euro-Rettung-wird-Deutschland-epochal-veraendern.html


                • ARMINIUS ARMINIUS 10 janvier 2011 09:10

                  Résultat tombé 0 66% lundi matin, il n’empêche que c’est beaucoup trop ! Une explication : L’Allemagne est le seul pays européen à sortir réellement de la crise, après une vrai cure d’austérité, tous les clignotants passent au vert et les Allemands n’ont pas envie de payer pour les fourmis fantoches et autres cigales européennes...le tandem Franco-Allemand ne fonctionne plus car nos dirigeants n’ont pas fait preuve d’autant de réalisme économique, loin s’en faut...


                • BA 9 janvier 2011 09:57

                  Faillite du Portugal : l’Allemagne et la France commencent à paniquer.

                  Lisez cet article :

                  Samedi 8 janvier 2011 :

                  Berlin et Paris veulent forcer le Portugal à demander l’aide de l’Union Européenne.

                  Les gouvernements allemand et français veulent contraindre le Portugal à demander à son tour une aide financière dans le cadre du plan de sauvetage européen, affirme l’hebdomadaire Der Spiegel à paraître lundi 10 janvier.

                  Sans citer de source précise, Der Spiegel affirme que « des experts gouvernementaux » des deux pays s’attendent à ce que le Portugal ne puisse bientôt plus se financer sur les marchés.

                  « Le signal d’alarme a été tiré, selon eux, lorsque le Portugal a dû proposer la semaine dernière 3,69 % d’intérêts pour une émission obligataire à six mois. A titre de comparaison, le même jour, l’Allemagne a placé un emprunt à 2,87 % sur dix ans sur le marché », écrit l’hebdomadaire.

                  Le Portugal doit rapidement se placer sous l’assistance européenne pour éviter une contagion à l’Espagne voisine ou à la Belgique.

                  Les membres de la zone euro devraient s’engager dans le même temps à fournir tous les moyens nécessaires pour défendre la monnaie unique, quitte à dépasser les 750 milliards d’euros déjà mis à disposition, assure encore le magazine.

                  http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5ioU0qkhNoTdqnSNl5BmCiaFh OflQ?docId=CNG.b2faa182515312953f9b79472d025947.b81


                  • JL JL 9 janvier 2011 10:07

                    Le système est diabolique : au nom de la solidarité, on va tous se suicider !

                    J’explique : au prétexte de sauver la monnaie commune, on peut aujourd’hui obliger un pays à recourir à une aide dont il ne veut pas, ce qui revient à appliquer une saignée sur un malade anémié ; car les restrictions budgétaires ne sont pas autre choses !

                    C’est le coup d’Etat permanent perpétré par les marchés, et à l’échelle d’un continent !


                    • wesson wesson 9 janvier 2011 15:02

                      bonjour l’auteur,

                      Nos médias à nous sont tellement libres : détenus par en gros 5 nababs dont les groupes vivent à l’aide de contrats passés avec l’état, ils s’illustrent par leur complaisance à l’égard d’une toute petite oligarchie, et organisent une fausse alternance droite/gauche afin de donner le change et continuer à nous maintenir dans l’illusion de démocratie.

                      Pire, le contenu tellement pitoyable a réussi à détourner leurs lecteurs/auditeurs/téléspectateurs, de façon qu’ils ne peuvent in fine survivre que à l’aide d’une aide gouvernementale gigantesque, et d’une destruction méthodique des médias du service public.

                      Dans ce contexte là, balayons devant notre porte, et laissons les Hongrois se démerder avec leur propre problèmes.


                      • DUCATI 9 janvier 2011 21:43

                        Le fondateur de Mediapart rappelle à ce sujet les dispositions du préambule du Traité sur l’Union européenne et la Charte des droits fondamentaux de l’UE qui font clairement apparaitre l’incompatibilité des mesures adoptées en Hongrie.

                        le fondateur de médiapart devrait rappeler que le TCE est rejeté par le peuple


                        • Rabbi Ismaël Delacroix 9 janvier 2011 22:03

                          "Il a en outre fait adopter une loi accordant d’importants droits aux minorités magyares (trois millions de personnes) disséminées dans les pays voisins, ce qui a provoqué les critiques des pays concernés.« 

                          http://fr.wikipedia.org/wiki/Viktor_Orb%C3%A1n

                          c’est étrange, mais ça ne cadre pas avec le portrait du »raciste"
                          dépeint ici...


                          • Gérard Luçon Gerard Lucon 10 janvier 2011 00:34

                            remplacez Orban par sarkozi, Hongrie par France, et vous verrez les similitudes ... du muselage de la presse avec des journalistes serpilieres aux charters de Roms,

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