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Accueil du site > Actualités > Europe > Italie : De Luca, le « hors la loi » élu en Campanie

Italie : De Luca, le « hors la loi » élu en Campanie

En automne 2012, suite à la vague d'arrestations (toujours en cours) qui touche la classe politique italienne et la percée du Mouvement de citoyens "5 Stelle", les principaux partis italiens au pouvoir s'étaient vu contraints d'approuver une loi anti-corruption (appelée Severino, du nom de la ministre de la justice de l'époque) qui prévoit la suspension et l'inéligibilité des personnes condamnées pour certains type de délits.

L’un des premiers politiques à tomber sous le coup de cette loi a été un certain Monsieur Silvio Berlusconi. Il a bien sûr protesté, qualifié la loi d’inconstitutionnelle, de violation des droits de l'homme, il a même fait recours à la Cour Européenne des droits de l'Homme mais au final il a été déchu.

On commençait alors à croire que l'Italie était devenue un état de droit où les lois étaient respectées et la justice avait le dernier mot (malgré les précédentes et innombrables lois "sur mesure" de Berlusconi et des autres [1] gouvernements qui lui ont succédé).

Puis au printemps dernier, lors de la campagne des élections régionales un certain Vincenzo De Luca a manifesté son intention de se porter candidat pour la région Campanie, qui a Naples comme chef lieu. 

L’ancien maire de Salerno en Campanie, du Parti Démocrate (Partito Democratico) de Matteo Renzi, est connu pour son arrogance et ses insultes/menaces vis-à-vis de journalistes qui osent faire leur travail, comme Marco Travaglio (« ce journaliste parle de choses qu’il ne connaît pas, j’espère le croiser dans une ruelle sombre »). Le candidat De Luca avait toutefois un petit souci : ses problèmes avec la justice le rendaient inéligible en vertu de la Loi Severino. Il lui était donc impossible de devenir président de la région. 

« Un candidat qui serait dans l’impossibilité de gouverner » c’est ce que dénoncent tout au long de la campagne les "grillini" du Mouvement 5 étoiles (Movimento Cinque Stelle). L’argument est balayé par le Parti Démocrate et les principaux médias qui, au contraire, relayent les propos de De Luca comme une vérité sacrée "je ne serai pas suspendu, la loi Severino ne s'applique pas à ma personne".

Alors qu’une grande partie des électeurs – selon un sondage - n'étaient même pas au courant du risque de suspension de De Luca dû à la loi Severino, le Parti Démocrate de Renzi ne s’est pas contenté d’exclure le candidat mais l'a soutenu. Une polémique a toutefois vu le jour quand la présidente de la Commission Antimafia de la chambre des députés, Mme Rosy Bindi, elle même du Parti Démocrate a osé rendre publique la listes des "candidats imprésentables" présents dans les différentes listes. Parmi ces « imprésentables », on retrouve notamment Vincenzo De Luca ainsi que de nombreux autres candidats, dans les 9 partis que forme sa coalition comme dans d’autres listes, aussi bien de « droite » que de « gauche ».

Le 31 mai les électeurs ont voté et Vincenzo De Luca a été élu nouveau président de la région Campanie. Depuis, la région est dans l'impasse et attend de savoir ce qu'il va se passer. De leur côté, les médias ainsi que le principal intéressé n’ont eu d’autre choix que d’admettre que le risque de suspension, nié pendant toute la campagne, était bien réel.

Des nombreuses hypothèses se sont succédées comme la modification de la loi par le gouvernement (au bénéfice d'une personne), et des "experts" ont donné leur avis sur les délais qui auraient dû être respectés avant la suspension (alors que la loi Severino ne laisse place ni à l'interprétation ni aux retards). L’hypothèse à ce jour privilégiée serait celle de laisser De Luca nommer son adjoint et former son équipe avant de le suspendre.

Enfin, le 26 juin dernier, sous la pression d'une plainte pour "omissione di atti d'ufficio" (manquement aux devoirs liés à sa fonction) provenant des "grillini" du Mouvement 5 étoiles, le gouvernement a dû le suspendre « pour faire une faveur au journal Fatto Quotidiano  » faisait savoir le premier ministre. La Cour constitutionnelle devant se prononcer sur le cas d’une autre « victime » de la Loi Severino, Matteo Renzi espère probablement que ce délai permettra à De Luca de nommer ses adjoints avant de faire appel de la sentence d’inéligibilité.

N’est-ce pas le comble pour le pays qui, il y a deux mille ans, était le berceau du droit ?

[1] https://fr.news.yahoo.com/video/italie-le-gouvernement-propose-un-082321177.html


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1 réactions à cet article    


  • fred.foyn Le p’tit Charles 28 juin 2015 08:47

    L’Italie est coutumière du genre...sans la mafia au pouvoir elle n’existerait pas.. !

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