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L’apostasie européenne

Il faut se souvenir d’une des frasques de Jacques Chirac, à savoir que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes », ainsi que de son refus de voir inscrit dans la constitution européenne un simple rappel des racines chrétiennes de l’Europe, afin de comprendre qu’est ce qui a pu pousser nos deux derniers papes à accuser l’Europe d’apostasie. Accusation grave, que l’on retrouvât dans la bouche de Jean-Paul II en 2003, et qui  revint à l’occasion d’un discours de Benoit XVI aux participants au congrès promu par la commission des épiscopats de la communauté européenne le 24 mars 2007. Inutile de faire ici un cours d’Histoire, n’importe quel livre sur l’Histoire européenne, fut-il une simple chronologie, démontre que l’Europe est chrétienne, et qu’elle n’a en tous les cas aucune autre racine religieuse, hormis, à la limite, païenne, mais le christianisme incorporât en lui-même nombre de ses traditions anciennes.  

Notons juste, pour la petite histoire de l’Histoire, que Sylvain Gouguenheim prouvât, avec son livre ô combien polémique « Aristote au mont Saint-Michel », que l’Europe médiévale conservât en son sein les traditions grecques, ce qui dément le truisme selon lequel la renaissance intellectuelle de l’Europe, s’il y en eut une, vint des apports islamiques. Il est assez étonnant de constater que ce livre fut reçu, dans les cénacles universitaires gauchisants, avec une singulière levée de boucliers, comme si une telle vérité attentait à la religion musulmane, ou comme si elle dénotait une fierté malsaine. Il est pourtant difficile de comprendre en quoi dire que l’Europe fut nourri du seul lait du christianisme est infâmant, et en quoi cela entache-t-il la grande religion musulmane de quoi que ce soit. Si j’écrivais un livre montrant que l’Iran ne doit rien au christianisme, cela serait-il calomnieux pour Rome ? Il y a décidément des réactions modernes qui sont parfois difficiles à saisir, si l’on ne prend pas en compte leur farouche volonté névrotique de n’avoir ni racines, ni identité, ni fierté d’aucune sorte.

L’Europe, donc, ne veut plus se dire chrétienne ; elle ne veut plus l’être carrément : elle est laïque, démocratique, droit-de-l’hommiste, et point c’est tout. Déjà, il convient de remarquer comme tout ceci porte une contradiction en soi, parce que sans christianisme, jamais démocratie, laïcité ni conception de droits pour l’homme n’eussent été conçues. C’est sur le terreau du christianisme que ces idées apparurent en Europe ; en reniant leur génitrice, celle-ci se trouve bien ingrate, bien orpheline, et l’on découvrira bientôt qu’elle est perdue, suspendue dans le vide, virevoltante dans le fameux abîme de l’athée, pour parler comme Chateaubriand. Autre ingratitude à souligner : la création de l’Union Européenne fut en grande partie d’inspiration démocrate-chrétienne. Alors là encore, l’Europe se comporte comme un gamin capricieux et parricide.

Mais, en vérité, tout ceci n’est pas très important : l’Histoire n’a que faire des rappels de formes et des ingratitudes. Le problème de la déchristianisation de l’Europe touche des points plus essentiels, il touche, par exemple, la nature de son âme tout entière. En reniant ses racines, l’Europe se nie dans son identité et dans son essence, ce qui, conséquemment, entraine le corps politique européen à être inefficace, à se chercher, et à ne susciter aucune grande adhésion. Car l’on ne rattache pas les peuples à de banals et prosaïques projets de libre-circulation, de marché commun ou de démocratismes ; non, on les rattache à des identités fortes, fortes parce qu’anciennes, fortes parce que transcendantes. Au sujet de la transcendance, Jean-François Mattéi vient d’écrire un livre formidable sur l’actuel manque de perspective de l’âme européenne, âme qui se vide de jour en jour de ses particularités et de son potentiel ; ce livre s’appelle « Le regard vide. Essai sur l’épuisement de la culture européenne », livre que je conseil à tous. Il rappelle que la singularité de l’Europe fut toujours un regard éloigné sur le soi et sur le monde, un souci d’idéalité et de transcendance, soucis que le christianisme nourrit pendant des siècles grâce à sa nature et la grande culture qu’il permet et suppose. En abandonnant le christianisme, en niant son influence et son Histoire (attitude proche d’un négationnisme pur et simple), l’Europe perd non seulement de son âme, mais se détache surtout de ce qui la permet.

Pour terminer mon propos, simple et rapide réflexion d’un jeune qui déplore la perte des repères, l’absence de sens donné désormais à l’existence et la vacuité qui gagne partout du terrain, je laisse la parole à Benoit XVI en citant un passage de son discours du 24 mars 2007 dont j’ai parlé plus haut, et qui, que l’on soit d’accord ou non, donne à réfléchir sur l’Europe, son passé, son avenir et sa nature :

« Tout cela fait apparaître clairement que l’on ne peut pas penser édifier une authentique "maison commune" européenne en négligeant l’identité propre des peuples de notre continent. Il s’agit en effet d’une identité historique, culturelle et morale, avant même d’être géographique, économique ou politique ; une identité constituée par un ensemble de valeurs universelles, que le christianisme a contribué à forger, acquérant ainsi un rôle non seulement historique, mais fondateur à l’égard de l’Europe. Ces valeurs, qui constituent l’âme du continent, doivent demeurer dans l’Europe du troisième millénaire comme un "ferment" de civilisation. Si elles devaient disparaître, comment le "vieux" continent pourrait-il continuer de jouer le rôle de "levain" pour le monde entier ? »

par Julien Rochedy vendredi 27 novembre 2009 - 33 réactions
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  • Par Sylvain Reboul (xxx.xxx.xxx.106) 28 novembre 2009 09:19
    Sylvain Reboul

    1) Qui veut nous imposer des racines veut nous immobiliser et donc nous dénier le droit à nous déraciner, à savoir celui la liberté de penser en non-chrétiens. Le terme de source est plus juste : on peut en faire ce que l’on veut, c’est à dire la remettre en question et changer d’orientation sans se perdre.

    2) Cette source qu’est le christianisme en Europe est une parmi d’autres sources : agnostique, voire athées (à partir du XVIII éme) qui a rendu possible la laïcité ou séparation des églises et des états , juive, voire musulmane dès lors qu’un grand nombre d’hommes en Europe, citoyens de ses différents pays, se réclament de ces religions dans les sociétés civiles

    3) Inscrire la religion chrétienne comme seule source de l’Europe et qui plus est en faire une racine indéracinable, sauf à n’être plus reconnu comme européen, c’est vouloir nous convertir de force tous ceux qui ne se sentent pas chrétiens (du reste quel christianisme ?) et refuser le pluralisme démocratique au profit dont on ne sait quelle théocratie exclusive de tous ceux qui refusent de se laisser approprier dans le cadre une revendication identitaire ethnique de type religeux

    Ce qui est la seule source commune de l’Europe démocratique , c’est la liberté de penser, de croire ou de ne pas croire en tel ou tel Dieu, dans le cadre des règles de la république laïque. Je ne vous reconnais pas le droit de contester, bien qu’athée ma qualité de citoyen Européen , ni je ne reconnais au pape d’une religion particulière dont je ne partage pas les convictions, le droit de ma désigner comme étranger à la culture européenne.

    Vous me prenez et vous vous prenez pour qui ?

  • Par Hieronymus (xxx.xxx.xxx.76) 27 novembre 2009 13:19
    Hieronymus

    Oui nouvelle felonie de ce vil demago Chirac !
    traitre a la France, traitre a l’Europe, traitre a notre Civilisation ..
    les racines de notre civilisation europeenne, les voici :
    http://cliophoto.clionautes.org/galleries/HISTOIRE/Moyen-Age/Chretiente/ange_sourire.JPG
    elles sont merveilleusement symbolisees par l’Ange au Sourire de Reims

  • Par Internaute (xxx.xxx.xxx.12) 27 novembre 2009 14:56
    Internaute

    Cet article soulève de bonnes questions sans y répondre.

    L’élite européenne se complait dans un masochisme destructeur qui renie tout ce qui a fait la force de l’Europe. Les valeurs du christianisme n’ont certes rien d’extraordinaire. Les 10 commandements sont appliqués même dans les tribus papoues les plus primitives sans qu’il soit besoin de les christianiser. Connaissez-vous une société où il est bien vu de tuer, d’insulter ses parents, de voler son voisin et de n’aimer personne comme soi-même ? Restons humbles sur les "valeurs", mais restons ferme sur notre civilisation. Le christianisme est la tradition européenne même si d’autres rites auraient pû nous servir.

    Trés curieusement les pires bouffeurs de curé sentent un vide absolu à l’idée que l’Eglise disparaisse et se dépêchent de la remplacer. Ils refont la même chose sous un autre nom. Ainsi, les maires bâptisent les enfants aprés avoir marié leurs parents, les ONG ont remplacé les oeuvres charitables des anciennes dames patronesses et les démocrates droits-de-l’hommistes ont une étroitesse d’esprit qui est pire que celle des directeurs de consciences les plus rigides. On n’est plus condamné à 3 notre père et 2 je vous salue marie aprés avoir confessé ses péchés. On est condamné à 2 jour de travaux d’intérêt public aprés avoir confessé (plaidé coupable) devant un fonctionnaire qu’on a eu une une mauvaise pensée en regardant une chance pour la France occuper un poste dont on aurait bien envie dans l’administration. L’Europe voudrait l’Eglise sans Dieu.

    L’Europe s’est bâtie sur le travail et l’excellence de ses habitants. Ce sont trois valeurs qu’elle renie, les habitants étant la première de ces valeurs. Notre élite fait tout pour que le terreaux sur lequel a poussé notre puissance disparaisse. On nous présente le métissage comme une valeur universelle et un bienfait alors qu’il porte en lui les germes de notre disparition.

    On pourrait toujours chercher des coupables. Il y a milles intérêts de classe et de castes, mille lobbies qui oeuvrent dans le même sens. Au bout du compte il me semble que chacun d’entre nous porte sur son dos une immense fatigue d’être là et ne supporte plus le poids de l’héritage. Dans Blow-Up Antonioni utilise l’allégorie du riche qui part à poil dans désert aprés avoir fait sauter sa belle villa.

    Ceci dit, l’Europe a des ressources inespérées. On s’est remis de la Révolution Française où pourtant les excès dépassaient largement ceux d’aujourd’hui. Gardons l’espoir.

  • Par Massaliote (xxx.xxx.xxx.32) 27 novembre 2009 15:44

    Article remarquable. "En reniant ses racines, l’Europe se nie dans son identité et dans son essence, ce qui, conséquemment, entraine le corps politique européen à être inefficace, à se chercher, et à ne susciter aucune grande adhésion. Car l’on ne rattache pas les peuples à de banals et prosaïques projets de libre-circulation, de marché commun ou de démocratismes ; non, on les rattache à des identités fortes, fortes parce qu’anciennes, fortes parce que transcendantes. " Tout est dit. A qui profite le crime ? Quels sont ses commanditaires ? Souvenons nous. "Du passé, faisons table rase". Ajoutons le plan Marshall et nous nous trouvons devant la collusion de prétendus antagonistes.

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