• mercredi 19 juin 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Europe > L’austérité : et après ?
9%
D'accord avec l'article ?
 
91%
(12 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

L’austérité : et après ?

Reniant l’une de ses promesses de campagne, François Hollande s’apprête à faire adopter le traité européen négocié par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel qui consacre la Règle d’Or comme le principe incontournable des politiques budgétaires des Etats membres de l’Union européenne. Alors que ce traité aurait un impact majeur sur la politique gouvernementale en consacrant l’austérité comme le principe de toute politique budgétaire, son adoption ne nécessiterait pas de référendum mais un simple vote du Parlement. Du moins, est-ce l’avis des membres du Conseil constitutionnel, lesquels n’allaient pas demander l’organisation d’un référendum à l’issue incertaine alors qu’ils souhaitent vivement l’application de ce traité.

Sauf retournement politique, le Traité européen devrait donc entrer en application. L’austérité deviendrait alors notre pain quotidien. Il n’y a pas d’autre mot pour qualifier les efforts immenses que sa mise en œuvre implique. La seule façon de respecter les engagements de ce traité est d’augmenter les impôts tout en sacrifiant les services publics et la sécurité sociale. En admettant que cela puisse se faire, qu’au bout du labeur, des larmes et de la sueur, on parvienne à réduire le niveau de notre endettement, à retrouver notre triple A et la sacro-sainte confiance des marchés, en serons-nous plus avancés pour autant ? Un pays qui inspire la confiance des marchés est-il plus viable qu’un pays dans lequel le chômage serait réduit, où tout risque d’explosion sociale serait écarté et qui aurait un projet pour l’avenir ?

Outre les considérations politico-économiques que l’on peut opposer à ce traité, le manque d’objectifs à long terme est son principal défaut. Ni la France, ni l’Europe ne peuvent construire une société sur le seul principe de réduction de la dette. La vraie question qu’il faudrait poser aux partisans du traité est celle-ci : à quoi nous sert-il de réduire nos déficits ? Même avec un déficit nul, nous serions toujours sous la domination des puissances financières qui nous empêchent de déterminer librement et démocratiquement notre politique. Noam Chomsky explique que les gouvernements font face à deux parlements. Le premier est le parlement que nous connaissons, qui est élu démocratiquement et qui peut connaitre l’alternance. Le second est un parlement virtuel, constitué d’investisseurs, qui, en décidant d’accorder ou de ne pas accorder de financement aux États, détiennent le pouvoir sur les politiques gouvernementales. Il est immatériel, illégitime et ne connaitra jamais l’alternance. Si nos déficits disparaissaient du fait de l’application du Traité européen, le pouvoir de ce parlement virtuel ne disparaitrait pas pour autant. Les investisseurs continueraient à exercer leur pouvoir sur les gouvernements. Ainsi, les projets audacieux mais bénéfiques sur le long terme à notre société -ceux qui ne peuvent être financés par le privé par manque de rendement à court et moyen terme- se trouveraient coincés entre deux étaux : l’application de la Règle d’Or en matière budgétaire et la réticence des investisseurs. Avec autant de contraintes, ces projets ne verraient jamais le jour. Au grand dam de nos sociétés qui auraient bien besoin d’un cap à atteindre, d’un idéal à construire, non seulement pour sortir durablement de la crise, mais pour en traiter les conséquences, en prévenir la réapparition et plus encore, pour trouver son modèle.

A l’inverse, un traité qui disposerait de la remise en cause de l’article 123 du Traité de Lisbonne (et des articles semblables dans les législations nationales et les traités européens antérieurs) permettrait aux États de retrouver leur souveraineté monétaire. Ce traité mettrait fin à l’une des aberrations à l’origine de la crise : le financement des États par les banques à des taux très élevés alors que ces banques sont financés à taux très faibles par la Banque Centrale Européenne. En permettant aux États de se financer directement à des taux très faibles auprès de la BCE (ou de leur Banque centrale pour les pays en-dehors de la zone euro), le parlement virtuel dont parle Noam Chomsky se verrait amputé de son pouvoir de nuisance. Les États reprendraient alors le contrôle ; ils pourraient trouver un objectif, mener des projets audacieux, les financer facilement et libérés de toutes les contraintes du marchés. Si l’hypothétique traité décrit ici ne fournit pas plus d’objectifs à long terme que le Traité européen sur la Règle d’Or, il ouvre néanmoins beaucoup plus de possibilités pour les peuples et leurs gouvernements. Si gouverner c’est prévoir, alors il faut savoir à quoi nous contraindrait la Règle d’Or à long terme ; et puisque gouverner c’est aussi agir, il faut rejeter les mauvais traités et en proposer de bons.

Crédit illustration : LA CRISE 7, par Pierre Marcel (CC BY-NC-ND 2.0)




par Eric Dizquierda (son site) jeudi 27 septembre 2012 - 10 réactions
9%
D'accord avec l'article ?
 
91%
(12 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Daniel D. (---.---.---.224) 27 septembre 2012 11:48
    Daniel D.
    Liste des membres du Conseil constitutionnel

    Jean-Louis DEBRÉ, nommé par le Président de la République en février 2007

    Valéry GISCARD D’ESTAING, membre de droit

    Jacques CHIRAC, membre de droit

    Nicolas SARKOZY, membre de droit

    Pierre STEINMETZ, nommé par le Président de la République en février 2004

    Jacqueline de GUILLENCHMIDT, nommée par le Président du Sénat en février 2004

    Renaud DENOIX de SAINT MARC, nommé par le Président du Sénat en février 2007

    Guy CANIVET, nommé par le Président de l’Assemblée nationale en février 2007

    Michel CHARASSE, nommé par le Président de la République en février 2010

    Hubert HAENEL, nommé par le Président du Sénat en février 2010

    Jacques BARROT, nommé par le Président de l’Assemblée nationale en février 2010

    Claire BAZY MALAURIE, nommée par le Président de l’Assemblée nationale en août 2010

    pour le détail de leur parcours :

    http://www.conseil-constitutionnel....

    La ripoublique n’est pas la démocratie. Ce conseil n’est plus légitime de par ses décisions.

    Cette escroquerie doit cesser, ces gens grassement payés ne sont que les fossoyeurs des valeurs chères aux français mais que leurs dirigeants abhorrent ! Il ne sont en rien des garants de la démocratie, qui soit dit en passant n’existe pas en France (démocratie et république ne sont pas des synonymes, vérifiez vous constaterez par vous même)

    Tout ceci doit changer, ou nous finiront esclaves de fait, pour payer des escrocs financiers. Le manque total d’indépendance intellectuelle et l’inculture crasse de nos pseudos chefs font qu’ils n’ont aucune vision d’avenir a proposer, ils sont de simples pions soumis, PAR CHOIX, a un systeme mondialiste qui as besoin d’égaliser par le bas les peuples.

    Europe massacrée économiquement pour démanteler tout ce qui n’est pas au niveau de l’économie américain libéral, destruction du social et des acquits populaires, dans le but d’harmoniser les marchés pour le marché transatlantique de 2015. Leur but et leurs agendas sont clairs, et leurs mensonges aux peuples pour arriver a cette union par le bas aussi. Tout ceci doit cesser !

    Non au TSCG, non a l’austérité, non au marché transatlantique !

    Daniel D.

  • Par filo... (---.---.---.9) 27 septembre 2012 10:51

    Austérité et après ?

    Esclavage, bien sur !

  • Par Abou Antoun (---.---.---.137) 27 septembre 2012 09:46
    Abou Antoun

    Après l’austérité, ben la grande austérité, précédant elle-même la très grande austérité (ou la grande guerre).
    Faute d’avoir voulu gérer la décroissance nécessaire, nous entrons en décroissance ’forcée’ avec tous les aléas. Chacun va maintenant regarder ce qu’il garde, ce qu’il perd et ce qu’il en est de son voisin. On (FH et ses clones ou ses clowns) maintient les foules dans l’idée qu’il s’agit d’une crise qu’une sage gestion permettra de dépasser. C’est faux ! La croissance ne reprendra pas et le chômage va s’accroître parce qu’il ne peut en être autrement. Il faut donc maintenant gérer le partage des tâches et des ressources. L’agriculture qui ne pourra plus fonctionner avec les engrais, les pesticides et la mécanisation à outrance va redemander des bras. La gageure consistera à maintenir notre niveau scientifique et technologique en revenant à une forme de société plus archaïque, je ne sais pas si c’est possible.
     

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération