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Accueil du site > Actualités > Europe > L’avenir des banques européennes

L’avenir des banques européennes

L’ « oligopoly » bancaires est désormais mondial. L’Europe bancaire va-t-elle enfin se construire ? Il s’agit-là d’une absolue nécessité. L’Europe monétaire ne peut pas être l’alpha et l’Oméga de la construction européenne. Aucune zone géographique ne peut se développer durablement et harmonieusement sans opérateurs locaux de premier plan. Tentons de figer la photo du secteur bancaire européen et d’en tirer les lignes de fuite structurantes.

Une bonne rentabilité, mais insuffisante...

Les banques anglo-saxonnes affichent des performances supérieures à leurs homologues européennes, pourquoi ?

En effet, leur rentabilité mesurée par le résultat brut d’exploitation est durablement supérieur aux autres acteurs du secteur. Cela est sans doute le fait d’une adaptation plus adéquate à la libéralisation financière, mais également à la génération de revenus tirés des activités financières résultant des conseils en financement d’entreprises et en restructurations d’une part, de l’accompagnement des fusions et acquisition d’autres part. Il est évident qu’il ne serait pas sérieux de dire que cela provient d’une meilleure qualité de gestion microéconomique du risque (ex. : crise du « subprime »). Quoique... Il faut bien se rendre à l’évidence : la différence majeure entre la banque américaine et européenne se trouve dans la politique monétaire (définie par les banques centrales) et dans les dispositifs prudentiels.

Les banques les plus robustes et les plus rentables sont celles qui ont une base de « retail banking » étendue dans des pays où la politique monétaire est très agressive pour stimuler l’endettement des ménages et où le contrôle prudentiel est assumé de manière intégrée avec l’obligation de résultat. Or, les banques anglo-saxonnes initient les crédits sans prendre les risques inhérents, qu’elles rejettent à leur insu, par le biais de la titrisation, sur d’autres agents économiques et notamment les ménages. Cette opération leur permettant de contourner les contraintes de la réglementation tel le respect du Ratio Mac Donough ou celui de Cooke. Cette stratégie, de dilution et d’intermédiation du risque couvert par le dogme du « too big to fail... », permet d’acquérir des parts de marché dans les business les plus rentables, mais au prix de la déstabilisation du système financier mondial [1].

Un potentiel de positionnement global faible...

On peut dès lors se demander si la course à la taille répond à la même préoccupation de se protéger de l’environnement concurrentiel induit par le développement des marchés. En d’autres termes, ce jeu stratégique consiste à devenir prédateur pour ne pas être la proie ou encore de créer des situations de monopole de fait générant une rente du même nom. Cette lutte pour le pouvoir n’est évidemment pas irrationnelle lorsqu’on comprend que la rationalité capitaliste est l’accumulation pour elle-même, pas le bien-être de l’ensemble des populations de la planète. Hors, comme nous le constatons dans d’autres domaines, il n’est de limites à la soif de pouvoir que la régulation imposée. Il est dès lors urgent de définir une loi anti-trust multinationale pour mettre une limite à une logique de concentration du pouvoir financier qui n’a, à ce jour, pas de limite endogène.

Cette démarche de réglementation exogène du secteur permettrait à l’Europe de garder un système bancaire autonome. En effet, aujourd’hui aucune banque européenne n’a les moyens de se positionner globalement alors que les banques américaines disposent d’une force de frappe financière qui leur permet, avec quelques trimestres de profit, de faire main basse sur n’importe quelle banque européenne. Les banques japonaises sortent de leur crise. Les banques chinoises accumulent des réserves qui font d’elles, dès aujourd’hui, des prédateurs à l’échelle mondiale. Nous prenons comme exemple la Commercial Bank of China et la China Construction Bank qui se disputent, depuis peu, les deux premières place au classement des banques mondiales en termes de capitalisation.

Deux solutions inconciliables...

Pour tenter de prévoir le futur de l’industrie bancaire européenne, il faut avant tout s’interroger sur le positionnement qu’elle doit adopter pour créer de la valeur (assurer sa rentabilité). Cela revient à se demander comment aménager les marchés sur lesquels elles interviennent, jouer avec leurs imperfections afin de maîtriser l’évolution de leur marge. Hors deux stratégies sont possibles :

· la première consiste à chercher un avantage en termes de coûts de production, en jouant notamment sur un effet de taille qui suppose une certaine standardisation de la production, ce qui rend cette solution difficilement conciliable avec la suivante ;

· la seconde consiste à différencier les produits et services commercialisés pour générer une situation de concurrence monopolistique. La réduction de la pression concurrentielle s’opère par fragmentation du marché. La taille n’est plus alors un avantage déterminant, l’idée étant plutôt d’établir des relations plus étroites avec la clientèle pour en connaître et en satisfaire les préférences.

Mais une architecture de développement durable reste possible

Si l’on peut adhérer à l’idée que c’est la banque de détail qui constitue le socle de l’architecture du système bancaire, c’est donc de ce niveau que doit partir la réflexion sur le futur de l’industrie et c’est donc dans la distribution qu’il y a du potentiel d’optimisation d’envergure à faire et non dans la production. Dès lors, l’architecture la plus probable serait : le développement de banques de détails gérant des relations de proximité (physique via agence ou virtuelle via internet) servies par des établissements indépendants spécialisés, fournisseurs de produits et services aux banques de détail. Il s’agirait de banques de financement et d’investissement, des sociétés de gestion d’actifs, des sociétés d’assurance, des entreprises gérant certaines ressources informatiques, des entreprises de gestion du patrimoine immobilier, des entreprises productrices de services back offices, et également d’entreprises productrices des services non financiers : services à la personne, domotique, location de véhicules, formations des investisseurs individuels...

Cette solution implique que les banques européennes se développent, métier par métier, sur les marchés européens et, en moindre mesure, asiatiques et américains tandis que quelques majors internationales font des acquisitions ponctuelles en Europe. Ceci aura pour conséquence la quasi-disparition des banques européennes sur la scène internationale, mais une forte spécialisation (à haute valeur ajoutée) sur le marché local à l’image des banques mutualistes.

L’autre sursaut pourrait être la constitution de groupes mondiaux à dominante européenne capables d’exporter à l’échelle internationale leurs schémas de financement, en particulier dans le domaine du « corporate », à l’image de l’acquisition de ABN-Amro par Royal Bank of Scotland (RBS), Fortis et Santander bien qu’il ne soit pas sûr que la vente à la découpe soit appropriée pour le secteur bancaire, même si celle-ci reste le plus sur vecteur de valorisation boursière à court terme.

Le joker : contexte géopolitique

Quoi qu’il en soit, il n’est pas d’autres industries, à l’exception, bien sûr, des technologies de l’information, où la hiérarchie mondiale évolue aussi rapidement que dans le secteur bancaire. Une chose est sûre : l’Europe bancaire est en mouvement et les très grandes bagarres sont à venir. Soit elle se restructure d’une façon endogène pouvant dès lors prétendre jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale (elle en a les moyens). Soit elles restent « émiettées », solides sur le marché « retail » local, mais lilliputiennes en dehors de celui-ci, tout en se rendant vulnérable aux prédateurs américains, japonais et chinois. Pour le citoyen européen le vrai enjeu de ce jeu de go est autre part : quelle sera la stratégie de nos banques européennes sur l’échiquier mondial sachant que le financement, et donc l’indépendance même de chacun de nos pays en dépend et, par voie de conséquence, le bien-être de ses citoyens ?

C’est de cette question qu’il ressort l’évidence que la définition de l’avenir des banques européennes ne peut être laissé aux seuls acteurs du secteur, mais doit être étendu à l’autorité politique européenne. Encore faut-il l’identifier et en reconnaître la légitimité d’une manière univoque. Mais d’abord et avant tout, la Commission doit mettre un terme à son libéralisme angélique au péril de mettre à mal le financement de nos économies nationales. Enfin, il en va du secteur bancaire comme de l’Europe : l’Europe sans élément rassembleur pondérant restera la réunion de 25 Etats plus ou moins forts dont la résultante est une puissance internationale de plus en plus faible alors qu’avec une Constitution elle pourrait devenir la fédération de 25 Etats dont la résultante sera une puissance très forte qui pèsera d’autant plus sur le plan international qu’elle pourra se permettre de rester autosuffisante sur son territoire. La prise de conscience de concentration du secteur bancaire européen est urgente et le momentum n’a jamais été aussi pertinent car l’ampleur du premier choc financier et bancaire ressenti en août 2007 va se développer jusqu’en 2009, et ce, sous l’impulsion de sept événements majeurs [2] dont la résultante est l’effondrement et la reconstruction de l’équilibre mondial :

  • l’infection financière globale via l’endettement américain : cent ans après les « emprunts russes », les « dettes américaines » ;
  • l’effondrement boursier en particulier en Asie et aux Etats-Unis : de - 50 % à -20 % en un an, pour les bourses, selon les régions du monde ;
  • l’éclatement de l’ensemble des bulles immobilières mondiales : Royaume-Uni, Espagne, France et pays émergents ;
  • tempête monétaire : la volatilité au plus haut sur fond de dollar américain au plus bas ;
  • stagflation de l’économie globale : récession aux Etats-Unis, croissance molle en Europe ;
  • « très grande dépression » aux Etats-Unis, crise sociale et montée en puissance des militaires dans la gestion du pays ;
  • accélération brutale de la recomposition stratégique globale, attaque sur l’Iran, Israël au bord du gouffre, chaos moyen-oriental, crise énergétique.

Dans ses conditions nous pourrions nous poser la question de pourquoi développer le secteur à partir de l’Europe ?

Précisément parce que nous avons, en Europe, toutes les conditions de développement optimal pour devenir la prochaine grande puissance du monde : justice sociale, espérance de vie qui augmente, meilleure résistance à l’avenir climatique qui s’annonce, potentialités pour attirer les jeunes chercheurs, institutions démocratique éprouvées et stable, paix durable et enfin un énorme potentiel géopolitique offert par un rapprochement avec la réserve des matières premières qu’est la Russie. Il ne fait aucun doute que cet avenir piloté à partir de l’Europe passe par un regroupement du secteur bancaire européen afin de s’en donner les moyens. Si cela ne se fait pas cet avenir ne sera pas.


[1] Voir article de l’auteur du 27/08/2007 « Pourquoi les marchés perdent le Nord... »

[2] Prévision du LEAP : Laboratoire européen d’anticipation politique / Europe 2020


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10 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 27 décembre 2007 15:50

    Il y a du vrai là-dedans, mais ça vient bien tard. Quand nous dénoncions le « capitalisme financier » il y a quelques années, nous nous faisions traiter « d’anti-américains primaires » et « d’alter-utopistes ».

    L’UE aurait pu être une puissance si elle s’était conçue comme telle, c’est à dire en compétition stratégique avec les US.

    2008 est l’année de la crise. Toute la planète, y compris les épargnants européens, va éponger les dettes US. Cela va bien sûr favoriser la concentration bancaire partout.

    Les gouvernements vont favoriser la survie des banques au détriment du grand public. Pour faire autrement, il aurait fallu qu’ils aient réfléchi à la nature profonde du « capitalisme financier ». Mais peut-on sérieusement compter pour cela sur Brown, Merkel et Sarkozy ? Ce sont trois ultralibéraux atlantistes, qui nous entraîneront au fond du gouffre.


    • Le péripate Le péripate 27 décembre 2007 16:46

      Quand je lis que les banques anglo-saxonnes affichent une rentabilité supérieure à celle des banques européennes, ou quand j’entends des choses semblables pour d’autres industries, je me demande toujours pourquoi il n’est jamais dit que le Plan Comptable étatsunien n’est pas le nôtre ! Pourtant, suivant le type de comptabilité retenu, une boîte qui fait des bénéfices pourra être dans le rouge, et vice versa.

      Le Diable est dans les détails. Je n’ai rien contre la suite du raisonnement ici exposé, mais je m’interroge sur sa validité, quand je vois la fragilité des prémisses.


      • Luigi Chiavarini Luigi Chiavarini 27 décembre 2007 17:42

        merci de votre intervention , permettez moi de préciser que j’ai comparé des choses comparables a savoir la rentabilité mesurée par le résultas brut d’exploitation exprimée de façon relative par rapport au total bilantaire ; la source étant : OCDE, rentabilité des banques, supplément statistique 1996 et 2003


      • snoopy86 1er janvier 2008 14:54

        @ Péripate

        Les normes comptables sont aujourd’hui devenues les mêmes avec l’adoption en Europe des normes IFRS


      • TSS 27 décembre 2007 17:25

        la G.B,reine du liberalisme,en est au point de vouloir nationaliser un de ses plus gros etablissement pour le sauver de la noyade et faire payer les dettes par les contribuables selon le bon principe :

        privatisation des benefices,mutualisation des pertes !!!

        je pense que l’on va assister au même scenario en france(style credit lyonnais) car actuellement le credit agricole et la banque populaire sont en perdition !


        • Gandalf Tzecoatl 27 décembre 2007 17:59

          Votre étude ne semble pas tenir compte des évènements récents. Si par le passé, les banques anglo-saxonnes ont pu afficher de telles santés financières par rapport aux banques euro-continentales, elles ont aussi pris des risques dont elles supportent le contre-coup aujourd’hui.

          Et il est possible que les ménages anglo-saxons, poussés à vivre largement à crédit, souhaitent corriger leurs comportements en prenant moins de risques, asphyxiant par là-même leurs marchés intérieurs.

          Quoiqu’il en soit, les situations financières peu claires des unes et des autres ne sont pas propices aux fusions.

          La finance chinoise semble se porter mieux, mais n’est pas plus raisonnable que la finance anglo-saxonne, pour d’autres raisons :
          - emballement boursier peu rationnelle ;
          - créances douteuses ;

          En conclusion, si la taille des banques euro-continentales leur fait courir le risque d’être prédatées, le manque de gestion rigoureuse de ces prédateurs les protègent un tant soit peu, voire mettent ces prédateurs en péril.


          • GéraldCursoux Cursoux Gérald 27 décembre 2007 18:14

            Les banquiers sont toujours entre deux « bulles » : après la « bulle » des monnaies sud-américaines et asiatiques, il y a eu celle des nouvelles technologies, puis maintenant la « bulle » immobilière (au nom exotique de « subprime »)... qui précède, n’en doutons pas, de nouvelle variétés de « bulles » en cours d’élaboration ; le regard des banquiers reste fasciné par la « bulle parfaite » (l’équivalent du gaz parfait en physique), celle de 29 - celle qui fait peur, le paradigme de la « bulle » - et ils ne peuvent imaginer l’avenir sans « bulle ». Et pendant que la « bulle » en cours se dégonfle grâce aux aides des Banques centrales, ils nous expliquent, avec aplomb, qu’ils avaient tout prévu, sauf ce qui arrive ! et qu’ils ne sont ni responsables ni coupables... bien évidemment. D’ailleurs aucun d’eux n’a annoncé sa démission ; ils portent toujours beau, et regardent leurs clients ruinés avec la condescendance qui sied au Prince. L’imagination des banquiers est sans limite - c’est comme dans « second life » - : ils ont le talent de substituer à la réalité économique un monde virtuel fait de produits dérivés et de tout un tas de valeurs fictives ; ils nous racontent des histoires incroyables pour nous les vendre, nous faisant croire qu’ils vont nous enrichir, un peu à la manière des promoteurs de la pyramide albanaise qui ont réussi, il y a quelques années, à ruiner tout un pays en ramassant les économies des pauvres gens. Certains s’étaient gaussés de la naïveté des Albanais... Mais le monde réel a la fâcheuse habitude de toujours reprendre le dessus, et si nous pouvons éviter, en ne leur confiant pas toutes nos économies, une déconfiture totale - comme celle qu’ont connue les Albanais -, c’est dans une « bulle » que se retrouvent leurs phantasmes d’apprentis sorciers, et nos placements sans risques - du moins l’écrivaient-ils sur du papier glacé - complètement dévalués. Nos banquiers sont-ils des gens plus manipulateurs et plus mauvais que le sont les autres acteurs de la société ? Certainement pas. Mais ils sont infiniment plus incompétents, c’est certain ! Question codicillaire : La banque attirerait-elle les sots ? Peut-être... Alors qu’ils fassent des fusions acquisitions, des Opa amicales et non amicales, peu nous chaud.


            • Gandalf Tzecoatl 27 décembre 2007 20:42

              Je ne connais pas d’autres industries qui peuvent se targuer de renouveler autant son marché (le remboursement d’un crédit appelle inexorablement la réalisation d’un autre) et d’avoir trouvé le moyen de le faire croitre exponentiellement (les intérêts contractées doivent être monétisés). Donc, les considérer comme sots, du moins les élites bancaires, ne m’avait pas franchement traversé l’esprit.

              Par ailleurs, loin de moi l’idée, connaissant les privilèges qu’ils ont accumulés au détriment de notre souveraineté, de vouloir une fois de plus leur porter secours, comme le prone l’auteur.

              Bref, c’est une fois de plus deux poids, deux mesures, à savoir la libre circulation des capitaux, oui quand ça les sert, non lorsque cela les dessert. Nous avons sacrifié nos industries sur l’autel du libéralisme. Alors, pourquoi pas le secteur bancaire ?

              Bref, s’il venait à l’esprit de nos chers politiques de devoir protéger notre secteur bancaire, le corollaire logique serait d’exiger de leur part certaines contreparties bien senties.


            • Asp Explorer Asp Explorer 28 décembre 2007 07:34

              Les banques anglo-saxonnes affichent des performances supérieures à leurs homologues européennes, pourquoi ?

              HSBC est-elle une banque anglo-saxonne ou une banque européenne ? Il est vrai que la question est purement rhétorique, c’est un établissement si modeste...

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