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Accueil du site > Actualités > Europe > L’euro, mélange de Kafka, Ponzi, Orwell et Ça

L’euro, mélange de Kafka, Ponzi, Orwell et Ça

La crise de la zone euro, qui dure depuis tout de même plus de cinq ans, révèle tous les dysfonctionnements d’une construction monétaire qui n’aurait jamais du voir le jour, comme de nombreux économistes de renom l’annonçaient avant même sa création. Petit point d’étape.

 
Entre complexité et irresponsabilité
 
La crise Grecque a le triste mérite de montrer à quel point le mode de fonctionnement de la zone euro est ubuesque. Il y a une semaine, nous avons eu le énième sommet de sauvetage de la zone euro. Quelqu’un tient-il encore le compte ? La répétition de ces sommets d’urgence montre qu’ils ne sont pas décisifs et qu’ils ne règlent pas les problèmes qu’ils sont sensés régler, puisqu’il faut toujours convoquer un autre sommet d’urgence plus tard. Et comme le soutient Gabriel Colletis dans la Tribune, rien n’a été réglé lundi. Tôt ou tard, la crise reprendra, car ce plan, décalque des plans du passé qui ont échoué, échouera aussi. En outre, on voit que le mode de fonctionnement d’une monnaie unique pour plusieurs pays est extraordinairement complexe car tout accord est soumis à de nombreuses validations.
 
Et ce mode de fonctionnement est profondément déresponsabilisant. Car cette complexité permet à tous les interlocuteurs de faire peser sur les autres leurs erreurs. Personne n’étant entièrement responsable de son destin, cela favorise des comportements néfastes. Cela est particulièrement visible avec l’accord de lundi, où tous les interlocuteurs semblent surtout s’être achetés du temps en sacrifiant le long terme pour le court terme, créant un immense shéma de Ponzi où ils ont augmenté de 25% le montant de dettes de la Grèce alors qu’elle ne parvenait déjà pas rembourser ce qu’elle devait dans les conditions actuelles. Il est tout de même quelque chose d’effarant à adopter un plan que presque tout le monde juge irréaliste, y compris le FMI. Mais un relatif calme à court terme semble ne pas avoir de prix.
 
Refus d’une réalité horrible
 
Cette crise révèle aussi plus encore le caractère profondément orwellien de cette construction européenne où la vérité est toute relative. Comment ne pas être effaré, comme le notait Coralie Delaume sur les réseaux sociaux, par la réaction de Manuel Valls lundi matin qui a osé parler de solidarité, alors que les Grecs, déjà étrillés par les précédents plans, vont encore subir hausses d’impôt et coupes des dépenses publiques ? Il était également révoltant d’entendre les contempteurs de la Grèce dénoncer le manque de confiance dans le pays alors qu’Athènes a fidèlement suivi les demandes de ses créanciers en matière de hausses d’impôts (les prélèvements publics sont à 46% du PIB) ou de coupes de dépenses, allant même jusqu’à des baisses de retraites de 45% ou une baisse du salaire minimum de 22%.
 
Depuis plus de 5 ans, les dirigeants européens se comportent comme des clowns qui présentent des plans toujours infirmés par la réalité comme des solutions définitives. Mais ces clowns ne sont pas sympathiques quand on constate le bilan de ces cinq années et demie d’austérité en Grèce, qui a fait du pays un champ de ruines sociales, entre augmentation de la mortalité infantile ou des suicides, outre 25% de taux de chômage et 50% pour les jeunes. Et comme cette sinistre plaisanterie suit aussi largement les souhaits de Washington ainsi que le note Jean-Pierre Chevènement dans Marianne, à mille lieues de ce que disaient les soutiens de l’euro, on pourrait également voir dans cette construction certaines caractéristiques du clown maléfique Ça, imaginé par le spécialiste de l’horreur étasunien Stephen King.
 

Le bilan de la monnaie unique européenne est absolument désastreux, économiquement, socialement ou démocratiquement. Mais tout le paradoxe, malgré les nombreux « Prix Nobel d’économie » qui le critiquent, c’est que son démontage ne semble pas encore à l’agenda, alors que ce ne serait pas compliqué.


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9 réactions à cet article    


  • fred.foyn Le p’tit Charles 20 juillet 2015 10:27

    (La crise de la zone euro, qui dure depuis tout de même plus de cinq ans).. ?

    Elle dure depuis la création de la monnaie...l’UE passe son temps à sauver le Mark.. !

    • 6ber 6ber 20 juillet 2015 11:15

      « Il est tout de même quelque chose d’effarant à adopter un plan que ̶p̶r̶e̶s̶q̶u̶e̶ tout le monde juge irréaliste ».
      Kafka, Ponzi, Orwell, King auxquels on pourrait rajouter Jarry, Les shadoks, Asimov et Vian pour la touche poétique afin de ne pas perdre espoir.
      On ne peut ressentir que de la colère vis à vis des derniers événements. Ce paternalisme politique des nantis de l’UE est révoltant.
      je suppose que bien des regards se tournent aujourd’hui vers l’Espagne qui risque d’être le prochain sur la liste. Les élections de décembre changeront elles le cours des choses comme nous l’avions cru pour la Grèce ?
      Jusqu’ où doit aller l’humiliation pour devenir révolution ?
      Noël est en Espagne cette année.


      • jef88 jef88 20 juillet 2015 12:28

        Pourquoi la crise ?
        parce que l’Europe a trop grandi et trop vite.
        parce que la zone euro a marié des économies nationales incompatibles entre elles .

        Souvenez vous .... les USA maudissaient l’Europe à 6 ou a 10 ! Elle leur faisait de l’ombre...
        Ils bénissent l’Europe à 27 et prient pour l’Europe à 40 (ou plus)

        Les plus malins c’est les british : il n’acceptent de l’Europe que ce qui leur est profitable ....................


        • Spartacus Spartacus 20 juillet 2015 13:26

          Démontage ?

          Que c’est con comme idée.....

          Encore un souverainiste Parisien qui ne voyage pas et qui croit que la frontière de la France c’est le périphérique ?

          Qu’il faut être ringard et concentré sur soi même pour ne pas intégrer que l’€uro a consacré une disruption comportementale irréversible.

          Vous pouvez voyager en Allemagne, Italie ou Grèce sans demander à un banquier de prélever sa commission. 
          Chaque entreprise éconnomise en frais de transfert des sommes énormes.
          L’€uro est un moyen de comparer et situer ses coûts par rapports aux autres.

          Supprimer l’€uros revient a supprimer la possibilité de choix, contraint à la dépendance bancaire et l’opression des échanges.
          Se serait une perte de liberté de plus. 

          Revenons au Franc si vous voulez, mais laissez le libre choix de la monnaie que l’on utilise...


          C’est pas l’€uro tous ces problèmes soulevés, c’est juste que c’est un monopole d’état. Et comme tous les monopoles d’état c’est merdique et l’état en fait autre chose ce en quoi il est destiné, du clientélisme...

          • flourens flourens 20 juillet 2015 17:59

            @Spartacus
            tient !!!!!, un troll, un vrai


          • jean-marc D jean-marc 20 juillet 2015 18:14

            @Spartacus
            Bonjour,

            Sur ce point précis, parfaitement d’accord avec vous : le problème de la monnaie unique n’a d’ailleurs logiquement rien à voir avec la crise de la zone euro, qui elle, est une crise purement politique.
            Bien à vous,

          • flourens flourens 20 juillet 2015 18:25

            puisqu’on en est aux grands penseurs, ajoutons Albert Einstein, au sujet de cette « dette » Grecque
            il disait « la folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent », nous sommes donc gouverné par des prétendants à l’asile, au fou !!!!, il ajoutait « un problème créé ne peut être résolu en réfléchissant de la même manière qu’il a été créé » donc logique on donne le problème de la dette à résoudre à ceux qui l’on créé, au fou !!!!!
            et pour finir par Orwell « dans ces temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire » tient voila t’y pas que je deviens révolutionnaire, NO PASSARAN


            • zygzornifle zygzornifle 20 juillet 2015 18:41

              l’Euro est comme comme une vieille chambre a air rapiécée , bientôt en ne verra plus le caoutchouc .....


              • summicron2 1er août 2015 14:03

                Encore un fil lancé par un mongol de l’UPR !


                Il n’y a pas de crise de l’euro.

                Il y a un pays, la Grèce (1,3% du PIB de l’UE....) qui est en crise pour cause de mauvaise gestion.

                La question est : faut-il aider un pays mal géré ou le laisser se débrouiller ?

                la réponse est : il faut l’aider. Comme on aide les DOM-TOM qui ont aussi l’euro comme monnaie.

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