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L’Europe des rêveurs

S’il y a bien un dossier qui devrait préoccuper, bien plus que le défilé « militaire » ou « citoyen » du 14 juillet, c’est celui de l’évolution de la dette dans la zone euro, celui de la crise grecque, voir italienne et portugaise, sans négliger notre propre situation nationale d'endettement ; celui pour parler clair, d'une construction européenne moribonde. Vous avez tout loisir de consulter articles de fond et analyses sur ces sujets qui préoccupent banquiers, agences de notation et exécutifs. L’objet de cette note n’est donc pas de revenir sur ces descriptions ici catastrophiques et là rassurantes. Chacun choisira en fonction de son moral du moment, de ses propres convictions.

Ce qui en revanche me rend très perplexe réside dans l’analyse des argumentaires distillés par les européistes de tout poil, de gauche, de droite, du centre et d’ailleurs en passant par les Verts européistes convaincus : nous en serions à ce qui ressemble de plus en plus à une grave impasse parce que il n’y a pas assez d’Europe.

A l’image d’un Junker, toujours aussi triomphant et donneur de leçons, ce sera bientôt par la faute des partisans du fameux NON que tous ces maux arrivent. Pas un seul instant vous ne lirez sous la plume de ces fanatiques la moindre ébauche d’une quelconque autocritique. Quand le NON populaire l’emporte ils biaisent et le transforment en un OUI parlementaire, mais c’est encore de la faute du NON !

Depuis le début de la vraie-fausse construction européenne nous assistons ainsi au plus beau bal des faux culs. Fausse construction en effet, puisque fondée sur l’économique et les marchands, alors qu’elle ne peut être solide que d’abord politique. Jacques Delors, le père de Martine, l’un des eurocrates les plus convaincus, a d’ailleurs montré le bout de l’oreille en distillant que l’Europe avait été faite de cette manière pour « forcer » les politiques à suivre. Il pensait naïvement que des contraintes économiques fortes une fois en place, la politique serait bien obligée de suivre. C'est d'ailleurs l'analyse qu'il porte sur la crise actuelle : « Le chaînon manquant, c'est la coopération entre les Seize [pays membres de la zone euro], la coordination des politiques économiques »

Cette ambition de forcer le destin fut crédible un moment, mais la crise rend l'exercice de plus en plus délicat. C’était croire que l’on transforme d’un coup de baguette magique, les cigales en fourmis, que l’on modèle les cultures, que l’on fait fi des peuples, des coutumes, des histoires. De tels bouleversements demandent du temps beaucoup de temps, bien au delà d'une vie humaine.

En élargissant inconsidérément, trop rapidement, le « cercle marchand » après la chute du mur, il s’agissait là encore d’une fuite en avant relevant d'un coupable infantilisme ou d'une condamnable machination supplémentaire. Ne parlons pas, ce serait trop cruel, du choix également inconsidéré d’une monnaie « unique » en lieu et place d’une monnaie commune permettant les réajustements : puisque de monnaie il fallait absolument s’occuper.

Et bien NON, vous n’entendrez aucun de ces fous furieux de la fuite en avant à l'aveugle, venir à confesse et reconnaître que la méthode n’était pas la bonne. Plus fort, ils viennent accuser ceux qui depuis longtemps prédisaient la faiblesse d’une construction sans véritables fondations d’être les responsables d’un éventuel effondrement de l’édifice. L'Europe ne pouvait être solide que bâtie autour de peuples d’accord pour se lier, avant toute chose par des liens démocratiques et politiques. Les apprentis sorciers connaissaient parfaitement la difficulté d’en convaincre ces peuples, ils ont voulu les « enchaîner » par des subterfuges économiques toujours plus faciles à faire gober en phase d’expansion. Ils en récoltent les fruits amers et pourris en phase de crise. Ils voulaient damner le pion à l’histoire des guerres et des régimes autoritaires, louable projet, mais ayant fait les choses à l’envers, ils pourraient se réveiller demain avec des dictatures ou des régimes « forts » aux quatre coin de cette Europe rêvée en dépit du bon sens.

Ayant commencé la note par une allusion au débat débile sur la suppression du défilé militaire du 14 juillet, terminons la sur plus sérieux pour illustrer notre propos. S'il y a un domaine qui peut éventuellement étalonner la volonté d'union des peuples à se lier étroitement et politiquement, c'est bien celui de la défense commune d'un territoire reconnu "commun". Le Royaume-Uni vient pourtant d'opposer un refus définitif à l'idée chère à la France de créer un quartier général militaire permanent pour l'Union européenne. C'est un revers supplémentaire pour une Europe de la défense. Il est tout à fait symptomatique de la virtualité irréelle de cette Europe mythique.

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par jlhuss mercredi 20 juillet 2011 - 17 réactions
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  • Par Alpo47 (---.---.---.76) 20 juillet 2011 08:36
    Alpo47

    Pas facile de se reconnaitre responsables d’un tel gigantesque fiasco. Il faut du courage, de l’éthique, de la « grandeur » ... toutes choses dont sont dépourvus nos eurocrates.
    Ne reste donc que la « fuite en avant », comme le souligne l’auteur.

    Et dans un système où la vraie démocratie est confisquée, même si une majorité de citoyens voient le crash inévitable, ils ne peuvent plus rien faire pour l’éviter.

  • Par Aureus (---.---.---.33) 20 juillet 2011 15:12

    @Neos

    La paix en Europe n’a RIEN à voir avec l’UE. L’assurance de la destruction mutuelle assurée pendant la guerre froide a TOUT à y voir. Premier point.

    Projets industriels ? Lesquels ? Citez en un qui soit un succès, que l’on rigole un peu. Et pitié, ne citez par Airbus car il s’agit d’une coopération internationale à laquelle participent, entre autres, le Japon et les Etats-Unis et à laquelle plus de la moitié des états de l’UE ne participent pas.
    Vous faites aussi sans doute référence aux fameux « champions industriels européens » que l’UE était censée promouvoir mais qu’en fait, elle interdit ? Les industriels européens, loin de s’allier entre eux, groupent leurs efforts avec les Asiatiques.

    Projets éducatifs ? Vous parlez de la réécriture des manuels scolaires d’histoire qui présente les guerres européennes comme des guerres civiles avant l’heure et en règle générale, font preuve d’un révisionnisme aberrant dans le seul but de promouvoir l’idée fantastique et inévitable de la construction européenne ?

    etc, etc, ...

    L’UE n’a jamais rien promu d’autre que les intérêts des lobbys qui s’exercent sur la commission et tout les traités successifs, en sus de voler les pouvoirs démocratiques des peuples (80% des lois nationales sont aujourd’hui des transpositions de directives européennes), sont autant de camouflets aux valeurs chères aux Français.

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