Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Europe > L’Europe, la paix dans le monde et le fric avant tout

L’Europe, la paix dans le monde et le fric avant tout

L’Europe, on connait. On a voté contre en 2005, elle nous mène dans le mur, pourtant avec l’Europe, les médias et nos politiques, tout a toujours l’air de couler de source depuis la deuxième guerre. On va tenter de comprendre pourquoi.

Petite chrono rapide de l’Europe...

Bon, je démarre avec la crise économique des années 30 qui ruine littéralement les Etats Unis et l’Europe à partir d’une forte surproduction américaine et de la spéculation notamment. La 2ème guerre est venue très opportunément offrir de nouveaux marchés à des entreprises comme Ford, IBM, ITT, General Motors etc. Mais surtout, elle a engendré un très lourd endettement des Etats envers les banques centrales, dont les actionnaires étaient des Rockefeller, Rothschild, Lazard, Morgan, Worms, etc. (une partie des membres de la synarchie européenne reformée dans les années 20). Tant les entreprises que les banques ont collaboré aussi bien avec le Reich ou Franco qu’avec la France libre ou l’Angleterre (c’est le moins que l’on puisse dire mais c’est une affaire à suivre.)
Après la guerre, il a fallu trouver d’autres moyens pour maintenir une consommation élevée, et faciliter les échanges de marchandises.
Les Etats Unis, dans leur grande mansuétude, nous octroient l’aide du
plan Marshall, en 1946. Ladite aide, qui était constituée de dons mais aussi de prêts, s’étale jusqu’en 1952 et doit servir à la reconstruction du continent. Mais le plan s’accompagnait de quelques contreparties :

  • que l’on créée l’OECE  (Organisation Européenne de Coopération Economique) afin que l’organisme gère la répartition des budgets de reconstruction dans les 16 pays destinataires. Ce fut fait en 1948.

  • que l’argent serve à acheter des produits fabriqués par les entreprises américaines.

  • que l’Europe mène la libéralisation interne de ses échanges.

Dès 1949, les pressions américaines pour la libéralisation de nouveaux secteurs, notamment les denrées alimentaires, se font sentir. En 1950 le président du Conseil de l’OECE présente un plan d’action pour l’intégration économique à la demande pressante des Etats Unis, qui conditionnent la suite de leur aide à davantage de libéralisation des échanges.

L’OECE et l’Union Européenne des Paiements

En même temps que l’OECE, on crée l’OTAN sous la forme d’un pacte militaire avec les Etats Unis et le Canada, pour coordonner les politiques de défense et de sécurité, à savoir essentiellement contre la terrible menace soviétique. On crée aussi le Conseil de l’Europe dont les statuts ne prévoient pas (pas encore) un transfert de compétence des Etats vers le Conseil, ni une vision fédéraliste de l’Europe.

Selon le texte instituant l’OECE "L’objectif de l’Organisation est la réalisation d’une économie européenne saine par la voie de la coopération économique de ses Membres.". L’OECE est dotée d’un Conseil, d’un Comité exécutif et d’un secrétariat. Notons que le secrétaire général était Robert Marjolin, économiste ami de Jean Monnet, ancien commissaire général adjoint au Plan, qui a ensuite mis en route l’Union Economique et Monétaire. Il a étudié aux Etats Unis grâce à une bourse de la fondation Rockefeller en 1932 et a fini sa carrière comme administrateur de multinationales, telles que Royal Dutch Shell (appartenant à la reine des Pays Bas et au prince Bernhard, co fondateur du Bilderberg ) ou la Chase Manhattan Bank (à Rockefeller, l’autre grand fondateur du Bilderberg en 1954, fondateur également de la Trilatérale et membre éminent du CFR), et comme conseiller de nombreuses autres multinationales, telles que IBM ou American Express. Je reviendrai plus tard sur ce personnage.

L’OECE chapeaute l’Union européenne des paiements (UEP), créée dans la foulée. Il y a bien des choses à dire sur cette UEP, censée éviter les discordances européennes dues au manque d’or pouvant garantir les valeurs des différentes monnaies. Elle gérait entre autres les transactions financières entre les pays membres, en utilisant comme valeur une unité de compte commune assurant la parité des monnaies avec le dollar, ceci dans le cadre du système monétaire de Bretton Woods. Elle pouvait aussi octroyer des crédits aux Etats membres, ceux-ci ayant alors un excédent ou un déficit comptable vis-à-vis de la "zone UEP". En cas de déficit supérieur à un certain quota, l’Etat devait payer en or. Le fonds de compensation était fourni par le Plan marshal (350 M $).

L’UEP est dotée d’un Comité de direction composé des représentants (surtout de hauts fonctionnaires) des pays membres, qui peut prendre des décisions par rapport aux Etats membres ou proposer au Conseil de l’OECE, ceci dans les domaines budgétaire et fiscal, du crédit, de l’investissement et du commerce extérieur. Selon la Revue Economique "il [peut] aussi exercer sur les pays membres une pression morale qui peut conduire à une certaine harmonisation des politiques qu’ils suivent dans ces domaines"

L’UEP a pris fin en 1958, quand les monnaies européennes sont déclarées convertibles par rapport au dollar. L’OECE décline avec la fin du Plan Marshall et se réoriente vers l’OTAN. On décide alors d’élargir ses compétences, et on la transforme en Organisation de Coopération et de Développement Economique. Mais reprenons la chronologie.


La CECA

En 1950, Jean Monnet et Robert Schuman, soudainement pris d’un superbe élan communautaire (version officielle), ont l’idée de créer la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA, mise en place en 1951). La nouveauté réside dans l’établissement d’un organe supranational et indépendant des Etats, la Haute Autorité -que préside Jean Monnet, pour administrer la CECA conjointement avec le Conseil des ministres des 6 pays de la Communauté. La CECA est également dotée d’une Assemblée composée de députés nommés par les Parlements nationaux, et d’une Cour de Justice dont les décisions sont obligatoires. Au même moment, on tente d’établir la Communauté Européenne de Défense (CED), impliquant la création d’une armée européenne placée sous le commandement de l’OTAN. Le projet échoue notamment du fait de la France.

Nous avons donc là les bases d’une organisation supranationale, imposant aux Etats des politiques libérales, comme c’est écrit spécifiquement dans l’article 9 du Titre II : "Chaque Etat membre s’engage à respecter ce caractère supranational" (celui de la Haute Autorité). Les décisions de la Haute Autorité sont elles aussi obligatoires pour les Etats membres. Elle peut aussi infliger des sanctions pécuniaires ou des astreintes aux Etats membres, elle peut aussi emprunter pour ensuite prêter aux Etats et entreprises des secteurs du charbon et de l’acier. L’article 60 dparagraphe 1 du titre III est révélateur sur l’orientation donnée à la fameuse "construction européenne" :

"Sont interdites en matière de prix les pratiques contraires aux articles 2,3 et 4 notamment :

- les pratiques déloyales de concurrence, en particulier les baisses de prix purement temporairesou purement locales tendant, à l’intérieur du marché commun, à l’acquisition d’une position de monopole ;

- les pratiques discriminatoires comportant, dans le marché commun, l’application par un vendeur de conditions inégales (...) notamment suivant la nationalité des acheteurs."

Le but, selon le traité instituant la CECA, est de créer un marché commun (zone de libre échange), des "institutions communes" et la libre concurrence pour les secteurs hautement stratégiques que sont le charbon et l’acier. Ces deux produits sont indispensables au fonctionnement économique de l’Europe. Les subventions d’Etat et les monopoles d’Etat dans ces secteurs sont interdits, car ils faussent la libre concurrence.


Les traités de Rome

070323_rome_contexteLa CECA a si bien marché qu’en 1957 on décide d’élargir encore le champ d’application des principes libéraux à de nouveaux secteurs. Des personnages clés se mettent à la tache. pour n’en citer que quelques uns : Adenauer, Walter Hallstein (qui devient l’année suivante le 1er président de la Commission de la Communauté économique européenne -CEE), Paul Henri Spaak, (homme d’affaires belge et ex président de l’Assemblée de la CECA), Robert Marjolin (dont j’ai déjà parlé, ex secrétaire général de l’OECE grâce à Monnet, vice président le la CEE de 1958 à 1967 chargé des questions économiques et financières. Il est aussi ami avec un dénommé Alexandre Kojève, un bureaucrate proche de la synarchie des années 30 derrière de nombreuses avancées de l’Europe depuis vingt ans, qui aimait beaucoup les idées -qu’il a ensuite enseignées à la célèbre université de Chicago- d’un "empire universel et homogène" et de la "fin de l’histoire"), Jean François Deniau (directeur des Relations extérieures de la Commission européenne dès 1958), Jean Monnet (promoteur des "Etats Unis d’Europe". il n’occupait aucune fonction officielle entre 1955 et 1957, la période à laquelle il a préparé les traités de Rome. Cependant, il était à la tête du très fédéraliste Comité d’action pour les Etats Unis d’Europe, qu’il a mis sur pied).

A Rome le 25 mars 1957, deux traités sont signés : 

  • le traité instituant la Communauté économique européenne, dont l’article 2 définit la mission de la CEE qui est, "par l’établissement d’un marché commun et par le rapprochement progressif des politiques économiques, de promouvoir un développement harmonieux des activités économiques dans l’ensemble de la Communauté (...)". C’est-à-dire selon l’article 3 la fin des droits de douane et quotas, une politique commerciale commune, l’"abolition (...) des obstacles à la libre circulation es personnes, des services et des capitaux", des politiques agricole et des transports communes, l’"établissement d’un régime assurant que la concurrence n’est pas faussée dans le marché commun", la coordination es politiques économiques, la création d’une "Banque européenne d’investissement". La CEE est dotée d’une Assemblée formée de délégués nommés par les Parlements nationaux, d’un Conseil formé de ministres des Etats membres, d’une Commission "dotée d’un pouvoir de décision propre", et d’une Cour de Justice. 

 

  • le traité instituant la Communauté Européenne de l’Energie Atomique (Euratom) vise à "créer les conditions de développement d’une puissante industrie nucléaire" pour "une croissance rapide de l’industrie nucléaire", ceci via un "marché commun nucléaire".  


money_tree5L’OCDE 

En 1960, l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) succède à l’OECE. Elle regroupe aujourd’hui trente Etats, dont la Turquie depuis 1961. L’OCDE est orientée vers six grandes branches de secteurs qui finalement regroupent l’ensemble des secteurs économiques : Economie, Gouvernance, Société, Finances publiques, Innovation, Durabilité. Sur la bannière de la page d’accueil du site de l’OCDE, on peut lire son credo : "Pour une meilleure économie mondiale"...

Selon la version la plus connue, l’OCDE est une institution de réflexion, qui publie de nombreuses études et rapports dans tous les domaines. Selon la "Convention relative à l’Organisation Européenne de Coopération Economique" signée le 14 décembre 1960, elle vise à pousser les Etats "à développer au maximum et à utiliser le plus efficacement leurs capacités et leurs possibilités pour réaliser la plus forte expansion possible de leur économie (...)" dans le cadre des traités précédents, notamment bien sûr le traité CEE instituant le Marché Commun et la libre concurrence. L’OCDE doit donc "promouvoir des politiques" destinées :

- "à réaliser la plus forte expansion possible de l’économie et de l’emploi et une progression du niveau de vie (...) tout en maintenant la stabilité financière, et à contribuer ainsi au développement de l’économie mondiale.

- à contribuer à une saine expansion économique dans les pays membres (...)

- à contribuer à l’expansion du commerce mondial sur une base multilatérale et non discriminatoire conformément aux obligations internationales."

Les Etats membres s’engagent de leur côté notamment à :

- "assurer l’utilisatione efficace de leurs resosurces économiques" (sic.)

- "suivre des politques conçues pour assurer la croissance économique et la stabilité financière interne et externe, et d’éviter que ne se développent des situations qui pourraient mettre en danger leur économie ou celle d’autres pays"

- "poursuivre leurs efforts en vue de réduire ou de supprimer les obstacles aux échanges de biens et de services, ainsi qu’aux paiements courants, et de maintenir et étendre la libération des mouvements de capitaux "

Les décisions de l’OCDE sont elles aussi contraignantes pour les Etats membres, elle peut conclure des accords avec les institutions internationales comme la Banque Mondiale, le FMI etc. Elle est dotée d’un Conseil et d’un Secrétariat indépendants des Etats.

La mise en place de l’OCDE est à inscrire dans lignée de la Convention de Coopération Economique Européenne à la base de l’OECE, signée dès le 16 avril 1948, et révisée lors de la convention OCDE. Celle-ci pousse les Etats membres à augmenter la production, moderniser l’appareil productif, "réduire progressivement les entraves à leur commerce mutuel", restaurer ou maintenir la stabilité de leurs économies. Cette convention incite à "l’exécution d’un programme commun de relèvement". Examinons de plus près ce texte si peu mentionné dans les étapes de la construction européenne :

 

L’article 4, qui je le rappelle date de 1948, stipule que "les Parties Contractantes développeront dans la plus large mesure possible et de façon concertée leur échanges réciproques de biens et de services (...) et coopéreront pour atténuer les restrictions à leurs échanges et à leurs paiements réciproques (ndlr. c’est-à-dire les mouvements de capitaux), en vue d’abolir dès que possible celles qui les entravent actuellement."

L’article 5 établit que "les Parties Contractantes s’engagent à resserrer leurs liens économiques par tous les moyens qu’elles estimeront propres à réaliser les objectifs de la présente convention. Elles poursuivront leurs études en cours sur les Unions douanières ou les régimes analogues tels que les zones de libre échange".

L’article 6 continue dans cette voie : "les Parties Contractantes coopéreront entre elles (...) pour réduire les tarifs et autres obstacles à l’expansion des échanges".

L’article 8 est également intéressant, car toute sa portée réside dans la définition du terme "rationnelle" : "les Parties Contractantes utiliseront de la façon la plus complète et la plus rationnelle la main d’oeuvre disponible".

 

Certes, l’OCDE fournit un cadre pour les échanges de biens, services et capitaux entre Etats membres, mais aussi pour la coordination de leurs politiques économiques dans le sens du libre échange. Ses points de vue servent de caution aux gouvernements lorsqu’il défendent des politiques libérales, et reflètent le Dogme libéral contenu depuis le début dans les textes européens.

Peu à peu, l’OCDE est prise d’ambitions internationales et cherche à faire rentrer des Etats non membres dans son circuit. Dès 1976, l’OCDE se préoccupe d’élaborer des "Principes directeurs" pour les entreprises multinationales, et crée le CIME (Comité de l’Investissement des Entreprises Multinationales) rebaptisé ensuite Comité de l’Investissement. Le CIME, donc, rédige ces "Principes" . Ceux-ci sont non contraignants, et sont sont révisés en 2000. L’OCDE les intègre dans sa "Déclaration de l’OCDE et Décisions sur l’investissement international des entreprises multinationales" de 1976, révisée également en 2000. La Déclaration se soucie d’"améliorer le climat des investissements étranger, favoriser la contribution positive des les entreprises multinationales peuvent apporter au progrès économique, social et environnemental, et permettre de réduire au minimum et de résoudre les difficultés qui peuvent résulter de ces opérations" tout en demandant aux entreprises d’avoir l’obligeance de respecter l’environnement, le droit social etc. L’Annexe 2 est révélatrice d’un certain paradoxe résidant dans le fait d’inciter les multinationales à respecter le développement durable et autres aspects sociaux tout en leur donnant les moyens légaux de ne pas s’y plier, ainsi qu’en prônant une croissance économique continue et l’accumulation des profits. L’Annexe 2 s’intitule donc : "Considérations générales et approches pratiques concernant les obligations contradictoires imposées aux entreprises multinationales"

En effet, contradictions il y a. Que fait-on dans le cas où des "Principes directeurs" non contraignants entrent en contradiction avec un traité international ? Eh bien on respecte le traité, or les traités ont clairement tendance à aller vers le libéralisme total de tous les secteurs. Un regroupement de 47 ONG, OECD Watch, a établi un bilan de l’impact de ces "Principes directeurs", publié en 2005. OECD Watch observe donc que "Les Principes directeurs de l’OCDE à l’attention des multinationales ne sont pas un instrument adéquat pour enrayer les mauvais comportements des entreprises".

Mais l’OCDE se mêle vite de légiférer en matière d’investissements étrangers et de fiscalité, comme en témoigne la tentative de faire ratifier l’Accord Multilatéral sur l’Investissement au milieu des années 90.


L’AMI

againstAL’OCDE est en fait un système complexe, dans lequel se croisent de nombreux groupes d’intérêts. Ce sont en principe les Etats qui discutent entre eux au sein de l’OCDE, Etats soumis à l’influence des lobbies sectoriels ou intersectoriels. Les institutions supranationales comme la Commission européenne (art. 13 de la Convention de l’OCDE) ont aussi voix au chapitre, ainsi que les lobbies et think tank présents autour de l’OCDE, prêts à lui fournir études et rapports. Mais elle est aussi un forum de négociation entre les membres.

Regardons de plus près comment a été lancé l’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI) qui a défrayé les chroniques alternatives il y a quelques années. Ce texte, selon l’OCDE, devait "mettre en place un cadre multilatéral pour l’investissement international, comportant des normes élevées de libéralisation et de protection de l’investissement et des procédures efficaces de règlements des différends", via une uniformisation du droit lié aux investissements et la mise en place d’un "arbitrage international". De l’aveu même de l’OCDE, l’AMI "vise aussi à empêcher que l’on revienne sur les acquis du vaste mouvement de libéralisation des investissements (...) et à démanteler les mesures discriminatoires à l’égard des investisseurs étrangers qui existent encore.". Il s’agit donc d’assurer aux investisseurs un "accès optimal aux marchés" ainsi qu’une "sécurité juridique optimale" c’est-à-dire une protection juridique totale desdits investissements, notamment en assurant le "libre transfert des bénéfices, des dividendes et autres produits de l’investissement". Les entreprises pouvaient donc poursuivre des Etats si elle s’estimaient lésées au regard de l’AMI et des autres principes libre échangistes déjà validés, et obtenir des dédommagements. de plus, tout, y compris les services et les ressources naturelles, est libéralisé. Voilà pour les grands principes.

L’AMI est préparé depuis 1991 par deux Comités de l’OCDE composé de représentants des gouvernements des pays membres, et est négocié dans la plus grande discrétion entre 1995 et fin 1997 au sein de l’OCDE, entre les représentants des Etats membres. Juste avant le début de ces discussions à huis clos, l’OMC a fait passer l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS), qui libéralise très opportunément tous les secteurs de services.

L’OCDE a publié en 2002 des documents relatifs aux négociations, qui restaient jusqu’alors soigneusement rangés dans les tiroirs. Ceux- ci sont fort instructifs car ils donnent un aperçu de l’état d’esprit qui régnait lors desdites négociations. Le "rapport du Comité de l’Investissement des Entreprises Multinationales CIME et du Comité des Mouvements de Capitaux et des Transactions Invisibles (sic.) CMIT" de 1995, qui permet à l’OCDE d’ouvrir les discussions, est symptomatique. Ce sont ces deux Comités qui ont préparé le projet depuis quelques années.

Il semble que, pour la CIME et le CMIT, l’AMI soit une urgence dès 1995. L’introduction du fameux rapport commence ainsi : "Le moment est venu de négocier à l’OCDE un accord multilatéral sur l’investissement (AMI)", car, explique t-on plus loin, " Les investisseurs étrangers peuvent encore rencontrer des obstacles, faire l’objet d’une discrimination et être vistimes d’un climat d’incertitude.(diantre, les pauvres) Les gouvernements des pays de l’OCDE et les Communautés européennes, les entreprises et les travailleurs (ceux-là même qui ont su se mobiliser pour faire cesser les discussions relatives à l’AMI) estiment important l’établissement de nouvelles règles multilatérales pour l’investissement fixant des normes élevées et instaurant un cadre équilibré et équitable pour régler les problèmes concernant l’investissement.". Le bien fondé d’un tel texte ? Tout simplement parce que "L’investissement, en provenance ou à destination de l’étranger, est bénéfique pour la croissance économique, la productivité et la compétitivité.".

Il est consternant de lire que le syndicat des travailleurs (TUAC), s’est déclaré favorable à l’AMI, ce qui ne semble pas être le cas d’après ses communiqués. Il a cependant été consulté lors des "discussions" sur le projet.

Ce "rapport" définit le "but des négociations" qui est "d’arriver à un accord (...) qui fixerait des normes élevées pour le traitement et la protection des investissements (...), irait au-delà des engagements actuels pour parvenir à un niveau élevé de libéralisation (...), aurait un caractère contraignant (...)". Il impliquerait, de plus, des Etats non membres de l’OCDE, et dépasserait les textes déjà édictés par l’OCDE, comme ses fameux Codes sur lesquels nous allons revenir.

La CIME et le CMIT préconisent de "poursuivre l’analyse des nouveaux domaines de libéralisation, notamment la circulation et l’emploi du personnel clé, les obligations de résultat contraignant, les privatisations, les entreprises d’Etat, les monopoles, les concessions, les pratiques des sociétés et les incitations à l’investissement" ainsi que pour ce qui touche aux "expropriations", c’est-à-dire quand un Etat nationalise une entreprise, puisque dans ces cas-là l’AMI "garantirait à l’investisseur et à son investissement un traitement juste et équitable ainsi qu’une protection et une sécurité complètes", cette dernière proposition semblant contradictoire avec les notions de "justice" et d’"équité" puisque la protection et la sécurité ne seraient assurées que pour les entreprises, pardon "les investisseurs et les investissements" et ce, sans aucune contrepartie.

Le projet de texte consolidé rédigé par des "Groupes d’experts" et publié en 1998 reprend tout à fait les mêmes idées.

La France a fini par se retirer des négociations à l’OCDE en 1998 après une très forte mobilisation populaire et syndicale, comme le constate l’Observateur de l’OCDE (la revue de l’OCDE). Dans de nombreux pays, l’information a circulé et les gens se sont ainsi mobilisés. Certains Etats ont donc fini par réclamer une "période de consultation", notamment des ONG... Pour la France, Jospin a immédiatement rassuré les porteurs du projet "AMI", affirmant que l’OMC serait un très bon cadre pour relancer cette négociation. Aujourd’hui, c’est la Commission qui pourrait valider ou rejeter le texte pour l’ensemble des Etats européens.  

Depuis, le grand enjeu est de faire passer l’AMI via l’OMC, dans le cadre de l’AGCS (accord général sur le commerce des services, entré en vigueur juste avant les négociations portant sur l’AMI à l’OCDE)


Les Codes

Revenons sur ce CMIT au sigle sibyllin, co auteur avec la CIME d’un rapport sur les bienfaits de l’AMI...

C’est l’un des innombrables Comités hyper spécialisés de l’OCDE, chargés de faire des études et autres rapports dans le domaine qui leur a été attribué. Dans l’un de ses rapports, le "guide de référence" sur les "codes de l’OCDE de la libéralisation des mouvements de capitaux et des opérations invisibles courantes (sic.)" de 2003, le CMIT, donc, annonce sa vision -pour le moins orientée- de l’OCDE : "Depuis sa création en 1961 a pour mission d’aider ses pays membres à libéraliser leurs échanges internationaux de biens et de services et à réaliser progressivement un régime de libre circulation des capitaux". Voilà pour la première phrase de l’avant- propos. Entrons donc dans le propos, ces fameux "codes de l’OCDE de la libéralisation des mouvements de capitaux et des opérations invisibles courantes". Le CMIT, donc s’y exprime sans entraves et se laisse quelque peu aller à ses tendances un brin dogmatiques, comme en témoigne le début de l’introduction de la Partie I : "La libre circulation des capitaux, des investissements et des services à travers les frontières constitue un puisant moteur de croissance économique, d’emploi et de développement. Elle encourage la concurrence et l’efficience économique au bénéfice des consommateurs ’(ndlr : on ne parle pas des salariés qui pourtant sont encore des "consommateurs") (...) Elle bénéficie au pays d’accueil comme au pays d’origine. Cette idée est depuis le début à la base de l’approche de l’OCDE en matière de relations économiques et financières internationales"

money1Effectivement, chaque jour nous pouvons tous constater à travers les frontières les bienfaits de la libération complète et sans entraves des capitaux... Il y a donc un bémol de ce même CMIT qui quelques années plus tôt faisait la promotion de l’AMI, bémol qui est d’agir "en tenant compte de la vraie vie" . Tiens, parce que l’OCDE n’en tient pas compte ? Passons. Après quelques considérations sur l’équilibre à trouver dans ce domaine, on en revient au fait : "Les Codes apportent depuis de nombreuses années aux pays membres de l’OCDE une aide efficiente pour qu’ils poursuivent l’objectif de se débarrasser - pour de bon (sic.)- des obstacles inutiles à la libre circulation des capitaux et des services. Aujourd’hui, l’intérêt du public sur toute la planète se centre plus que jamais sur les problèmes de mondialisation et de libéralisation, et cet intérêt se teinte souvent d’angoisse et de méfiance. L’expérience de la libération progressive dans le cadre des Codes, appuyée par les examens mutuels et les discussions, offre un exemple utile d’une coopération internationale raisonnable et harmonieuse ". Ainsi l’objectif reste exactement le même, certes avec quelques étapes dans le processus de libéralisation des mouvements de capitaux et de services, mais sans modifier la finalité.

Les fameux Codes sont donc "des instruments juridiques qui définissent des règles de comportement pour les gouvernements des pays membres. Sur le plan technique, ce sont des Décisions du Conseil de l’OCDE (...) Ses décisions, qui doivent être prises à l’unanimité, ont force de loi pour les gouvernements des pays membres". L’article 1 de ces Codes donne aux Etats membres l’objectif de supprimer les restrictions aux mouvements de capitaux et aux transactions invisibles. Quelles transactions et mouvements de capitaux sont donc explicitement visés dans ces Codes ? Le CMIT nous explique cela plus loin : " Le Code OCDE des mouvements de capitaux (élaboré dès 1961 pour sa première version) est le seul instrument multilatéral qui promeut la libéralisation de toute la gamme des mouvements de capitaux internationaux" à part quelques réserves européennes. Aujourd’hui, précise t-on, la liste des mouvements concernés est "complète". En effet il s’agit de :

- "tous les mouvements (de capitaux) à long et à court terme entre résidents des pays de l’OCDE", soit par exemple l’émission, la vente, et l’achat d’actions, d’obligations et de fonds de placement, les opérations sur le marché monétaire et les crédits, prêts et héritages transfrontaliers.

- l’investissement direct étranger, c’est-à-dire les acquisitions et créations de filiales à l’étranger etc.

En gros, tous les services bancaires, financiers et l’assurance sont libéralisés. Si les projets de l’OCDE se concrétisent, tous les Etats membres du FMI "bénéficieront" de ces "avantages". L’AGCS de l’OMC fait en quelque sorte doublon avec les Codes de l’OCDE. "Les Codes ont un rôle essentiel à jouer dans l’avenir (...) pour ancrer le mouvement de libéralisation dans les pays membres..."

______________________

Que dire en conclusion de cette première partie de la saga "L’Europe et ses amis" ?
  D’abord, ce qui surprend est la ténacité dans l’orientation libérale de l’Europe, sans infléchissement aucun même lorsque la ’gauche’ était davantage représentée dans les gouvernements des Etats membres, comme si le fait que les peuples votent ’à gauche’ ou à ’droite’ ne comptait pas, comme si les décisions, finalement, se prenaient ailleurs.
  Le rôle des Etats Unis dans l’initiation du processus européen et les relations étroites entre les "fondateurs de l’Europe" et les Etats Unis pose également question, surtout si l’on tient compte de l’influence des trusts américains et des grandes banques sur le gouvernement de ce pays.
  Ensuite, c’est le contraste entre la manière dont on nous vend l’idée Européenne (pour la paix entre les peuples, pour le plein emploi, pour l’Europe elle-même enfin, comme ce fut le cas lors de la campagne pour le TCE) et la réalité des textes qui interpelle. Un doute assaille alors le chaland : "pourquoi les médias -dominants s’entend- ne décrivent-ils pas cette réalité ???". On verra cela plus tard.
  Pourquoi n’y a t-il pas de communications officielles sur ce genre de "rapports", discussions et négociations alors que la Commission communique tellement, notamment sur les "50 ans du traité de Rome" ?
  Enfin, un constat s’impose : les élus du peuple n’ont pratiquement aucun pouvoir dans ce processus, puisque les textes sont mis en place par des institutions supranationales dont les actes priment sur les lois nationales.

  Je reprendrai cette saga avec le prochain épisode probablement sur la suite des évènements en Europe, c’est-à-dire essentiellement le fameux TCE qu’on est en train de nous caser malgré un refus retentissant en 2005.

_____________________________________

Annexe 1 : Jean Monnet

  • Influence(s)

monnet3bandeauEn lisant les travaux d’éminents chercheurs pro européens inconditionnels de Jean Monnet, comme Gérard Bossuat et son article dans XXè Siècle, revue d’histoire n° 51, 1996, intitulé "Jean Monnet La mesure d’une influence", on s’aperçoit les yeux écarquillés qu’il n’y a pas forcément besoin d’aller chercher les infos qui vont donner de l’eau au moulin des "eurosceptiques" -dont je fais partie- dans la littérature "de gauche". Non, tous les arguments sont contenus tels quels dans les articles des euro fans. 
Certes, il faut digérer l’idéologie distillée tout au long de ces textes relativement courts heureusement, mais l’intérêt vaut bien ce petit sacrifice.
Reprenons donc cet article, censé nous éclairer sur l’influence de Monnet. Pas sur les influences qu’il a reçues, il faut le préciser, car l’auteur considère, par exemple, que Monnet a influencé les Etats Unis et pas l’inverse. Néanmoins, certains faits sont éloquents, particulièrement si l’on a l’esprit mal tourné comme un eurosceptique. 

On apprend pèle mêle que :
- Monnet est l’auteur du plan Schuman pour la CECA en 1950. Il est aussi l’auteur du plan Pleven pour la mise en place d’une armée européenne, toujours en 1950

- Ensuite il est président de la Haute Autorité de la CECA, laquelle, nous confie l’auteur, est "une sorte de présidence européenne non déclarée". C’est parce qu’il occupe ce poste que Monnet "a de l’influence" sur Allen Dulles, qui accède en 1953 au Département d’Etat américain. Il démissionne l’année suivante pour se consacrer, après le cuisant échec de la CED (communauté européenne de défense qui "portait en elle un projet + large d’intégration atlantique"), à la relance de Messine, pour relancer la fameuse construction européenne, c’est à dire le Marché Commun et Euratom (traités de Rome).

- Monnet est également capable de faire venir "du jour au lendemain des Etats Unis un grand expert monétaire, Robert Triffin", l’un de ses grands amis apparemment, sur lequel nous reviendrons car il fait partie des économistes libéraux qui ont insufflé cette notion de concurrence libre et non faussée dans l’Europe.

- Dans le "cercle restreint" duquel Monnet "tire ses idées", on a "Ces milieux d’affaires, de journalistes économiques et financiers, d’hommes politiques, de juristes internationalistes [qui] pensaient à une corporation européenne des transports, à une communauté monétaire européenne et à une banque européenne".

- On apprend aussi que "la mise en scène de la déclaration du 9 mai 1950 (celle du plan Schuman ndlr) a été réglée avec Schuman et Clapier de façon à ne pas laisser le temps à déventuels opposants de contester cette dernière".

- Deux grandes influences de Monnet, toujours selon l’auteur, ne sont pas comme on pourrait s’y attendre des auteurs de science politique ou autres, mais le christianisme et la "coopération viticole".

- Monnet était ami (en réseau) avec des personnalités telles que Georges Ball (qui restera en fonctions en Europe après le départ de Monnet, "servant de conseiller à Euratom et à la CEE". En 1960, le dénommé Ball, secrétaire d’Etat de l’administration Kennedy, puis Johnson, aurait ainsi invité Monnet à "participer à la formulation de la politique européenne des Etats Unis ", ce qui aurait débouché sur la plan Stevenson prévoyant un "partenariat entre une Europe unie et l’Amérique dans une communauté atlantique forte". Accessoirement, Ball a été parmi les premiers Bilderbergers, et membre du CFR. Il aurait écrit un texte définissant les options économiques mondiales, présenté au Bilderberg de 1968. Dans un mémorandum à Kennedy, il a recommandé de pousser à la création d’une Europe économique intégrée dans un système multilatéral), la Firme Sullivan & Cromwell, Robert R Bowie (directeur du Policy planning staff au département d’Etat US à partir de 1950), Sheperd Stone (de la Fondation Ford et de l’Institut atlantique), McGeorge Bundy (futur assistant spécial de Kennedy puis Johnson, président de la Fondation Ford de 1966 à 1979, membre de Skulls & Bones et du CFR), Dulles (de la CIA, Bilderberger notoire, président du CFR et membre de la Trilatérale), Eisenhower, Robert Nathan ( économiste, conseiller de Roosevelt), John Mac Cloy (ancien représentant des etats unis en RFA, sous secrétaire d’Etat, dirigeant de la Fondation Ford de 1953 à 1965, membre de l’Institut atlantique et du CFR, il est passé par la Chase Manhattan bank des Rockefeller), Harry Hopkins (assistant de Roosevelt, membre du CFR), Eugene Rostow (secrétaire d’Etat adjoint de Johnson), la revue Fortune (dirigée par Henry Luce, membre des Skull & Bones, fondateur du Time et de Life notamment, Fortune était clairement l’organe de la haute banque et des cartels américains). Ca c’étaient les américains. Côté anglais mentionnons Churchill ou Lord Halifax, ministre des Affaires étrangères pendant la guerre, pilier du groupe Rockefeller et autrefois pro nazi. Pour les français, on a par exemple Marjolin, Triffin, François Valéry, Robert Schuman, Bernard Clappier (directeur de cabinet de Schuman), Guy Mollet (présent au 1er Bilderberg en 1954), René Pleven (ministre de la Défense), Maurice Faure (présent au 1er Bilderberg aussi), l’économiste Pierre Uri ( "socialiste" directeur de la banque Lehman Brothers, présent au 1er Bilderberg, il a eu avec Triffin l’idée du "fonds de réserve européen" ) ou Giscard (Bilderberg). Cette liste n’est pas exhaustive.

- Le réseau de Monnet, nous dit l’auteur, "c’est évidemment l’équipe permanente ou occasionnelle rassemblée au Commissariat Général du Plan. Car les hommes du Plan sont aussi ceux du plan Schuman et de l’armée européenne". Mais c’est aussi toute la clique du Comité d’Action pour les Etats-Unis d’Europe, avec la démocratie chrétienne d’Europe, et aussi des socialistes.

- Monnet pouvait aussi compter sur une tribune dans les plus grands médias, y compris le New York Times et la Frankfürter Allgemeine Zeitung, mais aussi Le Monde (Monnet était ami avec Beuve Méry) et bien sûr Le Figaro. Son appel pour la création de l’Europe unie, en juin 1955, a eu un retentissant écho, publié dans le Times, le New York Times, la Frankfürter Allgemeine Zeitung, Le Figaro et Le Monde. Mais "Monnet utilise aussi l’AFP qui donne des informations brutes aux journaux". Comme quoi, avoir un bon réseau ça peut servir.

- En 1952, Monnet a déjà proposé une "constitution européenne", ainsi qu’un "fonds européen de réserve", commun et indépendant des Etats, qui aurait préfiguré la BCE et l’UEM (union économique et monétaire, la grande affaire de l’Europe).Monnet pensait à une confédération qui "mènera un jour à une fédération" européenne. C’est-à-dire que le pouvoir serait supranational.

Voilà donc une partie des "bases" de la construction européenne, qui, on le voit se serait faite sous l’impulsion d’un seul homme, éclairé de Lumières européanistes, et en contact étroit avec des personnalités américaines qui incarnent la puissance industrielle et politique des Etats Unis.

Annexe 2 : Le "plan Schuman"

Monnet_et_SchumanComme nous venons de le voir, c’est Jean Monnet qui semble être à l’origine de la déclaration Schuman. De quoi s’agit-il ?

J’ai trouvé un texte de Pierre Gerbet, un européaniste convaincu, intitulé "La genèse du plan Schuman. Des origines à la déclaration du 9 mai 1950."paru dans La revue française de science politique n°3, en 1956. On peut donc considérer ce texte comme contemporain des premiers mics macs européens, n’ayant donc pas le recul qu’on peut avoir aujourd’hui.

La déclaration Schuman préfigure donc la CECA, et la mise en place de la Haute Autorité, organe devant plus tard déboucher sur un réel pouvoir supranational dans le cadre d’un marché commun du charbon et de l’acier. L’auteur nous explique que "Par contre, l’étude du plan Schuman n’est sans doute pas la meilleure façon de se rendre compte de la manière dont sont prises en France les décisions de politique étrangère. Le plan Schuman constitue en effet le cas particulier d’une décision préparée en marge des milieux diplomatiques par quelques hommes qui l’ont fait adopter par le gouvernement, ont mené ensuite les négociations avec les partenaires européens et les conversations avec les représentants des intérêts privés et ont finalement fait triompher leur point de vue". Diantre, on est bien loin d’un quelconque processus démocratique. Qui sont ces "quelques hommes" ? Quelle est leur légitimité ? Pour l’auteur, c’est très bien comme ça, car le texte est pris sans tenir compte de contingences telles que "la pression des évènements" ou "l’influence étrangère", ce qui a priori semble normal dans une démocratie, et dans un groupement d’Etats souverains.
Comment est venue cette déclaration ? Depuis un bon moment, "on" avait l’idée "d’une action concertée dans le domaine du charbon et de l’acier". Monnet et Schuman se sont donc attachés à la concrétiser.
On sort l’idée latente depuis la fin de la guerre d’un Marché Commun. Selon l’auteur, "Depuis la guerre les mouvements européens avaient insisté sur la nécessité de créer en Europe un grand espace économique (...) Mais jusqu’alors les réalisation étaient plutôt décevantes. L’OECE, créée en 1948, n’avait que des attributions de coordination". Ah bon, alors l’Europe c’est une idée économique depuis la guerre ?

"La création d’un gouvernement européen aurait pu permettre d’aborder efficacement le problème économique", mais hélas le Conseil de l’Europe de 1949 n’était pas destiné à dépasser le pouvoir des Etats. "D’où, nous précise l’auteur, l’apparition d’une conception nouvelle de l’organisation européenne". Il poursuit, mettant le doigt sur la méthode européenne du pied dans la porte : "Puisqu’il était impossible de réaliser l’Europe d’un seul coup, en commençant par la création d’un gouvernement européen, on pourrait essayer de dépasser progressivement les souverainetés nationales en amorçant une coopération sur des points limités pour atteindre des objectifs précis.". En effet puisque les gouvernements, censés représenter la volonté des peuples, ne veulent pas d’une fédération européenne, ou d’un amoindrissement de leurs prérogatives, eh bien on va procéder par étapes pour arriver au but fixé (mais par qui ? et pourquoi ?) c’est-à-dire une autorité supranationale -non élue cela va de soi, gérée par une institution ressemblant à la Haute Autorité de la CECA, dont Monnet a été le 1er président.
On apprend l’existence d’un Mouvement Européen, qui aurait tenu une certains "conférence de Westminster", pour évoquer ce "problème". On décide de créer, pour le charbon, l’acier, l’énergie et les transports, des "organismes de coopération" :

- "une institution publique européenne" qui devait "définir la politique générale" du secteur concerné

- "un corps consultatif" avec des représentants des employeurs, salariés, et de "l’intérêt public"

- "des ententes industrielles" avec des chefs des entreprises privées et publiques, pour faire exécuter les mesures prises par l’institution européenne"

Dès la première session de l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe, en 1949, on soulève la question. On parle "d’administration internationale commune", d’"internationalisation". Mais hélas, les Etats ne voulaient pas aller "si loin" et on se retrouve avec, seulement, "la suppression des entraves apportées aux mouvements des hommes, des devises et des marchandises". Toutefois, la Commission du Conseil de l’Europe a demandé, via une motion de décembre 49, la création de "compagnies européennes" publiques ou privées, travaillant dans plusieurs Etats, mais surtout qui ne paieraient ni impôts ni droits de douane.

On décide de réguler la production d’acier (car on frôlait la surproduction à ce moment là), et pour éviter une crise terrible, bien sûr, il fallait, au moins dans ce domaine-là, créer une institution européenne pour réguler les activités. Il fallait donc une "harmonisation", et créer une "Autorité publique de l’acier" qui définirait la politique générale dans le secteur. Mais celle-ci n’avait -hélas- pas de moyens coercitifs a mettre en oeuvre pour parvenir à ses fins.

La Commission économique a proposé aussi le même système pour le charbon, le pétrole, l’électricité ou les moyens de transport. Dès 1950, le mouvement d’une coordination des industries vitales était lancé. L’auteur nous dit ensuite que le plan Schuman, s’il avait suivi la voie normale du processus législatif ou décisionnel, c’est-à-dire en passant par le Conseil et l’Assemblée, ne serait probablement jamais passé. On décide donc de faire passer le projet par les gouvernements. Il a donc fallu convaincre la France et l’Allemagne d’aller dans le même sens : une coopération industrielle. C’est là que revient Jean Monnet à l’époque Commissaire général au Plan et chantre de l’"Europe unie". Monnet parie sur le fait qu’en mettant en commun les intérêts, les antagonismes entre Etats cesseraient. L’auteur nous dit " Il estime que l’élargissement des marchés peut seul créer le changement". C’est donc au nom de la paix qu’on nous a imposé l’idée du Marché Commun. Mais les gouvernements n’étaient pas vraiment chauds à l’époque, alors Monnet a l’idée géniale d’une "autorité supranationale", car "Puisque la coopération internationale ne peut donner de résultats, il faut dessaisir les gouvernements au profit d’une instance supérieure et créer des institutions nouvelles".

Il paraît que pour Monnet, ce qui compte c’est les institutions, pas les hommes. Des 1ères découle le bonheur des seconds. Monnet aurait même dit "Ce sont les institutions qui commandent les relations entre les hommes, ce sont elles qui sont le véritable support de la civilisation". Difficile d’être plus technocrate. C’est probablement à cause de ce genre de vision irréaliste des choses qu’aujourd’hui l’Europe et ses institutions (loin d’être démocratiques) sont désavouées aux yeux de beaucoup de gens. Les institutions, si elles sont déconnectées des réalités vécues par les gens, ne servent à rien. Elles sont seulement garantes d’un système qui, s’il est fermé et fonctionne à la limite tout seul, sans tenir compte des volontés des peuples, s’avère inique, ni plus ni moins. On n’est pas loin de la vision despotique de David Rockefeller (fondateur du Bilderberg et de la Trilatérale, membre du CFR), qui nous dit qu’"La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle de banquiers mondiaux est assurément préférable à l’autodétermination nationale pratiquée dans les siècles passés".

En y allant étape par étape, secteur par secteur, compétence par compétence, on arrivera forcément à ce pouvoir supranational, but ultime de l’Europe depuis le début. Monnet choisit donc les secteurs de l’acier et du charbon. Cela, nous dit l’auteur "ne constituait pas un but en soi, mais un moyen de parvenir à la constitution d’une Europe économiquement, puis politiquement organisée". Plus loin, Gerbet est on ne peut plus clair. il nous explique qu’ "Il fallait résoudre un problème difficile, il s’agissait d’établir une Autorité européenne alors qu’il n’existait ni peuple européen, ni parlement européen. Effectivement, c’est un problème, diront les mauvaises langues : établir une Autorité supérieure alors qu’il n’y a aucune cohérence à cela peut s’avérer périlleux. On pourrait même penser que l’Europe est une coquille vide, déconnectée des peuples et de leurs intérêts, destinée uniquement à régir lesdits peuples de manière uniforme. Bien sûr, tout cela est pour la paix, dans les discours officiels. Il s’agissait aussi (surtout ?) de créer une Autorité supra-nationale dans certains domaines , de se limiter en surface, mais d’obtenir un résultat décisif en profondeur".
On crée donc cette Autorité, à laquelle les Etats remettent une partie de leur souveraineté (donc la souveraineté des peuples, puisque théoriquement le peuple est souverain et remet cette souveraineté aux dirigeants qui assurent l’intérêt général. Enfin ça c’est la version officielle du système "démocratique"...). Autorité "indispensable pour assurer le bon fonctionnement d’un marché commun", et "qui constituerait également l’embryon d’un pouvoir politique européen, et la première pierre d’une organisation fédérale". L’auteur écrit cela en 1956. Cela veut dire que déjà, l’objectif fédéraliste était déterminé. On n’y est toujours pas, parce que les peuples, quand on leur demande leur avis, ne sont pas d’accord. Mais le processus est toujours en cours, on est
même presque à la fin. Après on intègrera probablement l’Europe dans une fédération de continents. Dirigée par qui ? Au nom de quoi ?

Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, est une oreille attentive pour les projets de Monnet. Schuman veut "arracher l’Allemagne aux sortilèges de l’est", et suit sans réserve l’idée d’une union européenne avec ce pouvoir supra national. On décide tout très vite et très secrètement, car "le secret et la surprise étaient indispensables pour obtenir l’effet psychologique nécessaire". Les dirigeants français et étrangers ne sont donc pas mis au courant, afin "de ne pas laisser amoindrir à l’avance le caractère supra-national de la Haute Autorité". La rapidité permet en outre d’éviter de consulter les "milieux intéressés" et de devoir éventuellement négocier avec. Monnet fait même croire à la France que l’Allemagne avait donné un accord de principe, ce qui était faux. mais, comme le pensait John Mac Cloy, l’ami de Monnet, il fallait absolument éviter que l’Allemagne ne se rapproche de l’URSS. La fin justifiait largement les moyens, semble-t -il.

La "déclaration Schuman" devant le Conseil, le 9 mai 1950, commence comme on s’y attendait avec un laïus sur la paix, que je vous recopie ici tellement c’est émouvant : "La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent . La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques".

A force de lire des textes européens, je crois qu’on peut qualifier d’"introduction à l’européenne" le style d’introduction grandiloquente et hypocrite évoquant la paix dans le monde, qui en fait n’introduit pas du tout les dispositions énumérées ensuite, mais aurait au contraire a fortement tendance à noyer le poisson. Revenons à la "déclaration Schuman". Celui-ci s’étend ensuite sur l’amitié franco allemande, puis arrive à la proposition "du gouvernement français" de créer une "Haute Autorité commune" pour gérer le charbon et l’acier Français et Allemands. Là, Schumann nous rappelle qu’on fait tout ça pour la paix, évidemment : "La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devient non seulement impensable mais matériellement impossible". Encore mieux, ça servira aussi au "développement du continent africain". On a tous pu constater l’efficacité de la CECA en ce domaine.

Au passage, on enlève tout droit de douane pour le charbon et l’acier entre les pays membres. Tant qu’à faire, on ira aussi vers la "fusion des marchés" sans pratiques restrictives. Deux fois par an, un représentant de l’ONU fera son rapport sur la Haute Autorité, pourquoi au juste on ne sait pas.

L’auteur conclut : "La déclaration de M Schuman provoqua une émotion considérable en France et à l’étranger. La surprise avait joué, l’effet psychologique était atteint". No comment.


Annexe 3 : Robert Marjolin

archivesAutres1Voyons maintenant qui était Robert Marjolin, le 1er secrétaire général de l’OECE et poulain de Monnet.

Commençons par voir rapidement de quoi parlait ce monsieur. En 1946 il publie "Les perspectives de l’économie française dans l’économie mondiale" dans la revue Politique étrangère. Après quelques tergiversations sur les retards de l’économie française, appuyées sur de nombreux chiffres qui, on le sait tous, sont toujours détournés, Marjolin nous explique qu’il faut "moderniser" le mode de production. Il faut davantage de productivité, donc, puisque "un travailleur français produit trois fois moins au cours de la même unité de temps qu’un travailleur américain". Déjà ce discours sur la productivité, alors que suivant la manière dont on comptabilise, on obtient des résultats radicalement opposés. Pourquoi le travailleur français est-il moins productif ? Parce que l’outil de travail n’est pas assez performant, car "La France n’a pas assez de capital".

Et pourquoi n’a t-elle pas assez de capital ? A cause des guerres répétées depuis le début du XXème siècle qui coutent très cher, nous dit l’auteur. On commence à se douter de la suite, tout en notant, une fois n’est pas coutume, l’originalité de l’accroche (l’histoire de la productivité).

Je fais une parenthèse en citant Marjolin se lamentant du sous-emploi d’avant guerre : "Il y avait, autour de ces années 30-40, du chômage en France. Il y avait des gens qui ne travaillaient pas du tout ; il y avait beaucoup de gens qui ne travaillaient pas assez. C’est ainsi qu’en 1938 la durée moyenne de travail ne dépassait pas trente neuf heures". On a déjà entendu ça quelque part...

Marjolin observe ensuite qu’ "il y a deux grands systèmes économiques dynamiques qui se développent avec rapidité, qui accumulent du capital à un rythme accéléré. Ces deux systèmes, c’est le système libéral américain tout d’abord, où l’on trouve un groupe nombreux d’entrepreneurs, de capitalistes, d’industriels qui jouissent d’un degré extraordinaire d’initiative, qui sont servis par un Etat qui se présente plutôt comme un collaborateur que comme un contrôle ou comme un frein. " Vous m’en direz tant. L’autre système, c’est la Russie "sous la conduite du parti communiste", avec "un Etat qui sait manier l’autorité", les vilains bolchéviques.

En France "L’Etat, au lieu d’encourager les particuliers à développer les moyens de production, à pousser de l’avant, à réaliser les investissements nécessaires, à moderniser, à mécaniser, se présentait exclusivement comme un protecteur auquel on avait recours" et en plus il n’y a que les industries de guerre à avoir progressé, tandis qu’aux Etats Unis il y a eu une "révolution industrielle", et Marjolin cite l’exemple des chaînes de montage, ce summum de la "mécanisation".

Mais rien n’est perdu, l’avenir nous tend les bras. Modernisons-nous, développons la production française. Déjà, sur le plan militaire, le pays peut participer au "système de sécurité internationale" ainsi qu’ au "système militaire que les Nations Unies mettront sur pied pour empêcher que se renouvelle la catastrophe que le monde vient de subir". Marjolin en vient enfin à l’idée de "développement des échanges internationaux". La France doit exporter, c’est primordial, et même dépasser le seuil d’avant le krach de 29. Mais le commerce international va nous y aider : "La France a un intérêt fondamental dans un monde à échanges extrêmement actifs, à développement rapide des importations et des exportations, dans un monde, par conséquent, où les transactions commerciales seront aussi libres, aussi peu gênées que possible, où les obstacles de toute nature, droits de douane, contingents, seront aussi bas qu’ils peuvent l’être. C’est là un intérêt, je dirais, inhérent à la structure même et à l’avenir économique de la France". Ou comment replacer subtilement l’idée de la libéralisation des échanges de marchandises au nom de la productivité française.

Histoire de bien enfoncer le clou, l’illustre auteur poursuit sur un ton péremptoire : "Lorsqu’on prétend qu’il y a pour la France une alternative à une intégration dans le monde, à une participation aussi active que possible aux échanges internationaux, on se trompe. Il n’y a pas d’alternative possible pour la France. La France doit s’intégrer dans le monde si elle veut s’équiper, se moderniser, atteindre le degré de production qui est necessaire" Tiens , on dirait le discours sur le libéralisme, auquel il n’y aurait pas d’alternative selon nos éminents dirigeants, de droite et de "gauche" réunis. On n’a pas le choix, l’heure est grave, il faut donc s’insérer toujours davantage dans le mouvement mondial des capitaux et des marchandises, dans cette concurrence mondiale "libre et non faussée", avec tout ce que cela implique comme régressions sociales voire politiques. Marjolin en vient au fait dans la phrase suivante : "La seule question est de savoir avec quelle rapidité la France pourra s’engager dans cette politique de libération des échanges internationaux"... Tout ça pour ça, pourrait souffler l’eurosceptique, eh bien oui, la langue de bois européenne commençait déjà en 1946, l’année du plan Marshall comme par hasard.

Dans le même paragraphe, Marjolin conclut que "la rapidité avec laquelle la France pourra s’engager dans la libération des échanges internationaux , dont nos amis Américains se sont faits les promoteurs, dépend de la rapidité avec laquelle elle pourra se moderniser". Et pour bien se moderniser, la France a besoin d’aide extérieure, n’est-ce pas. Y compris l’aide du plan Marshall que l’Europe a demandé aux Américains, d’après Marjolin : "C’est pour cela que nous avons demandé à nos amis américains de mettre à notre disposition, pendant un nombre limité d’années, les crédits dont nous avons besoin". Donc ce ne sont pas les Etats Unis qui ont proposé ce plan Marshall mais nous qui l’avons demandé. Dans leur grande mansuétude, les Etats Unis, qui je le rappelle se sont enrichis autant grâce à l’effort de guerre français et anglais, que grâce à Hitler et l’argent des Juifs, nous ont donc prêté des sous, les contreparties n’étant absolument pas mentionnées par Marjolin.

C’est donc ce même Marjolin qui a participé à la création de cette Europe de la concurrence libre et non faussée.38719158

Pour ce qui est de la carrière, du moins les aspects officiels, on peut relever qu’en 1932 il bénéficie d’une bourse de la fondation Rockefeller pour aller étudier à Yale, après avoir été en Angleterre Ce sont les deux représentants de la fondation Rockefeller en France , Célestin Bouglé (fondateur du centre de documentation sociale où on retrouve Marjolin, Raymond Aron, autre européaniste convaincu ou Marcel Déat du très antisémite et collaborationniste Rassemblement National Populaire d’avant guerre, dans lequel on retrouvait également différents collaborationnistes liés à la synarchie ) et Charles Rist (fondateur de l’IRES -institut de recherches économiques et sociales- avec l’argent de la fondation Rockefeller, auquel Marjolin a participé) qui le repèrent quand il passe sa thèse.

En 1936, Marjolin est chargé de mission dans le Front Populaire de Léon Blum. Il se définit à ce moment là, sans complexes, comme "à la fois socialiste et libéral".

En 40 il rejoint Monnet à Londres. En 1944 il est "chef de la mission française à Washington". De 46 à 48 il est commissaire général adjoint au plan de modernisation et d’équipement.
En 1947 il est "négociateur français à la conférence de Paris, comme président du groupe de travail au plan Marshall. De 48 à 55 il occupe le poste de secrétaire général de l’OECE censée répartir l’aide du plan Marshall mais aussi faire appliquer les mesures libérales auxquelles ledit plan était conditionné. De 58 à 67 il est vice président de la CEE. C’est d’ailleurs là qu’il reçoit un mémo du Département d’Etat US, en juin 1965, lui enjoignant e "poursuivre l’union monétaire".

Pour l’IRES, Marjolin va souvent à la London School of Economics, où la même fondation Rockefeller finance des économistes fondateurs de la Société du Mont Pelerin, qui vanteront ensuite les bienfaits du libéralisme comme van Hayek, Lionel Robbins, Maurice Allais ou Milton Friedman qui sera ensuite à la base des accords de Bretton Woods, accords fondateurs de l’orthodoxie libérale mondiale. Huit membres de cette "société" ont été, comme par hasard, prix Nobel d’économie. Elle est financée notamment par la fondation Heritage, un lobbie néo libéral. La société du Mont Pelerin est au centre d’une nébuleuse de think tank destinés à diffuser les principes néo libéraux, comme par exemple le Centre international d’études pour la rénovation du libéralisme, auquel Marjolin a semble t-il participé. On est là au coeur du système des organismes qui ont promu et fini par imposer le système néo libéral que l’on subit tous aujourd’hui, et grâce auquel le monde va de crise en crise pour le seul profit des spéculateurs les plus avertis et les plus vicieux. La société du Mont Pelerin est inconnue du grand public car elle interdit à ses membres et affiliés toute publicité et toute publication en son nom, ce qui la rend d’autant plus efficace puisqu’elle est dissimulée. Un de ses satellites en France est l’Association pour la liberté économique et le progrès social (sic.), l’ALEPS. Le Club de l’Horloge, qui regroupe un tas de néo fascistes comme Mégret, Devedjian ou Madelin, a d’ailleurs mis l’ALEPS en lien sur son site.

Marjolin a également été administrateur (c’est-à-dire présent au conseil d’administration et rémunéré à ce titre) de différentes multinationales comme Robeco, Royal Dutch (qui appartenait au prince Bernhard, co fondateur du Bilderberg) puis Shell, juste avant la fusion des deux. Enfin, il a été conseiller (donc bien rémunéré) des diverses boîtes comme IBM, American Express ou Air Product. On sent le dévouement de M. Marjolin à l’intérêt général.

Décoré de multiples grand croix et autres, il a été membre de l’"Académie des sciences morales et politiques", dans laquelle on retrouve nombre de caciques du pouvoir politique et économique français, comme Bertrand Coulomb le PDG de Lafarge, un habitué du Bilderberg (et du club le Siècle) accessoirement président de l’Association Française des Entreprises privées et de l’IFRI, l’institut de Montbrial notamment, autre Bilderberger notoire.


 


Moyenne des avis sur cet article :  4.62/5   (21 votes)




Réagissez à l'article

10 réactions à cet article    


  • plancherDesVaches 6 octobre 2010 12:14

    Dommage d’avoir oublié de citer le principal.

    Le fonctionnement de l’Europe est sous loi américaine depuis, en France, 1993.

    En effet, Monsieur Balladur, 1er ministre à l’époque, a fait ratifier l’accord AGCS (issu du GATT) qui impose entre autre la privatisation de tous les services de l’état sauf 3.
    Les autres pays européens, ainsi que tous les textes régissant le fonctionnement de l’Europe, sont aussi soumis à cet accord.


    • Ceri Ceri 6 octobre 2010 16:42

      ce sera pour la deuxième partie !


    • nataraja 6 octobre 2010 16:37

      l empire francais , le 3 eme reich , l URSS , maintenant l UE

      encore combien de siècles croyez vous que la perfide albion va empecher l unification continentale ?

      le grand dadet avait tout pigé : infiltration et sabotage avec l aide de la colonie nord americaine , le vers est entré dans le fruit !

      sniff on aurait pu avoir une europe forte , coherente , politique sociale et militaire


      • Maldoror Maldoror 7 octobre 2010 00:57

        Il est clair que si on avait suivi un véritable intérêt commun, on aurait instauré un protectionnisme européen à partir du moment où le libre échange devenait un inconvénient plus qu’un avantage.

        Mais comme le dit Emmanuel todd,

        « un passage brutal au protectionnisme, pour les américains, ça serait une chute de niveau de vie de 20% »

      • pruliere pruliere 6 octobre 2010 16:45

        Qu’il est salutaire de pouvoir des textes comme le votre qui remettent les choses en place et permettent de lutter contre l’un des fléaux de notre société, à savoir le manque de mémoire politique.

        Je me souviens quand j’étais gamin, on essayait de nous vendre que les USA avaient débarqué par générosité, pour sauver l’Europe des nazis. Bien sûr, à par quelques irréductibles, nul ne suggérait à l’époque qu’ils avaient largement contribué à la montée en puissance de ces mêmes nazis.

        Si les médias faisaient comme vous et rappelaient périodiquement les promesses, les dits et écrits et les actes des politiciens, je ne doute pas une seconde que notre société seraient un tant soit peu meilleure qu’elle ne l’est aujourd’hui !


        • zelectron zelectron 6 octobre 2010 16:50

          Quel extraordinaire panégyrique ! enfin un européen convaincu, un vrai ! C’est tellement dommage que vous n’ayez pas la note maximale que j’en suis tout mari pour vous, ceci du fait que vous avez complètement oublié de produire en équilibre un plaidoyer à charge, avec toute l’animosité souhaitable d’un procureur général.


          • ELCHETORIX 6 octobre 2010 17:33

            bonjour l’auteur , excellent ce rappel des origines de la « fondation » de cette « Europe » américanisée , et qui n’apporte pas de soutient à la majorité des citoyens de tous ses états à la merci des BANKSTERS et surtout vassale de la « puissance » de l’oligarchie Etats-Unienne !
            Merci pour cet article .
            RA .


            • Lisa SION 2 Lisa SION 2 6 octobre 2010 18:39

              Hé oui, la Paix a un Prix... qui va devenir trop cher ! Après avoir brulé le Normandie dans le port de New York, sabordé le France coupé en morceaux, coulé le Concorde et gâché l’envol du A380, il ne reste plus que le militaire pour renflouer les caisses de « l’État »...et tout ça pour le Prix de la Paix ! Bravo messieurs, le plan vigie pirate privé a prix le relais depuis la fin de la guerre froide et tout va mieux dans la libre circulation du cancer mondial.


              • Maldoror Maldoror 7 octobre 2010 00:53

                Ce dossier est bien costaud, je mets ça de côté en tout cas :)

                http://horreureuropeenne.blogspot.com/


                • Ronald Thatcher rienafoutiste 7 octobre 2010 11:10

                  excellent cours d’histoire contemporaine, un peu la génèse de nos malheurs immédiat !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès