• jeudi 24 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Europe > L’Europe risque de devenir l’idiot du village mondial
15%
D'accord avec l'article ?
 
85%
(28 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

L’Europe risque de devenir l’idiot du village mondial

Hubert Védrine est intervenu récemment au Club des vigilants* sur le thème "Géopolitique et volonté". Selon l’ancien ministre, il y a un réel risque pour l’Europe de s’endormir sur ses lauriers. Si les Européens vivent actuellement "plutôt bien", c’est un héritage de l’Histoire. Mais il ne faut pas se tromper. Nous devrons faire un choix : soit nous cherchons à conforter et améliorer notre position, soit nous renonçons par manque de lucidité, volonté, courage... Si c’est ce second choix qui est fait, il faudra alors se résoudre à une Europe impuissante ! Agir ou subir ?

Son intervention était passionnante et je vous propose quelques notes personnelles sur le sujet. Je précise que le contenu de cet article n’engage que moi, et ne constitue en rien un compte rendu « officiel » des propos de M. Védrine.

Il n’y a plus de grilles de lectures géopolitiques.
La dernière grille universellement utilisée était celle de la « guerre froide ».
Après la fin de l’URSS, il y a eu un sursaut d’espérance. Fukuyama a annoncé la « fin de l’histoire » dans le sens où il n’y aurait plus de guerres. Et, en effet, l’uniformisation des modes de vie a pu laisser penser à l’entrée dans une nouvelle ère de prospérité et d’aplanissement des différences.
Mais Hutington a lui vu dans les évolutions post « guerre froide », les préludes à une « guerre des civilisations ». Et force est de constater que l’évolution du monde ne prête pas à un optimisme béat.

Le monde change. Quelles en sont les caractéristiques ?
- Nous sommes passés d’un monde bipolaire, à un monde unipolaire, avec une seule hyperpuissance. Un monde multipolaire va peut-être voir le jour.
- Les Etats ne sont plus les seules entités à posséder le « pouvoir ». Entreprises privées, ONG, fonds d’investissements... représentent des forces considérables.
- Les Occidentaux sont confrontés à une rupture très brutale, qui voit la fin de leur domination sur le monde. A partir des grandes découvertes, l’Europe a dominé le monde sur quatre siècles, jusqu’à son autodestruction avec les deux guerres mondiales. Cette domination a été « prolongée » par les Etats-Unis, et durera probablement un siècle. Cette perte d’influence se ressent à de nombreux niveaux, que ce soit via l’importance des fonds souverains, le développement de grandes entreprises dans de nouvelles puissances économiques, la démographie, le poids des nouveaux pays dans les négociations internationales...

Les Occidentaux risquent deux choses !
Et toutes deux ont à voir avec leur attitude et leur tentation de s’enfermer dans « l’irreal politik » :
- Premier risque : l’ubris américaine**. C’est le sentiment que les Etats-Unis peuvent encore dominer seuls le monde.
- Second risque : l’ingénuité européenne. C’est le sentiment que les problèmes du monde vont se régler « à l’amiable », grâce notamment aux grandes structures internationales comme l’ONU. C’est le côté « boy scout » des Européens. Cette attitude est dangereuse car naïve et inopérante. L’Europe risque de devenir « l’idiot du village mondial ».

Les Français et l’Etat providence
L’Europe est un mot valise, à sens multiple. Croire que la construction européenne peut préserver la « rente de situation » des Européens est fausse. Pire, cette pensée est terriblement démobilisatrice. C’est une fuite vers des horizons vagues.
L’Europe n’est que la somme des volontés individuelles.

Les Européens sont les seuls à avoir des doutes
Les autres puissances n’en ont pas :
Les Etats-Unis veulent continuer à dominer le monde.
La Chine veut à nouveau (si l’on considère qu’elle l’a déjà été avant sa « fermeture » ***) être la première puissance mondiale.
Les Russes, veulent eux aussi sans états d’âme tenter leur chance de leader de la planète.
Il n’y a que les Européens, qui ont des doutes. Tout se passe comme s’ils hésitaient entre : faire de l’Europe la première puissance mondiale, ou se laisser vivre dans une espèce de grande Suisse, très riche, avec beaucoup de droits, peu d’obligations, vivant sur un pacifisme hédoniste.

Mais il ne faut pas se tromper. Si l’Europe n’est pas puissante, alors elle sera impuissante. Il n’y a pas de demi-mesure possible. Si les Européens vivent actuellement plutôt bien, c’est un héritage de l’Histoire. Ils vivent sur leurs rentes, sur leur position de leader mondial.

Actuellement, l’Europe des 27 n’a pas la puissance de la somme (algébrique) des 27 pays qui la compose. On peut faire le parallèle avec une fusion-acquisition, où les entités qui se marient, obtiennent au final un périmètre de puissance inférieur à la somme des entités qui se sont rapprochés.

L’Angleterre et l’Allemagne s’interrogent clairement. Gordon Brown a déclaré récemment « je ne connais que deux choses : le Royaume-Uni et le reste du monde ». Selon lui, il n’y a pas d’entité pertinente entre ces deux réalités ! Donc pas d’Europe. De son côté, l’Allemagne a la tentation de la domination européenne. Le couple franco-allemand n’est pas pour lui indispensable.

Je quitte mes notes sur cette conférence et intègre une pensée personnelle. En fait, je me demande si les Européens ne sont pas effrayés par leur puissance potentielle. Et s’ils ne préfèrent pas un monde qui leur échappe, plutôt que d’utiliser les armes - au propre et au figuré - qu’ils ont appris à maîtriser. L’exemple des Etats-Unis qui mènent un leadership contesté n’est pas pour nous faire envie.

Jérôme Bondu
http://www.inter-ligere.net - Blog sur l’intelligence économique

------------------------------------------------------------------------

Pour aller plus loin :

* Ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin (1997-2002), Hubert Védrine est intervenu au Club des vigilants, mercredi 13 février 2008, sur le thème : « Géopolitique et volonté ». Ou comment tirer parti des transformations en cours ?

Voir la biographie de M. Védrine sur
http://www.clubdesvigilants.com/archives/2008/02/geopolitique_et.php

Voir la présentation de ce think tank français de tout premier plan
http://www.clubdesvigilants.com/raison_d_etre.php

** L’ubris est la faute commise par les personnages de tragédie grecque, l’acte égoïste (orgueilleux, démesuré) qui les conduira inévitablement à la mort (Oedipe, Antigone...)

*** Selon l’OCDE, jusqu’en 1820, le PIB de la Chine était le premier au monde, soit 30 % du total. Voir http://www.inter-ligere.net/article-14943948.html

par Jerome Bondu (son site) vendredi 28 mars 2008 - 53 réactions
15%
D'accord avec l'article ?
 
85%
(28 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 28 mars 2008 12:08
    Forest Ent

    Depuis 1945, l’Europe soigne sa petite prospérité sous le couvert du parapluie et des cannonières US auxquels elle a fait allégeance. Mais cette allégeance a eu un coût, comme la crise de 2008 va le démontrer.

    L’empire US exhibe ses limites, moins de 10 ans après que les stratèges neocon aient postulé qu’il était devenu tout-puissant. Il est probable qu’il revienne bientôt à l’isolationnisme.

    L’UE n’a aucune capacité à prendre le relais : pas de système politique légitime, pas d’armée.

    Il n’y aura bientôt plus de garant du "nouvel ordre mondial". Ce sera donc le nouveau désordre mondial. Cela peut signifier que l’occident aura du mal à aller ailleurs piquer les ressources naturelles et humaines qu’il utilisait jusque là pour maintenir son niveau de vie. L’UE peut y survivre, car elle est quasi-autonome sur beaucoup de points, et a les moyens d’acheter le pétrole et les métaux qui lui manquent.

    Mais le vrai risque est politique : il est difficile de maintenir une bulle de verre pour s’isoler d’un monde qui sombre dans le chaos. A un moment donné, US et UE seront contraints de faire face au monde tel qu’il est et tel qu’ils l’ont modelé.

  • Par Traroth (xxx.xxx.xxx.78) 28 mars 2008 14:02
    Traroth

    Autonome ? Je ne vous suis pas. Certainement pas du point de vue des matières premières ou de l’énergie. Toute la société de consommation est bâtie sur le principe de matières premières et d’énergie bon marché. Comment ? En ne les payant pas ce qu’elles valent, grâce à la complicité de quelques potentats locaux à notre solde à la tête des pays du tiers-monde. Si la Chine commence à piquer nos places à la tête de ces pays, beaucoup de choses vont changer.

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.145) 28 mars 2008 14:28
    Forest Ent

    Oui, nous sommes bien d’accord. Mais en matière par exemple alimentaire l’UE a une capacité d’autosuffisance, ce qui n’est pas le cas de la Chine à en juger par ses importations de céréales.

  • Par Jerome Bondu (xxx.xxx.xxx.7) 28 mars 2008 21:25
    Jerome Bondu

    @ Philou 017

    La coopération et la fraternité (si tant est qu’ils soient possibles) ne peuvent prendre place qu’entre égaux.


     Si l’Europe est forte, elle pourra proposer coopération et fraternité avec les autres blocs.

     Si l’Europe est faible, elle subira le choix des autres, qui -ont peut le parier- n’auront rien de fraternels.

    Cordialement,

    JB

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox